jeudi 5 février - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

De Jacques Brel à Kevin Spacey : l’éternel retour de la meute ou l’agonie de la présomption d’innocence

Il est des films qui, avec le recul des décennies, cessent d’être de simples fictions pour devenir des traités de sociologie prophétiques. En 1967, André Cayatte, ce cinéaste du droit, ancien avocat hanté par l'ombre de l'erreur judiciaire, confiait à Jacques Brel son premier grand rôle au cinéma dans Les Risques du métier. Brel y incarnait Jean Doucet, un instituteur rural dont la vie basculait dans l’abîme suite aux accusations mensongères d'agression sexuelle d’une adolescente. En revisionnant cette œuvre remarquable, l’historien que je suis ne peut qu’être frappé par la résonance tragique qu'elle trouve dans l'effondrement programmé de l'acteur Kevin Spacey. On y retrouve la même mécanique, la même odeur de lynchage, la même impuissance de l'homme seul face au groupe.

 

L’anatomie d’une mise à mort : du village normand au village global

Le mécanisme décrit par Cayatte est d’une précision clinique. Dans le film, l'ambiance est lourde, celle d'une France provinciale où les rideaux des fenêtres se referment au passage de l'accusé. Brel, avec cette intensité nerveuse, presque fiévreuse, campe un Doucet pétrifié par l'absurdité du mal. Je me souviens de cette scène poignante où, face au juge, il ne parvient qu'à dire, la voix tremblante : "Mais enfin, vous me connaissez...". C’est le cri de l’honnête homme qui croit encore, avec une naïveté touchante, que sa probité passée suffira de bouclier contre la calomnie.

 

Peut être une image de texte

 

Dans le Hollywood de 2017, le village est devenu planétaire et le clocher a été remplacé par le bourdonnement incessant des réseaux sociaux. Dès les premières allégations d'agression sexuelle de l'acteur Anthony Rapp, la "machine à effacer" s'est mise en branle avec une violence inouïe. Netflix a congédié Spacey de sa propre création, House of Cards, amputant son œuvre majeure sans attendre l'ombre d'une preuve. Plus frappant encore, Ridley Scott, cédant à une véritable panique morale, a entrepris une réécriture de l'Histoire digne des pires heures du totalitarisme : gommer physiquement Spacey du film Tout l'argent du monde. On y voit la résurgence d'une pratique que je dénonce souvent dans mes analyses du système poutinien : la damnatio memoriae, où l'on retouche la pellicule pour que le paria disparaisse de la photographie officielle. On n'efface pas seulement un homme, on efface sa trace.

 

Kevin Spacey Ordered To Pay Producer of Netflix's 'House of Cards' $31  Million | Next TV

 

Le sanctuaire de Londres : quand le fait défie la rumeur

Il faut s’immerger dans l’ambiance de la Southwark Crown Court de Londres, en ce mois de juillet 2023, pour comprendre la solitude d’un homme face à l’opinion. Spacey y entrait chaque matin, le visage émacié, fendant une foule de journalistes plus avides de chute que de vérité. À l'intérieur, le silence du tribunal contrastait avec le fracas haineux du dehors.

 

undefined

 

L'un des moments les plus saisissants fut l'apparition, par visioconférence, de Sir Elton John et David Furnish, son époux. La scène tenait du thriller judiciaire : le procureur tentait de coincer Spacey sur une date, un gala à Windsor au début des années 2000. Avec une précision toute britannique, Elton John a consulté ses archives personnelles : "Il n'est venu qu'une fois, en 2001. Il est arrivé en jet privé, il est reparti en jet privé. Il n'a jamais dormi chez nous". Ce témoignage factuel, sec, arithmétique, a agi comme un fixateur chimique sur le mensonge, révélant soudain les zones d'ombre de l'accusation.

 

File:Elton John and David Furnish at the 2024 Toronto International Film Festival.jpg

 

Lorsque le verdict est tombé — "Not Guilty" (non coupable) répété neuf fois comme une litanie libératrice — Kevin Spacey s'est effondré en larmes. Ce n'étaient pas des larmes de joie, mais des larmes d'épuisement. C'était le regard de Jacques Brel à la fin du film de Cayatte : celui d'un homme qui sait que même s'il sort libre, le monde extérieur ne lui pardonnera jamais d'avoir été la cible. En 2022, un tribunal civil de New York avait déjà reconnu Spacey non coupable d'attouchements sexuels sur Anthony Rapp, qui lui réclamait plus de 40 millions d'euros de dommages et intérêt.

 

Schauspieler Kevin Spacey vor dem Southwark Crown Court in London zu,  nachdem er im Zusammenhang mit den Vorwürfen sexueller Vergehen für nicht  schuldig befunden wurde. | Heute.at

 

La meute et le paria : un combat que je connais trop bien

En tant qu’historien et auteur sur AgoraVox, je perçois une filiation évidente entre ces lynchages culturels et les attaques que je subis quotidiennement sous ma véritable identité. Ma lutte contre l’antisémitisme, l'homophobie, mon soutien indéfectible au droit d'exister d'Israël ou ma dénonciation, amorcée il y a vingt ans, du poison poutinien, me valent les foudres d'une meute de détracteurs virulents, souvent anonymes.

Leurs méthodes ? Les mêmes que celles des villageois de 1967 ou des "activistes" de Twitter : l’étiquetage. Me traiter de "russophobe" parce que je dissèque la corruption du Kremlin, c'est utiliser le même ressort que ceux qui hurlaient au "prédateur" avant même d'avoir lu un procès-verbal. Dans les deux cas, on cherche à tuer l'homme pour ne pas avoir à débattre avec l'esprit. L’instrumentalisation de l’homosexualité de Spacey fut, à cet égard, le sommet de l’hypocrisie. On lui a reproché d'avoir révélé son identité au moment des accusations, comme si sa vérité personnelle était une circonstance aggravante. Pour l'historien qui combat l'homophobie d'État en Russie ou dans les pays musulmans, voir cette même identité retournée contre un individu dans nos démocraties libérales est un signe inquiétant de régression intellectuelle.

 

La "trace" ou la victoire posthume du soupçon

Le film de Cayatte se terminait sur un départ : Jean Doucet quittait le village, sa valise à la main, sous les quolibets silencieux. La vérité avait éclaté mais elle était trop légère face au poids du scandale.

C'est là que mon analyse se fait la plus amère. Kevin Spacey est aujourd'hui un homme libre, blanchi par la justice, mais il est un homme mort au sens professionnel. Les algorithmes de Google n'ont que faire de l'éthique ; ils hiérarchisent le sensationnel. Tapez son nom, et les premières pages seront toujours celles des accusations de 2017, pas celles de son innocence reconnue en 2023. Cette pérennité numérique du soupçon est la nouvelle Bastille des innocents.

 

Le devoir de raison contre la peste émotionnelle

Si nous acceptons que l’émotion dicte la sentence, nous retournons à l’arbitraire des foules médiévales. Mon travail sur AgoraVox est une tentative de maintenir la digue de la raison. Kevin Spacey n'est pas qu'un acteur dont le talent nous manque — de l'implacable Frank Underwood au mystérieux Keyser Söze — , il est le miroir de notre propre lâcheté collective. Une société qui dévore ses génies sur l'autel de sa propre vertu finit toujours par s'étouffer dans son hypocrisie. Rendons à l'homme sa dignité, à l'artiste sa scène et à l'Histoire sa froide et nécessaire vérité.

 

 

"L’étroit concubinage de la justice et des médias a entraîné la désuétude du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence, le tribunal devenant bien souvent le pilori."

Jean-Pierre Chevènement



19 réactions


  • Fergus Fergus 5 février 12:03

    Bonjour, Giuseppe

    Globalement d’accord avec le contenu de l’article. Rien n’est pire que la rumeur, particulièrement dans les affaires de moeurs !

    Sur la citation finale de Chevènement, il convient de préciser qu’en matière de « désuétude du secret de l’instruction », ce sont bel et bien les avocats qui ont, les premiers, porté atteinte à ce principe afin de servir les intérêts de leurs clients en servant au public une version partiale des éléments du dossier, clairement en vue d’exercer une pression sur les juges.

    Les magistrats leur ont, ensuite, emboîté le pas en faisant fuiter d’autres éléments de nature à tenter, de leur point de vue, d’équilibrer la perception de l’opinion publique.

    En réalité, dans ce domaine, rien n’est jamais manichéen !


    • Aristide Aristide 5 février 12:35

      @Fergus

      Impayable Fergus.

      Quelques dates :
        de 2020 à 2024 : Depardieu de multiples plaintes pour agressions sexuelles ou viols 
        2 janvier 2024 : Fergus : « Affaire Depardieu : un président insultant, un acteur libidineux »
        13 mai 2025 : une premier jugement, condamnation puis appel.

      C’est quoi la présomption d’innocence ?


    • Fergus Fergus 5 février 13:02

      @ Aristide

      « C’est quoi la présomption d’innocence ? »
      C’est cela, extrait de mon article que vous avez mis en lien : « il appartiendra à la Justice, et à elle seule, de statuer le moment venu » sur les affaires de viol visant l’acteur !!!


  • Christophe 5 février 12:07

    Pauvre Caliméro !!!

    La conclusion en devient risible quoi que tout à fait en ligne avec le négationnisme historique dont vous êtes porteur.

    Vos combats idéologiques vous permettent de transformer la réalité historique, parce que vous partez de faits, pour les tordre afin qu’ils correspondent à vos combats. Je ne conteste pas le fait que vous ayez des combats mais que vous falsifiez l’histoire pour qu’ils s’adaptent à vos convictions. Ce n’est nullement un travail ni de journaliste ni d’historien mais un travail de propagandiste ; c’est la base même de la propagande dont vous fournissez in fine dans cet article l’aveu de vos actes délétères, tout en revendiquant un statut d’historien qui n’y correspond nullement.


    • Christophe 5 février 12:14

      @Christophe
      Par contre je rejoins tout à fait votre approche sur le principe du lynchage médiatique avant même que l’accusé puisse avoir la moindre chance de se défendre.
      Il y a cependant certains bémols qu’il faut y mettre.
      Vous faites référence à la présomption d’innocence mais si elle existe en France, c’est l’inverse qui s’applique aux USA, la présomption de culpabilité.
      Cela n’enlève rien au fait qu’il suffit aujourd’hui de lancer une rumeur pour que les destruction s’enchainent contre la personne accusée, il serait peut-être intéressant de l’approcher selon le concept du Bouc Emissaire proposé par René Girard.


  • juluch juluch 5 février 12:10

    Les accusations pour faire du sensationnel. 

    Du buzz qui se dégonfle parce que tout est faux.

    L’accusé à tort lui devra trimballer ça toute sa vie.

    On pourrai citer une affaire bien dégueulasse du procès Outreau et son cortèges d’accusations sans preuves.

    Le comité débiles de « balance ton porc » et ses procès qui la plupart font pfffuittt !


    • Fergus Fergus 5 février 13:18

      Bonjour, juluch

      Intéressante  et dramatique pour les personnes mises en cause —, l« affaire d’Outreau ».

      De quoi parle-t-on ? D’un soupçon de parties fines pédophiles organisées au sein de la Tour du renard.
      Eu égard à la fragilité des témoignages accusatoires, jamais cette affaire n’aurait dû se développer.
      Si tel a été le cas, c’est venu de l’insigne médiocrité des avocats et de l’indigne complaisance des médias locaux pour cette odeur de scandale parfaitement nauséabonde.
      Ce sont ces médias qui ont chauffé à blanc une opinion publique devenue de plus en plus vengeresse et indirectement mis une pression terrible sur les juges avant le procès de 1ère instance.

      Dans de telles conditions de passion irrationnelle, l’affaire aurait dû être délocalisée pour permettre que les débats soient tenus dans une ambiance moins hystérique ! C’est ce qui a été fait pour le procès en appel, avec les résultats que l’on connaît.

      L’affaire d’Outreau est un cas d’école pour illustrer ce qu’il peut y avoir de pire dans le traitement des affaires criminelles.


    • Eric F Eric F 5 février 15:19

      Dans l’affaire d’Outeau, les erreurs de l’instruction ont entrainé un non lieu général, enterrant une vrai affaire non éclaircie.


    • Fergus Fergus 5 février 15:56

      Bonjour, Eric F

      « les erreurs de l’instruction » très largement induites par la terrible pression subie par le juge en charge de ce dossier sensible et manifestement pas suffisamment expérimenté pour une affaire de cette ampleur.

      « une vraie affaire non éclaircie »
      J’en ai discuté naguère avec des magistrats dont une femme aujourd’hui vice-procureur. Elle partageait cette opinion.


    • juluch juluch 5 février 16:17

      @Fergus

      Les erreurs de l’instructions et les mensonges des uns et des autres....accusations, rétractations....


  • pasglop 5 février 12:20

    @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

    Cette pérennité numérique du soupçon est la nouvelle Bastille des innocents.

    Il en a toujours été ainsi, numérique ou pas.

    Sauf que la tendance naturelle de l’être humain à s’affranchir de ses turpitudes en se délectant de celle des autres trouve aujourd’hui une chambre d’écho et de réplication jusqu’à lors inconnue.

    Il n’est que de considérer la notion de liberté d’expression d’un Musk quelconque pour s’apercevoir quelle est intimement liée à la démence ploutocratique et au délire de toute puissance. 


  • ahtupic ahtupic 5 février 12:29
    la présomption d’innocence

    Ca dépend pour qui !

    La meilleure preuve : Les pédocriminels sont toujours en liberté et profitent même de l’argent public et il n’y a pas que Lang.

    Les procureurs nommés par le PR sont placés pour instruire ou cacher les affaires.

    SElon que vous serez puissant ou misérable .........


  • Thot Thot 5 février 13:14

    Etrange de mettre au même niveau la performance d’un acteur (Jacques Brel) avec un type comme Kevin Spacey, qui connaissait très bien Epstein et Maxwell et dont les témoignages à son encontre se sont multipliés.

    Notons que l’affaire Weinstein en 2017 a permis un temps de libérer la parole sur les pratiques dans ce milieu ; un milieu assez particulier vous en conviendrez.

    Concernant vos articles, il arrive parfois qu’on pointe du doigt vos manquements. Vous réagissez parfois en faisant votre mea culpa (Vénézuela/Trump) mais il vous arrive également de vous branquer.


  • Eric F Eric F 5 février 15:35

    Le problème dans ce genre d’affaires est le conflit entre le mot d’ordre « il faut écouter la parole des victimes » et la « présomption d’innocence ». On parle de coupable présumé, mais pas de victime présumée, la plainte constitue alors une présomption de culpabilité de l’accusé. La matérialité des faits est souvent difficile à établir, c’est alors parole contre parole, avec des associations en soutien voire partie civile, et l’actionnement du relai médiatique. 

    Concernant les fuites judiciaires, la presse fait parfois des compte rendus d’audition ou des inventaires de perquisitions : infiltration, subornation d’acteurs de l’enquête, fuite délibérée ? Il faudrait des sanctions.


  • In Bruges In Bruges 5 février 18:01

    @l’auteur,

    Je ne suis pas sûr de tirer les mêmes conclusions que vous sur ce battage médiatique à géographie variable, auquel on assiste depuis une quinzaine d’années dans « les affaires de mœurs », comme on disait avant..

    Je n’ignore pas vos préférences privées et intimes, c’est pour ça que je vous fais part de mes doutes.

    Etes vous sûr d’une discrimination spécifique pour les auteurs présumés qui seraient homosexuels ? Pour ma part, je suis sur du contraire. C’est la chasse à l’homme blanc hétérosexuel qui a la cote (sans doute par effet de balancier avec des décennies d’omerta sur le sujet, c’est vrai. Aussi en raison de « la jurisprudence Duhamel » en vigueur au sein de l’intelligentzia).

    Si Kevin Spacey avait exercé ses « pressions » sur des jeunes filles, croyez vous qu’il s’en serait sorti ?

    si Depardieu avait mis ses mains baladeuses ou adressé ses grivoiseries à des mignons et pas à des femmes, croyez-vous qu’il en serait là où il en est ?

    avez vous vu des hommes « invités » comme victimes par Epstein ?

      Si ça avait été le cas, croyez vous que ce serait allé aussi loin, aussi longtemps ?

    Je vous laisse réfléchir.

    Sauf faits criminels, bien sur ( violences, meurtres, etc), si la victime n’est pas une femme, c’est moins intéressant.

    La rumeur a bon dos.


    • In Bruges In Bruges 5 février 18:04

      Dernier exemple : si Morandini s’en été pris à des femmes, croyez vous qu’il continuerai à prérorer sur l’écran ?


  • LeMerou 5 février 18:15

    @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

    « Si nous acceptons que l’émotion dicte la sentence, nous retournons à l’arbitraire des foules médiévales »

    Mais nous y sommes revenus, « réseaux sociaux » et chaines d’infos en continus en sont les acteurs principaux.

    L’émoi surprenant des premiers donne des surréactions inconcevables, écrivant avant de réfléchir, à minima de se renseigner, d’analyser la chose avec circonspection comme toute personne « équilibrée » le ferait. 

    Quant au second ce n’est pas mieux non plus, parfois initiateurs ou animés par la « ferveur » des premiers, sources de renseignements, puis par l’argent et la notoriété, participent à l’ambiance délétère grâce à l’hypocrise de l’information à tout pris. Cette quête de vérité sur fond d’argent.

    Notons que quant erreur est constatée, les excuses n’ont absolument pas la même ampleur que les accusations formulées directement ou indirectement. L’excuse, le regret, la gène n’est plus. Non ! ont passe à une autre sujet, un autre émoi, une autre information sensationnelle et si elle ne l’est pas, il est aisé de la rendre spectaculaire...

    Triste époque que ces « réseaux sociaux » et ces médias d’informations en continus, les jeux du cirque Romains, ou la place médiévale ou l’on tranche ou pend au choix.


    • Eric F Eric F 5 février 19:26

      @LeMerou
      la rumeur et l’opinion ont joué dans les affaires judiciaires bien avant l’arrivée des réseaux sociaux, auparavant la presse écrite contribuait à la propager, voyez les affaires Dreyfus ou Stavisky. Et l’équivalent des réseaux sociaux était à une échelle plus réduite, le « café du commerce ».


    • Fergus Fergus 6 février 08:37

      Bonjour, Eric F

      En effet. Il y a même eu des chanteurs de rue qui propageaient, ici la cause de l’accusation, là celle de la défense, dans les milieux populaires.


Réagir



https://middlepassage.dei.uc.pt/https://privacycolab.dei.uc.pt/https://cmd.dei.uc.pt/https://henrique.dei.uc.pt/
https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/
https://simseam.ft.uns.ac.id/https://sipil.ft.uns.ac.id/slot gacorhttps://aku.ac.id/https://jpl.staiku.ac.id/https://jist.publikasiindonesia.id/slot gacorhttps://akperstg.ac.id/https://fisip.uisu.ac.id/https://web.pn-sidrap.go.id/
https://hormon-osteoporosezentrum.de/judi bolahttps://saopaulodeolivenca.am.gov.br/slot gacor