Réponses d’un citoyen de gauche aux dix questions de Ségolène Royal
Madame
Royal, vous avez posé dix questions aux militants du PS. Permettez-moi déjà de
douter de cette initiative fleurant bon l’institutrice en position de
supériorité face à sa classe, or, une telle position se mérite. Récemment, vous
avez suivi Sarkozy sans aucune réserve critique lors du pataquès sur la mémoire
de la Shoah portée par les élèves de CM2. Face au tollé des gens responsables
de ce pays vous avez fait machine arrière, un peu tardivement hélas, pas aussi
rapide que les citoyens éclairés ayant eux aussi vite saisi les limites de
cette proposition. Et pas vous ; pourquoi ? Parce que vous êtes
aliénée dans une démarche personnelle de pouvoir. Etes-vous à la hauteur de la
fonction présidentielle ? Autre élément à charge. Vos propos sur l’envoi
des troupes en Afghanistan. Vous avez déclaré qu’il fallait s’assurer de la
sécurité des militaires français. A ce compte-là, autant les déployer dans un
collège du Poitou pour apprendre la civilité aux jeunes. Là, c’est sûr, notre
contingent sera en sécurité. Et aux pompiers, vous leur direz de ne pas
intervenir sur un incendie avant d’avoir vérifié qu’il n’y a aucun
risque ? Jamais il ne vous est venu à l’idée que la question de sécurité
pour un contingent se règle de manière technique alors que le débat sur l’envoi
de nos soldats concerne les fins et le sens de l’engagement. Décidément,
vous ne devriez plus briguer la magistrature suprême, ni d’ailleurs la tête du
PS, mais seriez-vous entêtée ? Je veux bien jouer le jeu de répondre à
vos dix questions, moi, citoyen de gauche !
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1.
Il faut sortir du fossé entre un discours pseudo révolutionnaire dans
l’opposition et un conformisme économique au pouvoir : de quelle façon ?
D’abord
en prenant conscience qu’il n’y a pas de discours pseudo révolutionnaire dans
l’opposition ou, s’il y en a un, c’est chez la LCR et son jeune page qui milite
pour les retraites, un facteur déjà bien vieux, qui ferait mieux de se
ressourcer sur l’œuvre du facteur Cheval. Quant au conformisme économique, il
n’existe pas en politique, mais c’est la règle pour une entreprise. Cela
s’appelle bien gérer. Verdict, une
question simplificatrice et trompeuse à laquelle seuls les militants dévots prendront
le soin de répondre.
2.
Le socialisme ne peut pas se contenter d’aménager le capitalisme financier à la
marge : comment produire et répartir autrement la richesse ?
Là,
je vous renverrais à Georges Sorel qui, en son temps, avait senti cette
propension du PS, non exempte d’envie, de se substituer au monde économique et
de le gérer sans en avoir la légitimité ni les inconvénients du risque. Le
monde économique n’a pas besoin d’une bureaucratie politique pour le gérer, le
fait que vous posiez cette question en ces termes montre que vous retardez d’un
demi-siècle. Vous auriez mieux été à votre place au moment des Trente
Glorieuses et du plan.
3.
Que reprendre des modèles progressistes des autres pays et que rejeter ?
Question
guère subtile. C’est comme si on voulait construire une automobile en prenant
la transmission d’une Ferrari, la boîte de vitesse d’une Porsche, le moteur
d’une Ford Mustang et la carrosserie d’une Rolls. Il ne vous est jamais venu à
l’esprit qu’une mesure politique dans un pays s’insère dans un ensemble
cohérent et, de plus, est compatible avec l’esprit de la nation. Relisez
Montesquieu. Tout ce qui peut être pris comme initiative tient du talent
français. La seule question qui vaille est de savoir pourquoi le potentiel
intelligent des Français n’est pas utilisé. Mais, qui sait, vous avez la
réponse.
4.
Il faut pousser l’agilité des entreprises, le goût du risque et l’esprit
d’entreprendre, tout en améliorant la situation des salariés et leur Sécurité
sociale. Avec quel compromis ?
Encore
cette lubie socialiste, dénoncée par Sorel, d’intervenir dans les entreprises.
Si ça vous titille tant Mme Royal, créez votre propre entreprise pour sonder
ce que peut être le goût du risque, sinon, laissez les entreprises vivre. Il
n’y a pas de compromis autre que celui qui s’exerce entre les travailleurs et
la direction. Le politique n’a pas à en s’en mêler sauf à se substituer aux
défaillances égoïstes et encore, l’Etat étant aussi égoïste que le monde
économique qui, comme dirait Desproges, est égoïste parce qu’il ne pense pas à
l’Etat. Que faire ? Amortir le risque par des règles financières justes.
Chacun fait sa vie. Si un salarié n’est pas satisfait, qu’il ait les moyens de
dire bye et se casser. C’est ma réponse à votre question.
5.
Il faut rééquilibrer le rapport de force entre le travail et le capital par une
meilleure répartition du profit. Quels contre-pouvoirs dans l’entreprise ?
Question
apparemment déplacée, montrant que vous ne connaissez pas l’économie et que
vous raisonnez encore sur des modèles d’il y a quarante ans, hérités de la
lutte des classes. Là, vous montrez que vous êtes dans un plan obsolète et, à la
question que vous posiez précédemment en 1, je réponds, soyez la première à ne plus
emprunter au schéma pseudo révolutionnaire ! On ne peut vous condamner
d’être ignorante des mécanismes subtils de l’économie pour la bonne raison que
même les économistes aussi sont ignares sur cette question, raisonnant encore, dans
l’ancien temps. Le problème de la répartition dépasse celui du rapport de forces
dans l’entreprise ; il touche aussi ceux qui créent des entreprises et
ceux qui n’ont pas accès au travail dans un système où les flux monétaires se
concentrent. C’est un donc problème de gestion monétaire ; qui appelle un
new deal inédit.
6.
Comment rompre avec la redistribution passive et bureaucratique comme principal
moyen de s’attaquer aux injustices sociales ?
Bonne
question. La meilleure option, pour vous Mme Royal, c’est d’entrer au gouvernement
Fillon comme secrétaire d’Etat auprès de Martin Hirsch, chargé du RSA. J’espère
que, dans votre question, il n’y a pas quelques sous-entendus douteux ; du
genre, les assistés vivent des aides octroyées par une bureaucratie passive. La
redistribution passive comme vous daignez la nommer pour ne pas choquer, elle
permet à quelques-uns de ne pas se suicider, à des mères de famille de nourrir
leurs gosses, à des ménages en difficultés de se payer de temps en temps une
place de ciné.
7.
Comment améliorer le projet européen pour ne pas oublier les intérêts des
peuples et des pays ?
Pour
ne pas oublier l’intérêt des pays et des peuples, le seul moyen d’améliorer le
projet européen c’est de supprimer l’Europe des 27. Et, là, chaque peuple
et chaque pays pourra défendre ses intérêts. Franchement, la défaite aux
présidentielles n’a pas amélioré votre pertinence Ségolène, entre nous ;
poser des questions aussi... mais bon, connaissant les militants du PS, je sais
que... en fait, je ne les connais guère ; je peux juste prédire que ceux qui
répondront à vos questions sont... Néanmoins, si vous posiez la question non pas
en termes d’intérêt, mais de liberté des peuples, cela aurait plus de sens d’un
point de vue politique.
8.
Les peuples du Nord doivent être protégés de la concurrence internationale sans
que les peuples du Sud ne soient victimes du protectionnisme. Avec quelles
nouvelles règles ?
Là,
je reconnais votre bon sens. La solution, c’est justement de pratiquer un « conformisme
économique » que vous fustigez dans la question 1 et qui s’applique à
cette conjecture. Pour que les peuples du Sud ne soient pas victimes du
protectionnisme, il faut appliquer la règle de la concurrence non faussée.
Allez dire ça à nos agriculteurs ! Sinon, dans le monde des fées, il est
possible de résoudre votre question. Il est en effet possible de ne pas avoir
froid sur la banquise alors qu’on vient de se débarrasser de sa polaire. Et de
satisfaire le Nord et le Sud.
9.
Les Etats et le marché doivent assurer la sauvegarde écologique de la planète :
quel nouveau modèle de développement ?
Le
seul modèle de développement alternatif serait de revenir au niveau de
consommation énergétique du XVIIIe siècle, voire du XIVe.
Je vous inviterai à dîner aux chandelles à la maison, n’oubliez pas votre
anorak, il fera 5 degrés dans la salle à manger ! Vous devriez savoir
qu’il n’y a aucun moyen de contourner les conséquences du développement
économique et technique planétaire. Et que le développement durable est une
religiosité dont les ressorts sont les mêmes que ceux du catholicisme. Ce n’est
pas avec quelques collecteurs d’eau de pluie ou quelques composteurs, qu’on pourra
résoudre le problème, pas plus qu’un cierge ou une prière ne changera le destin
des êtres. Quoique, je tiens pour moins incertain l’effet d’une prière sincère
que celui des mesures durables. Dont le bénéfice est politique. Je n’espère
pas vivre dans un monde où les électeurs voteront sur la base de composteurs
gratuits et de réductions sur les panneaux solaires ! La seule question
qui vaille c’est de savoir comment faire face aux conséquences du développement
économique planétaire. Sinon, ce contre quoi il faudrait lutter, c’est la
démographie, mais c’est une autre question.
10.
Le Parti socialiste doit intégrer toutes les nouvelles formes de militantisme
et d’engagement citoyen, ainsi que les réussites du travail des élus locaux. Il
doit aussi décider efficacement, avec le sens de la discipline collective.
Quelles nouvelles règles communes pour y parvenir sereinement ?
C’est
une belle question pour finir. Pour y répondre, une anecdote. Une connaissance
que j’apprécie, promise à siéger au conseil municipal de Talence avec la
majorité socialiste, mais déboutée par les électeurs, me livra une confidence
sur la vie locale telle qu’elle fut appréhendée par son groupe de militants.
Pour le dire explicitement, un ensemble d’individus groupés pour défendre un
objectif finit par produire une doxa et se décale des vécus des gens. Justement
parce que, dans les réunions locales, me disait-elle, personne n’ose exprimer une
opinion dissonante face au groupe. Bref, une « censure » règne,
sans qu’il n’y ait aucun censeur, un peu comme la servitude volontaire s’exerce
sans qu’il n’y ait aucune menace du maître. La politique souffre de la
discipline des militants. Ségolène, et si vous cessiez de baser votre destin
sur une illusion, la partie doit s’achever. Sans avoir le PS entre vos mains, vous
êtes perdue, mais si vous devenez secrétaire générale, le PS sera perdu. C’est
cruel me direz-vous. Je ne suis pas méchant, simplement lucide sur l’avenir de
la gauche et de la France. A travers les militants du PS vous instrumentalisez
vos desseins personnels. Je veux croire en la société, aux valeurs de gauche,
de civilisation, et j’espère que les militants du PS sauront faire preuve d’un
sursaut de lucidité en refusant d’être les marionnettes d’un dessein personnel.
Car c’est gros comme une maison. Votre démarche ne sert pas l’avenir du PS et
encore moins celui de la France. Restez au Poitou et potassez quelques sujets,
vous avez montré des capacités indéniables et le jour où la gauche sera au
pouvoir, vous pourriez être utile dans un ministère. Vous parlez de discipline
collective dans cette dixième question et je vous ai répondu discipline
personnelle.
Bien
cordialement, chère Ségolène.


