Elle s'appelait Rose, un prénom d'autrefois, et "rose, elle a vécu ce que vivent les roses, l'espace d'un matin"... Ma grand-mère maternelle est morte à l'âge de 45 ans, victime des fièvres thyphoïdes : à cette époque, après la guerre, on mourait encore de ces affections terribles... Nul médicament pour la sauver d'une mort précoce.
Rose était une fille et une femme de la campagne : ses parents, des paysans, cultivaient âprement la terre provençale, dans le pays d'Aix et menaient une vie rude, simple, faite de labeurs quotidiens et de joies ordinaires.
Le paysan d'alors labourait, travaillait sa terre, essayait aussi de vendre sur les marchés les produits de sa récolte : dure vie de paysan où il fallait se muer en commerçant pour survivre, se rendre à la ville en carriole pour gagner peu d'argent.
La vie de Rose a été d'abord celle d'une petite fille de la campagne, dans une famille de quatre enfants, trois filles et un garçon. Une photo de l'époque montre la famille réunie, vieille photo jaunie... Les trois fillettes, sur le devant, avec leurs habits du dimanche : des robes longues, à rayures et à carreaux, derrière elles, les parents, la mère revêtue aussi d'une longue robe austère serrée à la taille, le père d'une grande stature avec une veste de paysan de couleur foncée : la photo est prise devant la ferme familiale, modeste demeure dépouillée de tout ornement : on sent sur les visages la joie d'être réunis mais aussi la peine, le labeur des paysans...
Il faut imaginer cette vie d'autrefois : l'eau courante n'existait pas, il fallait puiser l'eau du puits, l'électricité aussi n'avait pas encore atteint ces campagnes : on utilisait lampes à pétroles, lampes Pigeon qu'il fallait manier avec précaution pour éviter tout accident.
Des bonheurs simples, des promenades dans la campagne, une vie au contact de la nature , les veillées le soir en famille... Le pays aixois, à cette époque, était magnifique : des champs, des collines, des sentiers sauvages. La Sainte-Victoire, Cabriès, Violési, Bouc-Bel-Air des noms merveilleux qui évoquent des paysages d'une beauté inouie...
Rose, fille de la campagne a bien sûr, épousé, plus tard, un paysan et elle a continué à mener la vie rude des campagnards d'autrefois. Le travail de la terre exigeait beaucoup de labeurs, les machines agricoles n'existaient pas encore : un cheval, une charrue permettaient de labourer les champs.
Sa brève vie fut marquée par des joies et des peines : la naissance d'une petite fille, ma mère, mais aussi la perte d'un autre enfant, un petit garçon mort à l'âge d'un an et demi : véritable drame familial qui a marqué de son empreinte la vie de Rose...
Le mari de Rose ,mon grand- père était un solide paysan, trapu, courageux : le métier de paysan ne lui permettant pas de faire vivre sa famille, il a dû trouver d'autres activités : il a travaillé notamment dans une huilerie puis dans un magasin de légumes et il est devenu, enfin, cantonnier...
Mes grands parents ont alors connu la guerre, ses peurs, ses angoisses, ses restrictions, ses alertes : mon grand père a été mobilisé sur le port de Marseille pour monter la garde...
Rose s'activait à la maison : elle réalisait des travaux de confection, elle cousait des pantalons et mon grand-père chassait le lapin pour nourrir sa famille... Des poules, des oeufs, une chèvre leur permettaient aussi de survivre en ces temps douloureux de guerre.
Je n'ai pas connu Rose, bien sûr, et sa présence m'a manqué comme elle a dû manquer à ma mére : que de larmes ma mère a versées sur Rose disparue si jeune, à l'âge où maintenant on a encore toute une vie devant soi !
Quel destin tragique a été le sien ! La perte d'un enfant, une vie fauchée en plein éclat... Je regarde le visage de Rose sur les photos... et je vois une femme d'un certain âge déjà marquée par la vie, les chagrins...
Rose était grande, élancée, avec un si doux visage, des cheveux bruns ! Rose si proche et si lointaine !
Rose ma grand-mère n' a pas eu la chance de connaître ses petits enfants, sa vie a été âpre, remplie de luttes, de chagrins mais je sais par ma mère quelle complicité l'unissait à sa fille, quel bonheur c'était pour elles de se retrouver après l'école, de se promener main dans la main dans la campagne aixoise...
Je connais le bonheur de cette complicité unique qui unit une mère et sa fille...
Nous n'avons aucun souvenir direct de Rose, seulement des photos qui nous émeuvent, qui nous rappellent cette grand-mère au doux sourire un peu estompé...
Le titre de votre article m’a sauté aux yeux parce que, moi, ce n’est pas ma grand-mère mais ma mère qui se prénommait Rose.
Ma mère qui m’a apporté tendresse et écoute, ma mère, ma conseillère, mon amie, ma complice, est morte depuis 34 ans et il ne se passe un jour sans que je pense à elle. Imaginez un peu, je me surprends encore parfois à me dire : « Quand je vais lui raconter... » C’était aussi une fille de la campagne mais sa mère, veuve, était propriétaire d’un bistrot et elle a donc été élevée comme une demoiselle jusqu’à l’âge de 17 ans où elle a épousé un ouvrier qui arrivait tout droit de sa Pologne et parlait tout juste deux mots de français. J’ai donc vécu à la campagne, avec mes parents, ma sœur et mon frère, à la frontière qui sépare la Picardie de l’Ile-de-France, dans un milieu ouvrier, jusqu’à mes 20 ans, époque à laquelle j’ai décidé, comme beaucoup de provinciales, de conquérir Paris. Mais cette vie d’avant et après guerre que vous décrivez si bien, entre eau tirée à la pompe et lampes à pétrole, je l’ai connue chez ma grand-mère et votre récit m’a ramenée des années en arrière.
pour cette émotion partagée : je n’ai pas connu cette grand-mère et les seuls souvenirs que j’en ai viennent de ma mère, des souvenirs fragiles et précieux ...
J’aurais aimé connaître cette grand-mère au visage si doux mais la vie en a décidé autrement : j’imagine la peine de ma mère quand elle l’ a perdue : elle avait alors un peu plus de vingt ans...
La vie de ces paysans d’autrefois a été si dure !
Le monde a tellement évolué et on du mal à imaginer toutes ces peines, ces difficultés : elles doivent nous faire prendre conscience aussi d’une évolution positive même si d’autres problèmes ont surgi et surgissent plus encore de nos jours...
d’être passé sur agora pour découvrir un peu de la vie de Rose... ma grand-mère..
Tu n’as donc pas connu tes grands pères : dure époque pas si lointaine mais si différente de la nôtre... Peut-être nous raconteras tu, un jour, la vie de ces deux grands pères...
Je vous demande de m’excuser si j’interviens dans un échange que vous avez avec fatizo mais je crois que, tout comme moi, vous serez d’accord que ses complexes n’ont pas lieu d’être.
D’abord, fatizo, vous vous exprimez fort bien et votre orthographe est irréprochable. Des qualités qui manquent même à certains rédacteurs d’Agoravox qui sont pourtant plébiscités et lus parce qu’ils ont quelque chose à dire et foi en ce qu’ils veulent faire partager. Quand une plume est trempée dans l’encre du sœur, ce qu’elle écrit ne peut être que de qualité.
Pour les fautes d’orthographe heureusement qu’il y a le correcteur ici .
Pour les articles, j’ai plutôt l’habitude de faire dans le coup de g..., un genre qui me vient plus naturellement . Pour écrire quelque chose de ce style il me faudrait beaucoup travailler .
Les fautes, c’est bien jolie, mais les sentiments c’est bien plus importants, et à force de se corriger, on finit par oublier l’essentiel et pourquoi on est venu sur terre. Ma grand mère, je l’ai pas connue, elle est morte en 1908, d’une pneumonie chopée au lavoir du village. Ce qui fait que mon père non plus l’a pas connue, vu qu’il n’avait que deux ans, le pauvret. Son père l’est mort un peu plus tard dans les charniers de la somme. Des histoires comme ça vous pourriez en trouver mille, cent mille, deux millions de morts ça fait forcément beaucoup d’histoires. Peut pas m’empêcher d’avoir les yeux qui se mouillent encore quand je passe sur la place du village avec tous ces noms dans le granit. Leur corps sont même pas tous dans l’ossuaire où sont entassés tous les crânes, ! Le grand calvaire parle bien mieux d’eux que le soldat vert de gris avec sa baionette brandie qui ne fait peur à personne, juste une grand pitié M’est resté des photos que je garde dans une boite en fer. Mon père il a fallu qu’il se blinde, qu’il apprenne à compter tout seul, et même le français comme il le pouvait sur un vieux livre de messe en gardant les vaches. Il s’en est tiré plus tard, avec cette cordonnerie qui fut pour lui son sacerdoce. « Anduriñ so red med karoud n’eo ket » En breton, ça veut dire qu’on n’est bien forcé de subir, pas d’aimer !
ma grand-mère était une personne simple, issue d’un milieu très modeste et je regrette de ne pas l’avoir connue : son visage reflétait douceur, tendresse...