mardi 3 mars - par Chroniques citoyennes

D’Iran à Ormuz : la fin du droit, le règne de la force

La succession des événements géopolitiques n’est pas seulement préoccupante : elle est grave, dangereuse et profondément déstabilisante pour l’ordre international. Il ne s’agit pas ici de juger le régime iranien, ni de défendre le pouvoir en place à Téhéran, mais d’interroger une question fondamentale : le droit international a-t-il encore une valeur contraignante, ou n’est-il plus qu’un décor rhétorique au service des puissants ?

Les États-Unis et l’Iran étaient engagés dans des négociations diplomatiques avancées, sous médiation omanaise. Le ministre des Affaires étrangères d’Oman, Badr Albusaidi, avait déclaré publiquement qu’un accord était à portée de main : l’Iran s’était engagé à renoncer à l’accumulation de matières fissiles permettant la fabrication d’une arme nucléaire — un engagement que même l’administration Obama n’était jamais parvenue à obtenir.

Pourtant, Donald Trump a choisi d’affirmer le contraire pour justifier des frappes militaires conjointes avec Israël, le samedi 28 février 2026, sous l'opération « Epic Fury ». Trump n’a pas seulement préféré la guerre à la paix — on repassera sur le prix Nobel de la paix qu’il revendique à cor et à cri — il a surtout détruit ce qui restait de la crédibilité diplomatique des États-Unis. En frappant un État en pleine négociation, sous médiation internationale, Washington envoie un message clair : la parole américaine n’engage plus personne.

Dès lors, pourquoi négocier, pourquoi faire des concessions, pourquoi signer des accords, si ceux-ci peuvent être balayés du jour au lendemain par une décision unilatérale et militaire ?

Ce basculement révèle une réalité centrale : ces frappes ne répondaient pas à une menace nucléaire immédiate et objectivement établie, mais à des calculs politiques internes, idéologiques et stratégiques. La rhétorique de la « menace imminente » iranienne est invoquée depuis plus de vingt ans. Toujours le même refrain : empêcher l’Iran d’accéder à l’arme atomique. Une rhétorique tellement répétée qu’elle est usée jusqu’à la corde.

Les faits, en revanche, sont têtus.

Israël possède, selon de nombreuses estimations indépendantes, plus d’une centaine d’ogives nucléaires non déclarées, n’a jamais signé le Traité de non-prolifération nucléaire, refuse toute inspection internationale et n’est soumis à aucun régime de contrôle. L’Iran, à l’inverse, est signataire du TNP ; ses installations sont inspectées en permanence par l’AIEA, et aucune preuve concluante d’un programme nucléaire militaire actif n’a été établie par cette agence. Pourtant, c’est l’Iran qu’on bombarde.

Ce renversement logique n’est pas une anomalie : c’est un scénario déjà vu. George W. Bush a utilisé exactement la même mécanique rhétorique pour justifier l’invasion de l’Irak, brandissant la fameuse fiole d’« armes de destruction massive » — qui n’existaient pas. Toujours au nom de la sécurité mondiale et de la « libération des peuples ». Le résultat est connu : un État détruit, des institutions pulvérisées, près d’un million de morts, et une région durablement déstabilisée.

Aujourd’hui, le schéma se répète. Et comme toujours, ce sont les civils qui paient le prix.

Une école primaire pour filles à Minab, dans le sud de l’Iran, a été frappée. Des dizaines de victimes civiles sont déjà recensées, majoritairement des enfants. D’autres frappes ont touché plusieurs zones urbaines, causant morts et blessés civils. Même en l’absence d’un décompte définitif, une certitude demeure : le droit international humanitaire a été violé.

À cette violence s’ajoute un aspect particulièrement inquiétant : l’usage de la religion comme justification politique et militaire. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu mobilise régulièrement un discours religieux pour légitimer ses « opérations » à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban, présentant ces conflits comme existenciels et sacrés. Pourtant, bombarder en plein mois du Ramadan, période sacrée pour des millions de civils musulmans, ne semble poser aucun problème moral ou politique.

Cet usage sélectif du sacré, instrumentalisé au service de la guerre, achève de délégitimer la rhétorique sécuritaire invoquée.

Rien de tout ce qui se passe ne se produit dans le vide. En un laps de temps très court, les précédents s’accumulent : bombardements sur Gaza, assassinats de civils en mer, enlèvements d'un chef d’État en exercice — Maduro —, blocus de Cuba, pressions extraterritoriales, et désormais bombardement d’un État souverain en pleine négociation diplomatique.

Cet enchaînement dessine une logique cohérente : celle d’un pouvoir qui considère le droit international comme optionnel, contraignant pour les autres, jamais pour lui-même.

Cette opération militaire « Epic Fury » constitue une violation manifeste du droit international. L’ONU n’a jamais autorisé ces attaques. La notion de « frappe préventive », invoquée par Washington et Tel-Aviv, ne repose sur aucun fondement juridique, d’autant plus qu’aucune attaque iranienne imminente n’était en cours. À cela s’ajoute un fait institutionnel majeur : Trump a agi sans l’aval du Congrès américain.

Autrement dit, cette guerre est à la fois illégale sur le plan international et contestable sur le plan constitutionnel américain. L’arbitraire devient la norme.

Derrière leurs discours, l’enjeu reste pourtant constant : le contrôle stratégique des ressources. L’Iran possède les quatrièmes réserves mondiales de pétrole et les deuxièmes de gaz. Un Iran souverain, non aligné, refusant l’ordre géopolitique imposé par Washington et Tel-Aviv, est perçu comme inacceptable. D’où sanctions, pressions, puis guerre.

Dans ce contexte, voir Melania Trump présider une séance du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée aux enfants et à l’éducation dans les conflits relèverait du cynisme absolu. Elle ne dispose d’aucun mandat électif ni international, d'aucune responsabilité institutionnelle en matière de diplomatie ou de sécurité. Ce n’est pas illégal, mais ce détournement symbolique réduirait l’ONU à une scène de communication politique intérieure.

Évoquer la protection des enfants quelques jours après le bombardement d’une école de fillettes en Iran viderait ce discours de toute crédibilité morale. En langage diplomatique, cela relèverait d’une obscénité politique.

D'autant que les États-Unis accumulent des milliards de dollars d’arriérés envers l’ONU. Mais ils présentent soudainement un versement ponctuel de 160 millions comme un « effort » : on ne paie pas, on impose, puis on instrumentalise l’ONU comme tribune politique — tout en violant la Charte qu’ils sont censés défendre.

Et maintenant ?

L’Iran riposte en ciblant des installations militaires américaines dans la région, afin de réduire l’avantage stratégique des États-Unis et d’Israël. Il n’a pas attaqué en premier. Au sens du droit international, il est l’État agressé, et sa riposte s’inscrit dans une logique de légitime défense — même si certaines actions, comme la destruction de bases américaines chez les pays voisins, restent discutables sur le plan opérationnel.

Ni Israël ni les États-Unis ne souhaitent une guerre totale, trop coûteuse politiquement et économiquement. Ils chercheront sans doute à forcer une pause diplomatique. Mais après la trahison de la négociation, peut-on encore imaginer une paix crédible ?

La mort annoncée du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ajoute une incertitude majeure : les autres acteurs régionaux — Hezbollah, Houthis, milices irakiennes et syriennes — pourraient refuser toute désescalade et élargir le conflit.

Ce qui se joue désormais dépasse largement l’Iran : c’est une guerre régionale aux conséquences mondiales. La fermeture du détroit d’Ormuz constitue un point de rupture stratégique majeur : énergie, commerce maritime, chaînes logistiques sont menacés.

Ce que viennent de provoquer les États-Unis et Israël, c’est un effondrement supplémentaire du droit international, dont les premières victimes sont les civils.

Ce basculement serait déjà lourd de conséquences s’il restait marginal. Il devient explosif lorsque des puissances européennes — France, Royaume-Uni, Allemagne — censées défendre l’ordre juridique international, se rangent derrière Washington. Non par cohérence juridique, mais par dépendance stratégique et par crainte de fragiliser l’OTAN.

Officiellement, elles se disent « consternées » par les frappes iraniennes à « l'aveugle et disproportionnées », et se déclarent prêtes à intervenir par des « actions défensives nécessaires et proportionnées », visant les capacités militaires iraniennes. Dans le même temps, elles exigent de l’Iran des concessions— et là est la contradiction flagrante : c’est l’État agressé qui se retrouve sous pression. Une faillite politique européenne, où le droit cède devant la « loyauté » atlantique.

Cette logique s’étend jusqu’au choix des régimes « acceptables ». Certains appellent au retour de la monarchie avec Reza Pahlavi, héritier d’un régime autoritaire renversé en 1979 par une révolution populaire. Imposer une monarchie héréditaire au nom de la démocratie serait une aberration démocratique et révélerait une vérité brutale : peu importe le régime, pourvu qu’il soit aligné.

Trump et Netanyahu ont décidé seuls. Sans mandat de l’ONU. Sans accord du Congrès. En pleine négociation diplomatique.

Non seulement des milliers de civils en paieront le prix. Mais le reste du monde aussi : flambée des prix de l’énergie, marchés paniqués, chaînes logistiques perturbées, instabilité majeure.

C’est précisément ce que le droit international cherchait à empêcher après 1945 : qu’un seul homme — ici deux — puisse, par décision personnelle, mettre le monde en danger.

 

Chroniques citoyennes



47 réactions


  • Com une outre 3 mars 09:22

    Très bon article qui remet les faits en perspective. Le monde est en train de changer profondément, cette phase iranienne en est un aspect très inquiétant. Trump semble prêt à nous « suicider » collectivement plutôt que de perdre son hégémonie. Le danger pour nous est que l’UE n’a aucune réaction géopolitique intelligente. C’est encéphalogramme plat. Etonnant ? 


    • Et hop ! Et hop ! 4 mars 10:23

      @Com une outre : «  Le monde est en train de changer profondément, cette phase iranienne en est un aspect très inquiétant. »

      Il n’y a rien de nouveau, un « changement de régime » est un euphémisme pour désigner un « coup d’État » fait par une puissance étrangère.

      Les anglo-américains sont coutumiers de faire des coups d’État dans les pays pétroliers, c’est le troisième en Iran (Réza Palhavi Ier renversé en 1940 par l’armée anglaise, Mossadeg renversé en 1953 par la CIA, Rhéza Palhavi II renversé en 1980 par la CIA qui avait installé l’Ayatollah Khomeini à Neauphle-leChâteau), et c’est au moins le vigtième depuis 1945, les derniers étant l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan, le Soudan, la Libye, le Vénézuéla.

      C’est toujours avec le même prétexte philanthropique de libérer le peuple contre la tyrannie, d’apporter la démocratie, et bla-bla-bla.


  • Jean-Paul Foscarvel Jean-Paul Foscarvel 3 mars 13:31

    Comme un prédécesseur allemand, Trump n’a que faire du droit. C’est un fasciste profond. Il se sert par ailleurs d’une violation du droit international pour cacher celle du droit national via l’affaire Epstein.

    Mais c’est tout l’Occident qui est emporté de furie belliciste.

    Nous sentons tous que quelque chose a changé et que cette furie furieuse, comme les USA le disent eux-mêmes, risque d’être contre-productrice.

    L’effondrement des USA, et de l’Occident en général, est commitent d’une hyper-agressivité qui n’aura de limite que la résistance qu’elle créera jusqu’à son extinction probable.


    • Et hop ! Et hop ! 4 mars 10:39

      @Jean-Paul Foscarvel

      Votre comparaison avec le prédessesseur allemand est complètement inepte, le couloir de Dantzig que l’Allemagne a repris par la force était un territoire allemand qui séparait l’Allemagne de la Prusse orientale et qui lui avait été pris en 1918 pour le donner à la Pologne. Or l’Iran n’est pas un territoire voisin des USA, ni d’Israël et ne leur a jamais appartenu.

      Cette tentative de changement de régime, c’est à dire en bon français de coup d’État fait par une puissance étrangère, a d’autres précédents que vous pourriez citer : trois en Iran (Rezla Palhavi Ier renversé en 1940 par l’armée anglaise, Mossadeg en 1952 par la CIA, Rezla Palhavi II en 1980 par la CIA) et plein dans d’autres pays : Yougoslavie, Irak, Afghanistan, Syrie, Libye, Vénézuéla,..

      Ce sont toujoures des pays pétroliers et les prétextes sont toujours philanthropiques : libérer le peuple d’un nouvel Hitler et apporter la démocratie avec des bombardements massifs des populations et des infrastructures civiles.


  • Doume65 3 mars 16:41

    « Trump et Netanyahu ont décidé seuls. Sans mandat de l’ONU. Sans accord du Congrès. En pleine négociation diplomatique.  »

    C’est malheureusement aussi vrai pour notre Président.


    • Eric F Eric F 4 mars 10:16

      @Doume65
      Macron a déclaré que l’attaque israélo-américaine était contraire au droit international, ce qu’« il ne pouvait pas approuver ». Formule diplomatique la plus minimale pour formuler un désaccord !


    • Et hop ! Et hop ! 4 mars 10:43

      @Eric F

      On va voir si la France vote des sanctions contre Israël et les USA au Consil de sécurité, je parie que non.


  • Doume65 3 mars 16:45

    Sur France Inter, tout à l’heure, ils faisaient le point sur le Détroit d’Ormuz et la présentatrice a bien souligné que le blocage de ce détroit par l’Iran était illégal. Bien évidemment, le fait qu’il réponde à une attaque encore plus illégale n’a pas été évoqué.


    • Tolzan Tolzan 8 mars 20:37

      @Doume65. 

      Tout d’abord, il faut vous féliciter pour continuer à écouter cette officine de propagande officielle financée par nos impôts. Vous avez du mérite.
      Ensuite, entre nous, comme vous le faites remarquer : pouvait-on attendre une autre réaction de leur part ? Ils sont tellement prévisibles !


  • Gaston Lanhard 3 mars 17:30

    C’est fou ce que la fausse gauche mais vrai parti à vocation totalitaire peut faire appel aux droits internationaux. Pas un mot sur la barbarie de ces mollahs, plus un mensonge sur l’école qui a été détruite par un tir iranien (un missille défaillant ? Pas si sûr, tellement la recherche de victimes et martyrs fait partie de cette idéologie théocratique ( rappelez-vous les tirs de mortier contre le marché musulman de Sarayevo)). L’appel au droit international cache en fait une solidarité avec la théocratie iranienne, simple application de la pensée islamo-gauchiste. Il est urgent de débarrasser la « gauche » de ces idéologies mortifères !


    • Et hop ! Et hop ! 4 mars 10:48

      @Gaston Lanhard

      L’Iran n’est pas tellement plus une théocratie qu’Israël, et la barbarie des mollah est beaucoup plus douce que celle des rabbins en Palestine.

      Ceci dit, je pense que cette guerre pour provoquer un changement de régime va réussir ... en Israël et aux USA.


    • Gaston Lanhard 4 mars 15:26

      @Et hop !
      Super l’islamo-gauchisme porté au zénith ! A peine 80 000 opposants massacrés en janvier 2026 une broutille, et combien croupissent dans les geoles islamistes ?. bravo, dans l’ignominie vous êtes au summum, difficile de vous dépasser. Par hasard, vous ne seriez pas un tout petit peu, mais vraiment petit petit peu antisémite ?


    • Doume65 7 mars 15:36

      @Gaston Lanhard
      « plus un mensonge sur l’école qui a été détruite par un tir iranien »
      L’ONU demande une enquête à ce sujet. Les États-Unis en font une. Ce matin, le New York Times penchait pour un tir étasunien.

      Alos, qui est-ce qui ment ?


  • pierre 3 mars 18:03

    ne pas utiliser d’image virtuelle svp smiley


  • microf 3 mars 22:24

    Le monde n´a jamais été régi par le Droit, mais toujours par la force.

    Au Conseil de Sécurité de l´Onu il ya 5 Membres Permanents qui ont le Droit de veto, et parmi ces 5 Membres Permanents avec Droit de veto, il ya 4 occidentaux á savoir, les Usa, la France, la Russie, l´Angleterre, le seul pays non occidental, c´est la Chine.

    Dans un monde juste est-ce que cela devrait être que parmi les 5 Membres Permanents du Conseil de Sécurité il y a 4 pays occidentaux ?.

    Ne devraient-on pas donner á chaque continent une voix afin qu´il y ait équilibre ?

    L´Occident ne connait que la Force, c´est dans son ADN, et il l´use et en abuse comme cela lui convient.

    Dans son Discours sur le colonialisme Aimé Césaire décante et dissèque ce qu´est cette société occidentale, á savoir, une société BARBARE, BRUTALE et RACISTE, et tous les jours, le monde en fait l´expérience.

    Aimé Césaire fait le constat comment l´Occidental se définie ou se caractérise,     l´Occidental est une race de maitres et de soldats, la race chinoise, une race     d´ouvriers, les nègres une race de travailleurs de la terre.

    L´Occidental demande ou voudrait que chacun puisse faire ce á quoi il a été fait. Cette race de maitres et de soldats est la race NOBLE et réduire cette NOBLE race á travailler comme le nègre ou le chinois, cette race NOBLE occidentale se révolte, et tout revolté est un soldat qui a manqué sa vocation.

    Avec un tel constat ou catégorisation, tout est dit, alors, on ne s´étonne plus de voir ce qui se passe aujourd´hui, soit en Iran, á Gaza, au Vénézuela oú hier en Irak lorsque Madeleine Albright á une question qui lui avait été posée de savoir si les 500 000 mille ENFANTS irakiens morts en vallait la peine, elle répond sans sourciller que OUI, ils en vallaient la peine.

    Il a été dit que qui tuera par l´épée périra par l´épée, espérons que cela ne sera pas le cas pour l´Occident donc l´histoire est parsemée de violence, violence qui á la fin, pourrait l´emporter.


    • Eric F Eric F 4 mars 10:28

      @microf
      La Russie un pays occidental ? c’est un pays eurasiatique opposé au bloc géopolitique occidental ;

      Pour le reste, il est exact que ce n’est pas d’aujourd’hui que la force prime sur le droit international, que ce fut la Chine au Tibet, les USA récuremment en Amérique du Sud, l’OTAN en Serbie, Irak, Libye, la Russie en Ukraine (condamné par AG de l’ONU), Israël vis à vis de la Palestine, sans compter les conflits locaux un peu partout. 


    • Et hop ! Et hop ! 8 mars 09:55

      @Eric F

      « Occident », « pays occidentaux » paraît dérivé de pays de l’Ouest, bloc de l’Ouest, par opposition au bloc communiste, ce n’est pas une expression géographique ou culturelle mais politique qui sert à désigner le « camp du bien, de la démocratie, de la liberté », c’est-à-dire les USA et leurs pays alliés comme le Royaume-Uni et ses dominions comme l’Australie, Israël, leurs pays occupés comme l’Allemagne, l’Italie et le Japon, leurs pays vassaux comme la France, la Belgique.

      La Russie est un pays européen, c’est le plus grand.


    • Eric F Eric F 8 mars 14:07

      @Et hop !
      En partie européen oui, mais globalement eurasiatique, et assurément pas « occidental » ni géographiquement ni géopolitiquement (or Microf avait écrit " parmi ces 5 Membres Permanents avec Droit de veto, il y a 4 occidentaux á savoir, les Usa, la France, la Russie, l´Angleterre...")


  • Marrex Marrex 4 mars 09:00

    Un conflit prolongé avec l’Iran menace l’Europe d’un effondrement économique - BBG

    L’économie européenne se trouve confrontée à un risque critique en raison de l’opération militaire américaine massive contre l’Iran, et sa résilience dépend directement de la durée des combats. Selon une analyse d’experts de Bloomberg, l’Union européenne ne pourra éviter une crise systémique profonde que si l’administration Trump tient ses promesses et met fin à la phase principale du conflit dans le délai imparti de quatre semaines. Cependant, tout signe de prolongation du conflit anéantira inévitablement la fragile reprise économique récemment observée en Europe. Les analystes préviennent qu’une guerre prolongée déclenchera une nouvelle flambée inflationniste brutale et incontrôlable, un problème auquel les institutions financières européennes sont confrontées depuis des années.

    La principale menace pesant sur la stabilité de l’UE provient du secteur énergétique, extrêmement sensible à toute perturbation dans le Golfe persique. Si les pics de prix de l’énergie à court terme restent gérables, le maintien prolongé de prix anormalement élevés pour le pétrole et le gaz pèsera lourdement sur les budgets européens.


    • Eric F Eric F 4 mars 10:31

      @Marrex
      En coupant les liens énergétique avec la Russie, l’Europe s’est mise davantage en dépendance par rapport à des régions instables.


    • Tolzan Tolzan 8 mars 21:11

      @Eric F
      Entre nous, voici, me semble-t-il, les questions de fond :
      Qui dirige aujourd’hui les États et surtout la Commission européenne ? Comment expliquer les choix géopolitiques erronés (pour ne pas écrire suicidaires sur le long terme) alors qu’au contraire, le rapprochement amorcé avec la Russie nous ouvrait une autoroute vers la croissance économique pour tous ? 


  • yvesduc 4 mars 09:19

    Merci pour votre article.

    Pour rappel, l’Iran a signé il y a quinze ans un accord sur le nucléaire. Ils ont démantelé leurs installations, renvoyé leurs spécialistes et détruit leurs documents. Mais l’Occident n’a jamais fourni le combustible civil promis. Il leur a fallu des années pour tout reconstruire. Les Iraniens savent depuis longtemps que la parole de l’Occident est fourbe.


    • Eric F Eric F 4 mars 10:49

      @yvesduc
      « Ils ont démantelé leurs installations, renvoyé leurs spécialistes et détruit leurs documents »
      Ne poussons pas trop loin la naïveté sur ce point, par ailleurs l’enrichissement à 60% a été repris suite à l’annulation stupide par Trump en 2018 de l’accord sur le nucléaire.
      La stratégie était de rester « au seuil » de pouvoir disposer de la bombe, à titre de « pré-dissuasion ». Donc le prétexte d’attaque « préventive » israélo-américaine n’est pas recevable.


    • yvesduc 5 mars 10:49

      @Eric F Entre l’Empire américano-sioniste, fourbe et brutal, qui a installé la dictature du Shah et déclenché la guerre Iran-Irak, et la Chine, puissance pacifique et qui tient parole, je comprends que les Iraniens aient tranché (pour cette dernière).


  • Julian Dalrimple-sikes Julian Dalrimple-sikes 4 mars 10:22

    Sans un monde ou chacun choisit la compétition qui élimine pour que moi je puise espérer avoir plus que les autres, absolument tout ce qui arrive sur cette planète depuis des millénaires était prévisible, l’est encore, est logique, normal et inévitable..

    compétition qui élimine en lieu et place de la coopération équitable, qui ne peut être imposée, coopération qui additionne...

    cette dimension de la coopération équitable spontanée est aussi celle de la compassion qui n’est pas de pleurer avec les autres, pour les autres etc mais de la passion de la vie avec tout ce qui s’y trouve..

    et bien plus..

    nous n’en voulons pas. Refus absolu de la masse.

    Alea jacta est comme disait Jules.

    PS : il y a bien une coopération chez les humains, elle est au niveau de ceux qui ont gagné la compétition entre tous ( 100% rares exceptions) , au niveau de ces moins ou plus de 1% , hélas cette coopération est utilisée pour niquer les masses, auto proclamées bonnes.

    d’où ce 1% >99%....ce qui est impossible sauf si c’est totalement faux et qu’il n’y ait pas de 99%, mais seulement x milliards d’unités non coopératives et toutes en combat, ce qui est le cas...

    Sans voir cela, en profondeur, en soi etc le pire demeurera notre meilleur ami...

    Alors pleurons sur notre sort de pauvres victimes qui à 99% nous prenons une raclée par 1% 

    et mon cul sur la commode..


    • Julian Dalrimple-sikes Julian Dalrimple-sikes 4 mars 10:31

      @Julian Dalrimple-sikes

      lire : dans un monde où, au début 


    • Mustik 5 mars 09:57

      @Julian Dalrimple-sikes

      Il n’y aura pas eu de problème si Dieu avait créé l’Homme hermaphrodite...
      on n’a jamais vu des limaces se battre pour les femelles et encore moins d’Epstein-limace.
      Apparemment, le Dieu des Chrétiens aime bien se divertir des malheurs de ses créatures à croire qu’il s’est installé sur l’Olympe après le départ de la clique de Zeus... 
       smiley smiley 
       smiley


  • Eric F Eric F 4 mars 11:03

    Ce n’est pas la première fois que le droit international est violé. Mais on ne sait pas si Trump avant d’emblée utilisé les négociations pour bourrer le mou, ou s’il souhaitait un accord mais s’est fait forcer la main par Netanyahou frustré d’avoir du interrompre la « guerre des 12 jours » l’été dernier. 


  • Étirév 4 mars 16:32

    « D’Iran à Ormuz : la fin du droit, le règne de la force »
    Rien de nouveau sous la grisaille de cette Fin d’un Monde.

    VIème siècle avant notre ère : ce siècle renferme d’importants événements.
    « La force déchaînée écrasa partout l’esprit et institua le règne des tyrans… une démocratie brutale monte et force toutes les intellectualités à se démettre. Ce sont les masses incultes qui veulent dominer. Toutes les lignes de démarcation disparaissent. On ne distingue plus, parmi les peuples, que des hommes libres et des esclaves selon qu’ils sont vainqueurs ou vaincus. Il semble que l’espèce humaine, emportée par un mouvement général de folie orgueilleuse, venait de perdre tout ce qui avait existé en elle de raison. Tous voulaient commander, aucun ne voulait obéir ; chaque fraction voulait le pouvoir, l’anarchie était partout. » (A. Fabre d’Olivet).
    Dans tous les pays à la fois, un ferment de révolte s’était produit et avait amené un changement profond dans le régime social et dans la Religion.
    C’est que, le joug de la Femme brisé, il n’en restait pas d’autre. L’homme avait bien pu se soumettre à celle qu’il aimait, ou à celle qui avait été sa Mère, mais pourquoi se serait-il soumis à un autre homme ?
    La première autorité qu’il voulut prendre est celle que représente l’Etat. La Religion appartenait encore à la Femme. Par sa révolte, il créa la séparation des pouvoirs, il inaugura la séparation du Trône et de l’Autel. La révolution masculine amena une corruption générale qui, bientôt, fit des progrès effrayants dans toutes les classes de la Société. Du haut des trônes de l’Asie qu’elle avait d’abord envahis, elle se glissait dans les sanctuaires. La réaction des Femmes ne pouvait plus contenir le mouvement désorganisateur ; elles cherchaient néanmoins à en ralentir le progrès.
    Partout la caste sacerdotale s’emparait du pouvoir, le Prêtre se dressait en face de la Prêtresse et prétendait diriger le culte à sa place, il érigeait des temples à des dieux nouveaux et, dans ces temples, enseignait un dogme sacrilège, ou bouffon, qui n’était souvent qu’une altération grossière de la science primitive, qu’il ne comprenait plus ; il y mêlait toutes les fantaisies de son imagination, créant ainsi le surnaturel par un besoin d’exagération qui nait dans les cerveaux mal équilibrés.
    L’histoire va nous montrer les phases diverses que traversa « l’erreur » à travers les cultes nouveaux. Nous allons pouvoir les suivre de siècle en siècle, car, à partir de cette époque, l’histoire est ouverte et un grand nombre d’auteurs sont venus y insérer les fastes du régime androcratique sous ses deux formes : religieuse et sociale.
    Le VIème siècle est une date fatale dans l’humanité. C’est le point de départ de la plus grande révolution qui se soit produite dans le monde, le premier pas vers l’abîme.
    Cette date inaugure l’ère de mensonge et de crimes, qui durera longtemps et qui laissera dans les cerveaux humains une tare ineffaçable. Le sombre esprit du mal va régner sur la Terre.
    L’homme qui supprima la direction morale de la Femme, se vit libre de suivre toutes les impulsions de son instinct, que la raison féminine avait jusque-là entravées.
    Désormais il donna libre cours à ses passions brutales, despotiques, sanguinaires ; ce fut le règne de la Force.
    On vit partout se produire des actes de cruauté, de bestialité, justifiés par les cultes nouveaux, des tueries de tous genres, soit qu’on les appelle des « sacrifices », soit qu’on les appelle des « guerres ».
    En même temps commençait la terreur des faibles. Ce fut le début de l’âge de fer.
    Il y eut un déchaînement général des passions dans le monde entier.
    L’esprit de l’homme errait dans les ténèbres qu’il s’était créées lui-même ; il cherchait à étouffer ses doutes, ses terreurs ou ses remords dans la jouissance à outrance et, au lieu d’un remède, il y trouvait une cause d’aggravation de son mal.
    Enfin l’instinct triompha... et l’homme alors se servit de sa puissance pour s’affranchir de tous devoirs et pour affermir sa volonté, à laquelle il prétendit soumettre les autres.
    Les mœurs qui résultèrent de cet état de choses furent caractérisées par une débauche à outrance et une guerre désordonnée, dans laquelle on cherchait, autant que des victoires, des satisfactions de l’instinct batailleur de l’homme. C’est que, lorsque sa force musculaire augmente, il a besoin de l’exercer, et c’est ce besoin qui le pousse au pugilat, à la lutte, à tous les exercices violents. C’est alors qu’il fit de la force une supériorité ; singulière logique, car avoir une chose en plus que les autres n’est pas un avantage si cette chose n’est pas une qualité qui élève. Si la force se développe aux dépens de l’intelligence, c’est une qualité négative, c’est-à-dire menant à un mal, non à un bien.
    Se glorifier d’avoir plus de force qu’un autre est aussi logique que si l’on se glorifiait d’avoir plus de laideur que les autres. Il y a des superlatifs qui infériorisent.
    Néanmoins la Force fut glorifiée ; les plus forts furent les plus honorés et les plus faibles furent méprisés. Chez les Grecs, l’homme bon, « Agathos », c’est l’homme fort à la guerre ; « Arïstoï », les meilleurs, ce sont les plus forts, les plus aptes à combattre. Chez les Romains, le mot « Virtus » signifie la force par excellence.
    Les hommes s’étaient libérés du lien qui les attachait à la Femme, mais ce ne fut que pour tomber sous un autre joug : celui de la domination des hommes sur les hommes, c’est-à-dire l’exercice de la tyrannie de quelques-uns au préjudice de tous les autres.
    Ceux qui avaient le plus d’audace, le plus de résolution, le plus de cynisme, instituèrent la puissance du Mal, en prenant la direction des nations. Et les foules s’inclinèrent devant « la Force », et la « Force » se fit « autorité », et cette autorité devint la main de fer qui étrangla l’humanité.
    Cet état de choses amena chez les vaincus un profond découragement qui succéda à la période des reproches violents, des cris de douleur et des lamentations qui s’étaient produits dans le siècle antérieur.
    Cependant, un immense désir de voir cesser l’horrible désordre allait désormais régner sur la Terre !
    Lien


    • Gollum Gollum 4 mars 16:38

      @Étirév

      ............


    • Eric F Eric F 4 mars 17:11

      @Étirév
      "L’homme qui supprima la direction morale de la Femme, se vit libre de suivre toutes les impulsions de son instinct, que la raison féminine avait jusque-là entravées"
      Heureusement un peu plus de 2 millénaires plus tard, Ursula -dite la bienveillante- est parvenue au pouvoir, et a rétabli la raison pour le bien général.


  • Mustik 5 mars 09:52

    ---------------------------- R A P P E L 

    La VERITE EST LA PREMIERE VICTIME DE LA GUERRE 

    On ne saura jamais le cours des événements si :
    Israël avait respecté les Accords d’OSLO,
     si les fascistes israéliens n’avaient pas assassiné leur PM, le courageux RABINE,
     si les colons « Cowboys » avaient été expulsés de la CISJORDANIE

    N.B : Lorsque Dominique BROMBERGER a succédé à Yvan Levaï à l’heure de « Géopolitique » sur la matinale de France-Inter, il s’est exclamé sur un ton excédé :
    « Mais que risque Israël a reconnaitre un Etat palestinien même si l’Iran ne reconnait pas Israël ?? Israël possède la plus puissante armée du Moyen et Proche Orient, soutenue par la plus puissante armée du monde ! Mais que risque Israël ( bis et ter ) »
    Le pauvre Bromberger n’a pas fait long feu à la matinale, j’ignore ce qu’est devenue sa carrière mais, je lui fait ma révérence. Chapeau Monsieur !
    A l’époque France-inter faisait partie du Lobby auquel faisait allusion Jean-Marie...
     smiley


  • ricoxy ricoxy 5 mars 12:31

     

    A mon humble avis, il faut autant craindre les États-Unis, qui tirent sur tout ce qui bouge, que l’Iran.

     


  • yvesduc 6 mars 21:34

    Ce n’est pas tant la fin du droit international (que les États-Unis (et Israël) piétinent depuis longtemps), que celle de la parole de Trump : pour sa seconde guerre d’Iran, Trump a agi comme pour la première, c’est-à-dire qu’il a lancé des négociations en trompe-l’oeil pour mieux préparer son attaque. Que vaut désormais la parole de celui, lorsqu’il prétend vouloir négocier, cache un poignard dans son dos ? Trump se posait en négociateur : il se révèle adepte de la force brute. Il négocie finalement beaucoup moins bien que ses prédécesseurs !


  • jakem jakem 7 mars 11:44

    Le point de vue ( que je partage ) de Caroline Fourest ( dans Franc Tireur, article offert ) : L’embrasement est là

    << Les cris de joie des Iraniens seront bien vite oubliés. Que la pire dictature de la planète tombe ou résiste à cette intervention, les professionnels du « principe de précaution » diplomatique vous expliqueront, le nez tordu et la bouche enfarinée, qu’il fallait surtout ne rien faire, ne pas agir, contre le régime des mollahs. Ce serait une « violation cynique » de « la morale et du droit international ». Dixit Poutine. Ne riez pas.

    Les mêmes ne s’émeuvent guère quand le régime des mollahs le viole ouvertement, ce droit. Ils ne vous diront jamais qu’une tyrannie ne peut l’invoquer pour continuer, éternellement, à le martyriser : en menaçant de rayer ses voisins de la carte, en se dotant illégalement de l’arme nucléaire pour pouvoir le faire, en équipant des groupes armés terroristes qui saignent tout le Moyen-Orient et menacent aussi nos démocraties, en menant des opérations clandestines visant à déstabiliser l’Europe via des réseaux terroristes ou des réseaux de drogue, et bien sûr en massacrant son peuple.

    Toujours en avance sur le cynisme, LFI et l’extrême gauche nous expliquent qu’intervenir pour contrer un tyran relève du crime impérialiste. Un classique qui a toujours fait le jeu des salauds. La République islamique, elle, parle de « crime islamique » et fera tout pour se venger. Et bien sûr, c’est angoissant. Des militaires et même des civils seront touchés par cette vengeance aveugle. Elle fait déjà pleuvoir des drones et des roquettes sur les pays arabes et nos bases militaires.

    ......


    • jakem jakem 7 mars 11:45

      @jakem
      ( suite et fin ) ... Vu du Quai d’Orsay, c’est « un risque d’embrasement ». Vu de Dubaï ou d’Abu Dhabi, c’est très nouveau et affolant. Mais vu de Kiev (où je suis), ce n’est qu’un jour parmi d’autres. Les drones iraniens Shahed s’abattent déjà toutes les nuits sur la ville pour terroriser la population et servir les buts de guerre de M. Poutine. On descendait déjà à l’abri. Autant le faire le sourire aux lèvres, en sachant que les responsables sont enfin punis. Même sentiment en Israël, où la population a déjà l’habitude des alertes à cause du régime iranien, de ses drones, de ses missiles, ou de roquettes lancées par ses proxys, quand elle ne subit pas des assauts monstrueux comme le 7-Octobre. Une simple répétition de ce que pourrait faire le régime des mollahs s’il se dote pour de bon de l’arme nucléaire. Lui qui jure depuis trente ans de rayer de la carte le « petit Satan » (Israël) et promet la mort du « grand Satan » (les États-Unis). Eh bien, pour une fois, le petit et le grand « Satan » lui ont répondu.

      Pas dans n’importe quel contexte : le peuple iranien se soulève pour la énième fois pour s’en débarrasser, après les massacres de plus de 30 000 civils en deux jours par ce régime. Il est devenu clair pour les Iraniens et les Iraniennes qu’ils n’arriveront jamais à le renverser seuls ou à mains nues. Il ne s’agit pas d’une guerre impérialiste ni d’une invasion. Il s’agit d’éliminer suffisamment de tueurs au pouvoir pour permettre aux démocrates de reprendre leur pays en main, afin qu’une dictature cesse de menacer la paix de la région et du monde. Et cela change tout. Car c’est précisément ce qui sépare une guerre injuste d’une intervention risquée, mais qui vise juste. >>


    • Chroniques citoyennes 8 mars 13:47

      @jakem

      Pour résumer votre position, vous considérez que ceux qui refusent cette attaque militaire invoquent le droit international de manière hypocrite afin de protéger une dictature et de la laisser agir impunément.

      Mais le raisonnement que vous reprenez repose sur une confusion fondamentale : le régime iranien violerait le droit international et commettrait des crimes graves ; par conséquent, intervenir militairement contre lui serait non seulement légitime, mais moralement nécessaire.

      C’est là que se situe la rupture logique. Une violation du droit international ne devient pas légitime simplement parce qu’elle viserait un régime jugé immoral. Le caractère condamnable d’un régime ne crée pas en lui-même un droit automatique de lui faire la guerre. La question n’est pas de savoir si le régime iranien est critiquable — mais si cette condamnation ouvre juridiquement un droit d’intervention armée. Or le droit international ne reconnaît pas aujourd’hui un tel droit d’intervention militaire unilatérale.

      L’argument avancé selon lequel un régime qui viole le droit international ne devrait plus pouvoir s’en prévaloir se retourne immédiatement contre lui-même. Car il justifie simultanément une action qui viole ce même droit.

      Si un État perd le droit d’invoquer le droit international parce qu’il le viole, alors ce principe doit s’appliquer à tous les États, sans exception. Si l’Iran ne peut invoquer le droit international parce qu’il le viole, alors les États-Unis et Israël, qui l’attaquent en dehors de tout cadre légal, violent eux aussi ce même droit. Selon la logique même de cet argument, ils ne peuvent donc pas davantage s’en réclamer.

      Une règle doit être universelle pour exister. Si chacun décide quand elle s’applique et quand elle ne s’applique pas, elle disparaît. Un droit qui ne s’applique qu’aux adversaires cesse alors d’être un droit. Il perd sa fonction universelle et ne devient qu’un simple instrument politique au service du plus fort. Attaquer militairement un État au nom du droit tout en le violant soi-même constitue donc une contradiction manifeste.

      C’est précisément pour éviter ce type d’arbitraire que le système international a été construit après 1945. La Charte des Nations unies pose une règle simple : le recours à la force est interdit, sauf dans trois cas précis — la légitime défense immédiate, une autorisation du Conseil de sécurité, ou le consentement de l’État concerné. En dehors de ces situations, toute frappe est juridiquement illégale. Une guerre illégale reste illégale, même contre un tyran.

      Qualifier des dirigeants de criminels relève d’un jugement moral, mais ne crée aucun droit de les bombarder. Le droit international ne reconnaît pas à un État tiers le droit de recourir unilatéralement à la force pour éliminer un gouvernement qu’il juge illégitime. Introduire une telle exception reviendrait à permettre à chaque puissance de décider seule quels gouvernements méritent d’être renversés et quels dirigeants méritent d’être tués.

      La même logique vaut pour l’argument de la menace nucléaire future. La Charte des Nations unies ne reconnaît pas de droit général à la guerre préventive. Autoriser un tel principe reviendrait à permettre à n’importe quel État d’attaquer un voisin au motif qu’il pourrait devenir dangereux un jour. Une telle logique installerait une suspicion permanente, où chaque puissance pourrait frapper la première au nom de sa sécurité. C’est sur un raisonnement similaire que l’invasion de l’Irak en 2003 avait été justifiée, au nom d’armes de destruction massive qui se sont révélées inexistantes.

      La rupture du droit international ne commence donc pas avec la nature du régime iranien. Elle commence au moment où des États décident de frapper militairement un autre État souverain sans mandat international et en dehors d’une situation de légitime défense immédiate. Il s’agit d’un usage illégal de la force. Ce constat n’est pas une opinion : c’est une qualification juridique.

      Votre raisonnement opère en réalité un glissement. Il ne s’agit pas, pour vous, de savoir si l’usage de la force est légal, mais de déterminer qui mérite moralement d’être frappé. Le critère juridique — objectif et universel — est remplacé par un jugement moral sur la nature d’un régime.

      Une attaque illégale en droit devient alors présentée comme une légitimité morale : illégale en droit, mais acceptable parce que jugée moralement juste. C’est précisément ce que le droit international cherche à empêcher : qu’un jugement moral ou politique sur un gouvernement se transforme en droit unilatéral de faire la guerre.

      Sans cette limite, chaque État pourrait en attaquer un autre en invoquant sa propre appréciation morale. Chaque puissance deviendrait alors à la fois juge, procureur et bourreau.

      Or entre l’inaction et la guerre unilatérale, il existe toute une palette d’instruments : isolement international, mécanismes juridiques, sanctions économiques, soutien aux sociétés civiles et aux oppositions politiques, tribunaux ad hoc...

      L’argument selon lequel refuser l’intervention reviendrait à « faire le jeu des tyrans » constitue donc un faux dilemme. Condamner une dictature ou dénoncer des violations des droits humains ne crée pas un droit de guerre.

      L’histoire montre d’ailleurs les limites des guerres présentées comme des libérations. En Irak, en Libye ou ailleurs, des interventions militaires justifiées au nom de la protection des populations, de la libération et de la démocratie ont produit des centaines de milliers de morts, la désintégration des structures étatiques, l’émergence de milices armées, de trafics régionaux et des crises humanitaires durables.

      Affirmer qu’il ne s’agirait pas d’une « guerre impérialiste » ne change rien à cette réalité. Le droit international ne distingue pas les guerres vertueuses des guerres impérialistes. Il distingue seulement les usages légaux et illégaux de la force. Une frappe militaire sans mandat international reste un acte de guerre unilatéral, quel que soit l’habillage politique utilisé pour la justifier.

      Dire que l’invocation du droit international serait hypocrite revient donc à inverser le problème. Le droit international existe précisément pour empêcher que des puissances décident seules quels États attaquer. Il repose sur des règles communes destinées à limiter l’arbitraire et l’hégémonie. Sans ces règles, on revient à une morale sélective où chacun décide arbitrairement qui mérite de vivre ou de mourir.

      Quant à l’argument selon lequel l’Iran mènerait déjà une guerre indirecte, il ne suffit pas non plus à établir juridiquement le droit de lancer une attaque armée directe contre un État souverain. Sinon, de nombreuses puissances seraient déjà en guerre ouverte les unes contre les autres. Les États occidentaux eux-mêmes fournissent des armes et un soutien militaire à l’Ukraine face à la Russie ; cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont juridiquement en guerre directe avec Moscou.

      Enfin, affirmer que ces frappes aideraient le peuple iranien repose sur une hypothèse particulièrement fragile. Aucun observateur extérieur ne peut sérieusement prétendre parler au nom d’un peuple de près de 90 millions d’habitants. L’histoire montre que les changements de régime imposés par la force extérieure débouchent rarement sur les démocraties promises. Et surtout : si le peuple iranien veut la chute du régime, peut-on sérieusement penser qu’il souhaite l’obtenir sous les bombes, au prix de la destruction de son pays et de victimes civiles massives ?

      Ce raisonnement revient à affirmer qu’une guerre illégale peut être juste si la cible est une dictature. Mais accepter ce principe reviendrait à remplacer le droit international par une morale géopolitique variable selon les rapports de puissance. La force agirait d’abord en dehors du droit, avant d’être justifiée moralement après coup.

      Or lorsque la morale devient le seul critère d’intervention, ce sont toujours les États les plus puissants qui décident où et quand elle s’applique — et le reste du monde en paie le prix.

      Si l’on accepte qu’un État en attaque un autre au nom de sa propre morale, ce n’est pas seulement une guerre que l’on justifie. C’est la disparition du droit. Et lorsqu’il disparaît, il ne reste plus qu’une chose : la force


    • Eric F Eric F 8 mars 14:26

      @Chroniques citoyennes

      « Le caractère condamnable d’un régime ne crée pas en lui-même un droit automatique de lui faire la guerre »

      En effet, tout est là. On a sorti d’un chapeau il y a quelques décennies non seulement le « droit », mais le « devoir » d’ingérence dite humanitaire, sans aucune mission de l’ONU. 
      .

      "La Charte des Nations unies ne reconnaît pas de droit général à la guerre préventive. Autoriser un tel principe reviendrait à permettre à n’importe quel État d’attaquer un voisin au motif qu’il pourrait devenir dangereux un jour".

      A l’extrême, le droit à une attaque préventive peut être invoqué en cas d’une attaque certaine et imminente par l’adversaire, et avec l’aval de l’ONU. Affirmer comme l’a fait Trump que l’Iran allait attaquer de manière imminente les USA est ubuesque. La déclaration de Rubio est quand à elle jésuite : les USA ont frappé pour prévenir les ripostes iraniennes à une attaque israélienne (« Nous savions qu’Israël allait lancer une action. Nous savions que cela déclencherait une attaque contre les forces américaines »)   smiley


    • Francis Francis 8 mars 14:39

      @Eric F
       
      ’’En effet, tout est là. On a sorti d’un chapeau il y a quelques décennies non seulement le « droit », mais le « devoir » d’ingérence dite humanitaire, sans aucune mission de l’ONU.’’
      >
      Oui, et du coup, le droit d’assistance est devenu un crime. Les lanceurs d’alerte en savent quelque chose.


    • Eric F Eric F 8 mars 17:32

      @Francis
      Il y a en effet collision entre la loi Sapin II qui protège les lanceurs d’alertes notamment sur la menace pour l’intérêt national, et les disposition ultérieures contre les « fake news » et « ingérences étrangères » . 

      On a là le paradoxe du devoir d’ingérence par la force quand c’est pour la « bonne cause » (la nôtre), et la prévention des ingérences en terme de communication (celle d’en face). 


    • Chroniques citoyennes 9 mars 09:49

      @Eric F

      Vous avez totalement raison de rappeler que la notion d’«  ingérence humanitaire  » a profondément brouillé les repères juridiques. Cette idée de «  devoir d’ingérence  » n’a jamais créé un droit général permettant à un État d’intervenir militairement où il le souhaite sans mandat international.

      Quant à l’argument avancé par Rubio, il est très révélateur  : il justifie une frappe non pas par une attaque en cours de la part de l’Iran, mais par une chaîne d’hypothèses sur une riposte iranienne à une attaque initiale israélienne qu’il admet lui-même.

      C’est exactement ce type de raisonnement spéculatif que le droit international cherche à éviter  : ouvrir la porte à des guerres préventives fondées sur des scénarios incertains plutôt que sur une menace immédiate et avérée


    • Chroniques citoyennes 9 mars 09:51

      @Francis

      Il est effectivement crucial de distinguer ces deux notions, souvent confondues dans le débat public.

      L’«  ingérence humanitaire  » concerne l’usage de la force militaire par un État contre un autre État sans mandat international. Le droit d’assistance humanitaire, lui, concerne l’aide apportée aux populations civiles et est reconnu par le droit international humanitaire  : il n’est évidemment pas un crime.

      Cette confusion est parfois volontairement exploitée pour discréditer certaines formes d’aide ou certaines voix critiques, comme celles des lanceurs d’alerte.


    • Francis Francis 9 mars 10:38

      @Chroniques citoyennes
       
      vous aurez remarqué que j’ai utilisé espièglement l’expression ’’droit d’assistance’’, un concept qui n’a pas de réalité au lieu de ’’devoir d’assistance’’ qui lui est bien réel.
       
      En fait, comme nous le savons tous, il y a devoir d’assistance et droit d’ingérence, le second étant de mon point de vue, une sorte de droit de cuissage des masses.
       
      Quant au devoir d’assistance, je pense aux 6 millions d’euros que la France vient de voter pour venir en aide aux 500 000 personnes déplacées au Liban suite aux frappes ( bel euphémisme ) israéliennes. Ça fait 12 € par personne. Super aide humanitaire.


    • Chroniques citoyennes 9 mars 13:35

      @Francis

      Les pirouettes autour du ‘droit d’assistance humanitaire’ et de ’l‘ingérence humanitaire’ n’étaient pas passées inaperçues :) J’en ai repris les termes pour souligner l’asymétrie  : devoir versus droit.

      Si certains États se reconnaissent un droit d’intervenir, pourquoi l’aide aux populations — pourtant vitale — resterait-elle cantonnée à un simple devoir ?

      Les conséquences humanitaires sont pourtant souvent liées aux interventions de ces acteurs extérieurs qui s’arrogent un ‘droit d’ingérence’ sous couvert humanitaire. Dans ce cas, l’assistance ne devrait pas relever seulement d’une obligation morale vague, mais constituer un véritable ’droit à l’assistance humanitaire’ pour compenser les ravages.

      Votre exemple sur le Liban l’illustre assez bien : lorsque l’aide dépend uniquement de la bonne volonté des États, elle reste symbolique au regard des besoins. Ceux qui déclenchent et/ou alimentent les conflits se déchargent largement de la responsabilité humanitaire réelle, alors même que le droit d’ingérence qu’ils revendiquent devrait engager leur responsabilité face aux conséquences humaines.


  • Jean Keim Jean Keim 9 mars 07:34

    << La succession des événements géopolitiques n’est pas seulement préoccupante : elle est grave, dangereuse et profondément déstabilisante pour l’ordre international. >>

    Euh ! C’est pourtant ce même ordre international qui a amené le monde là où il en est...


    • Chroniques citoyennes 9 mars 09:56

      @Jean Keim

      Le droit international, malgré ses limites, a contribué à instaurer une certaine stabilité dans les relations internationales, après 1945.

      Cela ne signifie pas que cet ordre soit parfait  : il est souvent violé, et la situation actuelle le montre. Les problèmes ne viennent pas de l’ordre lui-même, mais de la passivité et du non-respect des règles par certains acteurs, et des pressions économiques et financières qui compliquent davantage encore le respect de ces règles.

      Mais sans règles communes ni mécanismes collectifs, chaque puissance déciderait seule quand et contre qui utiliser la force. On retomberait alors dans la loi du plus fort, un monde où la force primerait sur la légalité — autrement dit, une jungle sans garde-fous


    • Jean Keim Jean Keim 9 mars 11:52

      @Chroniques citoyennes

      Ce n’est pas faux.


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