mardi 8 février - par Taverne

Théorie du bon sens

Qu'est-ce que le "bon sens" ? Le bon sens semble échapper à toute définition. Mais, on pourrait dire que ce serait "ce qui remet droit". Quelquefois, notre pensée est en contradiction avec la réalité, le bon sens est alors de rendre évidente la réalité et de l'admettre : on remet droit sa pensée. D'autres fois, c'est la réalité qui nous atterre ou qui nous désespère. Le bon sens consiste alors à bien employer notre pensée et à se dire : "oui, la réalité est celle-là mais je peux la modifier, je puis agir sur elle car il n'y a pas de fatalité". Le bon sens navigue entre deux mondes : celui de notre conscience et celui de la réalité. Il n'est jamais le parti d'un seul camp. Il voit, il évalue. Cette clairvoyance, cette lucidité forment ce qu'on appelle communément le bon sens.

Le bon sens, c'est de remettre droit la pensée qui va de travers. Or, la pensée va souvent de travers. Plus la parole fuse plus elle accouche de bêtises. On dirait que la parole a été donnée à l'homme pour tromper et se tromper lui-même. Il gagnerait en intelligence s'il pensait davantage et s'il ne s'exprimait pas en toutes occasions.

Le bon sens ne garantit pas la vérité mais il apporte la force. Il remet droit dans un esprit de justice et de justesse. Le bon sens, en réalité, ne se définit pas clairement, il se refuse à entrer dans une catégorie bien délimitée.

Pour comprendre le bon sens, il faut le regarder en action. Il est quasi certain que le bon sens et l'action sont deux choses indissociables. Cela n'est pas le cas de la vérité établie, laquelle peut exister par elle-même, sans mouvement et sans action. Le bon sens coexiste avec une dynamique là où la vérité peut être une loi arrêtée. C'est même l'idéal de la vérité que de se vouloir fixe et, si possible, éternelle. Le bon sens, lui, ne demande qu'à vivre dans le mouvement.

Autre différence avec la vérité : une vérité peut se déduire alors que le bon sens ne se tire pas de déductions logiques. Le bon sens remet droit et pas nécessairement toujours par les moyens logiques.

Le bon sens est davantage tourné vers l'esprit pratique que vers la théorisation. Il agit plus promptement que les idées. Comme il se conçoit dans l'action plutôt que dans les théories, il s'enseigne le mieux par la force de l'exemple. On en fait l'apprentissage en observant ceux qui travaillent et agissent en bons artisans.

Le bon sens est commun à tous les êtres humains, c'est la thèse que défend René Descartes

Il écrit, au début de son Discours de la méthode : "je ne sache point de qualités que celles-ci qui servent à la perfection de l’esprit ; car pour la raison, ou le sens, d’autant qu’elle est la seule chose qui nous rend hommes et nous distingue des bêtes, je veux croire qu’elle est tout entière en un chacun  ; et suivre en ceci l’opinion commune des philosophes, qui disent qu’il n’y a du plus et du moins qu’entre les accidents, et non point entre les formes ou natures des individus d’une même espèce."

Tout le monde est ainsi doté d'un égal bon sens mais les accidents de l'imagination et de l'interprétation des choses aboutissent à des opinions vraies ou fausses. Le mauvais usage du bon sens commun à tous (d'ailleurs ne dit-on pas perdre le "sens commun" ?) nous conduit à produire des erreurs de jugement. Le bon sens doit alors remettre droit. Un jugement erroné doit être rectifié.

Le bon sens ne se confond pas avec le pragmatisme. Les deux peuvent coïncider mais cela n'est pas automatique. Il arrive en effet souvent que des personnes se réclament du pragmatisme (littéralement "sens des affaires") comme d'une doctrine. Le bon sens en ce cas n'est pas de bonne foi, pas authentique. Derrière le pragmatisme se cachent trop d'intérêts...

Se référer au seul ragmatisme est une faute de bon sens. Le pragmatisme ne doit pas être une doctrine qui sert d'alibi pour justifier nos choix. Le vrai bon sens se méfie des théories et se montre plus lucide en regardant la réalité dans les yeux : autant la réalité du monde réel que la réalité humaine et sociale.

Quand la conscience consiste à compter jusqu'à trois !

La conscience volontaire cherche à unifier tout sous la coupe de sa vision. C'est la règle de l'unité, du "Un". La conscience cherche à unifier, à simplifier, pour justifier ses actes et ses opinions.

La conscience compte jusqu'à deux quand elle accepte la contradiction voire l'opposition des points de vue. Mais elle trouve là aussi un écueil si elle tombe dans la binarité, la radicalité ou le manichéisme du "Deux".

Enfin, la conscience compte jusqu'à trois en s'ouvrant à la perspective. Elle admet que la vérité n'est pas toujours unique, qu'elle n'est pas toujours binaire non plus. La conscience ouverte choisit le "Trois".

Les trois voies sont bonnes pourvues qu'on les choisisse en fonction des situations qui leur correspondent. Il s'agit de choisir le format qui convient aux choses que l'on veut examiner.

Le sens du discernement

Le bon sens est conscient de ses limites. Il fait appel à l'aide d'autres personnes (ou par les livres, l'expérience) pour remettre droit ses jugements. Ainsi prévenu, le bon sens est apte à distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais, le juste du non juste.

Le bon sens s'exerce dans la modération car, conscience de ses propres limites, il se montre bienveillant envers les autres qu'il sait aussi faillibles que lui-même. Mais il accepte aussi de rechercher de bons exemples chez les autres, question d'humilité. Chez qui trouver la qualité qu'il me faut imiter ? Voilà ce qu'il se demande en mettant son ego en sourdine.

Le bon sens sait que le jugement peut être faussé et il s'applique à le remettre droit. Il apprend de ses erreurs. Il a le regard tourné vers l'essentiel et non vers le superficiel. Il accepte néanmoins le besoin d'être quelquefois léger et insouciant, sinon la vie lui serait un fardeau. Mais il opère clairement la différence entre ce qui compte et ce qui n'est que divertissement. Il fait passer les besoins avant les simples envies.

Le bon sens privilégie le naturel aux constructions de l'esprit. En fin de compte, le bon sens, c'est ce qui résiste le mieux à tout. Il sait se montrer prudent : il n'ose pas tout et c'est même à cela qu'on le reconnaît...



34 réactions


  • Ruut Ruut 8 février 09:53

    Le pass pour imposer une injection expérimentale est à l’opposé du bon sens…

    Mais la déraison gouverne notre Nation depuis au moins 5 ans.

    Triste époque....


    • Taverne Taverne 8 février 11:23

      @Ruut

      Le triste « trop » pique.

      L’excès engendre la colère. On nous a fait croire que le bon sens était de forcer toute la population à se vacciner. Non seulement, le passe est inutile et juridiquement injustifié mais la vaccination massive a favorisé la contamination (les pays les plus vaccinés sont aussi les plus contaminés).

      Sans parler des dégâts collatéraux : des générations d’enfants traumatisés, des vieux oubliés dans les mouroirs, et la dette monumentale du Pharaon Koakilankout qui n’a pas reposé toujours sur des critères de bon sens.


    • Joséphine Joséphine 8 février 14:25

      @Taverne

      Et à propos du Pharaon Koakilankout, cette politique d’arrosage de pognon va nous coûter affreusement cher. Il va bien sûr falloir payer l’addition car l’argent magique ça n’existe pas. Avez vous des précisions sur la façon dont ils vont nous plumer ? Sur le Figaro ils disent qu’ils pourraient ponctionner les épargnes, c’est odieux ! 


  • cevennevive cevennevive 8 février 10:14

    Bonjour Taverne,

    Je crois que le bon sens aujourd’hui, c’est de ne pas prendre les rues en sens interdit. Car pour le reste, je doute...

    Nous en trouvons encore chez les vieux ruraux, et nos ainés souvent.

    A nous de le déceler et de l’amplifier chez nos enfants et petits enfants, malgré les média idiots.

    Mais votre article me plaît, empreint de bon sens.


    • Taverne Taverne 8 février 11:15

      @cevennevive

      Des mouvement populaires récents ont montré que l’on pouvait changer le sens des ronds-points…

      Et pour les sens interdit, parfois il faut savoir oser prendre les voies que l’on nous interdit de prendre. Car derrière une interdiction, il n’y a pas toujours des motifs justes et sensés.

      En fait, vous parlez davantage du « bon sens populaire » que du « bon sens » philosophique de Montaigne ou de Descartes. Le premier est dangereux quand il consiste à devoir rester toujours raisonnable au sens imposé du terme, dans l’intérêt de ceux qui décident, et bien domestiqué. Le bon sens consiste aussi à sortir de sa zone de confort (voir l’article de Dugué de ce jour).


  • Clark Kent Schrek 8 février 11:00

    Pour tout un chacun, le « bon sens » est la capacité d’avoir une réponse pertinente ou appropriée à un problème. Quelqu’un de bon sens c’est quelqu’un qui s’avère avoir souvent raison. Mais la raison n’est que la capacité à raisonner. Il s’agit d’une faculté nécessaire mais pas suffisante, et beaucoup de découvertes scientifiques récentes « défient le bon sens ». C’est que Descartes (qui n’était pas le dernier des imbéciles) a précisé qu’il était nécessaire de lui adjoindre une méthode, sans quoi, le bon sens reste une intuition et peut être source d’illusion, d’erreur. 


  • Hervé Hum Hervé Hum 8 février 11:15

    peut on et doit on voir le « bon sens », comme une personne ?

    M’est avis que c’est déjà donner un mauvais sens, du bon sens !

    Le bon sens est un moyen, pas une finalité. En réalité (mais pas dans l’imaginaire) ; l’être en tant que tel n’a de choix que du ou des buts, finalité qu’il se propose d’atteindre, mais pas des moyens, ces derniers étant le domaine exclusif, totalitaire de la causalité et d’elle seule.

     

    De ce point de vue, il faut alors distinguer ce qui relève de l’imaginaire et de la réalité. Sachant que la différence entre les deux est le sens de la relation de causalité. Autrement dit, dans l’imaginaire, chacun décide, est le maître absolu des relations de causalité et peut donc faire que la conséquence précède la cause, où la logique dépend de sa propre volonté. Dans la réalité, c’est exactement le contraire, donc, où c’est la relation de causalité qui s’impose à l’imaginaire et ce dernier devoir composer avec.

    Bref, le bon sens pour tout un chacun, c’est celui qui vous permet d’atteindre votre objectif et où cela dépend pour beaucoup dans votre capacité à imposer votre propre imaginaire à celui des autres, ici, la réalité est accessoire dès l’instant où c’est l’imaginaire qui est placé comme ordre 1er, directeur. Dans ce contexte, vous pouvez faire gober n’importe quoi, sauf à celui qui a comme fondement logique la seule causalité.

    Sans cela, il serait impossible à une petite élite de commander à tous les autres et faire que vos propres ennemis déclarés, sont les 1er à défendre les conditions de votre propre domination, tout en affirmant le contraire !


    • Clark Kent Schrek 8 février 11:32

      @Hervé Hum

      Le bon sens est une boussole, pas un GPS.
      La petite élite dispose d’un puissant aimant, le pognon, qui lui permet de leurrer les électeurs-marins équipés de ce seul accessoire obsolète. Mais, en matière de management, la petite élite se réserve l’exclusivité de l’usage d’un GPS à jour. Comme les rois les plus puissants du moyen-âge qui détenaient une partie de leur supériorité sur les autres par le fait d’avoir des cartes marines actualisées et gardées secrètes, les puissants actuels se gardent bien de communiquer les éléments sur lesquels ils fondent leurs stratégies, dont le « bon sens » n’est que le support archaïque.


    • PascalDemoriane 8 février 11:34

      @Hervé Hum
      Superbe votre remarque critique préliminaire sur la personnification abusive de l’objet étudié « le Bon-sens » qui ferait ceci ou cela. Mais ce n’est pas une erreur de M.Taverne, c’est un travers propre au mode d’intellection... du bon sens justement. J’appelle ce problème psycho-linguistique structurel la « substantivation abusive » d’une abstraction.


    • Taverne Taverne 8 février 11:45

      @Schrek

      « Le bon sens est une boussole, pas un GPS. »

      Oui. Pas mal comme formule. Mais développons : la boussole n’a pas pour fonction de n’indiquer que le Nord. Elle désigne aussi le Sud, L’Est, l’Ouest et tout un tas d’autres directions qui sont autant de possibilités.

      Celui ou celle qui ne voit que l’aiguille qui pointe le Nord tombe dans le tropisme.
      Larousse : « Tropisme, sens figuré. Force obscure qui pousse un groupe, un phénomène, à prendre une certaine orientation. »

      Force obscure  ! Ne nous laissons pas guider par les forces obscures, voilà le bon sens, me semble-t-il.


    • Clark Kent Schrek 8 février 12:57

      @Taverne

      le sens commun (qui n’est pas forcément le bon, mais qui est la sagesse des nations), dit quand même « perdre le nord » pour signifier « s’égarer », pas perdre les sud, l’ouest ou l’est.


    • Hervé Hum Hervé Hum 8 février 13:05

      @Schrek

      Le gps est à la société actuelle ce que la boussole était autrefois, c’est la même chose, même fonction où seul le niveau de précision change.

      Bref, GPS ou boussole, elle n’ont d’utilité que pour vous indiquer la route à suivre selon la destination que vous voulez atteindre, mais ce n’est en aucun cas une finalité (domaine de l’être). Une boussole (ou un GPS)n’a ni bon, ni mauvais sens, car comme le précise Taverne, elle indique tous les sens « en même temps », mais c’est uniquement l’utilisateur ou celui qui sait s’en servir qui définit le bon ou mauvais sens. Ainsi, si vous êtes avec une personne qui ne sait pas s’en servir, vous pourrez la faire aller dans le sens contraire voulu par elle, mais dans le bon sens voulu par vous même, enfin, tant que la personne ne s’en rende pas compte. Tout l’art consistant alors à maintenir l’illusion !

      Le bon sens absolu, tout comme pour une boussole, c’est la réalité qui veut que le nord ne peut être confondu avec le sud, qui veut que la conséquence ne peut précéder la cause et qu’une chaine de causalité ne peut pas être inversée ou mélangé. Le bon sens relatif, c’est celui qui vous mène là où vous voulez aller, indépendamment de la réalité, donc, du sens absolue. Mais comme il s’agit de tromperie, tout l’art est alors de savoir faire passer des vessies pour des lanternes.


    • Taverne Taverne 8 février 13:54

      La boussole, la balance et le calendrier (pour mettre d’accord ?)

      Pour filer la métaphore, je reprends l’image de la boussole : elle me donne la direction. Mais me permet-elle de peser ? Non.

      Il me faut donc aussi une balance à plateaux pour peser les bons choix.

      Ensuite, la boussole et la balance, me permettent-elles de décider du moment propice pour agir ? Non. Il me faut donc un troisième instrument : le calendrier pour choisir la période et m’équiper en conséquence, selon la destination choisie et selon la duré du voyage.

      Sortons de la métaphore, qu’est-ce que le Nord ? Il faut que ce soit une direction objective et pas une idéologie ou le choix imposé d’une autorité. Dans le cas de la boussole, c’est clair : c’est le magnétisme qui définit le Nord.

      Mais chaque domaine a son « Nord ». Alors, je dirai que, de façon universelle, le Nord est « ce qui est bon pour soi ». Enfin, me semble-t-il, et sans tomber dans l’égoïsme évidemment. La balance permet de peser les bonnes stratégies, les bonnes attitudes, les bonnes pratiques pour trouver le chemin vers « ce qui est bon pour moi ». Après tout dans bon sens, il y a surtout « bon » !


    • Clark Kent Schrek 8 février 14:47

      @Hervé Hum

      non ! le GPS, c’est la boussole connectée à la carte.
      Le bon sens, c’est la boussole sans la carte.
      « Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va. »
      Sénèque


    • Hervé Hum Hervé Hum 8 février 16:42

      @Schrek

      Si vous voulez, toutefois, vous me lisez trop vite, car je parle de bon sens absolu et relatif.

      Ainsi, si on reprend votre métaphore, le GPS parle du bon sens absolu, celui qui tient de la logique causale et la boussole, le bon sens relatif, qui tient de votre propre imaginaire.

      Lorsque vous n’avez que la boussole, vous ne connaissez que la direction, mais ne savez rien de la carte, qui relève alors de votre imaginaire et deviendra absolu lorsque vous aurez tracé la carte en fonction de la réalité et non plus de votre imaginaire, car bien entendu, si la carte mélange réalité et imaginaire, elle est fausse.

      Car si votre GPS n’est pas à jour, ben il peut vous conduire hors de la route et chacun peut témoigner avoir roulé ailleurs que sur la route avec le GPS, mais pour autant, tout un chacun peut attester qu’il existe bel et bien une vrai carte fidèle à la réalité et qui vous permet d’arriver à bon port.

      Toutefois, la carte ne dit jamais ce que vous allez faire, le pourquoi de votre voyage, destination, en cela, boussole ou GPS, cela reste toujours un moyen et non une finalité ;

      Vous pouvez appliquer ce principe à n’importe quoi !

      Par exemple, l’électricité (je m’y suis pris la tête il y a peu et je n’en ait certainement pas fini), au début, il n’y avait pas de boussole, puis certains on trouvé une boussole, puis d’autres ont commencé à dessiner la carte, qui n’est peut être pas encore parfaite dans ses détails, mais une carte n’est valable et utilisable par tous qu’à la condition que tous s’accordent sur sa validité. Etc... Mais là encore, cela ne dit pas ce que nous en faisons.

      Pour finir, je ne partage pas du tout ce que dit Sénèque, c’est une belle phrase, mais creuse. Pour ma part, celui qui sait où il va, crée lui même les conditions des vents favorables, soit en les attendant, soit en provoquant les conditions, comme par exemple mettre un moteur qui vous affranchi de la nécessité du vent. Par contre, celui qui ne sait pas où il va, les vents peuvent tout autant être favorable que défavorable, et il s’agit alors de savoir saisir l’opportunité ou non.

      Mais en tout état de causes, il existe bel et bien un bon sens absolu et c’est la causalité et elle seule où aucun aspect de la réalité lui échappe.


    • Hervé Hum Hervé Hum 8 février 18:11

      @Hervé Hum

      Appliquons le bon sens causal ou absolu à la démocratie.

      La démocratie signifie par définition « souveraineté du peuple ».

      Or,par définition, le souverain est celui a qui rien ne peut être caché sans violer sa souveraineté, la réduire à néant. Pourtant, c’est le cas de ce que nous nommons démocratie, puisque acceptant le secret d’Etat, le secret de ce qui motive les décisions, surtout avec la crise du covid alors même que s’agissant de santé publique ce sont tous les citoyens qui sont concernés (indépendamment de leur parti pris). Donc, le peuple en sa totalité.

      Ici, le bon sens absolu est formel, tant que la décision politique et ce qui la motive peut être caché au peuple, c’est qu’il ne peut pas s’agir d’une démocratie, sauf dans l’imaginaire et qui donc, ne repose pas sur la réalité.

      Pour tromper les citoyens sur la réalité de la dictature, le moyen utilisé est la confusion, en faisant se confondre la réalité avec l’imaginaire qui peut faire croire tout et son contraire, sans aucune autre limite que la réalité. Dans le cas présent on parle de démocratie représentative pour faire croire à la démocratie.

      Le hic, c’est que la représentativité ne peut pas se faire du bas vers le haut, donc, du peuple vers les représentants, car c’est ce qu’on appelle une mise sous tutelle, donc, où le peuple a perdu ou abandonné sa souveraineté aux représentants et qui consacre dès lors son immaturité.

      En démocratie, la représentation se délègue toujours vers le bas, c’est à dire, sous le contrôle du peuple. Donc, où les représentants ne peuvent rien cacher au peuple sous peine de preuve de conspiration, complotisme des représentants contre le peuple. La représentation ne peut donc être qu’un mandat impératif. Le hic ici, c’est qu’un mandat impératif est rarement celui du peuple, mais quasiment tout le temps celui d’une partie du peuple. Ceci, tant que tous les citoyens ne se sont pas mis d’accord sur le même bon sens. Sauf qu’il existe qu’un seul bon sens pouvant s’imposer naturellement à tous, c’est celui qui est absolu. Et là, il ne suffit pas de le connaître, il faut encore l’accepter, c’est à dire, soumettre son propre imaginaire, bon sens relatif, à celui qui définit la réalité...

      La logique des relations de causalité repose sur ses propres fondements, sans cela, il ne serait pas possible d’affirmer que 2 + 2 = 4 pour toute personne ayant le même bon sens logique et de fait, aucune civilisation ayant étudié les mathématiques indépendamment des autres à dit que 2 + 2 = 5 ou autre. Seuls les banquiers l’affirment, mais tout le monde sait pourquoi !!!


  • PascalDemoriane 8 février 11:21

    @ M. Taverne

    J’apprécie en général vos approches, mais je me méfie du « bon sens » du « sens commun ». Votre approche « théorique » me semble intéressante mais insuffisante dans ses prémisses car justement elle tente d’en procéder, il me semble.
    Or justement, ayant beaucoup étudié et écrit là dessus, j’ai conclue que le « bon sens du sens commun » vu comme sous ensemble de l’intellection consciente langagière subjective, se caractérise par son incapacité de s’expliquer lui-même à lui-même, et même par sa fonction qui, curieusement, est de s’interdire de le faire !

    Une preuve ? Les gens « de bon sens du sens commun » nous traiteront ici de tous les noms (oisifs, intellos, coupeurs de cheveux en quatre, verbeux...) si nous tentons de l’expliquer, de le théoriser, y ressentant une menace inconsciente, une sorte viol et de tentative de domination, d’incursion, d’intrusion. Çà loupe jamais ! Or ce réflexe de rejet s’explique très bien, n’est pas malsain, c’est une protection mentale.

    En fait cette phase de la conscience « du commun » est clairement autogène et collective, empirique et locale, idiomatique comme la langue locale du sens commun. Du point de vue psycho-linguistique, c’est un peu le logiciel d’exploitation par défaut d’une collectivité donnée. Le mot clef de cette analogie est « par défaut » : c’est le mode de l’intellection minimal commune à tous, par défaut.

    Du point de vue physiologique, le bon sens du sens commun c’est aussi un peu le régime cérébral de l’état de veille le plus économe en effort, en énergie neuronale. Il est peu analytique et quasi-animal. Un régime heuristique économe donc qui mise sur l’expérience collective engrammée, la priorise : les stéréotypes, des lieux communs, les idées reçues, les métaphores convenues, les dictons, les « on dit » et les « on sait bien que ».
    Le bon sens est donc une nécéssité d’efficience et de priorisation immédiate vitale mais est très « réactionnaire », « conservatrice », « défensive ». C’est donc un bon outil de survie du quotidien mais une arme dérisoire de situation de crise.

    Bref, c’est amusant de vous lire ce matin car j’étais dans la lecture de « Matérialisme et empiriocriticisme » où Lénine débat contre ses concurrents vers 1906 sur des thèmes approchants, connexes : gnoséologie, idéalisme subjectiviste, rationalisme et néo-positivisme, etc.
    Lénine se méfiait lui aussi du bon sens, ce fut son moindre défaut !


    • Taverne Taverne 8 février 11:36

      @PascalDemoriane

      Vous avez raison : la méthode théorique pour approcher la notion de bon sens a toujours ses limites. La mienne a donc forcément aussi ses limites. Sauf que la discussion n’est pas fermée. En réalité, le bon sens est plus empirique que théorique, c’est en cela que je le différencie de la vérité.

      Je partage aussi l’autre idée que vous avancez : le bon sens est souvent conservateur. Le vrai bon sens est de veiller qu’il ne soit pas seulement conservateur. Néanmoins, si j’ai conclu sur une note de prudence en disant que le bon sens n’ose pas tout, ce n’est pas pour le cantonner au conservatisme. Je voulais simplement signifier qu’il faut penser avant d’oser (une attitude qui semble peu suivie en temps électoral et médiatique).

      Le « bon sens » est « par défaut » (« morale par provision » de Descartes, qui ne fait que reprendre la sagesse de Montaigne) ce que nous pouvons employer de mieux (à condition d’en faire un usage raisonné : d’où l’intérêt d’une méthode).

      A défaut de pouvoir qualifier le bon sens, c’est-à-dire d’en dégager les qualités essentielles, le bon sens par défaut ne nous prémunit-il pas des principaux défauts ?


  • eddofr eddofr 8 février 11:43

    Chacun sait « à peu près » ce qu’est le bon sens et arrive à le trouver en lui-même quand il prends la peine de le chercher.

    Par contre, comment reconnaitre un argument de bon sens quand le bon sens est invoqué à tout bout de champs, pour tout et n’importe quoi, souvent pour s’opposer à une réalité scientifique ou sociale qui dépasse ou révulse celui qui prétend y opposer son « bon sens » ?

    Le bon sens, c’est souvent l’esprit « terre à terre », qui s’attache au concret plutôt qu’aux théories et aux utopies.

    « C’est bien beau vos grands machins, là, mais ça va donner quoi, ici et maintenant ? »

    Le bon sens, c’est aussi l’esprit « de proximité », qui s’attache au ressenti local ou individuel, plutôt qu’aux résultats scientifiques mesurables.

    « Oui, statistiquement c’est bien votre truc, mais les 0,1% pour qui il n’emmène que des emmerdes, il en pense quoi ? »

    Le bon sens, c’est aussi être capable de s’imaginer à la place de l’autre, c’est aussi entendre ce qui justifie une position qui n’est pas la nôtre.

    « De SON point de vue, est-ce que ce n’est pas la bonne solution ? »

    Il faut se méfier du bon sens, ou plus exactement, il faut se méfier de ceux qui, faute de meilleur argument, invoquent le bon sens pour justifier leur position (leur actes, leur idéologie, ...).


    • Taverne Taverne 8 février 11:51

      @eddofr

      Je partage la conclusion de votre commentaire : « il faut se méfier de ceux qui, faute de meilleur argument, invoquent le bon sens pour justifier leur position ».

      Il faut chercher à connaître les raisons qui les conduisent à imposer le bon sens comme unique boussole et instrument de mesure. Souvent, c’est pour couper court, souvent aussi pour doucher votre enthousiasme. La joie est saine et bonne. Il y aura toujours un grincheux pour défendre un système en vous disant que vous perdez votre temps à vouloir changer les choses. C’est en ce cas un « bon sens » conservateur et autoritaire et, donc, ça n’est plus du bon sens...


  • eddofr eddofr 8 février 11:58

    A propos de « bon sens », je me souviens d’une « pensée » extrêmement forte, de « pur bon sens » qui m’est venue soudain, dans un Nord Atlas 2501, la main posée sur la S.O.A alors que la lumière venait de passer au vert :

    « Mais pourquoi est-ce que je vais sauter d’un avion qui vole très bien ?

    C’est con !

    C’est contraire à tout bon sens !

    C’est de la folie pure ».

    J’ai sauté quand même, et je n’ai pas regretté.


    • Taverne Taverne 8 février 12:58

      @eddofr

      Et bien, j’espère n’avoir jamais à connaître une pareille situation…

      Il est arrivé une histoire à Edgar Morin dans sa jeunesse pendant la guerre. Une intuition l’a fait rebrousser chemin alors qu’il devait rejoindre des amis résistants. Cette intuition lui a sauvé la vie : pour longtemps comme on peut le voir.

      Moralité : le bon sens ne doit pas contrarier l’instinct de survie ou l’instinct tout court quand celui-ci se manifeste dans tout son caractère évident et impérieux.

      Le bon sens est toujours lié à la pensée. Il suppose que l’on a pensé avant ou après un choix pour qualifier ce choix de bon ou de mauvais. Dans le cas d’urgence, le seul bon choix, c’est celui de la vie. Votre choix et celui de Morin sont rétrospectivement des choix de bon sens. La seule chose est que, sur le coup, le bon sens n’a pas eu le temps de délibérer. Mais la pensée, dit Descartes, ne se réduit pas à la Raison. On pense aussi par d’autres voies, notamment l’Evidence. 

      Ce qui n’est pas de bon sens, c’est a panique. Elle est toujours une mauvaise alliée, alors que l’Evidence est le salut.


  • lecoindubonsens lecoindubonsens 8 février 18:59

    Avec mon pseudo, j’ai donc lu votre article avec attention smiley
    Pour illustrer ce que peut être le bon sens ...

    le bon sens, c’est s’indigner que les règles (lois) et institutions (justice) donnent raison a un squatteur et empêchent le propriétaire de récupérer son logement, et c’est de conclure qu’il ne faut pas respecter les règles mais les changer.

    le bon sens, c’est s’étonner que la France ait suffisamment d’argent pour le distribuer à tant de personnes étrangères (aide médicale, accueil, aides sociales/retraites, interventions externes, etc.) mais pas assez pour subvenir aux besoins essentiels de français contribuant au budget français

    le bon sens, c’est s’étonner que la France se veut le gendarme du monde (Mali et autres) mais ses gendarmes n’entrent plus dans des quartiers de plus en plus nombreux en France

    le bon sens, c’est penser que nos décideurs sont fous en imposant à EDF de vendre à perte de l’electricité à ses propres concurrents, pour permettre à ceux ci de proposer des prix plus bas totalement artificiels. Alors le bon sens est de penser que cette concurrence bidon est une grande pollution contre laquelle les ecolos ne luttent pas

    le bon sens, c’est

    aussi de denoncer la concurrence stupide entre opérateurs telecom mobile qui conduit a une multiplication inutile et nuisible des antennes et des ondes

    le bon sens, c’est de trouver bizarre de voir 7 établissements bancaires à la sortie de la gare de Melun (ou autre) et de constater avec effroi que nos concitoyens trouvent cela normal

    le bon sens, c’est de trouver stupides tous ceux qui veulent PLUS de gratuit et d’aides, et EN MEME TEMPS moins de prélévements, impots et taxes

    le bon sens, c’est

    de s’étonner que notre société puisque trouver normale des rémunérations telles que celles des traders par exemple, qui, si vous réfléchissez un peu, ne produisent absolument aucun service pour notre collectivité.

    le bon sens, c’est

    ne pas comprendre que la violence et casser soit le moyen maintenant naturel pour dialoguer. Ne pas comprendre pourquoi certains justifient ainsi le retour à la loi du plus fort, à la loi de la jungle. Quelle décadence.

    le bon sens, c’est

    ne pas comprendre

    non plus pourquoi, au nom de la démocratie, certains veulent empêcher d’autres de s’exprimer.

    et l’on peut continuer ainsi encore longtemps ...

    bref le bon sens, présent partout pour montrer que notre monde ne tourne plus très rond, et qu’il est temps de faire quelque chose ...


    • Taverne Taverne 8 février 21:05

      @lecoindubonsens

      Le bon sens aime pointer ce qui ne tourne pas rond. Et, à mon avis, il n’a pas fini de se plaindre de la politique car la politique n’a pas épousé le bon sens, sans quoi on aurait vu naître les enfants du bon sens.

      Avec les politiciens, cela ne tournera pas rond tant qu’ils s’obstineront à faire entrer des carrés dans des cercles et vice-versa ! 


  • Taverne Taverne 8 février 20:47

    Quelques aphorismes de mon crû :

    Si le bon sens existait, il y aurait des écoles de bon sens.

    Le bon sens est la façon la plus polie de dire « j’ai raison ».

    Le bon sens remédie au manque de sens.

    Le bon sens garde toujours le regard tourné vers l’essentiel.

    Le bon sens ne peut se déclarer bon que s’il prouve qu’il l’est.

    Le bon sens n’est jamais acquis ; il est création permanente.

    Le bon sens : il se croit toujours raisonnable…


  • Moi ex-adhérent 9 février 07:25

    Le « bon sens » est avant tout individuel, une protection personnelle, une recherche constante de l’équilibre à conserver ... malgré tout.

    Donner son avis, un conseil, une mise en garde, doit être par l’altruisme, non pas par prosélytisme. Il faut aussi préciser à l’interlocuteur, que les conseilleurs ne sont pas les payeurs, après va le sommeil du juste. 


    • Taverne Taverne 9 février 10:13

      L’Autre est un autre « Je »

      Oui, le bon sens est le « sens bon », la « Raison bonne ». D’abord, on devrait user de son conseil avec parcimonie car une aide concrète ou par l’exemple est préférable aux mots.

      Ensuite, on devrait toujours respecter l’Autre en vertu du principe que « l’Autre est un autre »Je«  » : j’inverse ici la formule de Rimbaud (« Je est un autre ») pour rappeler que nous pensons trop selon notre propre ego et nous escamotons la réalité métaphysique qui est que l’Autre est aussi un « Je » pensant au sens cartésien. En tant que sujet pensant, il se sent exister autant que moi.

      Respecter l’Autre, ce serait donc s’abstenir de conseiller, aider l’Autre en fonction de ce qu’il est et respecter sa pensée autonome.


  • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 9 février 08:21

    C’est une technique typiquement politicienne que d’attribuer à ses contradicteurs des énormités pour ensuite s’inscrire en faux, se parant ainsi d’une vertu auréolée de bon sens.

     

    Le bon sens étant la chose la mieux partagée du monde, les imbéciles et les obscurantistes sont satisfaits de la part qu’ils ont reçue. Une idée dont on ne discute pas est une idée morte. L’obscurantiste ne veut surtout pas que les idées des autres vivent. Le totalitarisme est un obscurantisme.

     


    • Taverne Taverne 9 février 10:23

      @Francis, agnotologue

      Descartes dit le contraire : vous déformez ce qu’il dit. Je cite :

      « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent : mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes  ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. »

      A noter : la première phrase n’est teintée d’aucune forme d’humour implicite. Descartes ne pratiquait jamais l’humour dans son œuvre.


    • Taverne Taverne 9 février 10:28

      Quand Descartes cite « ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose », il ne dit pas du tout de ces gens sont des imbéciles. C’est l’erreur fréquente d’en tirer cette interprétation erronée qui offense l’esprit sérieux du philosophe.


    • Taverne Taverne 9 février 10:31

      Car René Descartes ne méprisait personne.


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 9 février 12:27

      @Taverne
       
       je ne déforme pas ce qu’a dit Descartes, c’est vous qui déformez ce que j’ai écrit.
       
       Relisez attentivement ... ou laissons tomber.


    • Taverne Taverne 9 février 12:32

      @Francis, agnotologue

      « Le totalitarisme est un obscurantisme ». Je suis d’accord. Ne laissons pas les habiles trompeurs mésuser du bon sens à leur seul profit.


Réagir