mercredi 7 mai 2014 - par Pierre JC Allard

Ukraine : Solve et coagula…

Dans quelques jours,sera publié lié le neuvieme et dernier tome de la collection Nouvelle Société, lequel traite de la gouvernance et de l’administration de l’Etat, Coïncidence, un chapitre de ce volume traite précisément du problème que posent à la démocratie des appartenances qui s’imbriquent comme des « poupées russes »… Vraiment russes aujourd’hui en Ukraine, mais le problème de ces appartenances gigogne va bientôt surgir partout. Je pense utile de publier ici un extrait de ce volume.

***

 

Le but premier de la création d’un État, c’est sans doute qu’en soit exclu, au profit d’un arbitrage, l’usage de la force pour y régler les conflits et les différends. Exclu entre les parties, s’entend, puisque la force est toujours là, au niveau de l’État : c’est cette force qui impose l’arbitrage. Cela, jusqu’à maintenant, était vrai et l’ordre relativement facile à imposer ; mais l’individu a maintenant le pouvoir de contester efficacement toute décision de l’État qui ne lui plait pas, en créant autour de lui le désordre. Une ataxie partielle, qui devient totale, si le nombre des mécontents atteint un seuil critique. Un seuil qui devient de plus en plus bas….

Évidemment, plus un ensemble est hétérogène, plus grand est le risque de devoir y prendre des décisions qui ne plairont pas à tous. Un État global, quand on parviendra à l’instaurer, n’aura donc pas la force de simplement imposer son arbitrage. Il ne pourra gouverner efficacement qu’en s’appuyant sur un très large consensus. Même quand l’État global sera en place, le maintien en sera toujours précaire, car il ne sera plus jamais profitable de retenir les gens contre leur gré dans un ensemble de gouvernance. L’État n’aura pas la force d’imposer son arbitrage par la force et devra agir par consensus

Un État global est souhaitable. On va le créer et on veut qu’il dure. il faut donc s’assurer qu’on ne lui confie que les mandats qui font l’objet d’un large consensus et seulement les pouvoirs qui sont essentiels à la satisfaction de ces mandats. L’objectif concret est de ne ramener au palier d’un gouvernement mondial que les décisions ESSENTIELLES à tous. Il est possible de créer un consensus universel pour qu’elles soient confiées à un État global, si on s’en limite au plus grand dénominateur commun et que le champ des compétences qu’elles recouvrent reste donc minimal.

Un consensus pour les lui confier ne présume ni n’exige que chaque décision de l’État global soit ensuite accueillie avec enthousiasme, seulement qu’elles le soient toutes par tous avec tolérance, acceptées sans discussions parce que la gouvernance qu’elles expriment est reconnue par TOUS comme un avantage net. Tous ceux, disons, qui dans une foule et ayant la force de le faire, choisiraient d’empècher le quidam à leur côté de dégoupiller une grenadeé. Appelons ce consensus celui de de la survie. Cette consensus peut être élargi, mais n’est possible que si tous conviennent que ce qui en excède ne doit pas être décidé au palier de l’ensemble hétérogène, mais a un palier intermédiaire… dont le champ de compétence doit faire consensus.

Ce sur quoi il n’existe pas un consensus au palier de l’ensemble doit être laissé à la décision d’instances gouvernant les populations plus homogènes de sous-ensemble définis justement en fonction de cette homogénéité. Une homogénéité qui facilite que l’on obtienne, au sein de ces sous-ensembles, les consensus nécessaires mais suffisants pour y attendre les objectifs qu’on s’y est fixés

Des consensus impossibles à obtenir au palier de l’État global – l’ensemble de référence ayant la charge de procurer ce qui correspond aux besoins essentiels de tous – peuvent être obtenus au palier des sous-ensembles, puisque ceux-ci n’ont pour mission que de répondre aux désirs apparentés de ceux qui appartiennent à l’un ou l’autre de ces sous-ensembles plus homogènes… définis justement par la similitude des déssirs qui y prévalent

On peut ainsi créer un État global qui réponde aux exigences de la gouvernance par consensus. Mais on voit que son émergence est conditionnelle à l’existence préalable de ces instances plus homogènes qui puissent en constituer les sous-ensembles, chacune disposant légitimement au départ aussi bien des pouvoirs qu’elle accepte de céder à l’État global en choisissant d’en être partie que des autres pouvoirs qu’elle souhaite se conserver.

Constituer ces sous-ensembles ne sera pas pas facile, puisque l’appartenance de chaque individu est la resultante de diverses combinatoires et que les forces qui s’exercent sont parfois implicites et jamais quantifiée… Mais on devra être pragmatiques et faire pour le mieux. L’important est que que la chaîne de consentements qui va de l’individu à l’État global ne soit pas brisée. il faut que les citoyens de chacune des instances qui constituent les paliers de gouvernance sous l’État global en gestation – et qui transmettront à celui-ci le pouvoir consensuel minimal dont il a besoin – soient aussi disposés à maintenir un consensus au palier de leur propres sous-ensembles. Il faut, en considération des avantages qu’ils en retirent, que les entités participantes a tous les niveaux consentent aux sacrifices que peut leur imposer le respect des décisions majoritaires qui y sont prises.

C’est là que les choses se complexifient. Les instances qui constituent le palier de gouvernance immédiatement sous l’État global en gestation, ce sont les 197 États membres des Nations Unies - 0u tant qu’il y en aura le jour ou la musique s’arrètera Or, peu de ces États sont aussi homogènes qu’ils devraient l’être, parce qu’ils ne se sont pas formés en fonction de l’homogénéité, mais selon les caprices de l’Histoire et au hasard des conquêtes. Étant eux-mêmes hétérogènes, ces États n’inspirent pas tous chez leurs citoyens respectifs un profond sentiment d’appartenance. Les consensus y sont fragiles.

La gouvernance, dans ces États, n’est pas toujours, non plus, consensuelle ni même démocratique. Le pays réel de la société globale est donc parsemé, ici et là, de minorités qui sont souvent victimes, parfois rebelles, presque toujours un peu mécontentes. Ces États ne sont pas des modules solides qu’on peut utiliser sans réserve comme éléments de confiance dans la construction de l’État global. Les blocs sont trop friables. Avant de s’investir dans l’État global, il faut vérifier la résistance de matériaux.

On ne peut donc pas simplement créer l’État global en partageant les pouvoirs avec ces États souverains actuels et espérer qu’il en sortira une structure de gouvernance consensuelle. On n’hériterait que d’un consensus illusoire et d’une légitimité de gouvernance viciée ab initio. Avant de se commettre à un État global, il va falloir rationaliser la chaîne de gouvernance.

On ne peut obtenir de la population le consensus qui devient essentiel à sa gouvernance que si les pouvoirs sont scrupuleusement repartis, le long de la chaîne de gouvernance qui va de l’État global à l’individu, en les laissant toujours par défaut au palier le plus près de l’individu et en ne déléguant à une instance de niveau supérieur que ceux qui, selon le consensus de la population, DOIVENT lui être délégués

Cette chaîne de gouvernance n’est satisfaisante que si elle constitue une pyramide de gouvernance consensuelle ainsi bâtie de bas en haut. Malheureusement, cette construction de bas en haut semble bien utopique dans la réalité, car il y a des situations de fait et des droits acquis, de mauvaises habitudes, aussi, qui ne permettent pas qu’on fasse table rase des entités de gouvernance en place. C’est donc « à l’envers », de haut en bas, qu’il faut rationaliser la gouvernance, en émulant, dans toute la mesure du possible, ce que l’on aurait fait si l’on avait dès le départ procédé « à l’endroit »,

Le défi le plus exigeant, pour ceux qui aujourd’hui mènent le monde, comme pour tous ceux qui contestent le Système, mais veulent néanmoins un gouvernement mondial démocratique, le progrès, n’est donc pas de constituer l’État global. Le vrai défi est de rendre possible la démocratie planétaire en gestation en réorganisant toute la structure de gouvernance mondiale pour qu’elle devienne cohérente et consensuelle. Cela exige que, tout en tenant compte des États actuels, on s’efforce de les modifier pour créer de nouvelles entités qui correspondent vraiment à une distribution intelligente de l’autorité et du pouvoir. Il faudra le faire….

Pierre JC Allard

 



7 réactions


  • Fergus Fergus 7 mai 2014 13:32

    Bonjour, Pierre.

    Le problème qui est posé aux sociétés politiques comme aux sociétés commerciales est le même. Or, régulièrement l’on entend des discours tendant à promouvoir l’idée que l’avenir est dans la pyramide inversée, que ce soit en politique ou dans le commerce. A cette différence près que ce vœu est émis par les citoyens dans le premier cas et - de manière parfaitement hypocrite - par la direction dans les grandes entreprises, manière de tenter de faire prendre aux employés les vessies pour des lanternes. Car dans la pratique, cela ne fonctionne pas et n’a jamais fonctionné nulle part, pas plus dans les organisations politiques que dans les organisations commerciales (exception faite pour ces dernières de trop rares PME coopératives).

    C’est un peu à côté du sujet et je vous prie de m’en excuser, mais au final, les conclusions que l’on peut en tirer sont, au vu de nos expériences sociales depuis la révolution industrielle du 19e siècle, strictement les mêmes, et guères encourageantes. 


  • Bergegoviers Bergegoviers 7 mai 2014 21:05

    Lorsqu’on parle de démocratie on parle en fait d’aristocratie, puisqu’on élit le meilleur et qu’« aristos » signifie « meilleur ».


    Ce système permettant aux plus riches et retors de s’acheter les candidats comme les élus, il nous assure d’avoir à terme (et nous y sommes) au pouvoir politique une mafia constituée des pires psychopathes puisque ce sont ceux qui n’ont pas réussi dans le privé et qui sont assoiffés de pouvoir et vaniteux à l’extrême.

    Imaginez ce que donnerait François Hollande en chef d’entreprise... .

    La démocratie, c’est le tirage au sort des dirigeants, doublé d’un contrôle populaire permanent et de la possibilité pour le peuple de renvoyer les dirigeants sur le champ, et il est indispensable de l’expliquer avant de tenter quelconque réforme.

    Il est nécessaire aussi de détruire dans l’imaginaire populaire la notion qu’un état disposant à sa guise de la violence pour obliger les citoyens à obéir n’est pas nécessaire, bien au contraire, pour établir une société harmonieuse.

    Car les décisions à la majorité ne sont pas une panacée mais une véritable dictature :

    Si la majorité déclare que le viol des jeunes filles de moins de 18 ans est légal, celles-ci devront s’y soumettre sans résister sans quoi la police interviendra et un juge les y forcera.

    Scandaleux direz-vous, et vous aurez raison.

    Mais que direz-vous si la majorité déclare que l’état a le droit de vous voler votre argent en récoltant l’impôt et que si vous refusez la police interviendra et un juge vous y forcera ?









    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 8 mai 2014 03:24

      @ Bergegoviers.


      Je crois ausi qu’au dessus de la tyrannie de la majortié democratique il doit exister une moralite qui fait consensus et dont l’autorité la transcende. Comme je le dis dans un commentaire suivant, presenter cet extrait pour alluder à une situation spécifique en Ukraine a été une erreur de ma part,


      Pierre JC Allard





  • coinfinger 8 mai 2014 02:20

    Je n’aime pas bien ce texte . Trop général . Les compétence des états ne sont pas précisées . Portent elles sur l éthique , la conscience ce qui supposerait un consensus universel genre les droits de l’Homme . Mais méme çà qu’est ce qu’on y met ? Le droit à un emploi çà m’étonnerait . Le droit au téléphone mobile plus probable ....
    Un état peut il avoir une intervention économique au sens de protectionisme , monnaie nationale , entreprise nationale ne serait ce que l’enseignement , çà m’étonnerait .
    On vise quoi là le réchauffement climatique qui se traduit par une baisse de température ?
    Quoique nombre d’interventions écologiques serait tout à fait respectables et souhaitables .Où encore comme peut étre le suggére le titre le droit de provoquer des évenements type Ukhraine ou une révolution indigo dans un état qui ne serait pas aux normes . Et lui créer son homogénéité . C’est bizarre cette notion d’homogénéité ? La création , il me semble que çà génére rarement un consensus . Et puis s’il y a homogénéité pourquoi un état ?


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 8 mai 2014 02:47

      Ce texte est un extrait d’un lire dui traite essentiellemnt de la gouvernance et de l’administration. C’est une capsule, une bande annonce. Je pense que je n’ai pas rendu service ni justice au livre en en publiant ce passage, qui n’en reflete ni l’ossature ni les conclusions. Je vous invite a y jeter un oeil dans quelues jours , sur le site Nouvelle Societe


      Ici, je voulais souligner la difficulté de donner une reponse correcte aux exigences d’un individu quo se retrouve minoritaire, dans une minorité, parfois dans une minorité. Un Ukrainien pro Kiev a Donetsk, un Russophone a Odessa... Probleme quotidien d’un anglophone au Quebec. Je n’ai pas pu definir le contaxte et la problematique dans ce court article. Un essai raté

      Pieerre JC Allard


  • coinfinger 8 mai 2014 02:42

    j’oubliais la cerise sur le gateau le de haut en bas . Le haut c’est le haut de la chaine alimentaire je suppose , auxquel çà désigne assez bien ce qui se passe ...en termes diplomatiques .


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