Sarkozy, le guide suprême de la rupture va parler et la croisière s’amuse
Notre ayatollah, pardon, président Sarkozy, viendra parler de l’avenir de la France face aux deux chambres parlementaires. Cet exercice est nouveau non seulement dans l’histoire de la cinquième République mais aussi dans l’histoire plus ancienne. Les législateurs ont en effet souhaité séparer les pouvoirs conformément aux principes établis par Montesquieu et préserver les parlementaires d’un exécutif trop puissant et influent. Cette époque semble révolue puisque, décidée par Nicolas Sarkozy, la réforme constitutionnelle a été adoptée, prévoyant que le président puisse s’exprimer devant le Congrès. Doit-on crier au scandale et à l’instauration, dans les textes comme dans la pratique, d’une monarchie républicaine ? Ne soyons pas hypocrite, déjà, la cinquième République se prêtait à ce type de dérive. Les députés godillots n’ont pas attendu la réforme de la Constitution pour obéir comme un seul homme aux décisions élyséennes.
Le discours prononcé par M. Sarkozy face au Congrès revêt une seule signification, celle d’officialiser la position du président en tant que capitaine du navire France, celui qui décide à la fois des manœuvres à exécuter pour affronter la mer houleuse des crises économique, sociale et géopolitique. Et indiquer la feuille de route. Où la France va-t-elle ? Telle sera la question à laquelle Sarkozy ne répondra pas. Où Sarkozy veut-il amener la France ? Cette question paraît mieux coller à cet exercice de style républicain et monarchique. De plus, elle est parfaitement dans les cordes de l’intéressé qui selon les dires récents de Dany, est sûr de lui. Dans quel état est la France ? Encore une question se prêtant à cet exercice présidentiel. Sur ce point, on peut s’attendre à des éléments tangibles puisque le président est nécessairement informé de l’état de notre pays grâce à ses cellules et autres conseillers. Il y a la crise, le chômage, les Iraniens qui n’ont pas voté comme le veut la raison démocratique, voilà des thèmes qui seront sans doute abordés. En gros, avis de tempête sur la planète avec les tensions du côté de l’Orient et avarie du navire France, panne de carburant, déficit des retraites, du budget, de la Sécu, désindustrialisation, rien ne bien réjouissant mais notre président est sûr de lui et de ses réformes.
On connaît donc ce qui va être dit. Aucune surprise et pour les éditorialistes et les politiques, trois possibilité de réagir. En premier, le respect, genre une cohorte de boy scout de l’UMP offrant félicitations et louanges à un président qui sait y faire pour remonter le moral des troupes parlementaires et barrer la France dans cette difficile passe devant se prolonger un ou deux ans, voire plus. En second lieu, le doute et la défiance. Telle sera l’attitude des parlementaires d’opposition. Les uns, du PC, des Verts, du PG, n’iront pas à Versailles, en ayant ce mot d’ordre en filigrane, « cause toujours, tu m’intéresses ! » Les Socialistes ne pouvaient pas adopter une attitude aussi désinvolte, car les plus hautes fonctions leurs sont encore accessibles, bien que chez les bookmakers londoniens, un socialiste à l’Elysée se joue à 100 contre un. Par contre, ils partiront après le discours, aveu de faiblesse s’il en est. Il se murmure que le PS n’aurait pas trouvé un orateur pour briller dans cet exercice, jouer une opposition dissonante et résolument puissante. Conclusion, Sarkozy est sûr de lui et le PS n’a plus confiance en son appareil, ni ses idées, ni ses convictions. Nous citoyens, ne soyons pas trop sévères à l’égard de ces Socialistes qui, non sans quelque sens de la contrition et du masochisme, vont se plier pour occuper les bancs du Congrès et repartir bouche cousu en ayant décliné la tribune républicaine. Tout compte fait, si, soyons sévères, ce parti d’opposition mérite quelque engueulade pour cette pratique du micro vide après la chaise pleine ! La troisième attitude qu’on peut prendre, c’est celle de l’ironie. Les humoristes et les caricaturistes présenteront cet exercice présidentiel comme le discours du guide suprême de la France d’après qui navigue avec une machinerie réformée et des directions plus claires. Quant aux Français, la plupart ont l’esprit en vacance et prendront ce discours comme s’ils étaient les attablés du restaurant sur le pont de la croisière qui s’amuse (avec TVA réduite, please !) alors qu’entre la poire et le fromage, le capitaine s’adresse à eux via des hauts parleurs. Les Français écouteront d’une oreille distraite car après, il y a piscine !

