jeudi 25 février - par Octave Lebel

Union Européenne ou Europe des Etats-Nations ?

 

Il me semble que avec ses trente dernières années qui viennent de s’écouler, vécues ou étudiées, beaucoup d’entre-nous ont compris que des changements majeurs vont se faire et que ce serait mieux que ce soit avec notre vigilance, notre participation et notre contrôle puisque c’est la promesse de la démocratie.

Commission Eurpéenne.Bruxelles

L’Union Européenne, c’est l’assaut d’un petit groupe de personnes aux références et contours cosmopolites imprégné de la culture anglo-saxonne et notamment américaine, confondant coopération internationale et gouvernance mondiale.

C’est en réalité, imposée par l’histoire, les divisions et les intérêts de nos classes dirigeantes, la forme de domination des Etats-Unis sur le continent européen et ses états-nations qui n’avaient trouvé que le moyen de la guerre au détriment de leurs peuples en négligeant la complémentarité de leurs intérêts et la richesse de leurs différences pour tenter de construire un espace géographique, politique, économique et culturel de coopération et de relation avec le reste du monde.

Etats-Unis dont la puissance (la force) est le moyen, la garantie et le dernier mot (monnaie du commerce mondial imposée et quasi incontournable, droit américain externalisé à toutes transactions, captation des avancées scientifiques et technologiques et des cerveaux de tous pays avec sa part propre aussi, puissance militaire active qui tient en respect le monde entier).Puissance qui intervient partout où elle le juge nécessaire afin de défendre ses intérêts et comme réduit à une fuite en avant faute de s’envisager comme un partenaire dans le concert des nations.

Petit groupe qui à partir de la fin du siècle précédent a souhaité en y lançant toutes ses forces et sa détermination installer une oligarchie supranationale, un modèle d’oligarchie en référence au suzerain d’outre-Atlantique, et qui, décidé à pérenniser et développer sa connivence (allégeance et soumission assumées et ressenties comme une distinction et promotion par cette partie des élites) use maintenant d’un vocabulaire et de représentations issus du système politique des Etats-Unis sans plus se cacher. Avec une bonne oreille ou un petit tour sur les sites de l’UE sans oublier les thing tanks, vous serez édifiés si cela vous a échappé.

Petit groupe qui avec le monde anglo-saxon dominant s’est s’appuyé sur l’Allemagne libérale prise dans un jeu de dépendance vis-à-vis de l’empire américain en expansion et de sa propre survie en raison de la deuxième guerre mondiale, de son occupation et sa partition. Une Allemagne ayant du renoncer à l’esprit même de la souveraineté pour une nation et qui s’est occupée à maintenir son identité et sa cohésion laborieusement en se faisant un chemin par les leviers de l’économie et de la mise en synergie des sciences, des technologies et de l’industrie ainsi que par la recherche difficile d’un pacte et consensus social jugé vital jusqu’ici en raison des événements du passé.

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Au moment de la fin de l’URSS, la manœuvre de contrôle de la Russie ayant échoué, le Royaume-Uni de concert avec les Etats-Unis a travaillé à renforcer la dépendance stratégique et économique de l’UE par le biais des adhésions des pays de l’Est à l’Otan puis à l’UE. Ces derniers sont devenus aussi dans une continuité historique déjà active une réserve de main-d’œuvre qualifiée et bon marché pour l’Allemagne ayant retrouvé alors son territoire. Tandis qu’au même moment, les classes dirigeantes françaises, aventureusement au profit des actionnaires et de leur patrimoine, sacrifiaient dans une mondialisation aventureuse pour un profit immédiat les bases de nos industries et quelques compétences technologiques de pointe. Le tournant délétère était pris. Un nouvel accouchement institutionnel déjà initié s’imposa au forceps.

En bousculant l’équilibre économique instauré entre la France et l’Allemagne qui rendait possibles convergences d’intérêts et stratégies communes.En dépouillant les états fondateurs de l’essentiel de leur souveraineté sans leur permettre de maîtriser ni contrôler solidairement la nouvelle mise en œuvre. En tenant prudemment à l’écart le potentiel grain de sable que sont les peuples (ensemble de citoyens réunis dans une unité politique par des droits, responsabilités et devoirs en commun).

Un citoyen européen se sent concerné et représenté par l’UE et ses instances dirigeantes (lesquelles me direz-vous et il faudrait, je pense, de longs échanges pour que nous nous rendions compte qu’au fond nous ne savons pas bien qui décide vraiment et qui est responsable de quoi) comme pouvait l’être un résident de l’empire austro-hongrois qui s’est effondré à la fin de la première guerre mondiale et qui a duré 51 ans.

L’Angleterre, depuis, travaillée par une dissociation territoriale amorcée, un pacte social très fragilisé et une classe dirigeante de plus en plus repliée sur elle-même a connu une sortie de l’UE dans la confusion et la désunion.

Après le Brexit, je pense qu’il faut une avancée par le haut pour une reconfiguration complète de l’Europe. Une Europe de la géographie, de la culture, de l’histoire et de la souveraineté des peuples représentés dans des états-nations. Des peuples qui estiment avoir leur mot à dire sur le récit du passé, le présent et les chemins de l’avenir. Qui estiment qu’ils incarnent la vie de la démocratie et ses mouvements et non un rôle d’usagers et de petits actionnaires ou administrés censés être reconnaissants, une Europe des Etats-Nations.

Je pense que nous sommes à un tournant historique. Je pense que l’UE sans la France n’est pas viable et que les dirigeants des pays adhérents le savent. Ils ont bien entendu le projet, tout en n’étant pas indifférents à leurs propres carrières nationales de surplomber les états-nations et les peuples dont ils espèrent la dissolution progressive dans une course de vitesse. De ce point de vue, le terme d’états-nations qui réapparaît dans leur bouche (Macron, Moscovici, Thierry Breton, Pascal Lamy, Ursula Von Der Leyen … ) est une ruse démagogique qui se veut rassurante mais aussi le signe de la crainte d’une prise de conscience en cours.

Devant ce type de tournant les Etats-Unis auraient bien du mal à nous (à l’ Europe) barrer la route parce qu’ ils auraient finalement intérêt à sauver le meilleur équilibre possible avec ce type d’Europe s’ils ne veulent pas voir s’installer à leur détriment de nouveaux équilibres avec la Chine, la Russie et le reste du monde qui à la première faiblesse ne demandera pas mieux que de se distancier des Etats-Unis dans leur forme actuelle.

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Cela paraît utopique. Pas si vous considérez les retournements observés ces 50 dernières années à l’échelle d’une vie, de deux ou trois générations qui se croisent. N’oublions pas non plus que derrière cette puissance, il n’y a que des êtres humains comme vous et moi qui ont besoin du consentement d’autres êtres humains sans lesquels ils sont sans moyens et que personne n’est en réalité condamné à l’impuissance solitaire s’il le veut bien et le comprend. Une vague est faite de gouttes d’eau comme on dit et chaque être humain est beaucoup plus qu’une goutte d’eau. Si vous ajoutez qu’il faut d’urgence la reprise par le politique du pilotage de la macro-économie et des outils monétaires en raison entre autres de la prise en compte de l’urgence écologique qui est vitale, il me semble qu’une ligne de force se dégage qui dépasse la durée de nos vies mais qui est commencée. Il n’y a pas de temps à perdre.

A votre avis, comment se fait-il que ceux qui font l’opinion en matière politique, nos dirigeants de concert avec les responsables des médias, nous cachent que la véritable élection européenne, c’est celle des exécutifs nationaux.Que l’enjeu n’est plus "d’améliorer " les fonctionnements de l’UE mais de revoir le cadre de ces fonctionnements qui se fera avec ou sans nous.Et que dans les démocraties tel que c’est entendu sous nos latitudes, le véritable souverain, c’est le peuple qui devrait détenir les moyens de ses prérogatives.Que de tous temps ce que des hommes ont fait, d’autres l’ont défait puis refait sans attendre la bénédiction des premiers ou de leurs héritiers.Que pour nos démocraties vacillantes vidées peu à peu de leur substance par une petite partie de ce qu’il convient d’appeler des élites qui se sentent de moins en moins économiquement et moralement solidaires de leurs concitoyens le temps d’un sursaut salutaire est venu.

Ce ne sera pas facile. Les grands changements ne sont jamais simples ni faciles et contiennent leur part d’incertitudes comme toutes les entreprises humaines d’envergure.Pensez-vous que si nous continuons avec les mêmes références, les mêmes promesses, les mêmes acteurs qui semblent n’avoir aucun passé lorsqu’ils nous expliquent doctement comment conduire maintenant l’avenir ce sera simple, facile et garanti ?Il me semble que avec ses trente dernières années qui viennent de s’écouler, vécues ou étudiées, beaucoup d’entre-nous ont compris que des changements majeurs vont se faire et que ce serait mieux que ce soit avec notre vigilance, notre participation et notre contrôle puisque c’est la promesse de la démocratie.

 



19 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 25 février 09:16

    L’évolution politique et administrative évolue parallèlement à celle du capital qui, lui s’est « internationalisé » depuis longtemps. 

    Les modifications structurelles territoriales et administratives en Europe depuis 1945 ont été réalisées dans l’intérêt des mouvements de capitaux qui conditionnent ceux des marchandises et des hommes. La perméabilité des frontières et la mise en place d’une monnaie unique n’ont pour but que l’accroissement des profits, et les inégalités flagrantes entre états sur le plan des salaires et du prix des denrées permet de jouer sur des deltas très rémunérateurs.

    L’UE est avant tout l’Europe des banquiers, accessoirement celle des commerçants. Les industriels, eux opèrent à l’échelle mondiale en délocalisant productions et sièges sociaux.

    Mais les peuples ? Ce sont les grands cocus de l’histoire auxquels on voudrait faire croire que tout ç, c’est pour leur bien, comme on leur faisait croire qu’ils se faisaient tuer pour la patrie pendant les grandes boucheries, la napoléonienne et celle de 14/18


    • Fergus Fergus 25 février 09:32

      Bonjour, Séraphin Lampion

      « L’UE est avant tout l’Europe des banquiers, accessoirement celle des commerçants »

      Certes ! Mais elle n’est pas que cela. Malgré les tares de l’UE, enfermée volontairement par les traités dans un carcan de libre-échange, il existe une identité européenne, malgré les soubresauts liés à la confrontation des égoïsmes nationaux en période de crise. 

      « Je pense que l’UE sans la France n’est pas viable et que les dirigeants des pays adhérents le savent » a écrit fort justement Octave Lebel. C’est bien pourquoi nous avons une carte à jouer dans la nécessaire réforme des institutions européennes.

      Une réforme qui, à mes yeux, devrait évidemment passer par l’abandon de la primauté dogmatique de la finance sur l’humain, mais aussi par l’abandon de la règle de l’unanimité au profit du vote qualifié (2/3 des pays représentant 2/3 de la population de l’UE),l’unanimité étant réservée aux procédures d’adhésion de nouveaux membres.

      Cela n’est évidemment pas envisageable avec un Macron au pouvoir. D’où la nécessité de tourner, dans notre pays, la page du social-libéralisme, qu’il soit de gauche ou de droite !


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 25 février 09:59

      @Fergus

      on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre
      et si on met des insecticides, y a plus d’oiseaux


    • Iris Iris 25 février 11:02

      @Fergus

      D’où la nécessité de tourner, dans notre pays, la page du social-libéralisme, qu’il soit de gauche ou de droite !


      « Social » figurera-t-il encore dans la page suivante ?

    • Aristide Aristide 25 février 13:12

      @Fergus

      vote qualifié (2/3 des pays représentant 2/3 de la population de l’UE),

      Je vous ai déjà indiqué que cette modification donne de facto un droit de véto à la France et l’Allemagne réunies.

      Il suffira que l’Allemagne et la France se mettent d’accord pour s’opposer à une loi pour que le quota exigé de 2/3 de la population ne soit pas atteint. (France et Allemagne à eux seuls représentent plus de 33% de la population de l’UE).


    • Fergus Fergus 26 février 08:27

      Bonjour, Aristide

      C’est tellement mieux d’en rester à à l’unanimité !!! smiley

      « Il suffira que l’Allemagne et la France se mettent d’accord pour s’opposer à une loi pour que le quota exigé de 2/3 de la population ne soit pas atteint »

      Pas si évident que cela : 150 millions sur un total de 450 millions, cela se joue à quelques dizaines de milliers d’habitants.

      Mais surtout, il ne vous a évidemment pas échappé que la France et l’Allemagne ne joue pas exactement dans le même camp idéologique au sein de l’UE. Pour faire simple : rigueur d’un côté, souplesse de l’autre ! On ne voit donc pas sur quel type de texte la France et l’Allemagne pourraient si liguer contre les 25 autres. 


    • Aristide Aristide 26 février 10:24

      @Fergus

      C’est tellement mieux d’en rester à à l’unanimité !!!

      L’UE n’est pas un été fédéral, il s’agit d’états nations indépendants, indépendants car l’UE n’a aucune légitimité sur la défense et la politique étrangère, ...cette situation est un fait. Après, vous devez savoir que les petits pays sont opposés à cette mesure, ... Comme disait De Gaulle, la politique se fait sur des réalités !

      On ne voit donc pas sur quel type de texte la France et l’Allemagne pourraient si liguer contre les 25 autres. 

      Vous n’êtes pas sans savoir que ces deux pays sont largement plus contributeurs que leur part de population, si la population des deux est du tiers en gros, la contribution des deux pays est bien supérieure. Cette caricature du rigoriste allemand et du français souple est loin de la réalité, il existe de nombreux points de convergences économiques. 
      Peut-être ignorez vous qu’un traité nous lie aux allemands, traité d’Aix la Chapelle qui sans être le signe d’un accord complet sur tout est tout de même l’affirmation d’interets communs ...


    • Fergus Fergus 26 février 10:46

      @ Aristide

      Des « intérêts communs », il y en a pour tous les pays de l’UE. Si tel n’était pas le cas, ils ne resteraient évidemment pas dans l’Union. 

      « Cette caricature du rigoriste allemand et du français souple est loin de la réalité »

      J’ai écrit « pour faire simple », précisément parce que la réalité est plus complexe et ne peut pas être développée dans un commentaire.

      Mais cela n’enlève rien au fait qu’il y a grosso modo trois types d’états dans l’Union : les partisans de la rigueur, les partisans de l’assouplissement des règles de Maastricht, et certains pays de l’est a-libéraux qui veulent leur part du gâteau mais en se libérant des contraintes, notamment sur la solidarité géopolitique ou les droits de l’homme. Là encore « pour faire simple ».


    • Aristide Aristide 26 février 11:13

      @Fergus

      C’est tout de même sur la seule base d’une absence totale de convergence d’interets en Allemagne et France que vous évacuez ma remarque concernant le droit de véto que provoquerait cette modification des règles.

      Des « intérêts communs », il y en a pour tous les pays de l’UE. 

      Oui, par exemple d’etre des bénéficiaires nets pour une grande partie J’ai simplement essayé de vous démontrer qu’il existe un interet assez évident par la fait d’etre des contributeurs nets et que nos économies sont très liées, deuxième pays pour les exportations des allemands derrière les USA. Troisième importateur.

       Là encore « pour faire simple ».

      Je sais que les férus de changement constitutionnel ou des modes de scrutin se satisfont de la simplicité pour évaluer les conséquences de modifications aussi importantes. De nombreux sujets dont la complexité est extrême ne se règlent pas par des solutions apparemment simples et évidentes.

      Je suis un simple citoyen, mais je suis comme de très nombreux autres très sceptiques sur les réformes évidentes, les solutions simples, les oukases, ... que ne manque de mettre en avant les tenants de l’insoumission et malheureusement pas les seuls, tellement la démagogie est devenue courante dans les partis ...


    • Octave Lebel Octave Lebel 26 février 21:41

      @Fergus

      Bonjour Fergus,

      Vous vous souvenez bien sûr que De Gaule en son temps joua la politique de la chaise vide et que Thatcher dans un autre genre demanda un rééquilibrage de sa contribution. Autre époque, sujets plus complexes actuellement et dangers plus grands pour l’UE dans laquelle nous sommes inclus avec une profondeur et des inconvénients dont nos concitoyens, me semble-t-il commencent vraiment à percevoir l’ampleur. En fait, à mon avis, c’est le cas de tous les peuples européens qui cherchent un cadre où se retrouver. Nous traversons une fenêtre de crise existentielle avec comme toujours des forces à l’affût pour en tirer parti. Ici, ce n’est pas le printemps des peuples mais c’est la rumination à bas-bruits avec des hauts et des bas.

      Concernant les institutions européennes, je vois ce que vous voulez dire mais cela au fond pourrait se faire sans changer vraiment les choses si on ne modifie pas l’ensemble des institutions européennes dont la dynamique est de dissoudre les états-nations et les identités des peuples. Non pas que je pense que les choses doivent se conserver éternellement en l’état. Mais l’identité des peuples est une richesse complexe et multiforme, une part de leur dynamisme et une ressource qui est partagée et se partage. Visiblement les classes dirigeantes américaines ne comprennent pas ces dimensions ainsi que celles ici qui voient leur avenir dans l’UE. Ils voient des freins là où la vie s’exprime , s’affirme et se transmet. Il me semble que cette dimension qui n’explique pas tout bien sûr est fortement présente dans la dynamique chinoise et ailleurs dans le monde et cela leur échappe aussi.

      Je crois aussi que le socle des institutions à développer en Europe est l’ensemble des états-nations qui doivent retrouver ou développer des institutions permettant une réelle participation démocratique de leurs concitoyens à la vie publique. Nous avons ici largement notre part à faire.A partir de là, la mise en place d’institutions européennes capables d’arbitrage, de décisions et de mise en œuvre des politiques communes devrait pouvoir se faire avec une certaine solidité et adhésion.

      Je pense aussi que nos dirigeants européens ont du mal à développer un discours fort concernant la démocratie car ils se savent dans une injonction paradoxale, malaise partagé me semble-t-il aussi par nos médias dominants.


    • Octave Lebel Octave Lebel 27 février 11:34

      « Mais les peuples ? Ce sont les grands cocus de l’histoire auxquels on voudrait faire croire que tout ça c’est pour leur bien, comme on leur faisait croire qu’ils se faisaient tuer pour la patrie pendant les grandes boucheries, la napoléonienne et celle de 14/18 »

      Je suis tout à fait d’accord. Pour mémoire c’est 10 % de la population active, 20 % de la population active des moins de 40 ans, 30 % de la population active des moins de 30 ans, la moitié des instituteurs qui ont été sacrifiés en 14-18 dans notre pays par les classes dirigeantes européennes (source cairn info, revue Le mouvement social). Et on ne parle pas des estropiés. Par ailleurs, ce que je trouve réconfortant, c’est l’évolution de la place dans les médias de nos soldats de 14. Instrumentalisés en héros ou victimes après la guerre, récupérés par des partis factieux en modèles de combattants et de soumission aux autorités qui se glorifiaient en les célébrant et les exhibant.

      Peu à peu, après une seconde guerre mondiale déclenchée par les mêmes, leur courage d’homme ordinaire et leur détresse fit surface et ils retrouvèrent la figure humaine d’un fiancé, un fils, un père, oncle, grand-oncle, grand-père, une bande de joyeux copains qui ne demandaient qu’à vivre. Un jour le dernier d’entre eux en refusant la légion d’honneur qu’on lui proposait parce qu’il était maintenant le dernier vivant à un représentant de la classe dirigeante du moment (Alain Juppé 1er ministre) signifia qu’on ne soldait pas comme cela la mémoire de tous ses camardes qui n’étaient pas moins méritants que lui. Un hommage fier venu de la profondeur du peuple venait d’être rendu qui valait plus que toutes les médailles et célébrations.

       


    • Octave Lebel Octave Lebel 27 février 11:37

      @Octave Lebel

      Vous conviendrez qu’il a fallu pas mal de ruses, de naïvetés confiantes, d’ignorances entretenues, de déguisements sophistiqués, de fidélités mal placées et trahies, de reniements , de surprises de l’histoire, de pratiques déshonorantes au regard de nos institutions et de la manière dont elles avaient été validées par le peuple pour réussir à nous imposer petit à petit les pièces d’un puzzle dont le modèle a été longtemps tenu dissimulé et qui fut en fait refusé quand on le dévoila et qu’on  demanda directement leur avis aux peuples qui se firent contournés au final par des élus à qui ils n’avaient pas délégué ce mandat-là. Une naissance glorieuse sous d’heureux augures qui méritent bien sa devise « Unis dans la diversité » et 12 étoiles pour que quelque chose ait l’air d’être brillant dans cette aventure.

      En même temps très parlant le passage de Communauté Economique Européenne à UE. On voit bien la source et maintenant le delta. UE a tout d’une société anonyme quand Europe des Etats-Nations renvoie à notre histoire et nos sources qui irriguent encore nos vies .Commissaires européen est un titre de conseil d’administration et il semblerait qu’ils tissent les fils quand les chefs d’exécutifs font les derniers nœuds. Le « Parlement » applaudit ou fait les gros yeux. Où est la démocratie dans tout cela ? C’est édifiant de parcourir les fiches biographiques des commissaires européens et des présidents de la Commission.

       

      Il me semble que nous valons tous beaucoup mieux que cela et qu’il va falloir à nouveau reprendre les choses en mains et ne plus se laisser reprendre la conduite et le contrôle de nos vies en ce qu’elles ont de collectif. Nous avons notre part de responsabilité variable selon nos moyens et notre histoire d’avoir trop fait confiance, trop délégué sans vigilance, trop oublié que la somme des intérêts globaux qui nous relient est supérieure à toutes les raisons qui peuvent nous opposer ça et là,

      trop accepté, trop concédé à au fond une petite minorité qui a compris qu’il fallait se dépêcher de s’engouffrer dans ces faiblesses pour tenter de les rendre irréversibles à leur profit .Je pense que nous devons faire en sorte que se développe une continuité de responsabilités démocratiques du local jusqu’au national et au-delà. Autrement effectivement nous serons toujours les cocus de l’histoire. J’ai l’impression qu’il y a une course de vitesse avec cette aristocratie à la romaine (non dynastique) qui s’est installée. A nous de jouer. 


    • Octave Lebel Octave Lebel 27 février 11:43

      @Octave Lebel

      Ce commentaire et le suivant s’adressent à Séraphin Lampion (dysfonctionnement temporaire de la fonction répondre ?)


  • JPCiron JPCiron 25 février 09:36

    En dépouillant les états fondateurs de l’essentiel de leur souveraineté sans leur permettre de maîtriser ni contrôler solidairement la nouvelle mise en œuvre. En tenant prudemment à l’écart le potentiel grain de sable que sont les peuples >


    Excellent, cet Article !

    Il faudra choisir entre une dominance subie-acceptée et une relative indépendance difficile à mettre en place et à gérer.

    Accepter le statut de vassal, c’est se couper de la richesse intellectuelle & philosophique d’autres grands blocs qui pourraient être les lleaders du futur...





  • Étirév 25 février 11:12

    La France (comme les USA et tous ses alliés) n’est plus depuis le début du XXème siècle gouvernés par ce qu’on appelle un phénomène politique qui représente l’intérêt commun, mais par un cartel d’entreprises dirigé par les principales banques globales d’investissement qui ont leur quartier général, depuis Oliver Cromwell, à la City de Londres. En réalité, les Etats occidentaux n’existent plus car ils ont été privatisés lorsque le contrôle de leurs monnaies est tombé dans les mains des banquiers privés, ce qui explique, en Europe, l’apparition des institutions européennes, qui ne sont que la formalisation politique (traités de Maastricht et Lisbonne) de cette capture des règles d’organisation des peuples par des intérêts privés.
    Ainsi, le contrôle de la monnaie par cette oligarchie, et son système de la dette, conjuguée au principe de l’entreprise anonyme, sont les armes du servage d’aujourd’hui au même titre que l’épée et la lance étaient celles du servage d’hier.
    Le véritable pouvoir aujourd’hui n’est pas à rechercher dans l’apparence des arcanes politiques, il se cache derrière l’anonymat des capitaux et dans les paradis fiscaux. Le véritable pouvoir auxquelles sont soumises les populations, maintenues dans la naïveté et l’inconscience, est économique : il appartient aux principaux détenteurs de capitaux de la planète ; lesquels ont tant et si bien œuvrés depuis des centaines d’années qu’ils sont devenus propriétaires directs et/ou indirects de la majeure partie des actifs tangibles de ce monde. Depuis le XVIIIème siècle, les principaux banquiers sont étroitement interconnectés entre eux et ont des intérêts communs et liés. Les activités de ces banquiers sont structurellement internationales, leurs intérêts pouvant être qualifiés d’apatrides, ou plus exactement de supranationaux, en ce sens qu’ils n’ont aucun rapport avec un quelconque « intérêt national » au sens culturel et géographique du terme « national ».
    À moins d’être un « naïf » d’une profondeur abyssale, tout le monde, normalement, doit sentir que les décisions qui sont prises par les gouvernements successifs, notamment depuis 1983 et le « tournant de la rigueur », qui suvait la Loi de 1973 sur la dette (Les dates importent beaucoup chez certains fanatiques) n’ont fait qu’aggraver la situation sociale et économique du peuple, une situation catastrophique mais qui s’est accélérée avec l’élaboration en catimini, en 2007, du traité de Lisbonne imposé par Sarkozy ; traité qui « s’asseyait » allègrement sur le résultat du réferendum de 2005 qui disait « NON » au traité établissant une constitution pour l’Europe, un « NON » qui, apparemment, devait en géner quelques-uns... sans aucun doute la « main occulte » qui s’amusait à faire gesticuler le pantin Sarkozy en permanence.
    BLOG


  • Pierre Chazal Pierre Chazal 25 février 21:13

    Bonsoir Octave. Merci pour cet article. Le « Frexit » me paraît hors de portée pour le moment, non pas en raison de son impossibilité pratique, mais parce que la lessiveuse des 30 dernières années a transformé l’UE en monothéisme pour au moins deux générations, si ce n’est trois, et que pour beaucoup elle est l’horizon indépassable de notre époque. Voyons comment bougent les choses. D’accord aussi avec tout ce que dit Séraphin dans son commentaire.


    • Octave Lebel Octave Lebel 26 février 19:56

      @Pierre Chazal

      Je ne raisonne pas en terme de Frexit. C’est un épouvantail à générer des faux-débats, des excommunications et au total une confusion dont tireront parti ceux qui veulent bloquer la situation ou ne pas en perdre le contrôle ou en contrôler strictement l’évolution en conservant les fondamentaux qui sont les leurs. Ceux qui ont les pouvoirs sont intelligents, ont beaucoup de moyens et ne veulent pas renoncer à leur domination. Ce serait trop simple et ce n’est pas une question bien sûr de simple bonne volonté entre gens raisonnables. Je crois qu’en temps qu’êtres humains, par notre intelligence collective et notre volonté collective (dynamique de nos expériences, erreurs et apprentissages, du développement de nos compétences et moyens d’actions qui finissent par s’équilibrer plutôt du côté des forces de vie et d’un meilleur respect de l’être humain jusqu’ici) nous faisons l’histoire et la subissons aussi en étant dépassé par la complexité des phénomènes et l’échelle des temps. Nos successeurs voient et expliquent des choses qui nous ont échappés mais ils commentent des situations que nous avons voulues, infléchies et modelées et qui autrement auraient été différentes. Nous choisissons des alternatives et prenons la décision d’agir ou pas ce qui fait la différence. De Gaulle sans une intelligence et une volonté collective et ses différentes sources qui l’a porté sans rien enlever à ses mérites personnels qui sont très importants n’aurait pas réussi son entreprise et l’idée même que nous avons de notre pays, de sa place dans l’Europe serait différente. Philippe Seguin n’aurait jamais fait son discours à propos de Maastricht à l’Assemblée Nationale etc…

      D’autres agissent aussi portés par une intelligence collective qui fait de la diversité des êtres humains une faiblesse et un moyen de domination pour faire simple.





    • Octave Lebel Octave Lebel 27 février 00:07

      @Octave Lebel

      Pour être plus concret concernant l’UE, comment avons-pu nous laisser enfermer dans une organisation économique avec une monnaie en dehors de la responsabilité politique donc soumise à la seule pression des marchés en fait ??? Ce dogme est une escroquerie qui défit l’intelligence et l’honnêteté. Nous laisser enfermer dans un espace économique sans volonté ni plan d’harmonisation progressive des fiscalités et droits sociaux , condamnés à jouer les uns contre les autres en s’exposant dans ces conditions au marché mondial ??? Je pense que l’on a du avoir droit à des doses de soporifiques dont la formule et les doses d’administration ne sont pas complètement identifiées puisqu’elles agissent encore. Il est vrai que les prescripteurs faisaient et font encore semblant de ne pas être d’accord pour nous administrer petit à petit de concert la purge. Chacun peut voir les secousses qui montrent une prise de

      conscience et que nous approchons de points de bascules. Du bon ou du mauvais côté. A chacun d’entre-nous d’y réfléchir et de mieux se situer dans ce que j’appelle l’intelligence collective. Il n’y a pas de modestes contributions parce que tout le monde n’a pas bénéficié des mêmes circonstances ni moyens et toutes font et sont nécessaires la dynamique. Le piège dans lequel nos adversaires veulent nous entretenir, c’est celui de la résignation, du sentiment d’impuissance, le sentiment

      d’être dépassé ou pas concerné, ou que ce ne serait pas le bon moment, que les choses ne sont pas mûres (pour qui ?).Avec comme joker permanent la division pour que nous ne percevons pas que la somme des intérêts globaux qui nous relient est supérieure à toutes les raisons qui peuvent nous opposer ça et là.



  • L'apostilleur L’apostilleur 25 février 23:11

    « ...les classes dirigeantes françaises, aventureusement au profit des actionnaires et de leur patrimoine, sacrifiaient dans une mondialisation aventureuse pour un profit immédiat ... »


    Bien vu, tout est là.


    Mieux vaut des profits immédiats que des investissements pour pérenniser l’outil et l’emploi.


    Régis Debray à Walls :

    « Le travail n’est plus un moyen de développement de l’individu mais un manque à gagner pour les actionnaires » 


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