vendredi 28 mai 2010 - par Henry Moreigne

Retraites : la faute à Tonton

Les morts ont toujours tort, François Mitterrand le premier accusé d’avoir creusé la tombe du système des retraites en instaurant il y a presque trois décennies la retraite à 60 ans. Tel est en tout cas l’argument développé par l’Elysée et repris en boucle par ses affidés.

Une bêtise“. De président à président, Nicolas Sarkozy porte un jugement péremptoire sur une mesure emblématique de son illustre prédécesseur. Profitant de la remise en cause du totem idéologique que représente la retraite à 60 ans, Nicolas le téméraire tente de faire vaciller la statue de commandeur de François Mitterrand.

Une nouvelle fois, c’est à l’occasion d’une réunion à huis clos, mardi soir, devant des militants UMP en marge d’un déplacement officiel à Beauvais que Nicolas Sarkozy en a profité pour tester son attaque : “Il faut quand même se rappeler que c’est François Mitterrand qui a abaissé l’âge de la retraite de 65 à 60 ans. Entre ça et les 35 heures, on aurait eu beaucoup moins de problèmes si M. Mitterrand puis les socialistes s’étaient abstenus“.

Depuis, l’élément de langage ne quitte pas les lèvres des aboyeurs du parti majoritaire. Xavier Bertrand ce matin récitait studieusement sa leçon sur France 2. François Fillon quelques heures plus tard à l’Assemblée (vidéo 1) donnait dans l’acrimonie.

C’est évidemment un peu court. Comme si, toutes les avancées sociales ne pouvaient que constituer les prémices d’une inexorable catastrophe à venir. Dans le même genre d’argumentation on avait bien accusé le front populaire d’être à l’origine de la défaite de 1940. C’était toutefois seulement quatre ans après le gouvernement de Léon Blum.

La ficelle de la manœuvre sarkozienne est aussi inélégante que grossière puisque la mesure incriminée remonte à 1982 soit il y a exactement… 28 ans. Elle s’appuie habilement sur la divergence de vue entre DSK l’américain et ses anciens camarades socialistes hexagonaux.

Touche pas à Tonton. Le coup de patte a suscité l’ire de Martine Aubry :”Quand un homme est capable, 15 ans après le décès de son prédécesseur, de le mettre en cause (…) on le renvoie à ses propres mensonges, mais ce n’est pas digne d’un président de la République” (vidéo 2).

La Première secrétaire du Parti Socialiste a rappelé que Nicolas Sarkozy le 27 mai 2008, interrogé sur RTL (vidéo 3) sur la proposition de Laurence Parisot de repousser l’âge légal du départ à la retraite avait alors répondu : ‘je dis que je ne le ferai pas, je n’en ai jamais parlé au pays et cela compte pour moi, je n’ai pas de mandat pour cela“. Lors de sa campagne des présidentielles de 2007, le candidat Sarkozy avait effectivement promis de ne pas toucher à l’âge légal de départ à la retraite dans un entretien au quotidien Le Monde.

En attaquant la figure de l’homme de la victoire de 1981, Nicolas Sarkozy a mis le PS en émoi. Se souvenant de “tous ces travailleurs âgés” qui ont “vécu la réforme de la retraite à 60 ans comme une grande avancée“, François Hollande a condamné les propos de l’actuel Chef de l’Etat. Pour Henri Emmanuelli, “Mitterrand, c’était la retraite à 60 ans, Sarkozy, c’est le bouclier fiscal. Ce n’est pas pareil“.

“Si on compare le bilan de M. Mitterrand, président constructeur et celui de M. Sarkozy, président démolisseur, l’histoire fera clairement la différence”, “On savait que M. Sarkozy était assez incompétent, on a confirmation en plus qu’il était inélégant” a complété Laurent Fabius, ancien Premier ministre du sphynx. “Tout cela n’est pas très digne et en tous cas très responsable par rapport aux enjeux du moment” a pour sa part déclaré Manuel Valls.

L’économiste Elie Cohen juge dans les colonnes de l’Expansion que “le procès fait par Sarkozy à l’héritage Mitterrand est ridicule“ . Il n’est pas le seul à le penser. Daniel Cohn-Bendit relève que François Mitterrand a répondu en son temps à une attente de la société.



16 réactions


  • morice morice 28 mai 2010 11:40

    la phrase de talonette est bien une des pires saloperies entendues : celle sur les agriculteurs flinguant Chirac est similaire..


    VOUS qui êtes aussi historien, mr Moreigne, vous n’allez pas me contredire je pense : pour moi, c’est la méthode Kroutchev !

    le vieux ragot des 3 enveloppes de Staline laissées à Koutchev, dont une qui dit « mettez tout sur mon dos »...

    Sarkozy qui se prend pour Kroutchev : ; à quand sa godasse à l’ONU ??

  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 28 mai 2010 11:41

    Il convient de cesser de considérer le concept de « retraite par répartition » comme un horizon indépassable et de remplacer ce concept par celui de l’instauration d’une Allocation Universelle transitoire suivie de la génération d’un Dividende Universel permanent et évolutif, « fonds de pension national » solidairement et collectivement géré par une structure spécifique, indépendante de l’État et représentative des citoyens-électeurs-contribuables, qui transformera l’actuel capitalisme en un Capitalisme Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable.

    Bis repetita placent...


    • 65beve 65beve 28 mai 2010 19:10


      @LLabres

      Un peu comme en Alaska, quoi !
      Sarah Palin distribue des dividendes tirés des bénéfices du pétrole à chaque concitoyen tous les ans.

      En France, sur quels types de bénèf vous voulez vous appuyer, sachant que les revenus imposés sont déjà redistribués (SS alloc éducation santé retraite....) ?

      bis repetita placent, ter execrant !

      cdlt
      bv


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 29 mai 2010 02:00

      65beve (xxx.xxx.xxx.233) 28 mai 19:10
      1)
      Un peu comme en Alaska, quoi !
      Sarah Palin distribue des dividendes tirés des bénéfices du pétrole à chaque concitoyen tous les ans.
      Wikipedia :
      L’Alaska a mis en place une forme, très particulière, d’allocation universelle, le revenu citoyen, basé sur les revenus miniers et pétroliers de la région.

      Christine BOUTIN :
      Rapport au PremierMinistre Raffarin sur les causes de l’exclusion sociale en France. Date : 15 septembre 2003.L’État d’Alaska a mis en place un système de redistribution de la rente pétrolière à l’ensemble de ses habitants, d’un montant d’environ 1.500 dollars par an.
      J-P LL :
      Le principe et le montant de l’AU en Alaska sont, respectivement, sans rapport et très en-deçà de ce que je propose.

      2)
      En France, sur quels types de bénèf vous voulez vous appuyer, sachant que les revenus imposés sont déjà redistribués (SS alloc éducation santé retraite....) ?
      Dans le projet que je propose, les citoyens-électeurs-contribuables seraient actionnaires-propriétaires des entreprises dans lesquelles leurs fonds solidaires et collectifs seraient investis par leur structure nationale représentative.
      En conséquence, selon qu’ils seraient actionnaires majoritaires (de 51 à 100%) ou minoritaires, ils recevraient tout ou partie des dividendes distribués par les entreprises à partir de leurs bénéfices.

      3)
      bis repetita placent, ter execrant !
      « N » repetita placent vous serait-il plus acceptable ? smiley


  • non666 non666 28 mai 2010 13:07

    Moi, ce qui me frappe dans cette histoire, c’est qu’en fait les critiques de cette petite phrase de Sarkozy se portent sur la DEFENSE de Mitterand (comme s’il etait intouchable et irreprochable sur ce dossier, comme sur d’autres) au lieu de plonger le nez (pourtant volumineux) du locataire de l’Elysée dans son propre purin.

    Sarkozy etait ministre des finances quand les retraites d’EDF ont été « gérées » par Bercy.
    La presse a UNANIMEMENT salué son « talent de negociateur » alors que sur ce point il avait CAPITULE sur TOUT.
    Comme ses predecesseurs (de droite comme de gauche) et en particulier DSK et Fabius , il avait fait encaisser par l’Etat la tontaine des entreprises publiques pour se desangager de leur systeme de retraite (afin qu’elle puisse etre ulterieurement vendue, conformement aux souhaits des acteurs de la mondialisation) ce qui avait produit un « mieux » dont ils s’etaient vanté« .
    Mais Sarkozy, comme les autres, avaient »oublié" de mettre au passif la dette future ainsi contactée....ce que Breton avait denoncé en entrant aux finances .
    Breton avait d’ailleur été le premier a nous signifier que la dette rellle de la france, si l’on comptait ces engagement de retraite n’etait pas en dessous de 60% du PIB (critere de Masstricht) mais au dessus de 120%...

    Razmockette aurait du donc tourné au moins 7 fois la langue dans la bouche du CRIF , du CNPF et dans celle du NWO avant de l’ouvrir.


  • Vilain petit canard Vilain petit canard 28 mai 2010 13:18

    « Dividende Universel permanent et évolutif » : j’aime bien, ça fait D.U.P.E. !!!! smiley


  • takakroar 28 mai 2010 14:25

    Bien que de sensibilité socialiste, je reconnais volontiers que F.Miterrand n’était pas très clair. Pas forcément non plus très... disons « détaché » par rapport à l’argent qu’il condamnait par ailleurs. L’homme avait bien des défauts, mais il avait une certaine grandeur dans sa fonction de président.
    J’ai en mémoire cette image où il est main dans la main avec l’énorme chancelier allemand à je ne sais plus quelle commémoration. Bien que petit en taille, il savait être grand. Sans talonnette. Car sa conception de la grandeur avait quelque chose de profond. Il la puisait dans ce que sa fonction lui demandait de représenter. C’est à dire la France avec ses racines, ce que Nicolas Sarkozy est évidemment incapable de faire.
    Il suffit de voir son « pélerinage » au plateau des Glières où il a la prestance d’un oiseau mazouté. Cérémonie que les authentiques résistants ont d’ailleursboudé dès la deuxième année, tellement la récupération de leur combat était grossière.
    Ce qui est choquant dans le comportement de notre Président sur cette question de la retraite à 60 ans c’est, sur la forme, ce côté coup de pied de l’âne. Sur le fond, c’est un peu comme pour les 35 heures. On nous raconte que c’est la cause de tous nos maux, qu’aucun français n’en veut, et on ne change rien, alors que pour un oui ou pour un non on est prêt à réformer la constitution...
    D’ailleurs, si j’ai bien compris, on va réunir le congrès, à grand frais, pour inscrire dans la constitution que les successeur de notre Grandeur, devront éponger le déficit qu’il a creusé...
    En résumé, ce n’est pas parce que Miterrand n’était pas parfait que çà légitime toutes les petitesses de Nicolas Sarkozy.


    • non666 non666 28 mai 2010 16:23

      Je suis assez d’accord avec toi, gauchiste !
      Sarkozy veut cimenter pour les autres ce qu’il a été incapable de faire, voulant etre reelu (comme tous ses predecesseurs.
      Quand a la reforme de la constitution tout nous montre qu’il veut la aussi betonner la situation d’une france pieds et poings liés dans une Europe impuissante.
      Le coup d’imposer que le parlement soit d’accord pour envisager un referendum en est la preuve absolue : les referendums sont la pour normallement CONTOURNER les parlements et tuer les jeux politiciens des appareils....
      De toute façon cette racaille a utilisé le mecanisme du congres pour tourner deliberement le vote du peuple au TCE.
      Ce vote est illegitime car « nulle faction du peuple ne peut s’attribuer sa souveraineté »....
      Le droit de modifier la constitution ne va pas jusqu’a attribuer au congres la souveraineté complete. C’est d’ailleurs pourquoi le conseil constitutionnel avait fortement suggerer a chirac le refererendum de 2005....

      Mais bon, quand on est elu grace aux lobbies , à Bilderberg, à la trilatérale et qu’on a une commissaire politique du nom de Lagarde pour vous surveiller, on fait ce que demandent les commanditaires...
      Pour la guillotine, les factieux qui ont voté le TCE contre la volonté du peuple français ne lui fourniront de toute façon qu’une petite demi-journée de travail .


  • Peachy Carnehan Peachy Carnehan 28 mai 2010 16:43

    C’est curieux ce qui se passe ici. Vous n’avez pas l’impression d’être surveillé ? Je sens comme... une présence.

    « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »


  • ZenZoe ZenZoe 28 mai 2010 17:50

    Mitterand n’était pas très clair. Il ne faut pas oublier qu’il n’a pas toujours été à gauche et qu’il a revu sa position pour des raisons d’ambition personnelle plus que par conviction.
    Il est par ailleurs curieux que la dégringolade de la France coïncide avec le règne de Mitterand (mauvaise adaptation à un nouvel environnement économique, perte de compétitivité, montée du chômage de masse, mises à l’écart des salariés âgés, développement de l’assistanat, hausse d’impôts en tous genres, flambée des dépenses publiques...). Non, Sarkozy n’a pas tort sur ce coup-là. Il n’empêche qu’il n’a pas été élu pour critiquer ses prédécesseurs, mais pour nettoyer après eux et que sa remarque était inélégante.


    • 65beve 65beve 28 mai 2010 20:28

      « Nicolas Sarkozy vient d »obtenir pour la France l’organisation de la Coupe d’Europe 2016.... !!!"

      + 5 points d’opinion favorable dans les sondages grace à ce sketche.

      ça tombe bien !


    • Dzan 29 mai 2010 10:45

      Décidément Calmos, je vous trouve en état de grâce
      Donc, je vous plusse.
      Les chomistes de 2016 pourront toujours regarder les millionnaires du foute, dans les stades construits avec leurs impots, .


  • frédéric lyon 28 mai 2010 19:54

    De ZenZoe 


    "la dégringolade de la France coïncide avec le règne de Mitterand (mauvaise adaptation à un nouvel environnement économique, perte de compétitivité, montée du chômage de masse, mises à l’écart des salariés âgés, développement de l’assistanat, hausse d’impôts en tous genres, flambée des dépenses publiques...). 

    En effet l’envolée des courbes du chômage et de l’endettement public coïncident avec l’arrivée de Mitterrand au pouvoir, et son bilan sera jugé très sévèrement par les historiens.

    Rajoutons à ce bilan nocif les nationalisations, sur lesquelles il a fallu revenir ensuite !



    • Peachy Carnehan Peachy Carnehan 29 mai 2010 01:51

      En tant qu’historien la vérité crue des chiffres m’oblige à vous contrarier en rappelant que le bilan de François Mitterrand est autrement plus flatteur que ceux de Messieurs Chirac et, surtout, Sarkozy. Par égards pour vos convictions - que j’imagine de droite - je n’évoquerai donc pas publiquement les chiffres du chômage, de la croissance, de la dette ou de la balance commerciale. L’étude comparative serait trop douloureuse. Aussi je vous invite à « travailler plus » en consultant notamment les sources institutionnelles... ou Wikipédia si vous êtes un flemmard.

      Quant à l’endettement public un étudiant de premier cycle universitaire vous rappellerait qu’il a débuté avec l’abandon de la souveraineté de l’Etat sur la monnaie... sous le règne de Monsieur Georges Pompicsou en 1974.

      Je vous accorde une chose. La réponse de François Mitterrand à l’offensive néolibérale, qui provoque la catastrophe actuelle, fut trop molle. Les nationalisations ont été inefficaces par manque d’ambition.

      Il eût fallu exproprier les banquiers, et non pas les placer sous tutelle.


  • fifilafiloche fifilafiloche 29 mai 2010 00:01

    La plus grosse bétise de Mittérand, c’est d’avoir voulu résoudre un problème conjoncturel, la hausse du chômage, par des mesures pérennes : le recrutement massif de personnel de l’Etat. Il faut aujourd’hui financer par l’impôt ces millions d’emplois aidés, avec une base contributive réduite, déjà amputée de budgets logement à des niveaux jamais encore expérimentés.


    Bref, la quadrature du cercle, une équation impossible à résoudre autrement que par une baisse substancielle des avantages de la fonction publique et le financement de leur retraite par une caisse propre en équilibre ne nécessitant pas le recours à la solidarité nationale.

  • eric 29 mai 2010 09:30

    Incroyable cette tendance de gens qui se prétendent laïques à encenser des icônes, c’est à dire des représentations symboliques et stylisées sans souci du réel !

    Au motif que Mitterrand n’est plus, on ne pourrait pas s’interroger sur la pertinence des politiques qu’il a mené ? Comme si on Devait cesser de juger Pétain parce qu’il est décédé ?

    Évidemment que les mesures prises à l’époque ont un impact direct sur la situation actuelle. D’autant plus qu’il s’agissait pour les classes nombreuses du Baby Boom de financer la retraite à 60 an des classes creuses ! Nous sommes désormais dans la situations inverse. Courent à la retraite, les génération Mitterrand, financées par leurs trop rares enfants.

    L’article, les intervenant cités, les commentaires, osent dire que Mitterrand « à fait » la retraite à 60 ans. En réalité, il a fait plaisir à quelques un « ici et maintenant » en tirant des traites sur l’avenir dans le style après moi le déluge. Le genre, fils à papa. Il y a de l’argent dans la caisse, dépensons le, après on verra. Ou plus tôt, les autres verront...

    Mais là ne s’arrête pas le caractère profondément comique de tous cela. Toutes les personnalités de gauche citées ici sont : au delà de l’âge de la retraite ( et quand on connait les rythmes de travail des politiques, sans week end, soirées en réunions etc.. dans le genre pénibilité....). Ils font partie et représentent la génération qui compte sur les jeunes pour payer.
    Les personnalité de droite ( Sarko, Bertrand), font au contraire partie des générations de l’après baby boom, ceux à qui on demande de financer.

    On comprend mieux pourquoi ils se concentrent sur la défense de l’icône, qui est celle de leur jeunesse, pour qu’on ne parle pas de leur propre participation potentielle en tant que retraité ou futur retraité, à une vraie solidarité entre génération.


Réagir