Chez nous sans la peur de la police, on serait tous égorgés...
Comment se fait-il qu’en Afrique, où l’on passe notre temps à rire et à plaisanter de tout, l’on soit si prompt à brûler, égorger et découper à la machette ? On raconte que les gens de la forêt sont plus sanguinaires que ceux du sahel ou du Sahara comme s’ils avaient hérité l’angoisse de la nuit au milieu de la jungle. Rien n’est plus faux car apparemment la zone géographique n’a rien à voir avec cela.
En Mauritanie, pays des vastes espaces, du sable fin au franc caillou, on s’est mis à égorger du sénégalais et à le rôtir, femmes et enfants comme au Sénégal, pays de la téranga, on s’est mis aussi à éventrer, rôtir et égorger du mauritanien par dizaines de milliers du jour au lendemain. C’était en 1989, autant dire hier.
Aujourd’hui en Afrique du Sud, comme régulièrement dans le tiers-monde, on se met à tuer les étrangers pour les faire fuir quand la crise économique fait rage. Ailleurs dans le monde, c’est pareil et même les bouddhistes, pacifistes selon les clichés, se mettent à tuer une minorité musulmane dans le silence assourdissant des médias dominants. Partout, c’est pareil. Du jour au lendemain, le frère, le voisin, l’hôte devient l’homme à saigner juste pour se sentir chez soi.
En Europe, ça va mieux de ce côté mais sans s’arrêter à la Shoa et plus récemment aux massacres en Bosnie, on a aussi longtemps égorgé et rôti tel et tel étrangers en fonction de la situation économique, politique et religieuse. Cela peut bien redémarrer tôt ou tard au rythme où va la crise économique…
En attendant c’est surtout dans le tiers-monde, chez les pays les moins avancés, qu’on peut du jour au lendemain se mettre à égorger son voisin.
Etonnante mécanique de l’esprit qui cache, derrière chaque sourire, le rictus de l’assassin. A quoi cela est dû ? Une réponse serait que dans les pays du sud où il règne une grande misère, beaucoup d’inégalité sociale, le manque de perspectives, les rêves mort-nés, le peu d’espoir de bonheur et surtout la certitude qu’il n’y a aucun changement possible dans l’état actuel du système politique et l’articulation des forces vives, cela oblige à encaisser à longueur de journée et comme on ne peut pas passer sa vie à se plaindre et tirer la gueule, ces peuples ont appris à vivre avec.
De là cet humour noir terrible, de là cette mécanique du vivre ensemble si polie et si joviale en apparences… Mais derrière tout ça, il n’y a que des bombes à retardement et ces bombes ne pouvant éclater contre le pouvoir, sévissent d’abord dans le cercle familial où se passe le plus terrible puis vers le premier bouc émissaire à la moindre occasion. Ainsi naissent les événements sanglants que tout le monde redoute qui s’éteignent souvent assez vite quand la terre est assez gorgée de sang et tout le monde plus léger ayant vidé son mal-être, ses frustrations, ses petites ou grandes jalousies…
Ainsi ce matin à 10H30 alors que j’étais à médina 3 chez un menuisier métallique comme on dit, j’entends le petit cri d’une jeune femme à 2m de moi. Je me retourne je la vois assise sur une charrette à âne qui venait de froisser ma voiture au point de ne plus pouvoir avancer. Cela devait arriver car je n’avais rien à faire là avec une voiture de collection.
Voyant que l’ânier, plus animal que la bête, ne faisait rien pour ralentir le massacre sinon à jouer tranquillement avec la bête sans descendre comme s’il était au volant d’une direction assistée, je m’approche pour l’aider à faire moins de dégâts.
On a fini par le faire passer sans tout casser. Là, il descend avec les yeux les plus doux et le regard le plus innocent pour me dire « pardon grand » mais il y avait dans son œil un petit éclat de petit fumier au fin fond de l’œil. Si loin qu’il ne devait pas le croire accessible à un autre que lui. Cet éclat avec l’excès douteux de gentillesse dans l’allure générale lui donnait quelque chose de satisfait d’avoir froissé la voiture car c’est pour certains âniers une revanche quotidienne sur le sort. Voulant vérifier mon soupçon, j’ai discuté avec lui un peu car, un dimanche sur un terrain vague, il faut vraiment s’en foutre de tout rayer sous prétexte d’être pauvre pour passer si près de la seule voiture garée là.
J’ai senti à sa façon de demander pardon que ce n’était pas la première fois et je lui ai dit que je ne pardonne pas car je sais qu’il s’en fout mais je le laisse partir sans réparer ce qu’il a fait. Le type s’en va déposer la jeune fille et sa calebasse dans la ruelle. Puis pendant que je faisais l’état des lieux du désastre, quelle ne fut pas ma surprise de voir le type faire demi-tour et vouloir repasser par là au risque de refaire les mêmes dégâts vu qu’il n’y avait pas plus de place à l’aller qu’au retour.
Au lieu de déplacer ma voiture en voyant l’animal arriver, je l’ai attendu et j’ai tracé une ligne dans le sable en lui disant que s’il ne fait pas demi-tour et qu’il franchi cette ligne, je donne un coup de fil et la police arrive faire le constat et il paiera les réparations afin qu’à l’avenir quand il voit une voiture garée dans un terrain vague, il ne vienne pas s’y frotter.
Le soupçon dans l’éclat au fond des yeux est devenu petit à petit une réalité car il a commencé à s’excuser encore mais en insistant pour passer car il s’est excusé. Le pardon devenait obligatoire sous peine de refaire des dégâts.
En une minute ce fut l’attroupement et on parlait tous en ouolof. Le type se faisait menaçant et les témoins lui disaient « éwa ou bien tu fais demi-tour ou bien traverse si tu veux jouer à tête dure ». Finalement il a fait demi-tour en m’insultant et en disant que si ce n’était pas la police, il allait m’égorger sur place.
J’ai vu dans ses yeux, le fameux regard de l’assassin derrière ce visage d’ange du début. La phrase m’a marqué « si ce n’était pas la police ! ». Tout est là ! Le barbare, l’animal n’est pas bon ni par nature ni à cause de la religion juste la peur de la police. Voilà comment un régime impose le respect par la terreur, c’est un avantage mais aussi c’est un aveu d’échec comme ces marabouts qui font réciter aux enfants des versets par cœur à pleine vitesse puis qui les libèrent dans la nature sans les avoir fait méditer ce qu’ils apprennent.
En parlant d’ânes, ils ont entièrement pris le contrôle du carrefour du marché « aux poulets » à médina 3. Ce ne sont plus les ânes qui prennent les ruelles adjacentes mais les voitures. Il faut passer par là-bas surtout en fin d’après-midi pour comprendre. On semble vivre dans une ville sans autorité, sans rien pour éduquer les gens ni les faire espérer.
Chacun dans son palais ou dans son trou, le chaos dans l’esprit, les apparences trompeuses et la peur de la police pour assurer la stabilité dans la décomposition et la moisissure.
Toujours au chapitre médina 3, j’ai eu l’occasion ce mois de sympathiser avec quelques almoudos car je ne donne jamais d’argent aux enfants, je préfère leur donner des trucs à manger ou à boire et leur acheter à l’occasion des chaussures en plastique car ils sont pieds nus. J’en connais 3 très bien, qui viennent avec un grand sourire dès que je suis dans le secteur pour me dire « Ahmed ! ». Je me demande qui leur a dit mon nom. Le sondage fait, j’ai appris le montant exact du versement qu’ils doivent à leur professeur de coran : 400 un par jour obligatoires pour mendier jusqu’à 20H30, avoir l’air misérable et marcher pieds nus.
C’est de l’esclavage au même titre que les mendiantes qui en plein soleil brandissent un nouveau-né assommé par le soleil car ça rapporte comme ça rapporte de balader en plein soleil des enfants handicapés lourds qui ne peuvent rien dire sur leur sort.
Que fait l’état face à cette maltraitante qui a pignon sur rue en plein tevrag-zeina ?

