mardi 2 avril 2019 - par Eric F

Réindexation immédiate de TOUTES les retraites sur l’inflation

L’une des revendications des Gilets Jaunes, relayée par les contributions au « grand débat » et pétitions (Réf 3) est la réindexation des retraites sur l’inflation. Déjà en 2019, elles n’ont été revalorisées que de 0,3 % et il est prévu de faire de même en 2020, alors que l’inflation a été de 1,8 % en 2018 et reste du même ordre, surtout que les retraites avaient déjà été quasiment gelées depuis 2013.

Les retraités avaient déjà subi une hausse de la CSG, mais le seuil d’application a été remonté progressivement, désormais 2000€/mois. Or contrairement à la progressivité des impôts « par tranches », ce taux s’applique comme un couperet sur la totalité de la pension de retraite. Les ingénieurs ou professeurs retraités ont donc, tout cumulé, eu une perte de pouvoir d’achat supérieure à 5 % sous le quinquennat Macron, s’ajoutant aux 5 % hérités des années précédentes

Or le parti au pouvoir, dans ses « propositions » dans le cadre du grand débat, a subrepticement parlé d’indexation des retraites jusqu’à un certain seuil, formule reprise mardi 2 Avril matin sur BFM TV par le concussionnaire Richard Ferrand, président de l’Assemblée Nationale. Selon les infos médiatiques, ce serait jusqu’à 1200 euros (ref 1). De nouveau, il s’agit de diviser les citoyens en prenant démagogiquement des mesures catégorielles (comme ce fut avec les 100 euros de décembre), et en l’occurrence détourner la demande de justice qui visait les avantages accordés aux profits financiers, que le gouvernement continue de sanctuariser

Or le calcul des retraites n’est pas soumis à l’arbitraire, mais constitue un droit basé selon les cotisations versées durant toute sa carrière. Depuis 1987, les revalorisations étaient basées sur l’inflation (Ref 5) -hors « gel » comme actuellement-, une commission a proposé de l’indexer sur les salaires (Réf 2), mais dans tous les cas c’est applicable à l’ensemble des retraites. L’exception étant le « minimum vieillesse » qui peut bénéficier de coups de pouce. Vouloir prendre une nouvelle fois des mesures partielles est une démolition du le système « assurantiel » issu du CNR pour passer à une logique d’ « assistance », comme c’est le cas pour les indemnités chômage. Le système social issu de la Résistance est basé selon le principe cotisant-bénéficiaire, la redistribution est effectué à un autre niveau, celui des impôts directs à taux progressifs, la France étant le pays le plus redistributif du monde.

Les syndicats de retraités se sont prononcé contre une mesure plafonnée (ref 4)

extraits :

Pour Pascal Santoni, de l’UCR-CGT, une réindexation différenciée serait "largement insuffisante". Elle serait aussi "incohérente et assez dangereuse", car "elle tendrait à diviser une fois de plus les retraités", après la baisse du taux de CSG concédée en fin d’année pour ceux qui touchent moins de 2.000 euros par mois.

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"Une telle distinction serait redoutable", abonde Didier Hotte (UCR-FO), car la retraite n’est "pas une allocation sociale, mais un droit", en tant que reflet d’une carrière et des cotisations versées.

"Une retraite servie à la carte au bon vouloir du prince" serait en outre "contraire" au futur régime universel promis par le gouvernement, dans lequel "un euro cotisé doit donner les mêmes droits", fait valoir M. Hotte.

De même, Michel Salingue, de la FGR (fonctionnaires), s’"inquiète grandement du pli qui est pris" en traitant la retraite "comme une sorte d’allocation sociale". Il juge également "totalement inacceptable" d’en faire "une variable d’ajustement du budget".

 

Tout dépendra des réactions au démagogisme gouvernemental concernant la double peine que serait la hausse de la CSG et le maintien du gel pour les retraites des classes moyennes ou moyennes-supérieures. En tout cas, cela devra se répercuter dans l’urne.

 

Ref 1 : http://www.leparisien.fr/economie/reindexation-des-retraites-le-dilemme-du-gouvernement-22-03-2019-8037933.php

 

Ref 2 : http://www.leparisien.fr/economie/annexer-les-retraites-sur-les-salaires-la-proposition-de-jean-paul-delevoye-16-02-2019-8013354.php

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Ref 3 https://www.mesopinions.com/petition/politique/indexation-retraites-inflation/55743

 

Ref 4 https://www.francetransactions.com/actus/news-epargne/reindexation-des-retraites-les-syndicats-de-retraites-pas-convaincus-voire.html

 

Ref 5 : https://www.legislation.cnav.fr/Pages/bareme.aspx?Nom=revalorisation_coefficient_revalorisation_retraite_bar

(outre le caractère universel de la revalorisation depuis 1949, on y voit le quasi-gel depuis 2013)

 



108 réactions


    • Eric F Eric F 4 avril 2019 19:23

      @Aristide
      on note quand même que la sociologie des électeurs de Macron comporte une forte proportion de retraités « diplômés », mais au fond, c’est peut-être de l’abnégation smiley


  • eddofr eddofr 4 avril 2019 16:10

    Disons les choses simplement, il y n’a que deux composantes principales dans le fonctionnement de l’économie, la force de travail et le capital (l’argent).

    Sans force de travail rien n’est produit.

    (exemple classique : demandez à un tas de billets de cuire du pain, il ne vous répondra même pas ... car ce n’est qu’un tas de papier imprimé).

    Sans capital, il est impossible, dans notre modèle, de réunir les moyens nécessaires à l’utilisation de la force de travail.

    (même exemple : un boulanger ne fera pas de pain si quelqu’un n’achète pas un four et de la farine et comptant être « rémunéré » sur la vente du pain).

    La différence entre les deux, c’est que l’argent n’a pas besoin d’être éduqué et qu’il ne vieillis pas, encore qu’on pourrait considérer l’inflation comme une forme de vieillissement ... disons qu’il vieillit beaucoup moins vite et ne devient jamais complètement improductif.

    La force de travail, elle, n’est disponible qu’après éducation et seulement pour un temps déterminé.

    Cela signifie, que quand on calcule la répartition du profit, on doit prendre en compte non seulement le coût présent du travail, mais également le coût de l’éducation et celui de la retraire.

    Autrement dit, l’éducation, le salaire, puis la retraite ne peuvent être financés que par la richesse produite par le travail durant la période d’activité.

    Que cela soit traité par répartition ou par capitalisation (avec les risques de dérive inhérents à chacun de ces deux systèmes), le capital ne peut s’exonérer de cette rémunération et il finira par la payer d’une manière ou d’une autre (impôt, salaire, cotisation, plan d’épargne d’entreprise, ...), parce c’est lui qui détient la richesse produite par le travail et qui doit donc en payer les coûts, fussent-ils cachés ou indirects (sauf à demander à l’état de créer de l’argent ex-nihilo pour payer les retraits avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir).


    • Eric F Eric F 4 avril 2019 19:47

      @eddofr
      On parle souvent du problème du partage de la valeur ajoutée entre rémunération du capital et rémunération du travail. Mais un élément supplémentaire intervient : avec la robotisation une part croissante du « travail » est automatisé, et le « cout de fonctionnement » hors cout salarial prend une part croissante, or cette part ne « finance » pas la protection sociale basée sur la seule masse salariale. Cela a toujours existé depuis les premières machines mais ça prend désormais une ampleur considérable, et engendre une pénurie d’emplois productifs (ceux financés directement par l’économie).
      Donc le financement des revenus de la population (et ça inclut les retraites, sujet de l’article) par le fonctionnement de l’économie nécessitera de nouveaux critères que le seul partage capital vs travail.


  • Cyril22 10 avril 2019 20:49

    En fait il y a un grand décalage entre les demandes formulées autour du mouvement des Gilets Jaunes, et ce que le gouvernement présente comme étant issu du Grand Débat. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/les-gilets-jaunes-remontes-apres-la-restitution-du-grand-debat-national-20190408

    On lit ici ou là que la sociologie des participants à la consultation est différente de celle qui manifeste dans les rues, et notamment une sur-représentation des urbains et des retraités, mais dans ce cas il est très surprenant que la réindexation des retraites ne figure pas dans la « restitution ».
    Pour l’économiste à l’OFCE Henri Sterdyniak, c’est « l’ensemble des retraites qui doivent être au minimum indexées sur les prix ». https://fr.news.yahoo.com/indexation-retraites-ne-peut-distinguer-144813301.html

    Il en va de même pour les impôts, il était question dans les revendications de répartition équitable, notamment celle des revenus financiers, et non d’une baisse globale, qu’on ne prétende pas qu’une majorité des contributeurs dans les communes ou la consultation en ligne soutiennent la suppression de l’ISF.

    Si le pouvoir pense traiter la fronde sociale en prenant des mesures à contre-pied de ce qui est demandé, on peut s’attendre à des réactions véhémentes. Du reste même le monde politique se réveille, ainsi les oppositions se sont unies pour engager une procédure de referendum d’initiative partagée contre la privatisation des aéroports, contre laquelle les manifestants ont notamment protesté, et une majorité de l’opinion publique est opposée.


    • Eric F Eric F 11 avril 2019 10:51

      @Cyril22
      Ce matin, Bayrou a été l’invité de Bourdin sur BFM TV, il a exprimé ses réticences sur la question des baisses d’impôts, en parlant de justice fiscale mais sans préciser ce que ça recouvre (il n’est certainement pas favorable au rétablissement de l’isf). Concernant les retraites, il a repris l’expression « jusqu’à un certain seuil », ce qui laisserait entendre que ceux pour qui la hausse de CSG est maintenue seraient exclus d’une revalorisation de pension (double pénalité). Or cela devrait fonctionner par « tranches » (comme celles pour l’impôt) : si une tranche est revalorisée, cela devrait valoir pour l’ensemble, évitant de créer des disparités démotivantes pour ceux qui cotisent/ont cotisé et voient les droits escamotés.


  • Cyril22 14 avril 2019 23:24

    J’ai entendu ce dimanche soir aux actu de TF1 des « préannonces » -est-ce par fuitage intentionnel ou supposition ?-, qui ressemblaient de façons frappante à la contribution LREM mentionnée dans le présent article. Si c’était le cas, alors le processus du débat aurait vraiment été une duperie totale.


    • Eric F Eric F 16 avril 2019 21:54

      @Cyril22
      Curieux en effet, ce soir Macron n’a fait aucune annonce, mais les média les font à sa place, et ça ressemble en effet à la « contribution » LREM au grand débat. Je vais attendre un peu avant de me prononcer, mais si c’est bien cela qui est dévoilé, l’arnaque du débat serait totale et il faudra le prendre en considération. Concernant les retraités, ceux pour qui l’augmentation de CSG est maintenue seraient justement ceux dont les pensions resteraient gelées, double peine, et même triple avec la taxe d’habitation maintenue encore trois ans, alors que les très riches bénéficiaires de flat tax auront été favorisés.


  • Eric F Eric F 25 avril 2019 19:35

    [suite à la conférence de presse présidentielle]

    Comme on pouvait craindre, ceux-là même pour qui la hausse de la CSG reste applicable se voient refuser la réindexation de leur pension, double peine sur le même seuil couperet. Bizarrement, le gouvernement Valls avait renoncé à une indexation catégorielle sous un seuil par crainte de rejet par le Conseil Constitutionnel sur la base du code de la sécurité sociale (la question se pose).

    La notion de « droits » acquis par des cotisations, qui est la base du système d’assurance sociale est donc jeté aux orties. Même sans réindexation totale, Il aurait été possible de mettre en place une réindexation partielle sur la « tranche » de pension jusque 2000 euros applicable pour tous, cela n’aurait exclu personne. Ou encore une augmentation forfaitaire égale pour tous (« échelle mobile »). Le comble du cynisme a été de déclarer que l’ensemble des pensions seront réindexées en 2021, alors que c’est ce qui était déjà prévu.
    Bien évidemment la décision n’est pas fortuite, exclure ostensiblement les catégories intermédiaires (entre 1,5 et 3 smics) est de la démagogie populiste pour occulter le fait que les « très riches » ont bénéficié de grandes largesses (flat tax, suppression ISF sur les capitaux financiers).


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