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Sarkozy, le guide suprême de la rupture va parler et la croisière s’amuse - AgoraVox le média citoyen
lundi 22 juin 2009 - par Bernard Dugué

Sarkozy, le guide suprême de la rupture va parler et la croisière s’amuse

Notre ayatollah, pardon, président Sarkozy, viendra parler de l’avenir de la France face aux deux chambres parlementaires. Cet exercice est nouveau non seulement dans l’histoire de la cinquième République mais aussi dans l’histoire plus ancienne. Les législateurs ont en effet souhaité séparer les pouvoirs conformément aux principes établis par Montesquieu et préserver les parlementaires d’un exécutif trop puissant et influent. Cette époque semble révolue puisque, décidée par Nicolas Sarkozy, la réforme constitutionnelle a été adoptée, prévoyant que le président puisse s’exprimer devant le Congrès. Doit-on crier au scandale et à l’instauration, dans les textes comme dans la pratique, d’une monarchie républicaine ? Ne soyons pas hypocrite, déjà, la cinquième République se prêtait à ce type de dérive. Les députés godillots n’ont pas attendu la réforme de la Constitution pour obéir comme un seul homme aux décisions élyséennes.

Le discours prononcé par M. Sarkozy face au Congrès revêt une seule signification, celle d’officialiser la position du président en tant que capitaine du navire France, celui qui décide à la fois des manœuvres à exécuter pour affronter la mer houleuse des crises économique, sociale et géopolitique. Et indiquer la feuille de route. Où la France va-t-elle ? Telle sera la question à laquelle Sarkozy ne répondra pas. Où Sarkozy veut-il amener la France ? Cette question paraît mieux coller à cet exercice de style républicain et monarchique. De plus, elle est parfaitement dans les cordes de l’intéressé qui selon les dires récents de Dany, est sûr de lui. Dans quel état est la France ? Encore une question se prêtant à cet exercice présidentiel. Sur ce point, on peut s’attendre à des éléments tangibles puisque le président est nécessairement informé de l’état de notre pays grâce à ses cellules et autres conseillers. Il y a la crise, le chômage, les Iraniens qui n’ont pas voté comme le veut la raison démocratique, voilà des thèmes qui seront sans doute abordés. En gros, avis de tempête sur la planète avec les tensions du côté de l’Orient et avarie du navire France, panne de carburant, déficit des retraites, du budget, de la Sécu, désindustrialisation, rien ne bien réjouissant mais notre président est sûr de lui et de ses réformes.

On connaît donc ce qui va être dit. Aucune surprise et pour les éditorialistes et les politiques, trois possibilité de réagir. En premier, le respect, genre une cohorte de boy scout de l’UMP offrant félicitations et louanges à un président qui sait y faire pour remonter le moral des troupes parlementaires et barrer la France dans cette difficile passe devant se prolonger un ou deux ans, voire plus. En second lieu, le doute et la défiance. Telle sera l’attitude des parlementaires d’opposition. Les uns, du PC, des Verts, du PG, n’iront pas à Versailles, en ayant ce mot d’ordre en filigrane, « cause toujours, tu m’intéresses ! » Les Socialistes ne pouvaient pas adopter une attitude aussi désinvolte, car les plus hautes fonctions leurs sont encore accessibles, bien que chez les bookmakers londoniens, un socialiste à l’Elysée se joue à 100 contre un. Par contre, ils partiront après le discours, aveu de faiblesse s’il en est. Il se murmure que le PS n’aurait pas trouvé un orateur pour briller dans cet exercice, jouer une opposition dissonante et résolument puissante. Conclusion, Sarkozy est sûr de lui et le PS n’a plus confiance en son appareil, ni ses idées, ni ses convictions. Nous citoyens, ne soyons pas trop sévères à l’égard de ces Socialistes qui, non sans quelque sens de la contrition et du masochisme, vont se plier pour occuper les bancs du Congrès et repartir bouche cousu en ayant décliné la tribune républicaine. Tout compte fait, si, soyons sévères, ce parti d’opposition mérite quelque engueulade pour cette pratique du micro vide après la chaise pleine ! La troisième attitude qu’on peut prendre, c’est celle de l’ironie. Les humoristes et les caricaturistes présenteront cet exercice présidentiel comme le discours du guide suprême de la France d’après qui navigue avec une machinerie réformée et des directions plus claires. Quant aux Français, la plupart ont l’esprit en vacance et prendront ce discours comme s’ils étaient les attablés du restaurant sur le pont de la croisière qui s’amuse (avec TVA réduite, please !) alors qu’entre la poire et le fromage, le capitaine s’adresse à eux via des hauts parleurs. Les Français écouteront d’une oreille distraite car après, il y a piscine !



6 réactions


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 22 juin 2009 14:17

    Bonjour Bernard,

    " Le discours prononcé par M. Sarkozy face au Congrès revêt une seule signification, celle d’officialiser la position du président en tant que capitaine du navire France " Le navire France étant découpé sur une plage indigne elle même de ce nom, qu’est ce qui empêche de croire qu’il n’en est de même avec l’esprit des lois de Montesquieu ?

    Nous ne pouvons pas accuser notre actuel président d’être l’unique responsable de cette triste réalité, mais c’est bien d’une prostituée dont il faut parler dans le cas de la France consumériste et mercantile qui règne aujourd’hui. D’ailleurs, ne sont ce pas des capitaux étasuniens qui financent les travaux de Versailles ? Il ne manque plus qu’un accord pour autoriser Besson à investir le château pour un film sur la révolution française et nous sommes définitivement tous devenus les figurants, spectateurs payeurs, et impuissants voyeurs de cette définitive sarko-coquin-niolesque fable...Ubu roi !

    C’est révoltant en soi, n’est ce pas !


  • Internaute Internaute 22 juin 2009 14:19

    La constitution de la 5° république de 1958 séparait clairement le rôle de l’exécutif et du législatif. Le président est élu au suffrage universel et n’a de compte à rendre qu’au peuple. Il nomme le premier ministre qui forme son gouvernement, avec son aval et non pas avec l’aval des députés. Les députés ont un rôle purement consultatif et peuvent voter une motion de censure, seul point de force de l’Assemblée sur l’exécutif. Cette faiblesse apparente du président est immédiatement compensée par une autre. Il a le droit de dissoudre l’assemblée. Autrement dit, un député qui vote la motion de censure risque fort de repartir illico devant ses électeurs et de perdre sa gamelle. Vu l’état d’esprit des députés cela en refroidit plus d’un. Non seulement le président décide de tout mais en plus il peut prendre les pleins pouvoirs quand cela lui chante (ou presque) par l’Article 16.

    Donc, il est établi dés 1958 que le président dirige le navire et vous vous trompez en écrivant « Le discours prononcé par M. Sarkozy face au Congrès revêt une seule signification, celle d’officialiser la position du président en tant que capitaine du navire France, celui qui décide à la fois des manœuvres à exécuter pour affronter la mer houleuse des crises économique, sociale et géopolitique. »

    Le jeu de la 5° a été joué par de Gaulle et Pompidou lesquels n’ont jamais fait une présentation de politique générale à l’assemblée. Pompidou a même interdi à Chaban-Delmas de la faire puis l’a quand-même autorisé à présenter à la chambre son projet de nouvelle société à condition qu’il n’y ait pas de vote.

    Les conférences de presse annuelles du président, lorsqu’elles sont bien menées, sont l’occasion de présenter au peuple son programme et les directions de sa politique.

    Le grand absent de la réforme de Sarkozy est le peuple. Ce n’est pas aux députés que le président devrait présenter sa politique mais au peuple. La véritable rupture sarkozyenne est la rupture du lien constitutionnel qui unit le peuple et le président de la république. Il s’est d’abord comporté en chef de parti, allant donner des conseil et présidant les sessions de l’UMP pendant les campagnes électorales, et le voilà maintenant qui s’abaisse à discuter avec les députés de son programme.

    Lire à ce sujet le livre de Marie-France Garaut « La fête des fous ».


    • non666 non666 22 juin 2009 15:40

      « Il nomme le premier ministre qui forme son gouvernement, avec son aval et non pas avec l’aval des députés. »

      Non, dans la pratique le premier ministre depends bel et bien de la majorité siegeant au parlement. Après la cohabitation n’a été rendu possible que parce que deux président se sont accrochés a leur siege apres avoir été desavoué par les urnes.

      Mais bon qui assume sa dignité et respecte les electeurs dans ce pays ?

      Les deputés et les senateurs qui ont voté CONTRE les electeurs en validant le TCE que nous avions refusé ?
      Surement pas.

      Nous avons une elite qui a besoin de gouter a la guillotine pour que la generation suivante d’elus ne nous meprise pas en nous prenant pour des veaux.


  • Kalki Kalki 22 juin 2009 18:07

    Ave Caesar morituri te salutant


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