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Tombe du prince celte de Lavau : retour à Gergovie ! - AgoraVox le média citoyen
mardi 17 mars 2015 - par Emile Mourey

Tombe du prince celte de Lavau : retour à Gergovie !

Monsieur le Directeur de L'INRAP, Institut national de recherches archéologiques préventives, bonjour.

Je suis d'un naturel très calme et pourtant, je suis en colère. Vos archéologues viennent de faire à Lavau une découverte exceptionnelle dans des conditions exemplaires qui méritent l'estime de toute la nation et vous nous en faites l'annonce en affirmant tout de go que le personnage représenté dans l'anse du cratère est un dieu grec, Archéloos, et cela sans explications ni justifications.

Je suis un des rares anciens militaires de carrière qui s'intéressent à l'archéologie. Il y a 34 ans, invité sur le site d'Alise-Sainte-Reine par le professeur Le Gall en tant que représentant des officiers de la 64 ème division militaire de Dijon, je lui ai apporté mon soutien (cf Le Monde du 11.11.81). En revanche, j'ai été très étonné qu'il ne prenne pas en considération mon explication de la bataille. Ensuite, malgré sept ouvrages que j'ai largement et gratuitement distribués, plus de 200 articles publiés sur Agoravox, après trois réponses "langue de bois" de la ministre de la Culture au Journal officiel, après un refus manifeste de débat sur certains points importants pour lesquels je propose d'autres interprétations, vous comprendrez que cet étonnement primitif se soit transformé à ce jour en profonde amertume.

L'erreur de localisation des capitales gauloises de Bibracte et de Gergovie, erreur à laquelle s'ajoute le refus de débat précité, ne peut s'expliquer, me semble-t-il, que par une certaine vanité de la part de votre profession à vouloir écarter de la réflexion archéologique le raisonnement militaire alors que, pourtant, ce sont des officiers tout à fait respectables qui ont porté l'archéologie française sur les fonts baptismaux.

À la différence d'un certain nombre de pays qui utilisent leur patrimoine pour attirer les touristes étrangers et leurs devises, vos archéologues ne sont ni formés, ni vraiment sensibilisés pour promouvoir le nôtre. Pire, on en écarte le fabuleux potentiel que sont nos églises dites romanes.

À Lavau, vous ne voulez voir dans les objets mis au jour que du grec ou de l'étrusque. Aucun d'entre vous ne se pose la question de savoir s'il s'y trouve un sens, une signification ou une pensée. Il s'ensuit que, ne se sentant pas concernés, nos compatriotes vont vite s'en désintéresser tout en disant : "cela vient d'ailleurs". Les politiques et les médias vont vous oublier encore plus vite qu'ils se sont réjouis de votre découverte et vos meilleurs archéologues de terrain continueront à recevoir un salaire de misère.

Vous êtes, vous-mêmes, la cause première de votre misère budgétaire. Que faites-vous pour apporter votre contribution à la richesse nationale sur le plan du tourisme ? Ce que veulent voir les touristes qui viennent en France ne sont pas les reconstitutions à la Potemkine du mont Beuvray mais les ruines de nos antiques capitales. Ce qu'ils demandent, c'est qu'on leur explique, sur le terrain, la pensée, les croyances des hommes dont vous extrayez les vestiges du sol. Ce qu'ils veulent découvrir chez nous et comprendre, c'est une civilisation disparue, une civilisation parmi les plus anciennes et les plus curieuses qui soient. Le futur supermarché de Lavau, ils s'en foutent.

La pensée des Celtes vient du Proche-Orient, comme celle des Grecs d'ailleurs, mais elle est différente. Les Gaulois ne veulent aller ni dans les tristes royaumes du dieu des profondeurs, ni dans les silencieux séjours de l’Erèbe... Quand le poète Lucain livre ce témoignage que j'ai rappelé dans mon premier article http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/fabuleuse-decouverte-d-une-tombe-164481 vous devriez comprendre que c'est justement là la différence entre les premiers, les Celtes, qui ont prolongé une pensée sumérienne/phénicienne/chaldéenne/cananéenne/égéenne/adamique, que sais-je, qui espère en une survie céleste et une pensée grecque qui, philosophiquement, ne veut pas y croire sauf dans les tristes et ténébreux souterrains de l'Hadès.

Je pense avoir été clair en commençant par évoquer dans mon premier article le mythe bien connu de Cernunnos, mais aussi par analogie, celui du taureau cornu tel que je l'explique par un raisonnement militaire à partir du chaudron de Gundestrup. Ce taureau, a-t-il quelque chose à voir avec le dieu fleuve Archéloos d'Étolie ? (merci à Antenor, collaborateur/commentateur d'Agoravox, qui m'a signalé son lieu d'origine). Évidemment non ! Avec la rectification que je propose, un dieu taureau cornu, celte et donc d'origine locale, c'est tout votre raisonnement qui s'effondre. Vous espériez que ces objets confirmeraient votre fragile et irréaliste hypothèse de marchands grecs sillonnant les routes gauloises dès le Vème siècle avant J.C.. Ils prouvent le contraire et confirment une origine locale dont la source ne peut être que la cité de Gergovie célébrée par les textes antiques. Votre raisonnement s'effondre et il entraîne avec lui toutes vos autres hypothèses archéologiques sur le cratère de Vix, sur la tombe de Heunebourg, sur celle de Hochdorf etc... C'est toute l'histoire du monde celte qu'il faut revoir, son origine, son rayonnement, son apogée, sa pensée, ses drames et sa chute.

Je me doute, comme d'habitude, que vous allez persister dans vos errements. Votre dieu Archéloos étant dès lors balayé, vous allez probablement chercher à mettre en exergue le vase d'apparence grecque que vous avez trouvé dans la tombe du prince. Il est vrai que si l'on retrouve en Auvergne la trace d'ateliers de poteries plus classiques, ceux de céramiques à figures noires manquent. Il est même possible qu'en pratiquant un examen approfondi de la terre d'origine de votre vase, vos spécialistes lui découvrent une origine grecque. Malheureusement, cela ne prouve rien, car il est tout à fait imaginable, logique et même probable, que la scène représentée ait été peinte sur place, sur une poterie brute, dans l'urgence, ce qui a dû être le cas pour cet enterrement.

J'en veux pour preuve, premièrement, le plaquage d'or des lèvres et du pied du vase qui n'est pas dans l'habitude grecque mais qui s'explique dans une Gaule riche en or, métal aimé plus que tout autre par les dieux.

J'en veux pour preuve, deuxièmement, la désinvolture apparente du tracé où l'auteur cherche beaucoup plus à exprimer un message plutôt que de faire oeuvre d'art. La position du bras droit en arrondi sans indication du coude est tout à fait contraire au soin avec lequel les Grecs reproduisaient le corps humain. En revanche, il est tout à fait en accord avec le chaudron de Gundestrup où l'auteur, là aussi, cherche beaucoup plus à représenter une idée plutôt que l'exactitude de la représentation corporelle.

J'en veux pour preuve, troisièmement, le message qui s'y trouve tel que j'ai essayé de l'expliquer dans mon deuxième article, message qui n'aurait aucun sens dans la pensée grecque. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/fabuleuse-decouverte-d-une-tombe-164481

Nous sommes donc en présence d'un peintre plutôt maladroit qui ne peut être que d'origine locale. Il est absurde de penser qu'un marchand grec se soit donné la peine d'apporter jusque-là une oeuvre d'aussi médiocre qualité, jusqu'à l'offrir à un grand prince celte.

Cette peinture assez maladroite tranche d'avec les peintures beaucoup plus soignées à figures noires que les spécialistes attribuent traditionnellement aux Grecs. Sur le col d'une amphore du musée d'Athènes est représenté un combat entre Héraklès nommément désigné et un centaure nommé Netos. Difficile de ne pas voir dans le corps de ce centaure l'évocation de la montagne de la Serre et dans sa tête, notre Gergovie, non pas Méduse mais ridiculisée en vieillard barbu. Et cela d'autant plus que ce centaure est désigné sous le nom de Netos, contraction évidente du mot Nemetos, nom ancien de Gergovie, alias Nemessos. Sur la panse figure une évocation du combat entre les Gorgones (Gergovie) et Persée (les Grecs). À droite, chapiteau de Mozac en Auvergne.

Mais pourquoi tous ces objets rassemblés dans la tombe d'un prince celte ? La population espérait-elle qu'il serait reçu dans l'assemblée des dieux, sous une forme ou sous une autre, qu'il intercéderait auprès d'eux, puis qu'il reviendrait sur terre pour le plus grand bien de la cité ?

Je cite http://archeologie-vin.inrap.fr/Archeologie-du-vin/Histoire-du-vin/Protohistoire/L-histoire/Mythes-et-religions/p-13125-Nectar-ambroisie-hydromel-les-breuvages-des-dieux.htm#.VQWizGSG_oE  Dans les sociétés antiques du Proche-Orient, l’humanité se donne pour devoir d’alimenter la table des dieux, à laquelle seuls les rois et les héros sont admis comme convives. Les offrandes et les sacrifices fournissent la matière, et le vin, dit Homère, fait partie des cérémonies. Boisson sacrée des dieux, il est aussi celle des libations terrestres…

Matthieu Poux, votre archéologue spécialiste des libations, écrit à la page 143 de son ouvrage sur Corent, que les lourdes amphores de vin importés à prix d'or d'Italie, semblent l'avoir été à seule fin d'inonder le sol de la cour, en quelque sorte, une offrande à la divinité du monde souterrain. Cela m'étonne. En revanche, il explique assez bien les différents types de sacrifices et de cérémonies, mais il semble ignorer le témoignage de Lucain, ce qui fait qu'il n'a pas compris l'essentiel : ce que la tombe de Lavau nous révèle.

Bis repetitat placent : Le défunt fait face à la déesse Gergovie qui le reçoit sous les lianes de la vigne céleste. Seuls, les héros ont droit à cet honneur funèbre. Il apporte avec lui, en offrandes, la vaisselle et le vin, comme le préconise Homère. Boisson des libations terrestres, le vin est également la boisson sacrée des dieux. Lorsque le défunt aura été enterré, les convives festoieront, eux aussi, à Lavau, comme à Corent, comme ailleurs. En même temps, là-haut, le prince élèvera sa coupe, quelque part dans une maison du ciel (mon interprétation).

Les princes celtes étaient des gens bien élevés. Invités à la table des dieux en tant que héros, ils n'arrivaient pas les mains vides.

Note. Citation suite à la citation précédente. Les dieux de l’Olympe, dans la Grèce antique, buvaient un nectar précieux dénommé « ambroisie », dont on ne connaît pas la composition. S’agissait-il de bière, de vin mélangé, de miel ? La racine grecque est ambrosia, qui signifie « nourriture des dieux » ; le préfixe privatif am, placé avant brotos, « mortel », renvoie à la notion d’immortalité. Le terme de nectar, « breuvage des dieux », issu du latin emprunté au grec nektar, désigne une « boisson ou un mets doux et agréable », mais son étymologie plus archaïque reste encore obscure.  

Emile Mourey, le 17 mars 2015, www.bibracte.com

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/fabuleuse-decouverte-d-une-tombe-164481

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/polemique-la-tombe-princiere-celte-164646



14 réactions


  • cathy30 cathy30 17 mars 2015 10:59
    UNE DECOUVERTE SENSATIONNELLE : LE STATERE EN OR DE VERCINGETORIX

    Dans le courant du mois d’août 1852, on a trouvé à Pionsat, département du Puy-de-Dôme, ancienne province d’Auvergne ou pays des Arvernes, un certain nombre de monnaies gauloises. Ces monnaies, frappées en électrum (or mêlé d’argent), sont en général des variantes curieuses de pièces arvernes déjà connues ; mais parmi ces pièces, toutes fort intéressantes, il s’en est rencontré quelques-unes portant en belles lettres latines le nom tout entier du plus célèbre des chefs gaulois qui résistèrent à César, de Vercingétorix, fils de Celtillus.

    http://www.sacra-moneta.com/Numismatique-gauloise/Le-celebre-Statere-en-or-de-Vercingetorix.html



  • soi même 17 mars 2015 16:15

    Pauvre Emile même le site de la bataille de Gergovie fut également l’objet d’une controverse de localisation, pas de change , en France à part le regretté Xavier Guichard et son livre Eleusis Alesia, vous allez pas trouver beaucoup d’oreille complaisante à vos suppliques .


  • Antenor Antenor 17 mars 2015 17:21

    L’important est en effet le message que l’artiste a voulu faire passer dans son oeuvre. Peu importe qu’il s’agisse d’un Grec installé en Gaule ou d’un Gaulois imitant l’art grec.


    • soi même 17 mars 2015 17:32

      @Antenor, à cette époques il y avait pas d’artiste , ce qui fessait était leurs manières à eux d’entretenir un dialogue avec les dieux par le truchement de l’art .


    • Antenor Antenor 17 mars 2015 17:35

      @soi même

      Vous faites commencer l’art quand ?


    • Emile Mourey Emile Mourey 17 mars 2015 17:51

      @Antenor

      Bien d’accord, c’est le message qui compte. Et si les archéologues maintiennent que c’est Dionysos alors qu’il n’y a absolument rien qui le désigne, c’est qu’ils sont vraiment de la plus mauvaise foi. Ce sera une nouvelle pièce à charge contre eux.

      Très intéressant, le vase du peintre dit de Nessos ou Netos. Aucune hésitation à y voir une production grecque puisqu’il ridiculise Gergovie. Voyez les peintres qui suivent, dits à la Gorgone. Si, avec ça, les archéologues ne comprennent pas l’importance de la cité arverne et sa rivalité avec Athéna, ce sera vraiment à désespérer.

    • soi même 17 mars 2015 18:51

      @Antenor, quand , il y a eux des esthètes qui étaient près à dépensé des fortunes, en gros au début de la renaissance que l’on peut parler de véritablement de l’art comme l’on l’entend aujourd’hui, quand les œuvres ont eu un engouement profane.


    • Goldored Goldored 18 mars 2015 08:15

      @soi même
      « ce qui fessait était leurs manières à eux »
      Oo
      J’ai rien compris. Vous écrivez en créole ?


    • soi même 18 mars 2015 15:20

      @Goldored, non en javanais, intéressez vous depuis quand les œuvres d’art son signé, pendant long temps les œuvres étaient anonyme et plus particulièrement toute celle qui on une vocation cultuel !


  • Antenor Antenor 17 mars 2015 17:46

    Les Gaulois ne sont pas les seules victimes de l’hellèno-centrisme des archéologues, les Etrusques en patissent aussi. Voyez le pendentif dans le lien ci-dessous. Pourquoi ne représenterait-il pas un dieu étrusque ? Le motif du dieu cornu se retrouve dans beaucoup de culture. Il faut arrêter de voir du grec partout !

    http://www.cosmovisions.com/$Acheloos.htm


  • cadet cadet 18 mars 2015 14:43

    Monsieur Mourey bonjour,

    j’ai lu vos livres à couverture bleue (à l’exception du dernier, mais cela ne saurait tarder) ;

    vous cherchez obstinément un atelier de forge dans le beau pays des Arvernes ;

    dans votre musée vous avez une grande pancarte dont vous connaissez les signes mais malheureusement pas la langue.

    permettez moi de vous dire qu’au fin fond de l’Armorique un idiome encore parlé peut traduire

    oui nous pouvons traduire cette pancarte . nous lisons

    Gergovie : la maison du forgeron lui

    si dans cette traduction vous ne voyez que l’effet du hasard c’est votre droit.

    au long de vos livres et avec la même façon de traduire

    par exemple

    Tallende :le pays aux falaises

    Derroux :(vous y voyez une entrée de Cabillo) les commencements

    liger (appliqué à la Loire et à l’Allier).

     li : terme définissant une juridiction (ici espace géographique rivière et vallée)

    soumis à l’autorité de la ger (ici le peuple)

    par là même on comprend pourquoi les deux rivières ont le même nom

    Le beau pays arverne :

    vern indique un passage en lieu humide

    ar signifie au dessus

     pays arvern : pays au dessus du passage en lieu humide

    je ne m’étends pas d’avantage même si on peut avec(Eduens, Bituriges, Dubis, etc

    on comprend non seulement l’organisation du territoire mais encore les difficultés de Vercingétorix à se faire désigner comme le rix de la coalition militaire des tribus 

    alors si vous déchaussez ces filtres latino-grecs hérités de l’éducation classique la lumière des vitraux éclairera votre histoire qui est aussi la mienne

    kenavo


    • Emile Mourey Emile Mourey 18 mars 2015 15:32

      @cadet
       Bonjour, je vous remercie d’avoir acheté mes ouvrages. Je trouve assez scandaleux que la poste prenne aussi cher pour l’envoi d’un livre. J’espère qu’un jour, je pourrai les vendre en passant par une voie classique moins onéreuse.


      En ce qui concerne la langue, votre hypothèse est intéressante car s’il est plus ou moins admis que la langue que nous ont apportée les colonisateurs est indo-européenne, il existe un certain flou sur les dialectes locaux qui auraient pu la précéder. Dans un de mes livres, j’ai évoqué le patois bressan, mais seulement pour ma région.

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