samedi 4 novembre - par Ciriaco

Quand les temps changeront

Le "nous" m'a toujours paru flou, difficile à tenir. Le début de ce XXIème siècle, guère marqué collectivement que par une mobilisation un peu pathétique - des "nuits debout" en lieu et place d'un autre mai 68 - est tel qu'il n'y a que les supporters d'une équipe de football qui peuvent l'employer de manière évidente. Dans l'histoire, le "nous" masculin, selon le temps et l'espace, a été parfois plus simple. Les prolétaires ont dit "nous", les noirs aussi, les hindous, les africains, ... Alors qu'il est de coutume, chez les leaders qui tentent de créer un espace politique dans les populations, de se référer à ce "nous" historique, ce sont récemment les femmes qui l'ont employé. Et chez nous ? #quésaco.

Bien sûr que dès que le sexe est en question, cela provoque des remous. On aimerait certainement être flatté, mais pas dérangé. Dérangé en quoi ? Le récent mouvement hashtaggué a été l'occasion pour moi de m'interroger plus en profondeur sur les rapports homme-femme. J'ai d'abord regardé ce phénomène sans être surpris. Pour suivre les mouvements alternatifs depuis longtemps, je suis non seulement accoutumé à ces faits mais j'en vois aussi les manifestations et les racines dans mon expérience sociale quotidienne.

Alors que l'opposition des femmes prenaient une tournure plus ample, j'ai comme d'habitude constaté des écueils lourds et pénibles dans la société de l'information, et cette fois d'une façon communément visible, du quidam trentenaire sur youtube ou twitter au psychotique payé pour buzzer dans les journaux ou à la télé. Les rapports homme-femme, le sexe et le territoire.

 

Un constat sur les hommes

Une des façons de vivre avec un problème est de s'endormir dessus. Cela peut fonctionner à partir du moment où il n'est pas ravivé, remis en perspective. Mais quand cela survient, alors il faut utiliser des stratégies. Nous avons "le chevalier blanc", qui n'aura jamais mis une main aux fesses à une femme, mais qui se sent pris au dépourvu face au fait que des femmes peuvent accuser des hommes pour des motifs qu'il ne peut pas contester. Celui-là est éduqué, compréhensif et ne manque pas de conseiller aux femmes des attitudes qui leur seraient selon lui plus profitables. D'autres parlent plus directement de leur territoire : ils évoquent une non-binarité du comportement sexuel féminin et ajoutent qu'être un homme est du coup difficile. Nous avons aussi le réac, qui lui n'hésite pas à comparer les oppositions aux agressions sexuelles à la collaboration sous Vichy, sans oublier d'affirmer qu'il regrette la révolution sexuelle des années 70. Même en se pinçant le nez, c'est pas évident. A l'extrême limite, celle par exemple qu'illustre si bien Le Figaro pour des raisons monétaires, certains hommes se contenteraient presque de dire qu'avec une petite pipe, une agression sexuelle, ça passerait mieux.

Sur un autre plan, les hommes n'ont généralement que très peu de connaissances sur l'histoire et le contenu des mouvements des femmes. Autre signe pénible, alors qu'une majorité d'hommes et de femmes reconnaissaient, il y a peu et avec admiration, la personne et le travail de Simone Veil, il n'est rien de dire que ce n'est pas elle qui est venue dans les esprits, pour notre renfort à toutes et tous.

Ma question est celle-ci : pourquoi tout cela ? Réponse factuelle : parce que des femmes protestent contre les aggressions sexuelles.

Le fait et les freins sont sous nos yeux. Il s'agit de comprendre l'origine : pourquoi les hommes, face au féminisme, sont d'abord secoués. Il me semble qu'un premier élément serait de remarquer que nous avons une réelle difficulté de perception.

De manière générale, il est très courant, et ceci tout milieu social confondu, de se représenter les femmes via un essentialisme. Il s'agit là d'une perception très commune aux hommes :

  "Vous les femmes,
  Vous le charme,
  Vos sourires nous attirent et nous désarment
"

Une vision, sexualisée, qui serait l'idéal du rapport homme-femme vu par les hommes. Vous trouverez dans la littérature la plus sérieuse de nombreux points de vue qui s'appuient là-dessus. Que dire lorsque la réalité n'entre pas dans ce schéma ? Pas de voile donc, et de toute façon elles sont là pour ça ? Bien que ce soit caricatural et hors sol, que se passe-t-il en dehors ? Une majorité d'hommes très mal à l'aise et sur la défensive. En réalité une pauvreté du rapport des hommes aux femmes. Dès lors, les conceptions différentes ont tendance à se poser en entrave et il est courant que les hommes se retrouvent à se défendre contre l'angélisme que contient leur propre perception.

Quand les féministes disent vouloir changer la perception des hommes, c'est le fait d'un constat de leur part. Je ne crois pas que nous puissions encore ignorer notre propre attitude, et si nous ne sommes pas évidemment tous des porcs, il est malhonnête - et nous sommes déjà assez pitoyables - de garder la tête dans le sable. Si nous ne nous interrogeons pas quand la violence masculine est dénoncée, je vois mal quand nous pourrons le faire. Et à ce que je vois dans les médias, ce n'est pas l'élite masculine qui va nous y aider : il y a une attitude sexuée caractéristique des classes sociales supérieures, fondée par leur assurance et leur emprise : je reconnais à cette occasion dans le mainstream des formes communes de diversion dès qu'il s'agit d'une lutte qui remet en question un ordre préétabli.

Les luttes féministes sont des enjeux systémiques : elles sont liées à la fois à une détermination individualiste créée massivement par les sociétés libérales, et à la nécessité d'une réaction qui ne peut être que collective pour briser l'isolement du sujet sans "nous". Les lignes féministes sont aussi diverses que celles de l'impact d'un caillou sur une vitre : ce sont des lignes de ruptures. Le centre sur la matière la plus ancrée est celui de la possibilité d'une construction d'un sujet social et politique.

Peut-être que c'est parce que nous avons été privés de cette expérience relationnelle aux femmes que les réactions des hommes sont aussi gênantes. Si c'est la question des territoires qui surgit dans le masculin, ne serait-ce pas le fait que les femmes ont été effacées d'une construction sociale ? Que nous n'avons empiriquement pas les moyens d'entendre lorsqu'une contestation de bon sens se réveille ?

 

Les femmes de naissance

Qui veut comprendre les mouvements des femmes ne peut faire l'économie du constat historique. Pour reprendre un des apports de Simone de Beauvoir dans le "Deuxième sexe", des difficultés sont d'abord scellées par ce qui serait un destin. Rien d'autre pourtant qu'un ancrage biologique différent qui construit, par un parallèle apparemment suffisant entre monde humain et monde animal, une catégorie définitive à la moitié du genre humain : celle qui est caractérisée par des force physiques plus faibles et qui enfante doit être faite pour cela, l'autre moitié étant vouée à la guerre.

Je ne peux pas retracer ici et dans le détail les déclinaisons de cette représentation archétypale. Prenez n'importe quel historique et vous n'aurez aucun mal à voir que les prénoms qui y figurent sont masculins. Même dans l'histoire de la cuisine.

Ce n'est pas seulement que les hommes gouvernent et que les femmes s'occupent du foyer. Si les traits les plus saillants de la domination masculine sont évidents pour quiconque voudrait faire preuve d'un peu d'honnêteté, remarquer l'infiltration de cette domination dans la culture populaire nécessiterait malheureusement encore un effort. En psychanalyse par exemple, on a prétendu saisir l'essence, la transcendance n'y échappant même pas, de l'homme et de la femme, dès la petite enfance, par leurs seuls rapports au sexe. Qui sait pourtant aujourd'hui que dès 1905, Freud appuyait sans conteste ses théories sur l'existence d'une bisexualité psychique antérieure à la détermination de la sexualité chez tout être humain.

Si ce n'était pas les curés qui prenaient peur face à la sexualité en morceaux des femmes, au XIXème siècle c'était les médecins qui les masturbaient pour les "soigner" de l'hystérie, alors que celle-ci s'est révélée plus tard être une déviance non genrée (et oui, hommes et femmes compris) dans le mécanisme de transfert : en d'autres termes un manque d'amour et de reconnaissance criant. Mais on a beaucoup évolué dans les institutions du savoir, c'est vrai : le premier livre scolaire à donner une représentation exacte du clitoris date de... 2017.

Oui, un biologisme. Et pas n'importe lequel. Je pressens que les données nous manquent pour caractériser pleinement ce qu'il s'est passé.

Quand, dans d'autres cultures, les femmes n'étaient carrément pas condamnées lorsqu'elles s'intéressaient de trop près au savoir, en Europe, lorsqu'elles avaient droit à une éducation institutionnelle, c'était dans des couvents où la loi religieuse régnait en gardienne du sacré face à l'impure. La Royal Society de Londres et l'Académie Française ont refusé les femmes jusqu'au XXème siècle. Les femmes qui ont pu contribué à la connaissance sont des exceptions historiques.

Comment les mouvement féministes pouvaient-ils éviter de remarquer qu'il y avait dans le rapport homme-femme une construction lié au pouvoir. Que je sache, je n'avais jamais vu de premier Monsieur de France s'occuper d'illettrisme pendant le mandat présidentiel de son épouse. Ce qui n'empêche pas les levées de bouclier quand des femmes parlent de patriarcat. Allez, soyons un peu honnêtes, c'est pas parce que ça ferait un peu pédale ? L'autorité et le pouvoir, sexualisés et masculins ? Non, vous plaisantez.

 

Le pouvoir et le genre à la base de la société : pour la même ?

Où situer initialement cette présence du pouvoir, à part bien sûr dans les relations de formation à l'expérience du monde, la famille ? Il faudrait pouvoir éviter d'entendre là le préjugé - qui ne vient pas non plus d'un hasard - d'une faute du père. On peut lire des livres d'anthropologie, c'est intéressant. Mais il n'est pas si compliqué d'en comprendre quelques bases, à savoir que la famille est aussi un espace où se créent des alliances entre groupes sociaux par différents contrats, où se transmettent des rapports, des intérêts et des valeurs, et où se reproduit finalement le noyau de toute la société. C'est bien dans la famille que se nouent les rapports les plus intimes au pouvoir.

Combien de systèmes différents pour échanger la fille contre une alliance ? Combien de reniement de la féminité, de voiles tandis qu'on associait ici la chevelure à la prostitution ? Combien de systèmes d'autorité pour placer un tuteur après le père et de patria potesta pour accorder un droit de vie et de mort ? Combien d'isolement physique dans les gynécées et de violences dans les églises ? Combien d'images de pureté et de vertus pour devoirs et droits subordonnés ? Combien de "codes féminins" de soumission à la charge des mères pour leurs filles ?

La dénonciation du patriarcat est initialement la dénonciation du pouvoir qui agit contre l'indépendance des femmes, contre leur liberté. Le patriarcat ne désigne cependant pas le rôle du père, mais celui d'un ordre social exclusif qui contient l'ordre sacré, le territoire et le pouvoir. Je veux faire entendre ici qu'il s'agit d'un enjeu qui concerne aussi la liberté sociale et politique des hommes. Le patriarcat est une ligne de force sociale qui structure tous les sujets, quel que soit leur sexe.

Une structure de pouvoir très dense. Ce n'est que par des bouleversements politiques successifs au XIXème siècle, pour la république et la démocratie, que la première revendication des femmes (le droit à l'éducation, le droit au travail et le droit de vote : le sujet, l'indépendance et la politique) a pu se faire. Autrement dit c'est parce que le pouvoir ne peut à un moment faire autrement que s'assouplir face aux revendications politiques populaires, hommes et femmes confondues. La démocratie est un mot qui s'emploie au féminin et il est difficile de dire s'il s'agit vraiment d'un hasard. La démocratie est une concession de l'autorité, et cela nous concerne toutes et tous (il n'y a que des députés de chapelle pour croire que l'histoire sociale n'est pas celle d'un combat nécessaire). La démocratie, parce que c'est le recul des structures de pouvoir classique, autoritaire et sexualisé, c'est du social et du politique dans un genre à la fois masculin et féminin. Besoin de revenir à Freud et la bisexualité psychique pour une explication plus claire du fondement de la libération du sujet et de la société ?

 

Des extrêmes normalisées et du normal inaudible

Le deuxième mouvement des femmes concernera leur corps. 100 ans après, il y a seulement deux générations. C'est la première fois que les femmes parleront collectivement d'abus sexuels. La première servitude sexuelle des femmes, celle qui est fondatrice du permis et de l'interdit, est celle des alliances familiales, dont j'ai déjà dit qu'elles inscrivent le pouvoir dans les sociétés. On peut donc comprendre pourquoi des attitudes de domination en ce domaine se retrouve à des niveaux de pouvoir significatif. Si le récent mouvement des femmes a percé la coque dure, c'est peut-être parce qu'elles ont bien pressenti à quel point le pouvoir venait d'un endroit précis à notre époque : du jeu, de l'argent, du sexe et de l'image. A nous les hommes d'en prendre de la graine, et de la sévère, manipulés que nous sommes par ces mêmes idoles devant des débats qui n'en sont pas dès lors qu'une opposition politique tente de se faire entendre dans ce pays (1).

Après plusieurs centaines de siècles d'une nuit opaque, les femmes expirent dans un possible. Qu'on le veuille ou non, la tradition masculine qui s'exerce toujours dans le pouvoir ne favorise pas les nécessités sociales et politiques. Voyez-vous vraiment la guerre au bon endroit ? La demande collective et populaire des femmes dans leur quotidien ne s'articule pourtant qu'autour du partage des tâches. Dans la même ligne, je dirais que le feu aux poudres ne vient pas des mouvements féministes les plus affirmatifs. Le récent "non" collectif a simplement été constitué face à une des formes les plus primitives de la domination masculine.

Ce que je tente de montrer, ce que ce mouvement fait à nouveau résonner, ce n'est pas la guerre des sexes : c'est l'intérêt du genre dans sa nature sociale et politique, l'émancipation que nous devons toutes et tous exiger face à des formes de barbaries et d'exercice de dominations archétypales. Les minorités sont souvent des avant-gardes, et nous devrions y être beaucoup plus attentifs avant de se réveiller avec la gueule de bois. D'autant que c'est bien du féminin qui est au devant des nouveaux fronts, plus ouverts sur le monde, telle que la cause animale ou l'alimentation. Des combats que nous aurons indéniablement à mener, n'en doutez pas !

 

De nouveaux concepts

Il ne me semble pas inutile de préciser (le plus rapidement possible, je suis déjà trop long) quelques concepts que les mouvements féministes ont produit. Je suis désolé pour l'aspect un peu théorique de ce qui suit, mais les apports sont très intéressants.

Les mouvements féministes connaissent la trahison tout autant que l'intérêt de classe. Toutes les femmes savent qu'il est plus simple de se taire, de subir et même de se soumettre. Parce que nous parlons d'un pouvoir qui a des racines anthropologiques constitutives des sujets sociaux et politiques, elles connaissent aussi leurs propres divisions. Sûrement mieux que les hommes d'ailleurs, tant leurs intérêts ont été liés à la proximité des structures sociales, et pour les raisons dont j'ai déjà parlé : blanche chez les blancs, noires chez les noirs, bourgeoise chez les bourgeois, etc.

Face à cela, trois concepts majeurs sont nés du féminisme.

 

La sororité

Le premier, celui de la sororité, a pour objet de se défendre d'une symétrie : "faire face à". Face aux divisions internes qu'a expérimentées le féminisme, la sororité n'entend pas signifier une évidence du "nous". Le terme "solidarité" que nous employons a à se nourrir de cette expérience sociale. La sororité concerne un "nous" qui suppose "le conflit à l'intérieur et la capacité à affronter les désaccords", par le moyen de la réflexivité.

Prenons un exemple dans le show-business. Il n'est pas rare de voir des femmes dans des clips vidéos se vêtir bas de nylon et jouer de toutes les attitudes sexuées. On pourrait remarquer la même chose dans le cas de tenues de ville un peu "brutales". Comme l'explique Estelle Ferrarese (2), ce qui s'exprime là, s'il s'agit d'un registre qui met en avant une ligne classique du féminin contemporain, est en fait plus simple que ce qu'il n'y paraît : "c'était comme ça je fais comme ça". Une réaffirmation, au fond, d'un rapport qui n'a rien de nouveau.

Pourtant, ne serait-ce pas là non plus une expression féministe ? Serait-elle vraiment possible pour des femmes cantonnées au foyer ? La libération sexuelle des femmes a aussi pris des allures populaires et les contradictions auxquelles elles ont à faire me semblent aussi être le fait d'une longue ligne de domination masculine. On a peut-être bien oublié que dans l'expression "libération sexuelle" existe aussi le mot "libération". Il est indéniable que ces femmes ont permis, par leur image, un avenir moins brimé à d'autres femmes, celles de notre génération.

 

L'intersectionnalité

Toujours face aux divisions des femmes en fonction des classes sociales, de leur histoire, de leurs religions, de leur couleur de peau, les féministes ont proposé une méthode d'analyse visant à lier les formes de domination et de discrimination entre catégories. Il s'agit d'un concept motivé par le souci d'une convergence des luttes. Si l'analyse catégorielle est efficace quand il s'agit de comprendre "classiquement" le monde social, l'intersectionnalité souligne en effet des angles morts de cette analyse, c'est-à-dire qu'elle révèle des catégories cumulatives où s'exercent des rapports d'inégalités et de discriminations. Des composantes communes aux individus sociaux, sujet à une condition, participant à un tout qui les structure pourtant en comportements différenciés.

C'est un concept général qui est pertinent si on veut montrer des violences transversales et qui peut apporter un outillage théorique, comme le proposent les sociologues Elsa Dorlin ou Eric Fassin. Le mouvement de la France insoumise parle d'un intérêt général humain et le définit d'une certaine manière. Bien que cela soit motivé par le même universalisme, ce n'est pas une question qui choque ou qui fait débat. On y trouve plutôt un certain bon sens et une utilité pour penser les choses.

Et pourtant. L'intersectionnalité, parce qu'elle s'est appliquée aux femmes, a révélé le caractère social et culturel complexe de l'universalisme. L'utilisation conjointe de la sororité et de l'intersectionnalité me paraît dès lors compléter cette idée d'intérêt général humain. D'une part en le précisant d'une manière genrée, ce dont j'espère avoir montré plus haut l'intérêt et d'autre part, parce que justement, il me paraît important d'intégrer des éléments permettant de saisir la complexité quand on parle de totalité.

En effet et par exemple dans une culture populaire qui vit par endroit une mixité ethnique de façon rude et brutale - et bien sûr sans autre forme de théorisation fonctionnelle de la part des décisionnaires - il est plus que délicat d'imaginer pouvoir parler d'un universalisme vues les contradictions internes que cela pose. Intersectionnalité et sororité sont deux concepts alliés pour cela, qui à mon sens enrichissent ceux d'universalisme et de solidarité.

 

Le genre

Bien sûr. J'espère pouvoir faire pressentir à nouveau en quoi il est fondamental à une critique de la domination et à une émergence de sujets sociaux et politiques. Le genre est ce qui rend la lutte intelligente contre la pure autorité, celle qui oppresse les hommes comme les femmes. Dès lors il ne s'agit plus d'opposer les hommes et les femmes à travers leur sexe, mais de reconnaître les forces masculines et féminines qui les traversent, eux, les structures et toute la société.

Le genre est un concept très puissant. Il est en effet apte à refonder à lui seul la structure de classe sociale dans le sens où il définit ce qui exerce le pouvoir et ce qui le subit. Mais plus que cela : il est aussi un concept potentiellement réflexif, dans la mesure où il dégage le comportement de la sexualité. Le genre libère du biologisme et des déterminismes du pouvoir. Il donne à la personne des éléments aptes à rendre plus libre. Appelez cela ying et yang si vous voulez. Et curieusement, vous serez plus proche de votre corps, tant la nature profonde des choses est ambivalente et dynamique.

 

Pour conclure

Lorsque les femmes demandent à être entendues, elles sortent d'une ombre séculaire. Mais elles ne font pas que cela : elles prennent une place sociale et politique sur le terrain, dont on sait qu'il est structurellement organisé de façon masculine. En réaction les hommes autoritaires, ceux qui ferment le pouvoir sur lui-même, conservent leurs attitudes, et usent pour cela de stratégies. Vous en trouverez mille exemples.

Nous ne sommes globalement pas assez plastiques, pas assez expérimentés dans ce domaine. La promesse du genre, c'est de pouvoir, non pas céder de la place, mais gagner de la liberté, si profondes que puissent être nos racines identitaires. Le problème global des hommes dans leur rapport aux femmes est bien celui-là.

"J'ai changé, toi non plus", résumait déjà Elsa Dorlin dans Mouvements en 2007. Alors je terminerai sur un exemple que je considère comme étant une réussite dans ce domaine : celui, il y a quelques temps déjà, de la lutte des pères pour la garde des enfants. Il était encourageant et revivifiant de constater que le terrain traditionnellement laissé aux femmes, et auquel justement elles ne veulent pas être limitées, soit investi par des hommes. Il est sain que le genre agisse ainsi, qu'une lutte puisse s'extirper de ses conditionnements.

Voilà où nous devons avancer, nous les hommes. Pour une société moins oppressive. Et si nous arrivons un jour à cette égalité bien terrienne, alors nous verrons mieux ce qui nous rassemble. Nous serons peut-être alors plus aptes à affronter les grands problèmes qui nous attendent, tandis que se fait, depuis trop longtemps maintenant, le monde sur nos yeux clos.

 

Merci pour votre lecture !

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(1) Je fais couramment de la France insoumise une référence politique. Parce que je crois d'abord à la dialectique et que si mon inclinaison est socialiste, il n'existe pas aujourd'hui de parti pour le représenter. En ce sens, je soutiens la FI comme seul mouvement d'opposition sérieuse capable de faire bouger les lignes.

(2) Estelle Ferrarese, "Trouver le nous des luttes féministes"



41 réactions


  • Cela n’a pas été toujours ainsi. Lire : La femme Celte de Jean Markale.

    Détestant toutes formes de rapports de pouvoir, je n’ai pas souvent été confrontée au problème. Le mieux est encore de se tenir à l’écart du « panier de crabes ».

  • sarcastelle sarcastelle 4 novembre 11:54

    Mon mec me menace de me remplacer par un gynoïde si je continue à l’assommer avec les théories de la modernitude. 


  • sarcastelle sarcastelle 4 novembre 12:56
    Mon mec dit :
    .
     Savez-vous pourquoi vous dominez si aisément votre chien et lui inspirez si facilement la honte de ses fautes, jusqu’à le voir ramper devant vous quand vous lui faites les gros yeux ? C’est parce que le chien est « comme ça » et que vous en profitez pour le dominer.
     Savez-vous pourquoi vous ne dominez nullement votre chat ni ne lui voyez jamais aucun air de s’excuser de rien ? Parce qu’il est « comme ça » et ne voyant lui aussi comme vous que son intérêt, n’a strictement rien à cirer de votre point de vue et préfère le sien. 
    .
     En conséquence de ce qui précède, il est clair que les hommes sont des « chiens », ce que le féminisme de choc a parfaitement compris. Il vise à la domination sexuée (« genrée », mon mec n’est pas intéressé) et emploie l’arme efficace de la cupabilisation de masse, principe incompatible avec la démocratie. L’homme étant « comme ça », ça marche.On trouve même dans ses rangs de l’aide à la repentance.
    .
    Il dit encore : le mot « genre » est comme l’orthographe inclusive : employez-les, mais rarement, et seulement dans un sens burlesque où il est clair qu’ils servent à se moquer de leurs prescripteurs."




    • Self con troll Self con troll 4 novembre 13:25

      @sarcastelle
      Les féministes sentent qu’il est plus difficile de recevoir que de donner. Après avoir accepté leur nature biologique, elles croient possible d’en refuser la difficulté. C’est très utopique de demander à un homme de recevoir.

      Illustration : votre féminisme vous empêche de recevoir tous les hommages que je vous envoie de façon trollesque.


    • @sarcastelle


      Raison pour laquelle, je dis presque toujours : oui" à ma chatte. Parce que nous nous ressemblons.

    • Self con troll Self con troll 4 novembre 13:50

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Non, nous ne tomberons pas dans le panneau (vous voyez lequel, nymphofée ?)

      L’androgyne Polnareff avait une poupée, pas un gynoïde


    • J’ai bien observé ma chatte. Elle ne supporte pas d’obligée de faire quelque chose sur commande. Mais au moment où vous vous y attendez-le moins, elle vient vous démontrer son amour. Raison pour laquelle je fête toujours mes : « non anniversaires ». Jamais à la date convenue.


    • Self con troll Self con troll 4 novembre 13:52

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Ni à l’endroit convenu, je présume


    • @Self con troll

      A non pas France Gall. jeune j’étais son sosie. Une femme qui a viré homo tout en étant toujours amoureuse de son mari vient encore de me le dire. Pitié !!!!! Plutôt la nièce de de Funès ;https://www.google.be/search?q=De+fun%C3%A8s+ni%C3%A8ce&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwiS5_u7_aTXAhXJqKQKHX1mBOUQ_AUICigB&biw=1280&bih=675#imgrc=E0IkXF59AEdoJM :

    • Self con troll Self con troll 4 novembre 14:19

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Le lien va sur « La poupée qui fait non ».
      Offrez un gynandroïde à cette dame qui voudrait faire de vous sa poupée de son.

      Comment se fait-il que cette Isabelle ait été éclipsée par F.Gall. Parce qu’elle est restée brune ?


    • @Self con troll


      . Nos ancêtres avaient d’une certaine manière cette chance. Ils se choisissaient sur des critères de complémentarité économique, sociale. Chacun dans ses conventions, ses faux-semblants, ses secrets, ses échappatoires (Madame Fillon). Ils ne se posaient pas trop de questions. Il fallait perpétuer les traditions, se reproduire. C’était le calendrier de la vie. Avec ses inévitables hors la loi, artistes qui maintenait l’équilibre de la communauté. il y eut la guerre et mai 68. La société a complètement éclaté et les conventions « vieux genre » dans la majorité des cas aussi. Certains comme finkielkrait pensent que c’était mieux avant (un système patriarcal bon teint. Je ne pense pas que la socièté reviendra en arrière, mais sera contrainte d’évoluer vers plus de maturité. Moins d’égalitarisme et plus de complémentarité. 

    • Ciriaco Ciriaco 4 novembre 16:08

      @sarcastelle

      « Je suis un intellectuel. Ça m’agace qu’on fasse de ce mot une insulte : les gens ont l’air de croire que le vide de leur cerveau leur meuble les couilles ».

      Si je peux faire mienne cette citation, ce n’est justement pas parce que c’est celle d’une femme (Simone de Beauvoir). Le genre, c’est ça.

    • Self con troll Self con troll 4 novembre 19:28

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Pour revenir à la dame qui louche entre vous et son mari, j’ai une autre anecdote. Je connais une dame que son mari a quittée pour un homme, après qu’ils aient eu deux enfants, Pour l’encourager, il lui a déclaré : « je ne t’ai jamais trompée ... avec une femme. »


  • Attilax Attilax 4 novembre 13:18

    Les femmes ont bien raison de se battre pour obtenir l’égalité de droits. Elles n’ont pas d’autre choix dans ce monde de brutes, de toute façon. Attention toutefois à toutes celles qui se mettent à détester globalement tous les hommes (il y en a), car heureusement, les hommes ne sont pas que des brutes, du moins pas tous. Personnellement, j’aime à me représenter l’homme et la femme comme deux créatures imparfaites mais complémentaires dans leurs qualités comme leurs défauts, et l’amour comme une guerre qu’aucun des deux ne doit jamais gagner, mais c’est une autre discussion.


    Intéressante, votre idée de « genre » à inclure dans la lutte des classes sociales, je n’y avais jamais pensé sous cette angle.

    • Albert123 4 novembre 18:09

      @Attilax


      « Intéressante, votre idée de « genre » à inclure dans la lutte des classes sociales, je n’y avais jamais pensé sous cette angle. »

      le gloubi boulga feministo marxiste existe depuis les années 70 , inventé par des étudiantes bourgeoises pour mettre fin à la lutte des classes au profit d’une guerre de sexes aussi inutile que sans intérêt pour les classes dominées

      40 ans plus tard la risible et misérable « gender theory » prenait place de la manière la plus hypocrite et lâche qui soit dans nos institutions.

      entérinant ainsi à jamais la fin du pseudo socialisme de gauche pour le remplacer par le sociétalisme communautariste décérébré.

      Rien de nouveau ici.

      juste le retour du même piège à cons.

      allez y sautez dedans à pieds joints, la merde est tiède au début, on s’y sent bien.





    • Attilax Attilax 5 novembre 12:34

      @Albert123


      Le terme de genre m’a l’air ici de concerner principalement les relations hommes/femmes, et il est vrai que la femme a le rôle du dominé depuis des millénaires, dans quasiment toutes les sociétés... La femme occidentale a eu la possibilité historique de changer ce rôle, comment lui donner tort ?
      Êtes-vous pour que les femmes continuent à avoir moins de droits que les hommes ? Qu’elles soient systématiquement moins payées à compétence égale ? Si on prend les statistiques des viols, vous croyez qu’on y trouvera plus de victimes femmes ou hommes ? À votre avis ?
      Bref, vous m’avez l’air un peu à vif, je ne sais pas si bobonne s’est tirée avec un transexuel, mais calmez-vous : je ne suis pas amateur de la « théorie du genre », je suis résolument contre la GPA, je pense seulement que les hommes et les femmes devraient être totalement égaux en droit.
      Pas vous ?

  • Dites-vous bien et je l’ai parfaitement compris les hommes aiment les « garces » (féminin de garçon). Cela ne signifie pas être « méchante pour être méchante ». Mais montrer que la domination n’a aucun pouvoir sur nous. Soit l’homme se barre. Soit il ne peut plus se passer de vous. Le jour où les femmes le comprendront, la société évoluera vraiment. 


  • Lambert Wilson, le fils de Georges a dit un jour quelque chose de tout à fait vrai : les femmesz ne doivent jamais rien attendre des hommes. Soit elles seront leur esclave, soit en attente d’un Prince charmant qui n’existe pas. Et il avait tout à fait raison. Seules les femmes indépendantes et qui se sentent aussi heureuses dans la solitude qu’en couple ont vraiment l’espoir de rencontrer leur moitié. 


    • Attilax Attilax 5 novembre 12:58

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      « les femmes ne doivent jamais rien attendre des hommes. »
      Des hommes, non. De leur homme, oui ! Si elles n’en attendent même pas de l’amour, c’est même pas la peine d’essayer.

      « Soit elles seront leur esclave, soit en attente d’un Prince charmant qui n’existe pas. »
      Ah bon, aucune autre possibilité ? C’est limité comme vision du couple, dites-donc ! Et qu’est-ce qu’il en sait, Lambert Wilson, il n’a jamais vécu avec une femme à part sa mère !

      Nous (hommes et femmes) sommes radicalement différents, voire même des contraires. Mais au lieu de voir ces différences comme des gouffres infranchissables, je les vois comme des complémentarités : nous avons besoin de l’autre. Le fait que nous n’ayons pas les mêmes priorités ne change rien à l’affaire.
      Si l’amour est une guerre, alors je veux un adversaire digne de moi et un combat juste, je suis donc pour l’égalité totale des droits entre hommes et femmes.

    • @Attilax

      Je voulais simplement faire passer le message que le jour où les femmes cesseront d’attendre : leurs rêves se réaliseront...Bien sûr que notre moitié au sens platonicien existe. Mais il ne faut JAMAIS le chercher.


    • Exemple : les agences de rencontre,...

    • Attilax Attilax 5 novembre 14:02

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Je suis à moitié d’accord. Si on ne cherche pas du tout, on a à priori aucune chance de trouver, à part si on se fie au destin, ce qui me paraît un peu risqué. Les agences de rencontre ne sont qu’un moyen facile d’« essayer », pas plus redoutables que les boites, les bars ou autre, juste plus rapide, à l’image de notre société de consommation effrénée. Mais nous sommes effectivement en quête d’un absolu qui n’existe pas tel qu’on se l’imagine adolescent. Ce qui n’empêche pas d’y parvenir, mais le chemin est long et tortueux, et la vie de couple est une domestication mutuelle qui prend toute une vie. Ça vaut le coup, malgré toutes les souffrances qu’on peut s’infliger. Ce sont les épreuves qui nous grandissent, et c’est seulement à l’aune de ce qu’on est capable d’encaisser qu’on réalise à quel point on tient à l’autre. Aimer passe forcément par la souffrance, à un moment ou à un autre. Soit on la transcende et l’amour en sort fortifié, soit on lâche l’affaire et l’histoire est finie. Il n’y a pas de grand amour sans grandes batailles. C’est pour ça que je considère l’amour comme une guerre permanente, qu’aucun des deux ne doit perdre ni gagner. Rester ensemble et s’aimer toute une vie, c’est un boulot épuisant qui demande abnégation et sacrifices, particulièrement quand les gosses arrivent : c’est le test ultime pour savoir si votre conjoint est le bon ou pas, s’il vous aime égoïstement pour son seul plaisir ou s’il est prêt à abandonner sa liberté et sa jeunesse pour s’enchaîner volontairement à la vie de famille, avec tout ce que ça implique. Ça ne se fait pas « par hasard », c’est un choix, qui nécessite énormément d’amour pour perdurer. Je vis avec mon valeureux adversaire depuis presque 30 ans, et s’il y a bien une chose que nous nous sommes enseignés au fil du temps, c’est le respect.

  • La peur de l’autre sexe existera se tout. Un Roc indépassable (la plupart des acteurs de cinéma sont homos). La femme de Dali (Nusch) et qui fut le compagne de nombreux surréalistes l’a avoué un jour dans une émission d’ARTE : les hommes sont tous homosexuels (plus ou moins refoulés, le football en est la parfaite illustration) . Autant savoir. Pourquoi se battre contre de moulins ?



  • Concernant Sartre et de Beauvoir, je vous conseille une excellente lecture : À propos de Sartre et de l’amour
    Livre de Suzanne Lilar

  • JC_Lavau JC_Lavau 5 novembre 08:35

    Sabine Dacier avait procédé elle-même à l’organisation des Camps Spéciaux d’Internement. Aussi était-elle particulièrement fière quand elle fit visiter celui de Tours, sa ville natale, à Marie-Pierre Horin, avec qui, par ailleurs, elle venait de se mettre en ménage, le mari de celle-ci, depuis quelques jours arboraient avec fierté son insigne triangulaire d’Auxilaire Masculin Privilégié.

    La porte du Camp s’ouvrit devant les deux Ministres pour leur offrir dès l’entrée un spectacle inattendu. Apparemment, aucune présence masculine. Seules, quelques gardiennes en uniforme de cuir noir déambulaient dans l’enceinte fortifiée du camp. Elles étaient élégantes et particulièrement excitantes dans leur tenue officielle créée par Amanda Kred, la ministre de l’Industrie, et confectionnée par ses propres mâles. A part leur pistolet réglementaire pendant contre leur hanche, les jeunes femmes n’avaient comme arme qu’un petit boîtier de télécommande à la main.

    En s’avançant Marie-Pierre constata que le sol qui semblait vitrifié était en fait constitué par de grande plaques de verre très épais sur lesquelles avançaient les gardiennes grâce à des chaussures à semelles caouchoutées.

    - Mais, Sabine, demanda la Première Ministre, où sont donc les mâles rebelles ?

    - Regarde par terre, chérie.

    Baissant les yeux, Marie-Pierre eut un sursaut de surprise en découvrant sous elle, dans d’étroites petites cellules fermées simplement en haut par les épaisses dalles de verre rivetées, des hommes complètement nus, un par cellule, assis, couchés ou debout selon la largeur de celle-ci.

    - Mais ils voient mes fesses ! s’exclama-t’elle en plaquant sa jupe sur ses cuisses. Quelle horreur !

    - Laisse donc. Ils n’ont que ça à voir jusqu’à leur mort. Et la plupart d’entre eux ne sont plus des êtres humains depuis longtemps. Regarde les gardiennes ! Elles s’en fichent bien, elles !

    Effectivement les jeunes-femmes ne semblaient pas s’inquiéter du spectacle qu’elles offraient aux habitants du sous-sol. Parfois, l’une d’entre elles, paraîssant découvrir quelque chose sous ses pieds, utilisait quelques secondes sa télécommande, constatait les conséquences de son geste puis reprenait tranquillement sa promenade.

    - Que fait-elle ? demanda Marie-Pierre.

    - Son boîtier de télécommande lui permet, d’en haut, de gérer totalement la vie des prisonniers d’en bas. Elle doit d’abord composer le code d’accès de la cellule qui l’intéresse. Elle a alors le choix entre cinq fonctions différentes. D’abord l’ouverture de la. trappe de verre (quand un nouveau prisonnier est amené). La distribution de nourriture (qui se fait par un système de conduits pneumatiques). Le lavage (un jet d’eau puissant nettoie le sol, les murs et l’occupant de la cellule). L’évacuation (l’eau, les restes et les excréments sont emportés vers les égouts). Et l’élargissement ou le rétrécissement des cloisons latérales.

    - C’est vrai. Ils n’ont pas droit tous à la même surface vitale ?

    - Non, ma chérie, continua d’expliquer Sabine. Cela dépend de leur comportement et de l’importance de ce qui leur est reproché. Les gardiennes sont seules juges. Elles peuvent accorder les deux mètres carrés maximum (un mètre sur deux) qui leur permettent de s’allonger par terre s’ils le désirent ou rétrécir la surface au sol pour qu’ils ne puissent se tenir qu’assis ou debout.

    - Celui-ci qui nous regarde d’un drôle d’air ne peut même pas bouger !

    - Gardienne !

    - Oui, Madame la Ministre ?

    - Qu’a fait cet homme ?

    - Oh, celui-ci ! fit la jeune-femme en uniforme en désignant du pied le visage tendu vers elles. C’est un râleur. Jamais content ! Il n’en a plus pour très longtemps, de toute façon. Chaque jour, je rapproche les cloisons de sa cellule d’un centimètre.

    - Il va finir par être étouffé ? demanda Marie-Pierre intéressée par le supplice de l’homme dont le regard ne quittait pas ses dessous. Cela fait-il longtemps qu’il est dans cette position ?

    - Plus d’une semaine, Madame la Première Ministre. Mais croyez-bien que, pour lui, cette semaine représente une véritable année ! Quant à étouffer, je ne sais pas. Certains meurent effectivement par étouffement mais d’autres attendent d’être complètement écrasés avant de rendre l’âme !

    - Les cloisons, en effet, peuvent se rapprocher jusqu’à se toucher, expliqua Sabine plus en détails. Ainsi les prisonniers sont réduits en une bouillie sanglante qu’il ne nous reste plus qu’à évacuer par les égouts, comme leurs excréments...

    - Quelle horreur !

    - Mais non. Ce ne sont que des rebelles machistes !

    Extrait de « Quand la femme vint au pouvoir » Aline d’Arbrant.


    • Ciriaco Ciriaco 5 novembre 12:23

      @JC_Lavau
      Voilà qui n’est pas très catholique smiley

      C’est une littérature qui est très sexualisée. La fascination pour le Marquis de Sade est du même ordre. Il fut condamné par le pouvoir avant de mourir dans un asile. 200 ans après, Aline d’Arbrant fut aussi incarcérée.

      La fascination, qui est réelle dans les deux cas, pour ce type de pouvoir se traduit dans les faits par une lecture à une main, et elle se pratique dans les cercles du BDSM, hommes et femmes confondues. Ces pratiques sont dans ce domaine socialisées (jeux, codes, ...) et consenties. C’est une démocratisation, ces pratiques ne datent pas d’hier. Et c’est un progrès : car le problème se produit quand des déviances n’ont aucun espace pour s’exprimer, hormis celui du non-consentement, justement l’élément qui est porté par la récente manifestation des femmes.

    • arthes arthes 5 novembre 15:33

      @Ciriaco
      Exact...J’avais écris une nouvelle , genre « conte fantastique BDSM, pareillement épouvantable au premier degré mais très hilarante au deuxième, voire presque érotique, sans doute le besoin d extérioriser le »donjon harem" que j’avais dans mon esprit, avec une trame et même une moralité, si on peut dire...Car dans ce genre d’histoire, si on finit par ; Et elle épargna tous ses prisonniers qu’elle rendit à la liberté, c’est pas bon, les lecteurs vont êtres déçus smiley


    • Ciriaco Ciriaco 6 novembre 04:12

      @arthes
      Je vois bien ce que vous voulez dire : les gens du BDSM parlent souvent d’une vraie libération, d’un abandon momentané de tout poids et toute chaîne. Perso et pour cela j’ai horreur des lassos ^^


      J’ai voulu parler d’autre chose et je vais vous dire : je ne sais pas si les hommes doivent penser aux femmes par le biais du féminisme, je pense qu’il faut plutôt trouver des catégories opérationnelles. On ne peut pas avoir d’un côté une société du spectacle hyper-sexualisée, au milieu un fossé social gigantesque situé entre des élites qui ne se privent de rien et des classes populaires complètement paumées et manipulées, et de l’autre côté une moralité simplement répressive. Ça fait des décennies qu’on alerte sur les problèmes de cette société. Et des décennies qu’on se fait envoyer dans les roses.

      Je vous le dis clairement : l’autorité est en train de reprendre ses très anciennes manies. Et je me demande bien qui va pouvoir faire le boulot, surtout quand aux périodes très précises de mobilisation, on se fait aligner dans les médias et que nombreux sont les imbéciles à se faire un trône des ragots.

    • arthes arthes 6 novembre 09:35

      @Ciriaco

      La moralité répressive, elle permet d’entretenir les relations de pouvoir surtout dans les foyers, la relation de pouvoir distancie les êtres entre eux, entretien un conflit latent, des frustrations qui rongent et c’est d’autant dangereux en fin de compte que chacun, chacune prenant conscience de sa propre individualité à besoin de l’affirmer pour l’épanouir....Ce besoin légitime  de libérer son moi des carcans, préceptes sociaux est en fait canalisé par toutes les tentations à la consommations qui flattent l’égo et le font rêver pour le faire dormir et ensuite par des pensées toutes faites que le « je » peux s’approprier comme venant de lui même mais qui ne viennent pas de lui, de manière à ce que cela lui évite de faire le boulot de réfléchir, le but étant de le maintenir en sommeil. sans qu’il s’en rende compte

      Lorsque il y a problème, alors ce sont les instincts qui se réveillent et qui dominent, le « je » volontaire est déconnecté du corps.

      A mon avis, la solution n’est pas dans l’espoir qu’ un parti politique porte la bonne parole, car les partis divisent les êtres, c’est plutot à chacun de bien réfléchir et comprendre que la recherche de son propre confort ne peut et ne doit pas exclure celle de l’autre et de la collectivité, il est temps de comprendre que le darwinisme social , base des rapports de pouvoir n’apporte que des malheurs et que pour s’en sortir , c’est par la coopération qu’il faut passer, déja dans son propre foyer et dans les relations h/f.


      C’est ce à quoi votre billet me fait penser smiley

    • arthes arthes 6 novembre 10:59

      @arthes



      Rectification : 
      c’est plutôt à chacun de bien réfléchir et comprendre que la recherche de son propre confort ne peut et ne doit pas exclure la recherche de celui de l’autre et de la collectivité, car nous ne pouvons pas être heureux lorsque l’autre souffre, hors, notre manière de poser le problème social repose sur une culpabilité : Nous ne devons pas être heureux lorsque l’autre souffre...Et ça, ça ne marche pas !

    • Ciriaco Ciriaco 6 novembre 12:02

      @arthes
      Deux mots sur un je qui m’est propre : je laisse la société de consommation aux consommateurs qui savent toujours me convaincre avec brio de tâcher de limiter mon contact avec eux au strict nécessaire.


      Vivre la différence n’est pas un slogan : c’est une expérience de la violence, celle justement qui est définie et fait ordre social. Ordre qui vous apprend que quelle que soit la concession que vous ferez, vous serez toujours perdant. En ce sens la politisation est un recours : les structures sont réelles, et elles se vivent comme telles (ce ne sont pas des idéologies). Vous aurez compris que je parle d’une expérience sociale concrète. Vous savez, le darwinisme social, c’est très réel : il y a les espèces éliminées.

      Globalement la société évolue de plus en plus vers des systèmes d’acquisition du pouvoir par meurtre symbolique : vous parlez d’un pays. Faire preuve d’opposition n’est quelque chose d’innée, mais comment voulez-vous que ça ne devienne pas parfois une nécessité. Il faut aller chercher le bon dans toute cette violence : juste pour vivre ! Mon petit nous, c’est celui-là : nous sommes les oubliés, et souvent même les sacrifiés. Vous parlez si le genre est une banalité évidente ! Combien faut-il lutter pour rappeler ce qu’on a sous les yeux !

      Evidemment (je ne sais pas si c’est utile de le préciser), j’aurais plus de sourire à parler autour d’un feu de bois, c’est bien autre chose dans le primitif qui me lierait.

    • arthes arthes 6 novembre 12:56

      @Ciriaco

      « Vivre la différence » c’est en effet, si on la lance comme ça, une formule creuse que Macron aurait pu utiliser lors de sa campagne pour enthousiasmer les foules et les médias, et c’est un slogan publicitaire pour vendre des machins en flattant l’égo .

      Déja 2 éléments qui illustrent ce que j’avance en exprimant que les êtres prennent de plus en plus conscience de leur propre individualité , cette prise de conscience  est t canalisée et détournée , endormie, par un système pervers, qui veut empêcher que les gens puissent penser par eux même.
      Et je ne connais aucune structure politique, aucun parti dont l’objectif soit de délivrer les consciences, ils font tout pour maintenir les clivages, et si on veut faire bouger les choses, c’est dans sa propre mentalité qu’il faut commencer.

      Ainsi, en regardant la réalité en face, qui détient le pouvoir ?
      Les technostructures, donc le Capital et le complexe militaro industriel lesquels se suffisent à eux même.

      Macron est un acteur, comme ceux qui l’on précédé, et aucun parti ne saura et voudra lutter contre cette méga structure.

      J’en reviens toujours à : Faire preuve d’opposition c’est tous les jours , déja penser par soi même et ne pas céder aux préceptes édictés par des moralistes et faiseurs de lendemains qui chantent, et aller vers la coopération plutot que la division, la coopération pour une « nous » qui n’est absolument pas l’abdication d’un « je » , pas plus qu’il puisse s’agir de faire des concessions.

      Au bout du bout, lorsqu’il n’y aura plus de guerres hein ? Et bien il n’y aura plus de ventes d’armes.
      C’est tellement mieux la paix.

      Bon, je sais, ça fait utopiste, nous ne sommes pas rendus au bout de nos malheurs, et très loin s’en faut.

    • Ciriaco Ciriaco 6 novembre 21:24

      @arthes
      Et une coopération vers quoi si vous ne définissez rien ? Je vais vous le dire pour le minimum : contre ce qui oppresse. Et si vous décidez, en plus de cela, d’ouvrir des pistes vous aurez une vue encore meilleure sur ce qui vous freine. Vous verrez que c’est éminemment politique, dans le sens où c’est l’organisation sociale qui porte des tendances. A partir là vous aurez un point de vue politique : vous pourrez identifier les lignes et vous verrez les rapports de force entre elles.


      Vous en conclurez qu’il n’existe nul projet sans rapport de force et qu’il y a deux façons de l’approcher : le mépriser (l’autorité, la force, la puissance, la manipulation - tendance des populations déclinantes) ou l’inclure (la complexité, la pensée, la différence, la responsabilité - tendance du progrès).

      Autrement dit, il faut déjà être très armé pour lutter contre ce qui oppresse et pour encourager l’ouverture. La génération précédente, et celles d’avant encore, connaissaient des prolétaires qui lisaient pendant le temps de pause au travail. Vous ne leur auriez jamais ôté leur livre des mains.

      Tous les gens avisés sont conscients d’un vol de classe. Pour cela il faut soit beaucoup de cœur et d’intuition, soit être né d’une famille pauvre, humble, courageuse et avoir vu ce qu’il est advient dans les moindres rapports aux institutions et dans les moindres vues du pouvoir (éducation, logement, sécurité sociale, travail, retraite). L’expérience est la vérité de l’être, et il n’y a que l’oppression pour la nier : il y a de ce fait toujours une ignorance de classe et c’est pourquoi celui qui s’instruit est bien plus courageux que n’importe quel parfumé des télés qui ne connait rien du service militaire, du RSA, du chômage, de l’incarcération et de la manche et qui prône, dans tous les cocktails mondains et entre-soi médiatiques exposés au public en guise d’information, le travail et la compétitivité au nom des valeurs de celle qu’ils prostituent.

      Ne cherchez pas où est la trahison politique. On leur souhaiterait de s’en aller, en Suisse tiens, le paradis fiscal de l’Europe dont on ne parlera pas, rattraper la virgule de leur croissance qui s’est décrochée par un hasard inexplicable, le vent peut-être, du taux de profit, renforcer leurs entreprises de football au capital des sanguinaires : leur cynisme suffit, pas un ne manquera à notre souvenir.

    • arthes arthes 7 novembre 07:50

      @Ciriaco

      La cooperation dont je parle est un etat d esprit libre et conscient d e lui meme qui souhaite agir avec un autre aussi libre et conscient de lui meme pour le bien commun.
      Sans s alliener les uns les autres et sans se soucier du nom, de la couleur politique, de l origine sociale 

      C est ce que je fais concretement dans mon quartier a Sarlat, et ce n est pas de l associatif, vu que j ai un commerce, et il y en a quelque s autres...c est une maniere de voir la vie et d appliquer ses principes, de maintenir un ciment social , une dynamique de vie coloree alors que les centre ville se des ertifient pour les grands surfaces de banlieue, de faire travailler les petites filieres, de s entraider...Et les gens qui aiment viennent dans le quartier apprecier cette dynamique et petit a petit les idees se rependent toutes seules.

      Mais il y a beaucoup d autres manieres de faire du cooperatif, autant qu il y a de personalites et d individus.

      La premiere oppression est celle qui nous empeche de penser par nous meme, les partis politiques pensent pour vous et utilisent vos coleres legitimes ils servent ainsi les technostructures qui ont interet a vous maintenir dans la lutte des classes et diviser patrons et employes afin de bien tordre tout le monde et continuer de designer un ennemi pour noyer le poisson.

      Et voyez vous, c est cette idee qui m est insupportable plus que toute autre, definitivement fuck them all autrement dit.




    • Ciriaco Ciriaco 7 novembre 14:30

      @arthes
      Nous n’avons pas la même histoire, et nous ne vivons pas les mêmes réalités. Mon école est celle de la complexité. Si je vous le dis tel quel, cela est-il suffisant ?


      Un exemple et une question. Comment relier les valeurs qu’il y a dans votre investissement, qui font partie de ce que j’aimerais voir arriver plus largement, au fait que nous ne défendrez pas mon droit au travail, mon droit de grève, celui d’avoir une santé dont je peux économiquement m’occuper, ou celui de ma retraite ?

  • Crab2 6 novembre 10:19

    Parce que j’ai été élevée dans la honte avec un père qui m’exhortait à baisser les yeux si le regard d’un homme se posait sur moi.
    Je n’ai donc développé aucun réflexe de défense face à un homme, encore moins s’il avait entrepris de m’agresser. - Suites :

    https://laicite-moderne.blogspot.fr/2017/11/isabelle-adjani-et-les-autres.html


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