Liberté et authenticité dans les communautés animistes/polythéistes et plus largement païennes, mais aussi dans le monde occidental
Dans cet article, nous traiterons de choses démentielles, en ce sens qu'elles dépassent de beaucoup le quotidien, et qu'il faut peut-être en prendre la mesure, si possible, pour apprécier sa teneur. « Tout » part d'un constat au sein de la, ou plutôt des, communautés animistes/polythéistes, plus largement païennes, qui s'expriment online, mais qui existent aussi IRL (in real life, dans la vie réelle) – les unes recoupant parfois les autres, sans nécessité, et réciproquement. Ce constat, c'est l'observation des valeurs à l'oeuvre, prises dans une dialectique de la liberté et de l'authenticité.
Mais d'emblée, il faut dire que cette dialectique ne concerne pas que les communautés évoquées : les communautés évoquées en sont, en quelque sorte, un genre de baromètre. En effet, ces communautés, en tant qu'elles se placent doublement « à faux » par rapport à l'héritage monothéiste et par rapport au devenir-laïc de cet héritage, présentent l'avantage d'en être des réceptacles originaux.
Ainsi, tout comme en médecine les phénomènes originaux permettent de comprendre rétroactivement les phénomènes normaux, ces communautés permettent de comprendre rétroactivement la société normale – si seulement elle existe.
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Source de l'image : ce chapeau est un « pileus »
placé sur la tête des esclaves affranchis.
L'essentiel de l'article
- La liberté et l’authenticité, revendiquées partout, se trouvent vidées de sens par le relativisme ambiant, la marchandisation des valeurs et la spectacularisation des quêtes spirituelles.
- L’Occident moderne, malgré son héritage d’émancipation, se heurte à des contraintes économiques, idéologiques et sociales qui vident la liberté de sa substance et réduisent l’authenticité à un simulacre psychologisant.
- Dans l’Antiquité, ni la liberté ni l’authenticité n’avaient le sens moderne : l’ipséité (l'être-soi-même) passait par le service communautaire, la gloire, l’honneur, et non par une intériorité revendicative ou une authenticité « personnelle ».
- Les mouvements néo-païens contemporains, souvent traversés par des influences numériques, des logiques égotiques et des schismes virtuels, peinent à s’extraire de la modernité qu’ils prétendent contester.
- Seule la volonté, au sens nietzschéen, peut conférer une véritable liberté ; l’authenticité, elle, demeure un concept piégé et moderne, étranger aux logiques antiques.
La liberté et l'authenticité, aujourd'hui ?
Tout le monde s'en réclame mais personne ne sait rien bien définir. Trop philosophique ? « Et puis d'ailleurs, chacun sa liberté. » En effet si, dans le relativisme ambiant, c'est déjà depuis un moment « chacun sa vérité, chacun sa réalité » eh bien, cela peut être tout et n'importe quoi. « Et d'ailleurs c'est justement la liberté, que chacun ait sa vérité, chacun sa réalité ». Apparemment, ça se tient. Next ?
En tout cas, on serait plus authentique, de posséder chacun des définitions. Mais même pas : « les mots sont des pièges, eux aussi ; ils rendent commun, ils ne disent pas ce que je sens/suis intrinsèquement ». C'est sûr : les mots ne nous appartiennent pas. Même si on les connote, dans un milieu social particulier et à titre individuel, les mots circulent. Ils seraient ce qu'il y a de moins authentique.
Liberté et authenticité deviennent une seule et même chose, une seule et même chose muette, aphasique. Dans l'idéal, quelqu'un prend le temps de nous écouter, il nous semble proche, et comprend « ce qu'on veut lui dire » – c'est-à-dire le truc intrinsèque qu'on sent/est. Cela ne lui servira pas, en dehors de ses relations avec nous, mais enfin : il aura peut-être perçu une parcelle de notre authenticité, et cela nous aura fait nous sentir libre.
C'est que, se sentir libre, ce n'est pas donné à tout le monde. Pourtant, nous vivons dans le monde occidental : le monde qui a inventé la modernité, l'initiative, l'arrachement à la tradition, une certaine démocratie, les choix de vie ! Alors qu'est-ce qui ne tourne pas rond, avec nous ? Le fait qu'il faille de l'argent, évidemment.
Besoin de fric, c'est tout ?
Il a toujours fallu des ressources, pour avoir des marges de manœuvre (des libertés), c'est sûr. Et il y a toujours eu des personnes plus dotées que d'autres, pour des raisons d'héritage et d'opportunité. Mais l'Occident s'est vendu pour une terre d'opportunités, où les héritages (dont font partie les traditions) devaient moins peser. La frustration est d'autant plus grande, que la promesse était grande, bien que rien ne nous interdise d'entreprendre de nous enrichir.
Alors pourquoi ne nous sentons-nous pas bien libres ?... Jusqu'à présent, les constats étaient politiques au sens premier : le politique (le civil) c'est le champ social organisé et hiérarchisé ; et il est largement organisé et hiérarchisé par l'économie et le droit. On s'y sentirait limité, à l'heure des fantaisies à portée de clic.
Vient désormais la politique (l'idéologique) : les positions partisanes. À gauche, on vous explique que l'économie et le droit ne tournent qu'à l'enrichissement et la stigmatisation ; à droite, on vous explique que l'économie et le droit ne tournent qu'à la taxation et l'entrave. À l'extrême-gauche, on serait prêt à tout taxer et entraver afin d'égaliser, obligeant ainsi les gens à définir autrement leur liberté et leur authenticité. À l'extrême-droite, on serait prêt à continuer l'enrichissement ainsi et à stigmatiser afin de délivrer la nation, obligeant ainsi les gens à défendre telle liberté et telle authenticité (pas autrement). Quant au centre, il s'accommode de situations bâtardes ; l'extrême-centre accentue la bâtardise, en continuant l'enrichissement tout en surtaxant, afin de diviser pour mieux régner (autoritarisme financier).
Bref, il semblerait soudain que pour être libre selon notre authenticité, il faille jouer des coudes. Or il n'y a pas qu'avec les choses (la) politiques (idéologiques) que ça se passe comme ça : c'est juste plus fragrant, sur la base des configurations (le) politiques (civiles). Et c'est en partie parce qu'il faut jouer des coudes, que les gens préfèrent s'en tenir à « leur vérité, leur réalité » espérant protéger « leur liberté, leur authenticité » de la sorte... en partie seulement : pour une autre partie, c'est par absence de faculté philosophique et intérêt stratégique idoine = cacher leur ignorance ; et pour une dernière partie, c'est par effet-mouton = faire comme tout le monde.
Dans tous les cas, les gens estiment ainsi « avoir la paix » et, ce qui s'observe, c'est une mentalité de planqué(e)s, et régulièrement de paumard(e)s. Le monde est devenu « chinois » : « pour vivre heureux, vivons cachés, et puis d'abord de quoi tu te mêles ». Parce que les gens vivent dans leur hologramme et, à la moindre atteinte de cet hologramme, ils sont prêts à prendre toutes les mesures de rétorsion.
La spiritualité dans ces conditions
L'État et les Firmes ont donné le ton : ils veulent « leur paix » (donc « leurs guerres ») – selon l'adage « si vis pacem para bellum » – et tout ce qu'il en reste dans les milieux spiritualisants... eh bien... c'est un « lenoirisme ».
Le lenoirisme vient de Frédéric Lenoir, ex-directeur du Monde des religions et plumitif à succès, du fait qu'il syncrétise les traditions en les adaptant à l'occidentalisme, sous le coup des analyses de Raphaël Liogier – sociologue et philosophe ayant dirigé l'Observatoire du religieux.
C'est-à-dire que « l'authenticité » n'est évidemment plus qu'une revendication à « la liberté » et que l'âme (l'animation intrinsèque) n'a plus de place, dans cette sous-France (de sous : les sous, « un sou, deux sous, trois sous » – avant tout). Le plus tragicomique alors, est de voir les spiritualisants procéder à une imitatio sapientium [imitation des sages] comme les chrétiens s'adonnaient à l'imitatio Christi.
Ce vide spirituel n'est pas un défaut, mais une stratégie. Il vise à désamorcer tout conflit religieux (au sens large), en réduisant la croyance = avoir à cœur à une esthétique du développement personnel : une psychologisation des affects sociaux, une gesticulation ésotérique, une théâtralisation du calme, un mimétisme des traditions exotiques... sans intégration de leurs exigences – forme ultime de ce que Max Weber appelait « le désenchantement du monde », transmuté en « simili-enchantement » : sans Dieux & Déesses, sans peuples, sans Histoire, mais avec du sens supposé « personnel ». Et puis, c'est plus facile de capitaliser là-dessus.
Cette spiritualité vidée de substance n'est plus que le réflexe d'un moi spectral dans un monde sans lieu, sans durée, sans mystère, écho de ce que fut l’homme spirituel ; c'est une parodie terminale, à la fois grotesque et insidieusement menaçante, car elle neutralise l'exigence même de la vérité et de la réalité... vérité et réalité par lesquelles, justement, nous oserions définir notre liberté et notre authenticité, avec les mots.
Quid des communautés animistes/polythéistes, et plus largement païennes ?
Nous distinguons les communautés animistes/polythéistes des païennes, en ce sens que les communautés animistes/polythéistes peuvent certes être jugées païennes par les monothéistes ou les laïcs (qui reprennent ce vocable de païen hérité) que ces communautés animistes/polythéistes gardent un caractère plus traditionnel que les communautés païennes au sens large. Communautés païennes qui dérivent souvent vers des formes de New Age et autres fallaces voire politicardises – même quand elles contiennent, facultativement, de l'animisme/polythéisme.
Mais enfin ces communautés, quelles qu'elles soient, ont permis de quintessencier la dialectique de la liberté et de l'authenticité, car elles sont traversées par ces attitudes. D'une part, par héritage monothéiste subconscient ; d'autre part, par revendication antimonothéiste-propolythéiste-propaïenne consciente... cette revendication serait-elle caricaturalement sommaire (or, elle l'est, caricaturalement sommaire) car elle agit dans le sens monothéiste de sa diabolisation.
Est-ce que ces communautés parviennent à échapper, aux expressions de la liberté et de l'authenticité, aujourd'hui ? Les autres communautés religieuses vous en donnent-elles l'impression ?
De toutes façons, les communautés religieuses a priori vivaces – notamment musulmanes – ne sont surtout vivaces, que de ce que les médias agitent leur bocal. L'islamisme n'effraie, qu'à raison qu'une terreur pointe : c'est-à-dire de tristes faits divers ; sinon, il reste certes l'ethnicisation moyen-orientale de l'Occident – « vas-y frérot ».
Certains aiment créoliser, d'autres y répugnent – ça agitent les médias, réseaux sociaux compris mais, à la fin, c'est le populisme d'extrême-centre qui impose sa loi du plus fort socioéconomique. (Et on appelle ça « une vie ».)
Les communautés païennes et animistes se voient alors confrontées à la flambée des influences numériques : schismes autoproclamés, gourous de développement spirituel sur TikTok, Facebook ou YouTube, charment et manipulent en flattant l’ego et la quête moderne de liberté et d’authenticité chez les paumard(e)s. Auquel jeu, les pseudo-rebelles (Philippe Muray disait « les rebellocrates, mutins de Panurge ») abondent.
Ces figures, qui prospèrent sur la visibilité et la viralité, transforment la spiritualité en instrument de réassurance psy bancal et de spectacle simili-revivaliste (d'eux-mêmes, en général) au rang de valeur suprême qui, loin même d'éclairer la liberté et l'authenticité modernes, les confisquent, remodelant la curiosité et la dévotion en attrait marketing caché, et instillant l'illusion d’un collectif quand il s'agit d'emprise minable.
Remarquez, il y en a partout : non seulement dans les milieux en question, non seulement dans les religions en général, mais bel et bien partout.
L'antique « authenticité »
Commençons par elle, elle est la plus simple à traiter, parce que, dans l'antiquité, cette affaire « d'être authentique » ou de « ne pas être authentique » ne se posait pas. Ce n'est pas moi qui le dit, mais Claude Romano (professeur de philosophie à la Sorbonne) dans un admirable essai que votre serviteur a lu avec plaisir : Être soi-même – une autre histoire de la philosophie, paru en 2019.
À l'époque, être soi-même (l'ipséité, en jargon) consistait avant tout à ce que Sartre nommerait être pour-autrui. Non par altruisme, mais par « communautarisme » : clanisme, civisme.
Pour vous donner un exemple simple, induit par le livre : de nos jours, les superhéros ont des cas de conscience ; à l'époque, les héros défendaient leurs communautés. Nos superhéros cherchent certes à défendre « tout le monde et personne », ce ne sont pas des communautés qu'ils défendent (en dehors de Captain America, mais il s'est universalisé et a développé des problèmes d'ego).
« L'héroïsme » ne consiste à se distinguer de la communauté, que depuis le christianisme et sa logique de salut individuel = sotériologie – et plus généralement dans le monothéisme (des prophètes hébreux aux guerriers musulmans) : certes, on n'est pas inutile à la communauté, mais c'est le Démon, contre qui on se bat, et il est Universel.
On en retrouve toujours, logiquement, des échos, chez nos superhéros. Les supervilains sont autant d'incarnation du Mal Absolu – comme s'il existait ! (Où – exemple ultime – même le peu regrettable Adolf Hitler, ne souhaita pas l'extinction de l'humanité ni la destruction du monde ! Incroyable mais vrai, c'est fact-checked.)
Bien sûr, l'antique héroïsme se distinguait, pour le meilleur et pour le pire, mais il s'inscrivait toujours dans une démarche communautaire, avec l'aval ou l'interférence des Dieux & Déesses communautaires – claniques, civiques. Le héros, dans ce contexte, n'était jamais que l'incarnation tragique et sublime d'une communauté, bon an mal an, et ses victoires ou ses défaites étaient à sa communauté. Chercher ici de « l'authenticité », c'est se tromper de combat, tandis que Superman se demande qui il est.
Seule compte la gloire, que cela vous chante ou non, or on ne l'atteint pas « en devenant authentique » : devenir soi-même, alors, c'est (comme nous l'apprend le livre de Claude Romeno) correspondre à un idéal de vertu, au sens étymologique – de force, virtu de la Renaissance – afin de susciter la crainte... mais aussi l'amour à distance ! La chevalerie courtoise et ses prouesses, en fut l'abâtardissement chrétien.
Quelqu'un qui, à l'époque, aurait cherché « l'authenticité » aurait, au mieux, suscité la pitié. Dès lors, on peut se demander ce que, de nos jours, font les (néo)« païens » de gauche voire d'extrême-gauche (avec leur érudition référencée, taclant tout ce qui leur semble abruti) comme de droite voire d'extrême-droite (avec leur prétention territorialisée, taclant tout ce qui leur semble amolli) lorsqu'ils recherchent les traditions « perdues » et/ou « originelles ».
Que sait-on des « pertes » ? Rien, justement, donc impossible de les exagérer en niant les renouveaux. Et que sait-on des « origines » ? Qu'elles ont toujours des précédents & influences, justement, donc impossible d'isoler et d'héroïser – d'un héroïsme post/chrétien, sotériologique – leurs survivances.
L'antique liberté
L'antiquité pratiqua allègrement l'esclavage (l'antiquité, et pas que l'antiquité : le monde entier, même les tribus natives les plus fantasmées d'Afriques et d'Amériques) mais contrairement à la légende, ce n'est pas le christianisme qui y mit fin (à l'esclavage) quoi qu'il prit fin durant la chrétienté... L'époque était différente : un bon esclave est avant tout un esclave déboussolé, et le fait que de plus en plus d'hommes libres tombèrent en esclavage au début de la féodalité, induisit d'autres modes d'organisation.
Le Christ n'avait que vaincu sa mort, rien d'autre, même si c'est déjà pas mal – quoi qu'en fait aisé, à supposer qu'il soit Dieu Créateur... À combattre sans péril, on vainc sans gloire. Je dis cela, parce que ce miracle se serait produit en 790 environ du calendrier romain : c'est un événement antique.
Le Dieu exclusif, une fois auto-libéré de l'Incarnation qu'il s'était auto-infligée, n'avait plus qu'à remonter aux Cieux, seul comme un grand homme, après être descendu sous forme simili-embryonnaire par le biais miraculeux de l'archange Gabriel... « Inclinez-vous devant votre Seigneur, ô esclaves du Christ ! »
Bref, l'antique liberté dépendait, comme de nos jours – en partie du moins – des ressources dont vous disposiez, y compris en esclaves. Cet esclavagisme généralisé, ne faisait pas de vous un être cruel : après tout, que vous fussiez propriétaire romain, citoyen athénien, jarl dane (germano-scandinave désigné au prisme des Anciens Danois, matrice historique et futur ethnonyme viking occidental durant la féodalité)... ou que vous fussiez régent celte, prince ibère, chef slave, etc. : rien ne vous obligeait à être un maître odieux ; mais, certainement, mieux valait pour vos esclaves que vous vécussiez une vie urbaine, plutôt que vous dirigeassiez une mine de plomb dans laquelle ils eussent eu à piocher, ou encore une galère dans laquelle ils eussent eu à ramer... quoi que des gladiateurs se fissent régulièrement gloire de leur fonction, et qu'à tous les niveaux, résignés à leur Sort, des esclaves se fissent un honneur de leur condition. La force des choses, la destinée, était tout.
À ce jeu-là, Astérix & Obélix n'est qu'une supercherie : les sénateurs gaulois, par exemple – Gaulois qui étaient des Celtes, et qui avaient bien régulièrement des sénats (des conseils d'anciens) – dominaient leurs teutèles (du celtique teuta, plur. teutai, désignant le peuple et construit sur le modèle de clientèle, les gentes romaines affiliées à d'autres gentes plus puissantes).
De même, la légende de Thorgal, le fier guerrier dane, a aussi du plomb dans l'aile. Mais l'époque était différente, et nous savons bien que tout le monde ne peut pas accaparer les ressources : il fallait bien que certains dépendent d'autres ; c'est une constante historique, quelle que soit la forme qu'elle prenne, et quand même la modernité se laisse tantaliser par des idéaux puristes (que l'on retrouve, d'ailleurs, souvent, symbolisés dans des figures telles que le guerrier dane, fantasmé par les (néo)« païens ». Ou Vercingetorix, côté gaulois... mais ce n'est, répétons-le, que de sotériologie post/chrétienne.
On voudrait se dire que les Anciens étaient religieusement plus tolérants, eu égard à leur non-monothéisme – non-dogmatisme animiste/polythéiste. Pourtant, avoir de la religion, vénérer les Dieux & Déesses de ses parents, était normatif ; même l'Empire romain, n'y trouva pas à redire, encore qu'il adopta trois ou quatre Divinités d'autres ethnies, et qu'il en imposa autant partout pour son unité... sur la base d'une interpretatio romana (assimilation quasi-syncrétique à son panthéon, de Divinités devenues « provinciales » telles que – par exemple – le gallo-romain Mercurus Artaios ou Mars Thincsus : Mercure Ours, Mars Týr). Quand même le pragmatisme romain, donne l'impression que les Impériaux se servirent de la religion comme d'une idéologie (les Puniques/Carthaginois avaient fait de même, avec Milqart-Heraklès/Herculus, en s'alliant avec les Hellènes contre Rome, lors des guerres éponymes – puniques) l'athéisme était mal perçu, et réservé à des philosophes excentriques.
D'ailleurs, ces philosophes qui nous donnent aujourd'hui des leçons de « liberté morale » s'exerçaient, justement, dans l'ordre de la morale – dans l'ordre des mœurs. Ils dépendaient, comme tout le monde, de leurs conditions d'existence, clan ou cité.
Les stoïciens ne firent jamais que vanter une auguste magnanimité, confinant à l'autisme ; mais ce mot de magnanimité leur venait d'Aristote, qui désignait par là une noble et belle allure de par les circonstances évolutives, magnanimité susceptible d'être affectée – bien loin de l'auto-confinement stoïcien...
Les cyrénaïques estimaient les plaisirs, non sans pragmatisme : carpe diem !... tandis que les épicuriens valorisaient la tranquillité amicale... que les cyniques se riaient bougrement des conventions... et que les sceptiques se retenaient de décréter quoi que ce soit.
Ce sont des éthiques pour hommes limités, cherchant à se ménager une « liberté », là où ils croyaient la dégotter.
En fait, l'antique liberté dépendait avant tout des conditions d'existence et du statut social (pour ne pas changer) mais, contrairement à aujourd'hui, elle servait uniquement les hommes (irils dans leur droit à co-organiser la vie du clan ou de la cité... qui, évidemment, se perdit à mesure que les États se développèrent, dès la Rome ; enfin ils le devaient bien – entre autres – à leurs esclaves.
De nos jours, les ressentiments vont bon train envers les magnats du monde ; c'est le reliquat d'une faiblesse (Nietzsche) scrutant du mauvais œil la force user de sa liberté – or cette liberté est (le) politique, avec ses (la) politiques : à Rome, les antiques partis tendaient à se nommer sodalités et il en existe des tas tout autour de la Terre, aujourd'hui.
Il n'est pas si étonnant que, à la manière de pseudo-philosophes taciturnes, les Modernes s'inventent des « libertés intérieures » pour s'assurer « d'être libres ». Cela dit, dans le monde associatif ou même – de façon bâtarde – sur les réseaux, les Modernes peuvent faire preuve de liberté (le) politique. Comme les Anciens.
Bilan
Un animiste/polythéiste contemporain ne devrait pas trop se poser la question de l'authenticité (du moins, pas dans des termes modernes) ; ce qui compte, avant tout, c'est l'honneur des Ancêtres (qui passe, certes, par des renouements). Les autres (néo)« païens » pourront toujours barboter – et notamment les sorciers, moderniser : leur but n'est pas le culte, mais leur sortilège.
La question de l'authenticité est toujours problématique : dans l'antiquité, qui était authentique ? Authenticité est un mot d'origine hellénique : αὐθέντης signifiant auteur, perpétrateur (d'un crime) et donnant aussi notre autorité. Au compte d'un renouement, donc, il n'est pas question d'être « authentique » (« cause ») mais bien « relais » (« inauthentique »).
Il est curieux d'observer ici un renversement terminologique : les plus authentiques, à ce compte, ce sont bels et bien les Modernes ! Il n'y a qu'eux, pour le revendiquer sur tous les toits, de toutes façons. Donc, pour ma part, j'enjoins mes collègues à « l'inauthenticité » ! Une quête de l'authenticité ne peut signifier, dans l'antique contexte, qu'une quête de pouvoir. Là, la porte reste ouverte, et les sorciers ne diront pas non.
Quant à la liberté, les Modernes en usent pour se revendiquer – voire être – « authentiques » s'il est bien possible... mais nous voyons bien qu'elle est surfaite.
La seule liberté qui vaille, c'est la volonté (Nietzsche). Vouloir libère. Donc ici, pour ma part, je vous somme de vouloir : veuillez ! Tout court – mais c'est toujours pareil : peut-on vouloir vouloir ? Et les ressentiments reviennent en masse.




