mercredi 6 décembre 2023 - par Mohamed Belaali

Qu’elle est jolie la république bourgeoise !

 

Dupond-Moretti, ministre de la justice en exercice, accusé du délit "de prise illégale d'intérêts" est traduit devant la Cour de justice de la République. Cette juridiction d’exception "a considéré que l’élément matériel des prises illégales d’intérêts était établi", mais ne condamne pas pour autant le garde des Sceaux. Comprenne qui pourra. Un autre ministre lui aussi en exercice, Olivier Dussopt, comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris pour "favoritisme" : 10 mois de prison avec sursis et 15 000 euros d'amende ont été requis contre lui. Nicolas Sarcozy est de nouveau devant les juges de la cour d'appel de Paris pour le procès sur "le financement illégal" de sa campagne présidentielle. Et puis un revenant : Jérôme Cahuzac ancien ministre du budget (chargé entre autres de la lutte contre la fraude fiscale), est de retour sur la scène politique et médiatique alors qu'il a été condamné en 2018 à quatre ans de prison, dont deux fermes pour fraude fiscale, blanchiment de fraude fiscale et pour déclaration mensongère de son patrimoine ! Quelle misère morale et politique. Qu'elle est jolie la république bourgeoise !

Mais ces affaires ne sont que l'arbre qui cache la forêt. Le nombre d'hommes politiques impliqués dans les "affaires" est impressionnant. Il est tout simplement impossible d'établir une quelconque liste exhaustive des scandales politico-financiers qui secouent régulièrement tous les échelons de l'Etat. Sans remonter jusqu'aux diamants centrafricains de Giscard, on peut citer à titre d'exemples seulement quelques noms de dirigeants politiques empêtrés dans des affaires : Alain Carignon, Alain Juppé, Bernard Tapie, Patrick Balkany, Claude Guéant, Serge Dassault,Thomas Thévenoud, François de Rugy, Richard Ferrand, Jean-Paul Delevoye, Charles Pasqua, François Léotard, François Fillon, Jacques Chirac etc. etc. Il ne s'agit là que de quelques exemples qui ne doivent pas masquer le caractère récurrent et structurel de la corruption qui règne dans les plus hautes sphères de l’État.

Les institutions de cette république bourgeoise, qualifiée pourtant "d'irréprochable" et "d'exemplaire", non seulement sont complices de ces agissements, mais permettent et favorisent la multiplication des opportunités de corruption et des scandales en tout genre. Car les scandales financiers, corruption, privilèges et autres affaires, sont intimement liés au fonctionnement même de la démocratie bourgeoise qui les produit et reproduit de manière permanente. Nicolas Sarkozy par exemple a été condamné à plusieurs reprises. L'ex-président concentre à lui seul une demi douzaine d'affaires entre ses mains : l'affaire Tapie, l'affaire Karachi, l'affaire Bettencourt, l'affaire libyenne, l'affaire des sondages et l'affaire des écoutes téléphoniques. Et même ceux qui ont été condamnés, poursuivis ou inquiétés par la justice, se font régulièrement élire ! Alain Juppé reste un exemple éloquent. Mais Juppé n'est pas un cas isolé. On peut citer également, entre autres, Patrick Balkany, Jean-François Copé, Jean-Pierre Bechter, Maryse Joissains, Brigitte Barèges, André Santini, Gaston Flosse, Jacques Mellick, Pierre Bedier etc. Aujourd'hui on peut être un homme politique corrompu jusqu'à la moelle épinière et gagner les élections, c'est un trait caractéristique de la démocratie bourgeoise. Mieux, la corruption des hommes politiques est d'autant plus brutale, plus cynique que la République est plus démocratique.

D'autres exemples montrent que les "affaires" sont au cœur même de la démocratie bourgeoise. Le cas Cahuzac, qui aujourd'hui veut revenir sur la scène politique, est exemplaire à cet égard. C'est lui qui déclarait à l'Assemblée nationale et même "les yeux dans les yeux" devant le président de la République,"Je n'ai pas, et je n'ai jamais eu un compte à l'étranger, ni maintenant, ni avant" pour reconnaître ensuite posséder un compte bancaire en Suisse et frauder le fisc quelques mois plus tard !

Ces scandales ne relèvent pas d'une affaire de morale, mais le produit d'un système économique dont les intérêts de classes constituent son fondement matériel. Elle est l'émanation des activités économiques, des comportements matériels des hommes. Lutter contre les scandales, les affaires, les fraudes etc., en invoquant la morale est une illusion et par dessus le marché une hypocrisie. Toutes ces gesticulations autour de la moralisation de la vie publique, de la nécessité d'une lutte implacable contre les dérives de l'argent ne sont que des balivernes idéalistes derrière lesquelles la classe dirigeante tente de dissimuler sa véritable nature, un instrument au service du capital.

En guise de la république "irréprochable" et "exemplaire", on a plutôt une république corrompue livrée, pieds et poings liés, au capital, aux cabinets de conseils, aux ministres millionnaires qui la violent chaque jour sous le regard stupéfait des plus démunis. Les travailleurs découvrent que ces corrompus, qui de surcroît cachent souvent leur magot dans les paradis fiscaux pour échapper à l'impôt, possèdent des patrimoines sans commune mesure avec leurs salaires de prolétaires. Combien de siècles de labeur et de souffrance au travail faut-il à un smicard par exemple pour atteindre le patrimoine déclaré et non déclaré de ces ministres ? Et ce sont ces mêmes possédants qui exigent des salariés de travailler toujours plus et leur imposent toujours plus de sacrifices. Le cynisme et le mépris pour le peuple de ces hommes et de ces femmes corrompus n'ont d'égal que leur soumission à la classe qui les a hissés à la tête de l'Etat.

On peut adopter les lois que l’on veut contre la corruption, les affaires et les privilèges, mener toutes les enquêtes possibles, on peut même diminuer et limiter leur importance, mais on ne peut pas les éliminer. Car leur existence et celle de la démocratie bourgeoise sont tellement imbriquées l’une dans l’autre que l’on ne peut supprimer l’une sans éliminer l’autre. Le véritable scandale n'est pas la corruption, mais l'existence de cette classe dominante corrompue et parasite qui vit du travail des autres.

Mohamed Belaali

Blog M Belaali

-------------------------

(1))https://www.dalloz-actualite.fr/flash/cjr-relaxe-eric-dupond-moretti-tout-en-pointant-une-situation-objective-de-conflit-d-interets

 



10 réactions


  • Samy Levrai Samy Levrai 6 décembre 2023 10:05

    La colonie France de l’Empire Américain serait devenue une république bananière ?

    Serait ce parce que la colonie ne domine plus aucun pouvoir régalien et que les hommes politiques ne doivent plus gérer que leur image et carrière  ?


    • Mozart Mozart 6 décembre 2023 15:09

      @Samy Levrai
      On a pas eu à attendre aujourd’hui pour les scandales : Affaire Stavisky, Dreyfus, Canal de Panama, de Suez, le collier de la Reine... c’est de tous les âges et de tous les régimes. En un mot, c’est humain.


    • armand 6 décembre 2023 17:36

      @Mozart
      oui mais le problème est comment cela est puni ?


  • suispersonne 6 décembre 2023 13:46

    Ceux qui sont très contents du système actuel en ont le droit,

    mais on attend d’eux des justifications acceptables,

    pour les abus que chacun constate.

    Ceux que ce système révolte ont le droit de proposer autre chose.


    Il faut commencer (il y a d’autres sujets à traiter, mais c’est le premier) par le pire obstacle à la démocratie : les politiciens professionnels.

    Ce sont des obstacles évidents et systématiques à toute progression du bien commun.

    Ceux qui font de la politique pour faire carrière ont largement démontré leur penchant pour la trahison des promesses faites aux électeurs, leur extrême sensibilité aux lobbies, leur absence de principes moraux, leur gangrène du clientélisme, leur désintérêt systématique pour le bien commun.

    Il existe des exceptions rarissimes, mais justement tellement rares qu’on ne peut plus croire à leur multiplication indispensable.


    On peut se débarrasser des politiciens professionnels !


    Des mandats courts non renouvelables,

    avec tirage au sort parmi des candidats sélectionnés,

    et menace de révocation par ostracisme,

    sont une solution qui a déjà fait ses preuves pendant 2 siècles à Athènes,

    où leurs penseurs avaient clarifié, il y a déjà 28 siècles,

    le danger de permettre que les responsabilités politiques et sociales deviennent un métier,

    et que cela produisait inévitablement le remplacement de l’illusion démocratique par une ploutocratie.

    Notez que la plus évidente des ploutocrassies a été sacralisée aux usa avec la décision de leur cour suprêmement servile d’ôter tout plafond aux financements politiques.


    Un tel système nécessite une actualisation à notre environnement social,

    et l’adoption de multiples feuilles de route,

    autant que de domaines de responsabilité,

    comportant des critères de progrès chiffrés, suivis publiquement en temps réel.


    La révocation automatique en cas de non respect de la feuille de route est garante de pouvoir faire cesser de nuire les incompétents et les malhonnêtes.

    Nul besoin d’un ric, bien trop facile à manipuler par les zélites.

    L’impossibilité de se maintenir en poste garantit le désintéressement des responsables tirés au sort, qui savent devoir remplir un unique cdd.


  • zygzornifle zygzornifle 6 décembre 2023 14:09

    A force d’élire des voleurs, des crapules , des menteurs qui mettent leurs amis a des postes clés voila ca qui arrive.


  • zygzornifle zygzornifle 6 décembre 2023 14:11

    Quand un pauvre vole un œuf il est condamné pour un bœuf, quand un politique vole un bœuf il est acquitté et on s’excuse en rampant de l’avoir embêté ....


  • Seth 6 décembre 2023 14:12

    La cour de justice de la république renommée cour de blanchiment ministériel s’était déjà,illustrée en 2016 avec la « négligence » de lagarde qui partit ensuite folâtrer au fmi et à la bce.

    Tant qu’on n’aura pas fait tomber des têtes, on n’amènera pas la politicaille française à résipiscence. Un billot et une hache suffisent mais à part la peur de la mort, pas de solution. smiley


  • Mozart Mozart 6 décembre 2023 15:23

    Cher auteur de cet article.

    Il semble que vous dites n’importe quoi. Si je m’en réfère à votre nom, l’ensemble des pays arabes sont tous, plus ou moins corrompus et bien pire que la France. La corruption n’est pas l’apanage de ce gouvernement mais existe depuis la nuit des temps et sous tous les régimes. En France, comme dans beaucoup de démocraties, c’est au rôle de la justice de surveiller les hommes de pouvoir. Toutes les personnes que vous citez y sont passés et c’est parce que la justice les juge que vous pouvez les nommer. Dupont-Moretti, François Léotard, Dominique Baudis... ont été blanchis quand d’autres ont été condamnés, ce qui ne me semble pas être la cas de beaucoup de corrompus arabes. Tous les régimes sont atteint : la royauté avec divers scandales sans remonter aussi loin que l’affaire des poisons ou du collier de la reine ; les dictatures avec un Hermann Goering totalement corrompus, un Poutine riche à milliards ; un Mao amateur de petites filles,.... Seul Salazar semble être épargné.

    Donc, très cher, avant de critiquer un état qui attrape et juge ceux qui auraient dérogé à la règle, regardez à travers le monde les rares pays qui font mieux. Et comparer aussi la fortune d’un Ben Salmane avec le misérable salaire d’un philippin esclavasigé en Arabie saoudite.

    A bon entendeur, salut, très cher donneur de leçons !


  • zygzornifle zygzornifle 7 décembre 2023 15:53

    Ces gens la sont comme des tiques, si vous n’enlevez pas la tête ça revient encore plus goulu qu’avant .....


  • zygzornifle zygzornifle 7 décembre 2023 15:57

    Quand un pauvre vole un œuf il est condamné pour un bœuf et il ne peut plus se réinsérer.

    Quand un politique vole un troupeau de bœuf il est condamné au mini ou relaxé, on s’excuse et on lui déroule encore le tapis rouge en lui cirant ses pompes ..... 


Réagir