mardi 19 juin 2018 - par Patrick Samba

Les cadenas de l’EPR de Flamanville : la piste du sabotage de plus en plus sérieuse

Et donc toujours rien.

Ou alors pas grand-chose.

En dehors du compte-rendu miséreux de la réunion de la CLI (Commission locale d’information, existant pour chaque site nucléaire) qui s’est tenue jeudi 31 mai aux Pieux, une commune proche de Flamanville, et repris par quelques médias pour se fendre d’une pincée d’informations réchauffées, fournies cette fois-ci par l’AFP, il n’y a rien eu dans la presse qui puisse satisfaire l’attente pour le moins légitime du lecteur affamé de nouvelles un tant soit peu consistantes. La précédente dépêche avait été l’œuvre de Reuters, trois semaines plus tôt. Et trois autres semaines dans la suite de cette réunion de CLI n’auront toujours pas été suffisantes pour le moindre petit début d’enquête journalistique. Hors reprise des dépêches d’agence, rien, nothing, nada. Pas même un plumitif agacé par mes indignations répétées pour venir me chercher des poux dans la tête, un comparse militant s'étant mis en tête d'informer une centaine de représentants de cette honorable caste de l’existence de mon article. En toute amabilité je peux vous l’assurer, juste pour leur montrer du doigt la direction de l’EPR. Et malgré tout : rien. Pas même l’un d’entre eux pour regarder le doigt. C’est dire…

N’est-ce pas tout simplement inouï ? On croit rêver, non ? Pas un journaliste un peu curieux pour profiter de cette CLI et insister un peu, titiller, déstabiliser des responsables pour leur faire dire un peu plus qu’ils ne veulent divulguer.

Bertrand Michoud, directeur des aménagements du chantier du réacteur EPR, s’est donc contenté de rappeler ce qu’on savait déjà, à savoir qu’il allait soumettre le système informatique à un audit. Tout en n’hésitant pas, insensible à mon ironie, à souligner de nouveau que les scellés des armoires informatiques de contrôle-commande du réacteur étaient restés intègres. « Ça va prendre plusieurs semaines » a-t-il précisé, probablement dans une légère poussée d’angoisse. Mais curieusement - peut-être était-il parvenu à un point de rupture - il n’a pas su conserver cette neutralité si conforme aux responsables nucléaires même face à une apocalypse naissante, ou nous servir la minimisation à laquelle on s’attend habituellement de la part d’EDF en pareille occasion. Il n’a pas pu s’empêcher de formuler un constat alarmant ! Et le mot qui est ressorti de la réunion est, accrochez-vous : "colossal". « Le volume de données à vérifier "est vraiment colossal" » a-t-il, plus précisément, déclaré avant d’avoir poussé, on l’imagine, un soupir de profond abattement.

Face à l’angoisse on sait le silence psychothérapique parfois propice à la verbalisation. Peut-être en est-il de même face au mutisme journalistique qui serait alors un nouveau procédé d'interview ?

Quoiqu’il en soit de la réalité, le mot est bel et bien apparu. Et croyez-vous que ce mot quasi-onomatopéique aurait fait réagir la presse ? Cette presse pourtant si avide de scoops et d’informations plus alléchantes les unes que les autres allant du dernier fait-divers le plus glauque jusqu’aux dessous des jupes de ma belle-mère en passant par le dernier rebondissement accessoire de l’héritage Hallyday ? Pas plus…

Il va donc falloir encore s’indigner et une fois de plus broder. Et se laisser aller aux supputations incertaines et autres suppositions. Qu’on ne vienne pas ensuite me le reprocher.

Mon précédent article avait mis le focus sur l’éventuelle implication de Greenpeace dans cette affaire, et avait conclu au non-lieu. Un autre élément est venu confirmer ce jugement : l’équipe de Greenpeace a commenté en direct la diffusion du cinglant documentaire « Nucléaire, l’impasse française » qui ne l’impliquait aucunement, tandis qu’elle n’avait quasiment pas émis de commentaires sur l’affaire des cadenas. Si Greenpeace y avait eu une quelconque responsabilité vous pensez bien qu’elle l’aurait tout aussi largement commentée.

N’ayant pas cette fois-ci d’éléments nouveaux pour incriminer des services étrangers, c’est sur le sabotage que je vais attirer votre attention. Avec d’autant plus d’intérêt que l’orientation semble de plus en plus sérieuse. Elle est comme un fumet qui s’étendrait avec une densité s’amplifiant. Ou comme une musique et des chants venus de Notre-Dame-de-Landes dont la sonorité se fait de plus en plus audible.

Peut-être pas encore une politique, mais c’est déjà comme un climat qui semble prendre de l’ampleur. Une culture du sabotage est en train de se disséminer.

Tout ça a débuté en 2013 à l’initiative des déboulonneurs de pylônes. Leur slogan : Contre le nucléaire, résistance et sabotage ! Puis apparurent de bien curieux évènements du coté de Flamanville : une explosion dans la salle des machines en février 2017, une fuite d’eau en mars. En juin un militant de Bure poursuivi en justice, en incitait d’autres à assumer le sabotage face au désastre nucléaire. Dans un article du 4 mars 2018 Libération observait que le slogan de Bure « L’Andra dégage, résistance et sabotage » était chanté par les manifestants. Du dernier week-end à Bar-le-Duc, Jade Lindgaard de Mediapart écrit : « Soudain, un chant monte derrière les trois masques colorés de hiboux et de chouettes : « Ami, j’entends ta rage / Cigéo va brûler / Demain par sabotage / Sinon par ses déchets. » La conférence de presse s’achève sur ce refrain, repris en boucle. Il donne le ton de la journée de mobilisation contre le projet de centre d’enfouissement de rebuts nucléaires Cigéo, à Bure : poésie sur la forme, détermination sur le fond ».

Pourquoi n’en serait-il pas de même au sein de l’EPR de Flamanville, lequel déborde de scandales et de malfaçons, de non-respect des normes et demeure pourtant avec une volonté acharnée destiné au démarrage au détriment de toute rationalité ? Le mode opératoire - un vol saugrenu de 150 cadenas qui n’a pas d’autre but que de souligner cette folie et de signer d’une manière très voyante une altération probablement sophistiquée et invisible du cerveau électronique de l’EPR - va évidemment dans ce sens.

Et puis le climat de paranoïa au sein de la centrale de Flamanville ne doit pas aller sans attiser un profond inconfort psychologique et le besoin que tout cela se termine dans les plus brefs délais.

 

Mais si le sabotage est une option des plus sérieuses, on ne peut exclure d’autres options. Et Mycle Schneider, brillant consultant international auditionné récemment par la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires, nous l’a rappelé à cette occasion : « Je ne sais rien de ce que fait la FARN (Force d’action rapide nucléaire). La seule chose que l’on sache, c’est combien d’hommes elle comprend. Savoir si cela suffit ou pas se discute parce qu’on ne sait pas combien de personnes sont en permanence sur les sites, cela relève de la confidentialité. En revanche, on sait qu’il y a aux États-Unis des exercices appelés force-on-force : une équipe essaie de pénétrer dans une centrale avec quelque chose qui pourrait ressembler à des explosifs ou à des armes pour tester les forces présentes sur site. Les résultats de ces exercices n’ont jamais été publiés dans le détail – car, comme vous pouvez l’imaginer, il ne serait pas très bon de le faire – mais on en sait assez pour affirmer qu’au cours de plusieurs de ces exercices, la défense des sites s’est avérée totalement inefficace et que les équipes ont pu se rendre jusque dans la salle de contrôle. À votre place, en tant que commission d’enquête, je demanderais aux services compétents les résultats de ces exercices ». Pour autant on imagine guère la FARN effectuer un tel exercice et ne pas en avoir informé quelqu’autorité que ce soit au bout d’un mois et demi.

La collaboratrice de Barbara Pompili, rapporteuse de la commission, a indiqué au réseau « L’ EPR ça suffit » : « Concernant les cadenas volés, cette question a été abordée lors du déplacement de la commission à l’EPR de Flamanville. Concernant les informations que nous avons obtenues, le rapport étant en cours de rédaction, je ne peux en dire plus. Le rapport sera rendu public le 5 juillet ».

Mais d’ici le 5 juillet peut-être peut-on conserver l’espoir qu’un journaliste sortant de son sommeil prolongé nous aura apporté un peu de sa rédactionnelle nourriture.

 

Patrick Samba

 

 

Au sujet de l’EPR :

Le mystérieux envol des 150 cadenas de l'EPR de Flamanville : ce n'est pas Greenpeace

EPR : plus fort que le survol des drones, le super-vol de cadenas !

EPR : qui fera cesser le scandale ?

EPR de Flamanville et acier de Creusot Forge : l’abcès ne va pas tarder à crever

 

Au sujet du survol de centrales par des drones :

1) Drone de guerre à Fessenheim et sur d’autres sites nucléaires : action de nouveaux geeks militants ? 

2) Drôles de drones... L’un d’entre eux va-t-il de nouveau survoler Fessenheim ?

3) La fermeture de Fessenheim serait-elle l’objectif final de ces mystérieux drones ?

4) Le mystère des drones, à Fessenheim et ailleurs, s’épaissit

5) Les drones sur les centrales ? C’est terminé !

6) Ils sont enfin identifiés ! Les auteurs de survol par drones des sites nucléaires, dont Fessenheim, dévoilés !



43 réactions


  • Sozenz 19 juin 2018 16:31

    merci pour cet article 


  • nono le simplet nono le simplet 19 juin 2018 17:40
    EDF a cadenassé l’affaire
    merci pour cette non information

  • zygzornifle zygzornifle 19 juin 2018 18:52

    Il y a du Poutine la derrière ....


    • sls0 sls0 20 juin 2018 22:28

      @zygzornifle
      Certainement, moi c’est pareil, pas un seul média qui s’intéresse aux 60 rouleaux de PQ volés dans les toilettes de la cantine de la banque de France.

      Merde c’est la banque de France quand même.
      Pour l’histoire des cadenas il y a une redondance avec les scellés, le PQ pas de redondance, c’est direct les traces sur les murs ou les chiottes bouchées.

    • foufouille foufouille 20 juin 2018 15:26

      @Patrick Samba

      pour les barrages, c’est juste quelques centaines de milliers.


    • Patrick Samba Patrick Samba 20 juin 2018 16:39
      Ecoute foufouille ne te fais pas plus con que tu ne l’est. Qui conteste les accidents de toutes les technologies, y compris d’une de plus anciennes : le marteau. Même un marteau peut occasionner des morts.

      Le nucléaire en cas d’accident contamine toute une région pendant des siècles. Quelle autre technologie est capable de le faire, hormis dans une moindre proportion certaines industries chimiques, qu’il faut aussi mettre à l’arrêt ?

      Vraiment tu n’as jamais entendu parler de Tchernobyl et de Pripiat, la ville fantôme ?

    • foufouille foufouille 20 juin 2018 16:53

      @Patrick Samba

      il existe des tas d’endroits habités bien plus radioactifs naturellement sans plus de morts et de cancers.


    • Patrick Samba Patrick Samba 20 juin 2018 17:18

      @foufouille


      T’es vraiment trop con.

      Incurable.

    • foufouille foufouille 20 juin 2018 17:35

      @Patrick Samba

      tu es incurable car khmer vert. je te mettrais bien un lien mais il ne serait pas vert.


    • Patrick Samba Patrick Samba 20 juin 2018 21:51
      @cassini
      Sa Suffisance fait une belle paire avec foufouille...

    • sls0 sls0 20 juin 2018 22:33

      @cassini
      On a déplacé 6 fois plus de personnes pour le barrage des 3 gorges en Chine que pour Tchernobyl.


    • Patrick Samba Patrick Samba 21 juin 2018 10:31

      @cassini


      Sa Suffisance se met à fonctionner en miroir ! Qu’elle prenne garde sur ce registre à en devenir nucléophobe !

      Pas seulement les journalistes, Sa Suffisance, le premier ministre japonais, Naoto Kan, l’a aussi très sérieusement envisagé. Mais devant l’immensité de la tâche il a baissé les bras. Et de physicien pronucléaire qu’il était, il est devenu le plus antinucléaire des antinucléaires, parcourant la planète pour tenter de convaincre qu’il faut arrêter le nucléaire dans les plus brefs délais.

    • foufouille foufouille 4 juillet 2018 15:38

      @cassini

      c’est beaucoup moins que ramsar en iran, juste 260mSv par an ...............


  • William 19 juin 2018 19:31

    En effet, un simple vol parait improbable (rapport risque/gain), donc une « action malveillante » est la plus probable, un peu de même nature que les sabotages de caténaires TGV. Ici c’est plus de nature « avertissement sans frais ». Un service secret étranger aurait plutôt cherché à intervenir sans laisser de trace.


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 19 juin 2018 19:31

    Lorsque Greenpeace ouvre la bouche,tendance à me méfier...et ce depuis longtemps. Après cette affaire montre que nos voleurs ferrailleux veulent foutre le bordel...j’pense pour des Roms antinucléaires...peux me tromper.


  • aimable 20 juin 2018 00:54

    ils ne pourrons démarrer l’ E P R que s’ils retrouvent les cadenas ; de nouveaux retards en perspective  smiley


    • Cyrus (TRoll de DRame) hercolobus 20 juin 2018 01:23

      @aimable
      en fait , toute la structure tenais par les derniers cadenas ajoutés ...

      La centrale va t’ elle s’ écrouler ?

      MDR

  • zzz999 20 juin 2018 08:41

    Même agoravox m’a refusé un article sur une alerte OVNIS sur FESSENHEIM c’est dire !

    https://www.nurea.tv/video/ovnis-au-dessus-de-la-centrale-nucleaire-de-fessenheim/


    • William 20 juin 2018 11:13

      @cassini

      Aux époques mystiques, les illuminés voyaient la Vierge Marie ; à notre époque technologique, elle s’est muée en vaisseau inter galactique.

    • Patrick Samba Patrick Samba 20 juin 2018 14:56
      @zzz999
      « agoravox m’a refusé un article sur une alerte OVNIS » : si vous avez exploité cet article, qui à partir d’un document tout ce qu’il y a de plus officiel parlant du survol d’UN SEUL aéronef en fait un survol
      d’une armada de drones triangulaires, ronds et losangiques, faut peut-être pas trop vous en étonner. D’autant qu’il affirme que 7 à 8 personnes les ont observés pendant 2 heures.
      Et aucun d’entre eux ne les a filmés ? Pourtant quasiment tout le monde a désormais un téléphone avec caméra....



    • zzz999 20 juin 2018 15:27

      @Patrick Samba

      Donc l’article de Nurea qui indique une lettre de dépot de plainte du directeur d’astreinte de la centrale pour survol non autorisé c’est donc du vent d’après vous ?


    • zzz999 20 juin 2018 15:29

      @Patrick Samba

      Je vous signale que pas mal de pilotes y compris de lignes ont déjà signalé EN SERVICE avoir rencontré des OVNIS, dommage que vous en soyez encore là ! ....mdr !


    • Patrick Samba Patrick Samba 20 juin 2018 16:28

      @zzz999


      Vous voyez à quel point la dissonance cognitive peut faire voir des choses qui n’existent pas réellement et ne pas faire voir des choses qui existent.

      Où lisez-vous que je juge la lettre du directeur d’astreinte comme relevant de l’imagination ? Au contraire ! je précise sans émettre le moindre doute qu’elle est bien officielle !!

      Donc bien sûr cette lettre n’est pas du vent.

    • zzz999 21 juin 2018 08:47

      @Patrick Samba

      ET des drones qui volent pendant 2 heures, ça ne vous interpelle pas plus que ça ?


    • Patrick Samba Patrick Samba 21 juin 2018 10:07

      @zzz999


      Si ça m’’interpelle ? Me demander ça, à moi ? Allez jeter un œil aux 6 articles que j’ai mis à la disposition de tous en fin de mon article.

  • JMBerniolles 20 juin 2018 09:30
    Le contrôle commande de l’EPR de Flamanville a déjà été utilisé, par le biais du divorce Areva/Siemens, par l"ASN pour provoquer, sans raison sérieuse, un fort délai de chantier sur cette centrale nucléaire.

    L’ASN sous la tutelle de ministères de l’écologie systématiquement anti nucléaire, est sous l’emprise d’une mouvance anti nucléaire. Mouvance anti nucléaire qui investit tous les organismes du domaine du nucléaire, EDF, CEA, CNRS.. et y compris l’Industrie.

    Il n’est pas question de remettre en cause le rôle de la sûreté, qui s’exerçait de manière satisfaisante avant la création de l’ASN par D Voynet , une anti nucléaire primaire militante. Mais de contester son utilisation partisane.

    Le contrôle commande(système fonctionnement normal et système indépendant de sauvegarde) est naturellement un point hyper sensible du réacteur nucléaire.

    Cette action de sabotage simple, relativement léger et qui peut cacher les vraies motivations, est intelligemment conçue pour provoquer un nouveau important délai sur la mise en service de Flamanville. On pourrait presque l’interpréter comme une action visant à maintenir Fessenheim en fonctionnement. On est en effet contraint de vérifier les fonctionnalités et les données des deux systèmes de contrôle … 

    Comme nous l’explique ici le porte parole de Greenpeace, cette action de sabotage est une œuvre interne. Dans leur structure et chez leurs responsables, les organisations syndicales de l’EDF sont pénétrées par la mouvance anti nucléaire et son idéologie sectaire.
    Leur opposition aux projets d’EPR à Hinckley Point et Sizewell, absolument indispensables à la survie de notre Industrie nucléaire, en est une preuve indiscutable.

    Au moment où les Chinois vont faire diverger bientôt l’EPR n°1 de Taishan, construit avec les mêmes matériels sous la maitrise d’œuvre de l’EDF associé à structure chinoise CGN, ce sabotage est aussi une atteinte aux intérêts vitaux de notre pays. Il serait temps que les français ouvrent les yeux sur les attaques contre leur pays de la part d’ONG souvent contrôlées de l’étranger, comme Greenpeace dont des responsables français sont aussi sous l’influence de Soros comme il a été révélé récemment avec la liste à Soros où figurent beaucoup de responsables qui se prétendent écolos.

    Dans ce contexte on comprend que les médias inféodés ne veuillent pas trop alerter leurs lecteurs et auditeurs sur une action de sabotage. 

    • Patrick Samba Patrick Samba 20 juin 2018 14:44

      Puis-je avoir une traduction de cette phrase : « Le contrôle commande de l’EPR de Flamanville a déjà été utilisé, par le biais du divorce Areva/Siemens, par l »ASN pour provoquer, sans raison sérieuse, un fort délai de chantier sur cette centrale nucléaire." ?

    • JMBerniolles 20 juin 2018 18:46

      @Patrick Samba



      Oui.

      Il y a deux systèmes de contrôle du réacteur de l’EPR indépendants. Le premier pour le fonctionnement en conditions normales, le second de sauvegarde pour les conditions accidentelles.

      Le premier système a été développé par Areva et le second par Siemens du temps de leur association (ou peut-être est-ce le contraire je ne me souviens plus très bien). Ceci pour garantir l’indépendance de leur développement.

      Le principe pour un système de sauvegarde qui doit remplacer le système normal en cas de défaillance, est de n’avoir aucun point commun avec le système auquel il peut se substituer.
      Par exemple ces deux système ne peuvent utiliser des ordinateurs communs… 

      Au moment de la séparation houleuse Areva Siemens, vers 2009, l’ASN a utilisé la période de flottement, notamment à ce niveau, pour décréter qu’il y avait bien un point commun à ces deux systèmes qui était constitué par les systèmes d’exploitation des ordinateurs, même si ceux-ci étaient physiquement différenciés dans chaque système.

      Cette position un peu invraisemblable a entrainé un retard de chantier conséquent.
      Personnellement, c’est à ce moment là que j’ai compris que l’ASN ferait tout son possible pour bloquer le chantier de l’EPR de Flamanville (apparemment la manœuvre ne marche pas vraiment avec les chinois qui ont leur propre organisme de sûreté). Un des buts étant de faire gonfler le budget du projet (c’est aussi lié à l’obligation de passer par des prêts privés. L’exploitation capitaliste par la monnaie finalement). Et de discréditer notre secteur du nucléaire.

    • Patrick Samba Patrick Samba 20 juin 2018 19:07

      @JMBerniolles

      « c’est à ce moment là que j’ai compris que l’ASN ferait tout son possible pour bloquer le chantier de l’EPR de Flamanville »

      Si vous aviez raison, l’ASN n’aurait pas donner son feu vert à l’homologation de la cuve....
      Si Pierre-Franck Chevet n’avait pas personnellement assez de courage pour faire ce que vous dites qu’il voulait faire, il lui suffisait de démissionner. L’a-t-il fait ? Non, donc il ne fait pas tout son possible.
      Thomas Piquemal, directeur financier d’EDF, pourtant bien plus jeune et pouvant mettre son souci de carrière dans la balance au moment de sa décision, a pourtant démissionné, lui, pour signifier son profond désaccord avec la politique de fuite en avant d’EDF ;
      PF Chevet, à un an de la fin de son mandat, et probablement de sa retraite, n’a pas eu cette dignité...

    • JMBerniolles 21 juin 2018 11:30

      @Patrick Samba


      PF Chevet n’est pas très sûr de ses capacités techniques… à juste titre. C’est juste que son parcours professionnel ne lui a pas permis d’acquérir des connaissances qui doivent être presque encyclopédique dans le domaine de la Sûreté des réacteurs nucléaires.

      Sa position sur les anomalies (terme qui marque bien la retenue au niveau technique) a été attaquée sur le plan technique par un groupe d’experts du nucléaire dont moi-même. Par ailleurs les chinois ne l’ont pas suivi sur ce terrain. Enfin le programme d’analyse technique engagée sur ces questions (essais et calculs) a assez rapidement donné des résultats positifs comme on pouvait le prévoir d’emblée.

      Chevet s’est plaint auprès de sa tutelle de cette pression, mais il s’est fait logiquement jeter. C’est à lui de gérer les aspects techniques. 

      Malgré tout cette affaire à coûter deux années de retard.. soit au moins 1 milliard d’euros de plus.

      Il y a aussi la contrainte due à l’aspect incontournable du nucléaire dans notre production électrique.

  • William 20 juin 2018 11:16
    On achètera des EPR fabriqués en Chine, à force de leur avoir transféré les usines et la technologie, leur savoir-faire a surpassé le nôtre

    • aimable 20 juin 2018 16:46

      @William

      la sureté nucléaire en Chine est peut être moins tatillonne qu’ en France, parce qu’a chaque fois qu’ils approche de la date de la mise en service ils trouvent toujours une malfaçon quelque part ,.
      alors a force cela fini par paraitre louche , je veux bien que les ouvriers Français qui travail sur le site soient moins doués que les ouvriers Chinois , mais a ce point , j’ai comme qui dirait un doute .

    • Doume65 20 juin 2018 17:26

      @aimable

      « Je veux bien que les ouvriers Français qui travail sur le site soient moins doués que les ouvriers Chinois »
      J’ai plusieurs potes agés (si, si) travaillant chez EDF. Ils font tous le même constat : les compétences se sont perdues. Elle ont été remplacées par des protocoles qu’un robot peut suivre. Bref, a force de déléguer à des entreprises privées EDF ne sait plus produire que de la paperasserie. Quant aux sous-traitants privés, leur but est de produire des profits. Les emplois d’autrefois, formés et payés sont remplacés par des précaires non qualifiés dont on se demande qu’est-ce qui pourrait leur donner envie de faire du bon travail.

    • sls0 sls0 20 juin 2018 23:11

      @Doume65
      Effectivement ça se constate à l’EDF comme ça ce constate dans la plupart des industries.

      Entre une personne qui à appris au cours de sa carrière un peu comme le compagnonnage et le jeune ingénieur qui sort de son école où on lui à inculqué qu’il était le meilleur il y a une différence qualitative.
      Quand je vois des erreurs ou anomalies trouvé dans le nucléaire ou d’autres industries, je me pose parfois des questions. Toutes les réponses ne se trouvent pas dans des courbes de tendance d’un tableau excel. Aller sur le terrain et apprendre des intervenants, ça aide à comprendre.

      J’avais souvent des stagiaires ingénieurs dans mon bureau, au fil des années j’ai vu l’évolution de la mentalité, je les réapprenais à redevenir un technicien qui à de bonnes connaissances théoriques et non une personne qui applique des théories scolaires sans connaissance du terrain ou du matériel.
      C’est pas de leur faute, c’est un formatage scolaire qui se retrouve dans l’industrie. En plus on leur demande plus d’appliquer un management que de faire leur coeur de métier.


  • Le421 Le421 20 juin 2018 20:41
    Mais bon sang !!
    (Je n’ai lu que le titre)
    Qui pourrait saboter ce fabuleux projet de l’EPR de Flamanville ?
    Franchement.
    A moins que.
    Certaines personnes* se soient, in fine, rendu compte que c’était une énorme arnaque, un truc vendu au public alors qu’on ne savait rien sur les tenants et les aboutissants...
    Une escroquerie gigantesque à près - voire plus - de 20 milliards de deniers publics pour engraisser des putains de magnats des TP qui ont pignon sur rue et passent à la télé.
    C’est quand qu’on arrête, Mr Cadbury ??

    *Et qui est le plus au courant sinon les instigateurs du projet ? A qui profite le crime ?

    • Patrick Samba Patrick Samba 20 juin 2018 21:41
      @Le421
      Ah oui tu n’as lu que le titre ? Et tu avais vraiment besoin de le préciser ?
      T’aurais pas envie de changer d’avatar ? Tu le mérites pas.

    • Le421 Le421 21 juin 2018 08:10

      @Patrick Samba

      Vouloir faire la liste de tous les déboires de l’EPR est une tâche ardue, je le reconnais. Le plus informé des informés n’en aura qu’un bref résumé totalement incomplet.
      Sur ce genre de matériel, s’apercevoir qu’une simple cocotte-minute a mille fois moins de défauts que les cuves de Flamanville, je suis désolé, ça pose question.
      Mon souci est donc de savoir combien cette mascarade va coûter à la fin, et surtout, pour quel résultat.
      En lisant votre texte - j’ai pris le temps - je n’ai trouvé aucun élément nouveau me permettant de modifier ma première intervention.
      C’est mon avis. Ce n’est pas vérité universelle, bien sûr.
      Je n’ai pas cette prétention.

    • JMBerniolles 21 juin 2018 14:33

      @Le421



      Des commentaires totalement sur la ligne de l’anti nucléaire primaire de Jean-Luc Mélenchon et sa clique. 

      Le coût inflationniste de l’EPR dont les matériels lourds ont été fabriqués vers 2005/6 est majoritairement du à l’obligation de chercher des financements sur les marchés privés. Cela devrait questionner un « insoumis ». Le coût des EPR chinois n’ont rien à voir avec celui de Flamanville. Et ils ont tenu des délais de réalisation de l’ordre de dix ans ce qui est très bien pour des têtes de série. 

      Justement l’EPR n’a pas eu de vrais problèmes sérieux qui remettraient en cause sa conception. Qui est basée sur une sûreté renforcée pesant obligatoirement sur le budget de la centrale nucléaire.

      Des personnes engagées politiquement devraient être capables de s’expliquer (compte tenu du contexte d’attaques médiatiques systématiques, il faut faire des efforts de compréhension soi-même) pourquoi l’EPR a du succès à l’étranger, notamment en Grande Bretagne un pays qui a été très avancé dans le domaine du nucléaire. 

      Enfin les problèmes des EPR, finlandais et Flamanville, doivent beaucoup à l’incompétence et à l’anti nucléaire des gouvernements français successifs. Notamment choisir de commencer le projet de construction en Finlande avec un changement de maitrise d’œuvre (Areva au lieu de l’EDF) est une aberration qui démontre notamment le manque de connaissances des responsables politiques.




  • JMBerniolles 22 juin 2018 13:56
    On remarquera que dans les commentaires sur cet article et d’une manière plus générale, on parle de multiples problèmes de l’EPR, sans vraiment les décrire dans les détails.

    Ceux qui en parlent le plus d’ailleurs sont aussi ceux qui ont une connaissance très superficielle des problèmes rencontrés. Notamment de leur degré de gravité, de leur implication sur le concept, sur le fonctionnement du réacteur nucléaire de troisième génération…   

    La vérité, qui est entièrement dénaturée par la propagande anti nucléaire, - qui est une ligne officielle des pouvoirs publics, des intérêts privés et au-delà avec toute une liste de personnes corrompues et complices-, est qu’il n’y a absolument eu aucun problème qui remette en cause la conception même de l’EPR, la construction et l’assemblage de ses matériels et son contrôle de fonctionnement.

    On peut dire également que ses options de sûreté renforcée avaient anticipé la démarche que les accidents nucléaires de Fukushima Daiichi a entrainée.

    Il est particulièrement obtus lorsque l’on constate que l’étranger, ayant des compétences sérieuses dans le domaine du nucléaire, s’intéresse à l’EPR et même l’achète comme c’est le cas de la Grande Bretagne et de la Chine bien entendu, de ne pas se poser de question sur le discours formaté de dénigrement que nos médias unanimes nous servent sur le sujet. 



Réagir