jeudi 23 juin - par Robin Guilloux

Bac Philo 2022 : Les pratiques artistiques transforment-elles le monde ?

 

Bac Philo 2022 : Les pratiques artistiques transforment-elles le monde ?

Les pratiques artistiques sont très diverses. On peut y inclure les arts de l'espace comme la peinture, les arts du langage comme le roman ou la poésie, les arts du temps comme la musique.

Faut-il intégrer dans les pratiques artistiques des arts comme l'architecture qui sont à la jonction de l'art et de la technique ? Ou encore l'opéra qui fait appel, outre à la musique et au chant à des pratiques artisanales telles que l'art du costume ou la construction de décors qui participent à la réussite de cet "art total" ? 

Les pratiques artistiques transforment-elles le monde ? Que faut-il entendre par "pratiques artistiques" ? La pratique d'un instrument de musique ? Le fait d'écrire des romans, de la poésie ou de composer de la musique ? Ou plus modestement d'écouter de la musique, de contempler des œuvres d'art ? Y a-t-il d'un côté les artistes et les interprètes qui créent des œuvres d'art et de l'autre des spectateurs et des auditeurs qui les "consomment" ?

Dans ce cas, les pratiques artistiques semblent ne rien changer au monde. Mais elles développent la sensibilité de l'auditeur ou du spectateur. Ne faut-il pas des spectateurs, des lecteurs, des auditeurs, voire des critiques d'art pour apprécier les œuvres d'art ? 

Il fait aussi s'interroger sur la notion de "monde". Faut-il entendre par "monde", le monde extérieur ou le monde intérieur, celui de la subjectivité humaine ? Faut-il entendre par "monde" l'univers tout entier, la nature ou le monde des hommes, un monde particulier, celui de la Cité antique qui a vu l'éclosion de l'art grec ?

L'art grec, l'art gothique, l'art roman, l'art baroque, l'art moderne n'ont-ils pas "changé le monde" en portant à l'éclat du paraître des œuvres (picturales, musicales, architecturales) réelles et durables, à mi-chemin entre l'art et l'artisanat ?

Peut-on, du reste, dire ce qui relève de l'art et ce qui relève de l'artisanat ? Il faut attendre le XVIIIème siècle pour que d'Alembert dans l'Encyclopédie fasse la différence. N'y a-t-il pas une dimension artisanale de l'art et une dimension artistique de l'artisanat ?

Il faut s'interroger également sur la notion de "transformation". Transformer signifie littéralement changer (trans) la forme. Il y a une histoire de l'art, une histoire des formes.

I. Les pratiques artistiques transforment le monde :

Si nous nous flânons dans n'importe quelle ville d'art européenne (Prague, Vienne, Gand, Paris...), nous sentons, même si nous n'en avons pas clairement conscience, que l'art transforme le monde.

Le monde ne serait pas le même, par exemple à Bourges, sans sa cathédrale gothique avec ses vitraux du XIIIème siècle et ses grandes orgues, l'Hôtel Lallemand et le Palais Jacques cœur de style Renaissance, ses ruelles moyenâgeuses et ses maisons médiévales à pan de bois.

Ces chefs-d'œuvre architecturaux, ont modifié le monde environnant, en y ajoutant quelque chose qui n'existait pas auparavant (par exemple à l'époque gallo-romaine), modifiant parallèlement notre perception du monde qui n'est pas une perception pure, mais une perception orientée par un certain état du monde, imprègnée de culture et de langage : le monde roman, le monde gothique, le monde de la Renaissance, le monde baroque, etc.

Car de même qu'il y a une histoire de l'art, il y a une histoire de la perception et de la sensibilité.

Si nous changeons totalement d'univers pour nous promener dans les rues de New-York, nous sommes frappés par la "verticalité des gratte-ciels", le dépouillement de l'architecture, l'audace des techniques employés. New-York, comme le disait Louis-Ferdinand Céline est une ville "debout", alors que les villes européennes sont plutôt des villes couchées.

La construction de la ville de New-York, prouesse à la fois artistique et technique a changé le monde en y ajoutant quelque chose qui n'existait pas auparavant. Elle a changé également notre perception du monde en y intégrant des valeurs de verticalité et de dépouillement et en façonnant une sensibilité nouvelle, proprement moderne, sensibilité qui s'exprime, par exemple, dans la poésie de Guillaume Apollinaire.

Des arts nouveaux comme la photographie et le cinéma ne se sont pas contentés de refléter le monde, ils l'ont aussi transformé en influençant la vie sociale et la mémoire collective.

Le "land art" ne se contente pas de représenter le monde, il agit directement sur le monde en modifiant les paysages.

Toutes les pratiques artistiques, tous les arts, qu'ils soient océaniens, africains, orientaux, moyen-orientaux transforment le monde dans la mesure où ils transforment la nature en culture, reflet de l'esprit humain.

L'art des jardins, si prisés au Japon n'est pas un art plus naturel que celui des estampes. L'art n'est pas un ornement du monde, mais une façon d'habiter le monde.

Certaines œuvres d'art ont réellement contribué à changer le monde, comme Guernica de Picasso en dénonçant non par des mots, mais par des images, la barbarie fasciste ou encore La liberté guidant le peuple de Delacroix, hymne à la liberté et à la justice.

Mais le tableau de Delacroix est postérieur à la Révolution de 1830. L'art ne précède pas l'événement, il le suit, le magnifie, en extrait la dimension épique.

On peut se demander toutefois, si, en dehors de ces œuvres exemplaires, le rôle de l'art est de se substituer à l'éthique, à l'économie, à la politique ou au droit. L'art a son propre langage qui n'est pas celui de la propagande. L'art peut avoir une dimension politique, mais il ne se confond pas avec la politique, comme il ne se confond pas avec la technique.

II. Les pratiques artistiques transforment la sensibilité humaine :

Les pratiques artistiques transforment la sensibilité des hommes et leur perception du monde. Ils font de la nature un monde humain, un monde de la culture. Il y a autant de formes de sensibilité que de formes de civilisation.

La civilisation japonaise avec sa cérémonie du thé qui est tout un art et ses jardins zen, inspirés par le bouddhisme, reflète l'âme raffinée et contemplative du Japon.

De même, on peut se demander s'il n'y a pas une histoire des sentiments, en particulier du sentiment amoureux. L'amour courtois, l'érotique des troubadours, profondément influencé par la dévotion à la Vierge Marie, a modifié les relations entre les hommes et les femmes en Occident.

Les pratiques artistiques transforment notre perception du monde. Nous ne voyons pas le monde tout à fait de la même façon depuis La nuit étoilée de Van Gogh.

III. Les pratiques artistiques ne peuvent pas, à elles seules, transformer le monde.

Chaque forme d'art est le reflet des structures politiques, économiques, sociales, religieuses d'une époque et chaque forme d'art a transformé à la fois le monde et notre vision du monde.

Selon Karl Marx, les infrastructures, les rapports de production issus du mode de production, ont transformé les arts et les techniques et ces derniers ont à leur tour influencé par détermination réciproque le mode et les rapports de production.

Pour Marx, les philosophes et les penseurs se sont contentés de penser (ou d'interpréter) le monde. Il s'agit à présent de le transformer. 

Transformer veut-il dire changer les structures sociales et économiques de la société ? Atténuer ou éradiquer la misère comme le souhaitait par exemple Victor Hugo ? Faire reculer l'analphabétisme, permettre au plus grand nombre d'avoir accès aux œuvres d'art ?

"Le communisme, c'est les soviets plus l'électrification disait Lénine". Mais quelle est la place des pratiques artistiques dans un monde où le développement des forces productives est prioritaire ? Doivent-elles se mettre au service du prolétariat comme l'exige le "réalisme socialiste" ?

Selon Kant, l'art est l'objet d'une satisfaction désintéressée. Autrement dit, les objets d'art, contrairement aux objets techniques ne servent à rien. Une nature morte de Cézanne ne sert pas à assouvir un besoin, mais le désir et l'imagination. 

Les pratiques artistiques comportent une dimension de gratuité, de jeu, particulièrement précieuse dans un monde dominé par la technique et le critère de l'utilité.

On ne peut pas dire que les pratiques artistiques transforment le monde à elles seules. Le droit, la justice, l'éthique, la technique, la science, la politique y contribuent aussi.

Encore faut-il qu'ils soient au service du bien commun et que le beau, le vrai et le bien marchent d'un seul pas.

Conclusion :

Les pratiques artistiques transforment le monde. Elles transforment l'environnement naturel en univers culturel ; elles contribuent à façonner la sensibilité humaine et même la perception de ce que nous appelons la "réalité".

Cependant, d'autres forces contribuent à transformer le monde : la politique, la Justice, le Droit, les forces sociales et économiques, la science et la technique, la morale également, qui diffère selon les époques.

Mais le monde ne doit pas seulement être transformé, il a besoin aussi d'être transfiguré. Il ne s'agit pas seulement de transformer le monde, il s'agit, selon Rimbaud, de "changer la vie" et c'est sans doute là que réside la spécificité des pratiques artistiques.

 



21 réactions


  • sylvain sylvain 23 juin 15:01

    Peut-on, du reste, dire ce qui relève de l’art et ce qui relève de l’artisanat ?

    très facile, ça coute beaucoup plus cher et ça ne sert a rien.

    et puis c’est défiscalisé


  • sylvain sylvain 23 juin 15:05

    blague a part, je suis bien content de ne plus avoir a me poser les questions de cette manière la .

    Evidemment que l’art transforme le monde. Même pisser contre un arbre transforme le monde , même une oeuvre que personne ne verra jamais, un mandala tracé dans le sable, transforme au moins son auteur


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 23 juin 20:16

      @sylvain

      En effet, dans une société marchande, les œuvres d’art sont devenus des marchandises (ou des placements) comme les autres, juste un peu plus chères !


  • mmbbb 23 juin 15:53

    «  Une nature morte de Cézanne ne sert pas à assouvir un besoin, mais le désir et l’imagination. »  c est à moitié vrai puisque ces oeuvres ont une valeur extrinsèque , c est à dire une valeur marchande .

    En ce sens , l art ne change pas le monde des hommes mais épouse ses lois , la loi marchande . L art est devenu un marché La FIAC par exemple 


    « Guernica de Picasso en dénonçant non par des mots, mais par des images, la barbarie fasciste » bien qu il ait dénoncé la barbarie, les allemands ont appliqués la même méthode lors de leurs campagne


    Il est aussi à noter que l art est au centre des regimes totalitaires Brecker Arno


    Quelques lignes rapides


  • cevennevive cevennevive 23 juin 16:56

    Bonjour Robin,

    Je pense à « l’homme de Vitruve » de Léonard de Vinci qui est à la fois de l’art, de la science, de la technologie du corps humain, de l’admiration des proportions, etc.

    D’ailleurs, l’humain est déjà un oeuvre d’art à part entière qui en plus peut se perpétuer, se multiplier... Mais qui en est l’artiste créateur ? La Nature, l’évolution ?

    Personnellement, je vois de l’art dans les arbres, les fleurs, les animaux, et cette admiration est, elle aussi, propre à changer le monde.

    Et je ne prise pas du tout l’art moderne qui ne peut faire changer le monde qu’en mal (pardonnez-moi, je suis une béotienne...)

    PS : en tant qu’ancienne enseignante, je vous mets 18/20 à ce devoir du Bac. Thèse, antithèse, synthèse, bon développement. Bravo !


    • velosolex velosolex 24 juin 12:09

      @cevennevive
      Lisez « Le judas de Leonard » de Leo Perutz, un auteur maintenant un peu oublié mais qui fut à la fois un mathématicien, spécialiste des probalités un artiste, et un écrivain. Borges le considérait comme un des plus grands auteurs du siècle. 
      « Le judas de Leonard » est une fable sur la création, mettant en jeu « la scène ’ de Leonard de Vinci. Alors qu’il vit à Naples, et travaille à son chez d’oeuvre, il butte sur le visage de Judas. Il cherche un modèle, fréquente les auberges et les tripots. Il lui faut le visage du mensonge et de la trahison, pour continuer son tableau. 

      Une belle histoire philosophique à clé, comme Perutz en composera plusieurs. Un homme mulitfonctionnel, comme Vinci, à l’intelligence multiple. Ces personnages semblent se débattre dans une sorte de karma, à moins que ce soit les probabilités qui les pousse à ne pouvoir se démarquer d’un destin inscrit quelque part. 
      Perutz, de famille juive, parviendra lui à échapper à l’holocaste, mais mourra tout de même en Autriche, où il était revenu de palestine après guerre, pour faire du ski.
      Plusieurs chef d’oeuvre de cet auteur, tel » le cavalier suédois", et ’ le tour du cadrané, dont Hichcock s’inspiera d’un jalon de l’histoire 


  • Xenozoid Xenozoid 23 juin 16:59

    la définition de l’art, c’est comme le sexe des anges


    • velosolex velosolex 24 juin 12:15

      @Xenozoid
      Le sexe fait tourner la tête, et abuse les naïfs, pourvu qu’on sache y mettre les formes, et les moyens.
      L’art utilise les mêmes artifices, à ceci prês qu’une simple signature en bas du tableau permet d’abuser des nigauds
      . En quoi les peripatiéticiennes sont plus honnêtes que bien des marchands d’art. 


  • PascalDemoriane 23 juin 17:20

    Pour prolonger les réserves de Sylvain et Xenooid,
    quand on me parle d’art, moi je sors mon revolver ! çà m’indispose. Car c’est depuis qu’on en parle trop et qu’on s’en revendique qu’on en a détruit la maîtrise et la discipline. Soit on le pratique, soit on se tait !
    Ce genre de dissertation est un dressage convenu autour de l’algorithme générique stérile : « montrez que tout est dans tout et réciproquement, surtout si vous n’avez rien à en dire, vous avez deux heures. »
    çà nous donne du Rosemar, du parler pour ne rien dire « pour le plaisir des mots ».

    Pardon à l’auteur de l’article, c’est pas contre lui, mais comme Sylvain, je me félicite de ne plus devoir subir ce genre de torture scolaire ! au point que si j’avais le choix à mon âge avancé, je ne rempilerais pas pour une deuxième jeunesse scolaire !


  • Robin Guilloux Robin Guilloux 23 juin 20:14

    @cennevive : merci pour le 18/20. Je ne sais pas si ma copie le mérite. J’ai rajouté un paragraphe sur les lieux de pratiques artistiques (Médiathèque, Maison de la Culture, théâtre...) sur mon blog. Esprit de l’escalier, je l’ai trouvé en marchant comme les péripatéticiens !

    @ PascalDemoriane : désolé d’avoir évoqué de mauvais souvenirs !


    • PascalDemoriane 24 juin 10:13

      @Robin Guilloux
      Sans rancune. Mais tenez : je me souviens d’un devoir sur table en classe de 5e au collège (années 70) : choisir et décrire un oeuvre d’art. J’avais choisi et décrit une fugue de Bach par le menu. Et que croyez vous qu’il arriva ? J’en ai été soupsonné de triche et sanctionné  ! au motif de l’invraisemblance des modestes compétences analytiques en musicologie dont j’avais réinvestit là l’aquisition bien réelle ( étant par ailleurs déjà élève pianiste passionné, biberonné à Bach ).
      Ben çà vous fâche avec l’école pour la vie ce genre de défaillance pédagogique.
      Pour parler d’art dans le dur faut, oui, avoir beaucoup travaillé. Un prof qui ne respecte pas le travail effectif personnel d’un enfant est une ordure !


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 24 juin 11:15

      @PascalDemoriane

      Je sais qu’il y a des enseignants complètement bornés et c’est bien triste pour certains élèves. Je suis étonné qu’il n’ait réalisé que vous étiez musicien. Je suis à la retraite, mais je me serais personnellement réjoui de vous avoir comme élève.


    • velosolex velosolex 25 juin 00:30

      @PascalDemoriane
      J’ai eu à sublir aussi ce genre d’humiliation, lourde de conséquences. Ce qui a fait , entre autres péripéties clivantes, passant du public au privé, que j’ai quitté l’école à 16 ans, pour y revenir bien des années plus tard, mais par la voie professionnelle, hospitalière.
      Les enfants sont bien plus fragiles que certains l’imaginent, et la destinée vous envoie à droite ou à gauche selon les hasards du destin, et les bons ou les mauvais maîtres que nous croisons. 
      Mon parcours ne serait plus possible à l’heure actuelle, dans cette époque atteinte de « diplomite aigue », jugeant définitivement les hommes selon leur CV, comme d’un titre nobiluaire, dans l’ancien régime. 
      Bravo pour votre parcours, et pour votre passion pour Bach, que je tiens avec Haydn, comme des maitres de sérénité. 


    • eau-mission eau-mission 26 juin 08:18

      @PascalDemoriane

      Je partage ce que vous dites. Il est pour moi significatif que je n’aie gardé de mes productions scolaires que quelques rédactions des classes de collège, quand j’ai eu la chance d’être lu par un professeur bienveillant.

      Votre dernière phrase est quand même une provocation. Vous pourriez dire qu’un prof est un collabo d’un système qui écrase l’individu.


  • Pierre Régnier Pierre Régnier 23 juin 20:40

    Ma pratique de la peinture et mon engagement politique ont exactement le même but : pacifier.


  • velosolex velosolex 24 juin 11:56

    L’art tel qu’on le connait , individualisé, signé, n’est qu’une notion ayant émergé à la renaissance, en relation avec le développement du capitalisme. Mais pendant longtemps c’est une activité totalement naturelle, et quasi constante, comme celle de respirer et de marcher. Cette systémie de rapport au monde se solde par le soin que les hommes ont à leur tache, dans les objets qu’ils embélissent naturellement, le temps ne jouant rien à l’affaire. On ne compte pas ses heures, qui n’existent pas d’ailleurs. L’art et l’artisanat se conjuguent avec le sens du religieux et du sacré. Il y a ce dieu inconscient qu’on porte en soi et qu’il faut honorer par la beauté des objets, que notre capacité de saisir, et ce pousse préempteur, permettent de créer.

    Il va de soi que les puissants marquent leur richesse déjà par l’accumulation de beaux objets, car ils flattent le regard, imposent l’idée de puissance, lié à la rareté et à la nouveauté, comme la verroterie fascinera les soi disants sauvages, même si ce n’est que de la camelote bien loin de la beauté des objets totémiques, lors de la rencontre qui se révélera catastrophique avec les conquistadors. 

    Il faudra tout de même attendre plusieurs siècles avant de reconnaitre la beauté de ces créations soi disant primitives. Peut être que c’est dur pour l’homme moderne de s’apercevoir que tout ce qu’il a accumulé en terme de connaissances, de reniement, et de soi disant perfectionnement l’ont coupé de la capactié d’émotion et de l’authenticité de départ. Comme un parfum de « Rosebud »....Les créations contemporaines, réservées à une élite qui revendique sa capacité à reconnaitre dans cette forme conceptuelle, ce que les autres ne voient pas, est la marque de la continuité de ce clivage qui a commencé il y a un peu plus d’un siècle, quand dieu est mort, et que l’homme a voulu prendre sa place, donnant des notes, et imposant des formes nouvelles de figure imposées, comme des commissaires de patinage artistique. Aussi, je pense que ce ne sont pas les formes artistiques qui travaillent au changement du monde, mais plutot l’exact contraire


    • PascalDemoriane 24 juin 13:42

      @velosolex
      Très beau commentaire. Oui 
      « L’art tel qu’on le connait , individualisé, signé, n’est qu’une notion ayant émergé à la renaissance, en relation avec le développement du capitalisme. »
      car l’art d’avant, l’ars antiqua, est anonyme et impersonnel, oeuvre de main d’oeuvre, de l’ouvrier, maître ou disciple, d’avant sa prolétarisation.
      L’art, réduit à l’égo de son auteur, quelle horreur c’est devenu !
      J’ai connu des pseudo artistes sculptrices exposantes et communicantes débiles, qui en réalité, faisaient faire le travail par des ouvriers modeleurs fondeurs et se contentaient de signer leur prétendues oeuvres comme des chiennes pissant sur la statue d’un square ! On en faisait des articles dans les journaux sur la « sculpture au féminin ». Quelle imposture ! Je n’aurait pas le cruauté de donner des noms !


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 24 juin 22:49

      @velosolex

      Belle méditation. La différence entre l’art et l’artisanat d’art ne me paraît pas, à moi non plus très pertinente. J’aime bien Picasso, mais je ne vis pas dans un tableau de Picasso, je préfère vivre dans la ville de Bourges. 


    • velosolex velosolex 24 juin 23:33

      @Robin Guilloux
      Il y a eut cette trahison qui a consisté à enfermer l’art dans des musées, et dans des cadres étroits, définis par des spécialistes et des écoles, excluant la sensibilité commune. On l’a ainsi coupé du peuple et de sa fonction première, qui était d’unir les gens, sans avoir besoin de l’exprimer
      Car pendant longtemps on le pratiquait sans le savoir, tant il était naturel aux choses, dans la construction des temples, des églises, des villes, des enluminures, de n’importe quelle fontaine où la statue d’un saint était nichée.
      . Il semble qu’il fallait que les choses soient belles, jonglant avec les symboles du sacré, pour qu’elles soient investies, et puissent transmettre un message aux générations futures. De préférence travaillées à plusieurs corps d’artisans, ce qui en faisait des pages d’histoire, sans même avoir besoin de représenter la tapisserie de Bayeux, célébrant Le Conquérant. 
      Le bel objet échappe encore aux cimaises et aux définitions, aux catalogues raisonnés. Il est à la rencontre de notre sensibilité, de la culture et du hasard. On le trouve encore à Bourges, ou dans n’importe quel village de France, dans une belle aquarelle exécutée par un anonyme.. Qu’est il arrivé à l’art, pris en otage par une armée de spéculateurs, n’ayant que pour seule exigence que de choquer, en s’attaquant à tous les codes, surfant sur la vanité des gens, incapables de juger autrement qu’au travers une signature, ou un prix démentiel faisant foi. Car nous sommes arrivés à cette imposture ulitme, qu’il suffit que l’artiste consacré désigne l’objet comme ’oeuvre d’art’ pour qu’il le soit, même si c’est une vieille palette ou un extincteur. 
      C’est exactement l’histoire des habits du roi nu. Ce vieux roi vaniteux exige les meilleurs habits. Un margoulin lui propose de lui faire le plus beau costume au monde, avec ceci de particulier qu’il sera invisible aux imbéciles. Vous connaissez la suite, avec cet enfant au grand rire, qui voyant le roi nu, dégonffle de son rire la baudruche. Il est temps de faire parler l’enfant rebelle en nous !


    • velosolex velosolex 24 juin 23:43

      @PascalDemoriane
      L’image du vide vient de toutes ces répresentations, et la seule vérité qu’elles incarnent c’est qu’elles composent un selfi faisant foi, avec nous au milieu, de la santé de notre culture, et de tout ce qui vient avec. 
      Et ce n’est pas brillant. 
      Ce n’est pas pour autant que l’art est mort.
      Il se cache, dans les provinces, dans les arrières boutique, là où personne ne le devine, hors des catégories définies par les académies, chez des gens qui se sont débarassés de la critique et du formatage de la modernité, qui est la pire des mises au pas, confondant nouveauté et esprit. 


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