lundi 20 avril - par

Se réapproprier les mots de la démocratie

Pourquoi exhumer aujourd’hui les vieux grimoires d’Athènes ? Parce que nous vivons, sans doute, le même cycle. Entre la naissance d’un idéal et sa capture par une poignée d'oligarques, l'histoire ne fait que bégayer. Ce glossaire n'est pas un dictionnaire historique : c’est le manuel de bord d'un navire en train de sombrer.

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De la Pnyx à la Bastille : pourquoi notre démocratie vacille

En 508 av. J.-C., Athènes vit son 1789. Comme nos ancêtres de la Révolution française, les paysans grecs n'en pouvaient plus de l'endettement, de la famine et de la morgue d'une noblesse qui possédait tout.

L’invention du Dème et de la Tribu par Clisthène, c’est l’équivalent de l’abolition des privilèges de la nuit du 4 août : on brise les clans familiaux et territoriaux pour créer une nation de citoyens. À Athènes comme à Paris, la démocratie est née d’une colère contre l’Hubris (la démesure) et le mépris des puissants. On a inventé l’Isonomie (l’égalité devant la loi) pour que plus jamais un homme ne soit l'esclave d'un autre pour une dette d'argent.

La chute : le retour des "trente tyrans" numériques

Mais l'histoire nous avertit : une démocratie ne meurt pas toujours dans un fracas, elle s'étouffe parfois dans le silence d'une administration, ou de circonstances comme un krach boursier, la dette, la sécurité, l’immigration, l’efficacité économique, la pénurie, la pandémie, la complexité, ou la guerre. Aujourd’hui la catastrophe écologique donne un prétexte supplémentaire à la fascisation.

Aujourd'hui, nous vivons une chute qui ressemble étrangement à celle d'Athènes sous la botte macédonienne. À l'époque, la force brute de Philippe II de Macédoine a tué la cité ; aujourd'hui, c'est l'ingénierie numérique et la loi des marchés qui jouent le rôle de l'envahisseur.

  • Le détournement de l’égalité citoyenne : là où les Grecs utilisaient le tirage au sort pour garantir l'impartialité, notre système électif est organisé de telle sorte que la caste des 10 % les plus riches soit protégée par ceux qui sont élus.

  • Le détournement de l'agora : là où tous les citoyens pouvaient délibérer, décider des lois, contrôler par eux-mêmes, nos algorithmes et le contrôle des données servent à fragmenter l'opinion.

  • La division programmée : pour éviter un nouveau 1789, les gouvernements actuels imitent les pires démagogues de l'Antiquité. Ils inventent des boucs émissaires au sein même du peuple (le chômeur, l'étranger, le précaire, celui qui touche le RSA) pour que les 90 % se déchirent entre eux au lieu de regarder vers les 10 % et surtout les 0,01 % qui font tout pour ne pas payer d’impôt tout en pesant de tout leur poids sur les décideurs.

  • La reconquête oligarchique : comme à la fin de la démocratie athénienne, on restreint le droit de cité. On ne supprime pas l'assemblée, on la rend impuissante en brutalisant la constitution, en faisant passer les lois à coups de 49.3, en blessant les manifestants. On vide l'Ecclésia de sa substance au profit d'une technocratie qui ne rend de comptes qu'aux marchés.

Le glossaire comme outil de résistance

Nous sommes arrivés dans le monde de la post-vérité dans lequel la vérité est niée même lorsqu’elle évidente pour tous, ou une vérité scientifique ne pèse pas plus qu’une opinion, où un fait divers tient pour une vérité absolue. Ce que les oligarques craignent par-dessus tout, c'est que nous retrouvions le sens des mots.

  • Parler d’Isonomie, d’Isegoria ou d’Isomoiria, c'est comprendre que la démocratie ne peut exister sans égalité devant la loi, sans égalité politique, sans équité de moyens. .

  • Parler de Graphè Paranomon, c'est se rappeler que le peuple a le droit (et le devoir) d'attaquer une loi injuste.

  • Parler d'Antidosis, c'est oser demander aux ultra-riches de rendre des comptes réels, de participer réellement selon leurs moyens.

Le peuple est divisé, labouré par un marketing politique qui vend l'adaptation forcée au marché comme une fatalité, cernés par des médias ou des réseaux sociaux qui divulguent désormais de fausses informations. Mais n'oublions pas : Athènes a duré deux siècles grâce à sa vigilance, et il semblerait que les circonstances actuelles nous montrent que nous sommes revenus à 508 av. J.-C., ou en 1789. Soit nous choisissons la tyrannie, soit la démocratie.

Deux choses sont certaines : notre système représentatif a été choisi contre la démocratie lors de la Révolution pour que le pouvoir n'échappe pas aux possédants, c'est-à-dire, les propriétaires, ceux qu'on appelle les riches et ultra riches actuellement ; l'autre chose, c'est que contrairement à ce que prédisait Platon, et ce qu'on nous rabâche à longueur de temps, la démocratie ne se dégrade pas, elle se renforce contre la tyrannie au fur et à mesure de son existence, et les citoyens ne se lassent pas d'exercer leur pouvoir quand ils l'ont. C'est à cause de la guerre que la démocratie athénienne a disparu et pas par dégradation du régime politique. Or, ce qu'on voit actuellement, c'est la démocratisation de notre système représentatif qui se dégrade. Pourquoi ? Parce que ça n'est pas une démocratie, et parce que les ultras riches et les multinationales le veulent pour faire tourner les affaires !

Entrez dans ce glossaire. Armez votre pensée. Reprenez le pouvoir sur les mots pour reprendre le pouvoir sur votre vie, mais pas que sur vos vies...


 

 

Les Principes fondateurs

  • Isonomie : égalité de tous devant la loi. C'est le socle : la naissance ne donne plus de privilège, seule la citoyenneté compte.

  • Isegoria : le droit de parole égal. À la tribune, la voix du cordonnier vaut celle du général.

  • Isomoiria  : 594 av. J.-C., au cœur des réformes de Solon pour éponger les dettes du peuple. C’est l'égalité des parts ou le partage équitable des richesses (notamment des terres). C'est le principe selon lequel une démocratie ne peut survivre si les écarts de fortune sont tels qu'ils créent une dépendance servile des pauvres envers les riches.

  • Eunomia  : l'harmonie. L'idéal d'une cité où les lois sont bonnes et respectées par tous. Idéal prôné par Solon dès 594 av. J.-C. pour pacifier la cité.

  • Sophrosunè  : la modération ou sagesse. C'est la qualité attendue du citoyen pour éviter les décisions extrêmes prises sous le coup de l'émotion.

  • Homonoia  : la concorde. L'objectif final après les guerres civiles : que les citoyens vivent en paix malgré leurs désaccords.

  • Antidosis  : le « duel fiscal ». Procédure par laquelle un citoyen désigné pour une liturgie (impôt public) pouvait mettre au défi un autre citoyen, qu'il jugeait plus riche, soit d'assumer la charge à sa place, soit d'échanger l'intégralité de leurs patrimoines. Un outil radical pour forcer la transparence des grandes fortunes. (IVe siècle av. J.-C. pour sa forme codifiée).

  • Misthos : l'indemnité journalière. La pièce de monnaie qui permet au pauvre de quitter son atelier pour siéger, rendant la démocratie réelle et non théorique.

  • Hubris  : la démesure ou l'orgueil excessif. C'est le "péché" suprême en politique ; le système est conçu pour briser toute tentative d'un homme de se croire au-dessus des lois. Concept moral archaïque, moteur des premières lois contre la violence des puissants.

Le coeur législatif

  • Ecclésia : l'assemblée souveraine sur la colline de la Pnyx. Tout citoyen y vote les lois, la guerre et l'impôt.

  • La Boulè : le conseil des 500. Ils sont les "secrétaires" de la démocratie, préparant les dossiers pour que l'Ecclésia ne discute pas dans le vide.

  • Prytanie : la commission permanente de la Boulè (50 membres). Ils assurent la permanence de l'État (logés et nourris au frais de la cité).

  • Le Proèdre : au IVe siècle, pour que la Prytanie ne préside pas ses propres débats, on tire au sort 9 Proèdres (un par tribu, sauf la tribu qui assure la Prytanie). Parmi ces 9, on tire au sort un Épistate des Proèdres.

  • L’Épistate (des Prytanes) : c'est le "Président d'un jour". Tiré au sort parmi les 50 membres de la Prytanie en cours. Il garde les sceaux de la cité et les clefs des archives et des trésors des temples. Il ne peut l'être qu'une seule fois dans sa vie pour 24 heures.

La hiérarchie des normes

  • Nomos  : la Loi fondamentale. Stable, elle est au sommet de la pyramide. À l'origine, ce sont les lois de Solon (594 av. J.-C.), écrites pour être au-dessus des hommes. Seuls les Nomothètes peuvent la modifier.

  • Pséphisma  : le décret. Vote de circonstance par l'Ecclésia (ex : déclarer une guerre, construire un temple). Nouveauté du IVe siècle : un décret est nul s'il contredit un Nomos.

  • Probouleuma  : le projet de décret préparé par la Boulè. Aucun texte ne peut arriver devant le peuple sans avoir été "pré-mâché" par ce conseil.

  • Dikastèrion  : le système des tribunaux. Au IVe siècle, ils deviennent plus puissants que l'Ecclésia car ils peuvent annuler ses décisions.

L'exécutif et la compétence

  • Les Stratèges : les 10 seuls chefs militaires élus. Ici, on ne rigole pas avec le tirage au sort : on veut les plus compétents pour mener la guerre.

  • Nomothètes : au IVe siècle, ils deviennent un corps de législateurs distinct de l'Assemblée. Ils agissent comme un "Sénat" ou un "Conseil Constitutionnel". Des jurés spécialisés qui valident les lois pour s'assurer qu'elles ne sont pas votées sous le coup d'une émotion passagère.

  • Synégore  : sorte de procureur ou d'avocat public désigné pour défendre les intérêts de la loi ou de la cité lors d'un procès.

  • Ephialtès : grand réformateur du Ve siècle qui a limité les pouvoirs de l'ancien conseil aristocratique (l'Aréopage) pour donner le pouvoir aux tribunaux populaires.

La justice et le contrôle

  • L'Héliée : créé par Solon. Au départ, c'est une simple instance d'appel contre les décisions des magistrats. Puis, il devient le grand tribunal populaire. 6 000 citoyens qui jugent tout, des querelles de voisinage aux crimes d'État.

  • Klérotèrion : la machine à voter. Une stèle de pierre ingénieuse qui utilise des billes et des plaques (pinakia) pour garantir un tirage au sort des jurés totalement impartial.

  • Dokimasie : l'examen de moralité. Avant de prendre un poste, on vérifie que tu traites bien tes parents et que tu payes tes impôts.

  • Euthyné : la reddition des comptes. À la fin de ton mandat, tu dois justifier chaque centime et chaque décision devant le peuple.

  • Graphè Paranomon : le garde-fou juridique. On peut attaquer un citoyen qui a proposé une loi illégale ou contradictoire. L'action en inconstitutionnalité. Tout citoyen peut attaquer un décret en justice. Si le tribunal lui donne raison, le décret est cassé et son auteur est lourdement sanctionné (amendes, Atimie).

  • Ostracisme : l'exil préventif. Un vote sur tesson de poterie (ostrakon) pour bannir 10 ans un homme devenu trop puissant, afin de protéger la cité d'un futur tyran.

  • Atimie : c'est la mort civile. Déjà présente chez Solon pour punir ceux qui refusent de prendre parti lors d'une guerre civile. Un citoyen frappé d'atimie perd ses droits : il ne peut plus voter, plus aller au tribunal, plus entrer sur l'Agora. C'est la sanction pour ceux qui ont trahi la confiance du peuple ou qui ont des dettes envers l'État.

L'organisation territoriale

  • Le dème : c’est la plus petite unité administrative (comme nos communes). On est citoyen par son dème, pas par son nom de famille. C’est là que se fait l'apprentissage de la politique à l'échelle locale.

  • La tribu (10 tribus) : le coup de génie de Clisthène. Chaque tribu mélange des gens de la côte, de la ville et de la campagne. Cela oblige les citoyens de milieux différents à collaborer, brisant les anciens réseaux d'influence des nobles.

L'aspect financier et social

  • La liturgie : l’impôt des plus riches, mais sous forme de service public volontaire (ou presque). Un riche "offre" l’équipement d’une trire (navire de guerre) ou finance les costumes d’une pièce de théâtre. C'est le "mécénat forcé" qui finance la cité. Sous la tyrannie, la liturgie est un outil au service d'un homme. Sous la démocratie, elle devient un outil au service de la Cité. Elle est intégrée à la loi : ce n'est plus le tyran qui décide qui paie, mais le dème et la tribu selon des critères de fortune précis.

  • L'archonte : Institution très ancienne (VIIIe s.), mais devient la base de l'exécutif avant d'être déclassée par la démocratie. Avant la démocratie, ils étaient les rois de la cité. Sous la démocratie, ils perdent leur pouvoir politique au profit des Stratèges, mais gardent des fonctions symboliques et religieuses. On en tire toujours 9 au sort.


Image : La Pnyx - Wiki LettresAntiques

 



17 réactions


  • L’apostilleur 21 avril 08:23

    @l’auteur

    Vos références atheniennes sont intéressantes mais méritent d’être complétées ...

    La démocratie est née dans une cité pour elle même sans dépasser ses frontières avec des conditions que vous refuseriez pour notre pays, comme un droit de vote sélectif, pas les femmes, ni les étrangers, ni les esclaves...

    Vous en oubliez une qui se diffuse dans notre pays, la possibilité pour les citoyens de choisir un tyran en période de trop grande chienlit. Ce que Mélenchon et ses « portes-gourdin » provoquent en attendant que l’ochlocratie (pouvoir de la foule) le choisisse pour tyran comme à Athènes (*). Quelques lignes (*) rappellent le succès athénien finalement, le prêt qui développe l’entrepenariat et le travail.

    (*) https://onenpensequoi.over-blog.com/2023/03/642d3ba4-dacb.html

    Ps : pour Manuel Bompard (LFI) : « Le vote n’est pas forcément l’alpha et l’oméga de la démocratie. L’objectif c’est d’être le plus efficace possible » CQFD


    • Jean-Luc Picard-Bachelerie 21 avril 09:29

      @L’apostilleur

      La critique de la démocratie athénienne est connue de tous. Pourquoi la rappeler, sinon pour discréditer d’entrée de jeu une la démocratie ? Au temps d’Athènes, les cités étaient des Etats.

      Quant à votre affirmation selon laquelle la démocratie athénienne prévoyait le recours à un tyran, elle est totalement fausse. Athènes n’a fait que renforcer son système pour éviter l’advenue d’un tyran, notamment par la mise en place de l’ostracisme ou même encore le Graphè Paranomon.
      Il existe deux situations nuancées qui peuvent ressembler à votre idée :

      Solon le « Médiateur » : avant que la démocratie ne soit pleinement établie, Solon a été nommé avec des pouvoirs extraordinaires pour réformer les lois et éponger les dettes. On l’appelait un diallaktes (réconciliateur), pas un tyran.

      Les Trente Tyrans : à la fin de la guerre du Péloponnèse, Sparte a imposé un gouvernement oligarchique à Athènes. On les a appelés les « Trente Tyrans », mais ils n’ont pas été élus par le peuple ; ils ont été imposés par l’ennemi après une défaite militaire.

      Quelle chienlit provoque Mélenchon exactement ? Dénoncer la chienlit macroniste et lepeniste ? Soyez précis sur le sujet, car c’est trop facile ce genre d’anathème. Je ne suis pas mélenchoniste, mais franchement, ce type de critique est toute gratuite.
       
      Quant à l’affirmation de Bompard, elle est parfaitement exacte si vous connaissez les circonstances qui ont instauré le système représentatif en France. Celui-ci a été choisi explicitement contre la démocratie. Reportez vous à Séyès qui a été le meilleur porte-parole de cette idée. Système représentatif explicitement choisi aussi pour réserver le pouvoir aux possédants, nos riches et ultras riches de maintenant avec toutes les inégalités pour conséquences. Et c’est bien là qu’on voit la différence entre le système représentatif dirigée par une aristocratie et la démocratie fondée sur la triple égalité : iségoria, isonomie, isomoiria, c’est-à-dire l’égalité politique, l’égalité de tous devant la loi et donc l’Etat de droit, enfin, l’équité de conditions, et donc la justice sociale. C’est là qu’on voit que la démocratie ne peut être une idée de droite, sinon seulement pour tromper son monde, et encore moins une idée d’extrême droite qui en voulant plus d’autorité de l’Etat signe le choix d’un tyran sauce moderne entre illibéralisme et soumission aux marchés.

      Effectivement l’élection ne fait pas la démocratie mais l’aristocratie, ceci est expliqué dans tous les manuels de la démocratie. D’autant que si vous regardez bien notre système électif, il donne quasiment à tous les coups, la prime à celui qui a réuni les plus riches derrière lui. 


    • L’apostilleur 21 avril 09:40

      @Jean-Luc Picard-Bachelerie

      « ...Quant à votre affirmation selon laquelle la démocratie athénienne prévoyait le recours à un tyran, elle est totalement fausse.. »

      La lecture du lien vous aurait peut-être informé


    • Jean-Luc Picard-Bachelerie 21 avril 09:55

      @L’apostilleur
      Pisistrate est l’exception qui confirme la règle. Celui-ci a accédé au pouvoir par la ruse et non parce que la démocratie avait prévu ce cas de recours. Il ne vous a pas échappé qu’il est arrivé au pouvoir après Solon, c’est-à-dire dans une démocratie naissante qui n’avait pas encore prévu toutes ses défenses contre la tyrannie. Tocqueville n’est pas la meilleure référence pour parler de la démocratie athénienne. Depuis, les recherches ont avancé. Avec Christophe Pébarthe notamment.


  • Eric F 21 avril 09:28

    Belle utopie mais comparaison anachronique, par exemple cette histoire de tribus artificiellement constituées. Le modèle économique, social, technologique, le facteur d’échelle, l’imbrication internationale, n’ont plus rien à voir.


    • Jean-Luc Picard-Bachelerie 21 avril 09:37

      @Eric F
      ​Restituer un glossaire ne veut pas dire que toutes les idées d’il y a 2500 ans sont bonnes pour le monde d’aujourd’hui, cela va de soi. Pour autant, tout est-il à jeter ? Ce glossaire a pour utilité de faire remonter à la surface des concepts délaissés, voire totalement oubliés. Comme vous avez dû vous en apercevoir, nous sommes à une époque de rupture (la multicrise nous y oblige). Cela veut dire que les Français sinon tous les terriens en sont à imaginer un autre monde et il n’est pas inutile de remuer les méninges en les provoquant sur des des choses venues d’ailleurs.
      Une fois que vous avez dénoncé l’utopie des tribus (chose curieuse du reste, c’est que ces tribus ont été créées pour stopper le communautarisme social, la gentrification. C’est-à-dire une idée inverse à l’idée qu’on se fait de la tribu habituellement.


    • Eric F 21 avril 10:36

      @Jean-Luc Picard-Bachelerie

      Effectivement il y a des principes qui peuvent être rappelés, même si la mise en oeuvre de l’époque ne peut plus correspondre aux réalités et à l’échelle des états actuels. Un exemple -que l’on peut déplorer- c’est que les ultra riches sont désormais cosmopolites, leur fortune se carapate dans un paradis fiscal en un clic.

      A propos de la formule de Sieyes, là aussi il faut éviter les anachronismes, le système représentatif était prôné par opposition au pouvoir direct pour des raisons pratiques (disponibilité, maîtrise des sujets, nombre, superficie...), le terme « démocratie » dans son exposé désignait spécifiquement la démocratie directe sur la place de la cité. Aujourd’hui on emploie les expressions démocratie directe et démocratie représentative, et on peut prévoir des dispositifs directs comme la pétition et le référendum. L’aspect « aristocratique », c’est quand il y a un milieu politique fermé, une caste, des dynasties, une oligarchie, ce que le pluralisme politique et les alternances visent à éviter.


  • Jean-Luc Picard-Bachelerie 21 avril 12:42

    Pour moi, ces ultras riches forment une oligarchie méta-gouvernementale internationale, j’en suis convaincu. C’est une petite caste qui s’entend très bien pour faire avancer l’ensemble de leurs intérêts. On les a vus faire allégeance à Trump en janvier 2025. 

    Pour Sieyès et ses anachronismes, je ne les vois absolument pas comme cela, car les raisons qu’il invoquait, sont toujours les raisons invoquées maintenant alors qu’elles n’ont plus de réalité : 

    Disponibilité  : il suffit d’organiser le travail autrement, et mettre en place un« misthos ».

    Maîtrise des sujets :

    les Français (et dans la majorité des pays) vont désormais tous à l’école et beaucoup d’entre eux vont à l’université. Lorsque je lis la littérature d’Agoravox, il ne me semble pas lire des gens non instruits. En 1789, c’était un véritable argument, mais plus maintenant. 

    Nombre  : du temps de la démocratie athénienne, tous les citoyens n’étaient pas réunis sur la Pnyx. Il y avait une sélection. Par contre, tous pouvaient prétendre à y être. Tous les citoyens avaient la possibilité, à égalité de voix, de participer à la délibération. C’est un faux procès de dire qu’on ne peut pas faire débattre des millions de personnes ensemble. Cela n’a jamais fait partie du projet démocratique. A Athènes, il y avait un tirage au sort. Au XXIe siècle, on peut trouver plein de formules différentes. L’essentiel, c’est que tous les citoyens aient la possibilité de faire valoir sa voix, ses idées au sein d’une délibération.

    Superficie  : à peu près la même réponse 


    • Eric F 21 avril 14:04

      @Jean-Luc Picard-Bachelerie

      les ultra riches forment effectivement une caste à l’échelle planétaire, constituant des groupes de pression, jouant sur le marché mondial et les disparités monétaires, fiscales et sociales entre les pays.
      Mais s’ils « pèsent » par les financements, manipulations et pressions, ils ne sont ni les électeurs, ni les représentants. Et si les électeurs sont/étaient à ce point subjugables, ils le seraient tout autant par tirage au sort ou assemblés sur la place de la cité. C’était du reste une critique antique de la démocratie directe, la foule à la merci de démagogues.


  • Et hop ! 21 avril 15:09

    Le mot démocratie n’est utilisé en France pour désigner le régime politique que depuis le débarquement américain en 1945, parce qu’il désignait le régime amricain comme le montre l’essait d’Alexis de Toqueville, La Démocratie en Amérique, écrit après son voyage à la demande du gouvernement français pour étudier le système carcéral américain. Il en fait une critique sévère.

    Absent des quatre premières constitutions de la République françaises, le mot Démocratie n’apparaît qu’une fois dans l’article 4 de la Constitution de la V République de 1958. Ce mot n’est défini nulle par dans une loi française.

    Le régime de la démocratie athénienne a toujours existé en France dans les municipalités avec l’élection des consuls (c.a.d. conseillers) ou des échevins (actuellement les conseillers municipaux) au suffrage universel, mais seul les chefs de familles ou de maison votaient, y compris si c’était une femme, la famille comprenant aussi les employés de la maison ou domestiques. Sous la Révolution française, le suffrage a cessé d’être universel pour être réduit aux seuls citoyen actif, c’est-à-dire ayant un revenu imposable imporrtant (les riches) et un certificat de civisme (favorable au pouvoir révolutionnaire).

    Dans beaucoup de municipalités importantes qui avaient des corps de métiers constitués, leurs membres élisaient un ou plusieurs conseillers qui les représentaient, il y avait alors aussi des conseilles représentant le corps de la officiers de magistrature, celui de la noblesse et celui du clergé (qui était le service public de l’instruction, de la santé et des affaires sociales).

    Dans les villages qui n’avaient pas le droit de cité, la communauté des habitants avait un syndic et des conseillers élus aussi au suffrage universel. Ces communes n’avaient pas, comme les villes citésavec charte communale, une personnalité juridique avec un sceau, une caisse, le droit de lever des impôts et des hommes d’arme pour se défendre, ni de pouvoir de police et de justice qui était exercés par le seigneur haut justicier. Toutefois, à partir du règne de Louis XIV, ils avaient l’obligation d’engager un maître et une maîtresse d’école, ainsi qu’une sage femme, et de percevoir sur toute les familles un droit pour payer leurs gages et entretenir la maison d’école.


  • Et hop ! 21 avril 15:47

    L’élection par concours public à tous les emplois publics repose sur l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen votée en 1789 par l’Assemblée nationale et promulguée par le roi Louis XVI.

    «  Tous les citoyens sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »

    La définition des emplois publics était très large comprenant, en plus de ce qu’on appelle aujourd’hui les élus, c’est-à-dire les conseillers municipaux, généraux, régionaux, les députés, sénateurs, tous les fonctioinnaires publics, les élèves des écoles publiques secondaires et supérieures, les boursiers, les membres des jurys de cour d’Assiste, ainsi que tous les fournisseurs de l’État adjudicataires des marchés publics, les acquéreurs des ventes publiques des domaines ou des biens saisis, par licitation, ou adjudication publique. 

    Cette égalité doit être mise en oeuvre par des concours public qui commencent par la publication officielle des emplois, place dans les écoles, dignités, marchés, qui sont à pouvoir, ensuite la constitution d’un jury dont les noms sont aussi publiés avec le lieu de leur délibération et de l’examen des candidats dans une séance qui doit aussi être publique, la liste des candidats doit ausi être publiée, puis à l’issu de l’examen des cadidatures, une liste de classement des candidats.

    La procédure de recrutement égalitaire « selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents » est en principe la même pour élire un député, un professeur agrégé, un conseiller à la Cour des comptes, un élève de Polytechnique, de l’École Navale, de l’École des Chartes ou des Beaux Arts, des conservatoires de musique ou de danse, même d’un lycée d’État, un magistrat, un notaire ou un huissier public, un architecte voyer de la ville de Paris ou en chef des Monuments historiques, un membre du Conseil économique et social, de l’Académie de Médecine, de la Légion d’honneur, plus généralement n’importe quel agent titulaire de la fonction publique de l’État, un bénéficiaire de logement social ou de bourse d’étude ou de subvention, et n’importe quel fournisseur de l’État.

    Ce système garantit que les agents et les fournisseurs de l’État soient les meilleurs dans leur genre parmi tous les candidats ayant également accès, c’est un système aristocratique, pas démocratique. 

    Ce système est complètement perverti par le recrutement par délibérations ou attributions secrètes, cooptations, pistons, népotismes, fraudes, corruptions, il finit par sélectionner les plus mauvais. 


  • LeMerou 21 avril 17:33

    @Jean-Luc Picard-Bachelerie

    Bonjour,

    L’on ne peut comparer ce qui fut dans une cité Antique et une Nation composée de millions d’individus. Sachant aussi que le « droit de parole » était très loin d’être égal, femmes et métèques n’avait pas le droit de citer.

    Nous connaissons tous l’étymologie du mot démocratie, tellement il nous est seriné, ressassé, etc que cela en devient ridicule. Cependant, nous pouvons constater que dans la dite citée, ce sont les « orateurs » presque tous issus de l’aristocratie Athénienne, qui accordaient la parole au peuple, sans que nous sachions avec certitude que cette dernière certes écoutée n’ait été suivie d’actes. Bref, c’est toujours la même « caste » dominante qui règne, tout l’art étant de faire croire que c’est le peuple qui a le pouvoir.

    Bref, le fonctionnement actuel c’est largement inspiré de ces « récits », de l’idéologie « démocratique », élimant le fondamental et pour cause (toutefois ils ont tous bien compris l’art de l’éloquence et ses effets). De nos jours le « peuple » à le pouvoir, à bien des niveaux, depuis la commune à la Présidence. Le « système » n’est pas parfait certes, mais quand nous constatons que ce fameux « pouvoir » accordé au peuple n’est pas exercé par ce dernier (l’abstention) pour des raisons parfois douteuses, je me dis que le système actuel à de très beaux jours devant lui.

    Ce qui est lassant à force, c’est d’écouter les mêmes discours dithyrambiques, ces grandes paroles, sans compter les évocations en tout genre. On évoque quant on est incapable de véritablement rallier ou d’avoir un idéal fédérateur. Les belles paroles, promesses non tenues pour la plus part, ont cependant nourris vidant les bourses et maintenant la suite ne sera pas délectable, mais se rapprochera plus d’une célèbre phrase d’une fable plus que centenaire, comme quoi nous n’avons rien compris.

    Alors la démocratie.. Un rêve, une utopie bien écrite.


    • Jean-Luc Picard-Bachelerie 22 avril 01:25

      @LeMerou

      Désolé, mais vous parlez de ce que vous ne connaissez pas. Du reste, si vous aviez lu le glossaire, vous auriez trouvé quelques mots qui montrent que les Athéniens se méfiaient comme de la peste des démagogues. Ils avaient prévu l’ostracisme pour eux. Et les Athéniens votaient chaque année pour savoir qui était ostracisé pour 10 ans. Ils avaient aussi l’Antidosis pour faire payer les riches sans qu’ils puissent y échapper. Il y avait aussi le Graphè Paranomon :qui permettait d’attaquer un citoyen qui avait proposé une loi illégale ou contradictoire. Si celui-ci était reconnu coupable, il était passible de l’Atimie, c’est-à-dire la perte de tous ses droits civiques. Et lorsque vous dites que la démocratie est bien écrite, je dirai « mon oeil », vous n’en avez pas lu une seule ligne pour dire des faussetés pareilles.


    • Et hop ! 22 avril 19:32

      @Jean-Luc Picard-Bachelerie

      Au Ve siècle, époque de l’apogée de la « démocratie athènienne », la population de la Cité, ville et campagnes, toutes catégories confondues, propriétaires, hilotes, esclaves, métèques, était de 250 000 habitants, dont un dixième avait des droits civiques, et parmi ceux-ci, 2 ou 3 000 participaient aux assemblées générales où les décisions étaient débattues et prises par vote. La ville elle-même ne devait pas dépasser 20 000 habitants, soit la population actuelle de Cahors. C’est une organisation politique qui fonctionnait à l’échelle d’une ville et d’une municipalité, pas d’un pays de 60 millions d’habitants. Actuellement, les municipalités françaises ont toutes, pour des populations équivalentes, des constitutions qui sont encore plus démocratiques que celle d’Athènes, toutefois sans avoir le pouvoir de faire la guerre, ni des lois civiles et criminelles, ni pouvoir judiciaire.

      Il existe deux catégories de peuples, ceux qui sont libres et ceux qui sont tributaires. Au IVe siècle, la Cité-état d’Athènes, règne sur un empire de 2 millions d’habitants constitué de centaines d’autres cités qui lui payent presque toutes un tribu important, sauf quelques une qui ont un statut d’allié qui sera révoqué pour devenir aussi tributaires, et qui ne sont absolument pas représentées dans les institutions démocratiques d’Athènes qui leur change leurs institutions et leurs lois.

      Le régime le plus démocratique qu’on connaisse actuellement pour un ensemble de plusieurs millions d’habitants est celui de la Fédération helvétique, mais c’est une organisation politque qui est de tradition ancienne chez eux et qui correspond à leur mentalité, elle ne fonctionnerait pas forcément dans un autre pays, surtout en France qui a été créée pendant plusieurs siècls par des institutions de plus en plus centralisées depuis 1791. Les pays de l’ancien empire romain germanique ont une tradition fédéraliste décentalisée comme l’Allemagne et l’Autriche, comme aussi les USA : l’âge de la majorité ou pour conduire une automobile, le droit à l’avortement, la peine de mort, l’âge de la majorité, l’organisation judiciaire, ne sont pas les mêmes dans les différents États américains et ça ne gêne personne. C’est impensable avec le système jacobin français qui a été adopté par l’Union Européenne.


    • Jean-Luc Picard-Bachelerie 22 avril 19:56

      @Et hop !

      Vous semblez savoir quel régime politique correspond à chacun des pays sur cette terre. Bravo. Je ne sais s’il vous arrive d’avoir des doutes. A priori, pas sur le sujet.

      J’ai répondu le 21/04 à 12h42 à l’argument du nombre. Je vous renvoie donc à ce commentaire.


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