Dégénérer
Le mot d'ordre est lancé !
On a tous en tête que quelque chose qui dégénère c'est quelque chose qui part en couille ! Jusqu'ici, personne n'avait planifié la dégénérescence.
Un rappel : « Perdre les qualités de sa race, s'abâtardir, s'abaisser à, altérer, ruiner.
° Le mot est passé en français avec le sens étymologique, recevant ensuite la valeur figurée d' « avoir moins de valeur, de mérite que ceux dont on est issu ».
N'oublions pas qu'un dégénéré est quelqu'un de débile ni que la dégénérescence présage l'extinction d'une espèce. À première vue il semble impossible qu'une espèce se mette en quatre pour accélérer sa disparition ; le contraire est prouvé, en tout cas plus plausible.
C'est méconnaître l'homme.
Pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.
Non, on ne pardonne pas.
Il advint le jour où la science, la connaissance, le savoir furent mis entre les mains de tous. Sans aucune précaution.
Cela a commencé doucement, à l'insu de tous ; en faisant des recherches nous retrouverions la date, mais, peu importe. On dit aussi que la nature a horreur du vide, c'est alors bien la seule chose que l'homme a gardé d'elle ! En réalité cela n'a rien à voir.
J'ai observé cela depuis le début des années quatre-vingt. Cela a commencé par l'école ; des petits esprits fort malins mais peu profonds, après quelques études et lectures superficielles se mirent en joie d'apporter leur manne au bon peuple dont ils étaient issus mais qu'ils méprisaient du plus profond de leur intelligence supérieure. La vie, la société devenait un immense chantier, un champ d'expérimentation et l'ardeur était grande, la passion dévorante qui fermèrent les yeux et la conscience de chimistes en herbe.
Au début, et puisqu'il fallait aller jusqu'au bout du contraire pour prouver que l'on s'émancipait, on décréta que l'enfant avait tout, au fond de lui, et qu'il suffisait de le laisser faire pour qu'il devienne un être abouti si ce n'est exceptionnel. Tout s'ensuivit, l'éducation parentale qui en fit « l'enfant roi » et l'éducation nationale qui en fit des cancres. C'était au plus malin qui convainquait les autres d'expérimenter telle ou telle pédagogie et puisque il fallait du passé faire table rase et montrer qu'on était les plus forts, effacer d'un revers de manche des siècles d'évolution lente où tout, certes, pouvait être à redire, mais re-dire, pas défaire ! Ces enfants, devenus adultes, imbus d'eux-mêmes, poussés par le vent de la contestation, enivrés de leurs audaces, mirent à bas tout un système d'instruction qui avait fait ses preuves – en tous cas sur les résultats- proposèrent, imposèrent, expérimentèrent tous azimuts, les méthodes les plus bizarres, les plus personnelles, les plus incongrues et tous, excités devant ce champ ouvert de concrétisation de leurs élucubrations, rendirent en deux temps trois mouvements les trois quart des gamins, incultes, illettrés, mais contents d'eux.
Jusque là, l'idée sous-jacente était de laisser libre cours à la créativité, sinon au génie, innée de chaque gamin.
Mais bon, on a vite fait le tour des trucs et accessoires pour aider à l'avènement de l'émancipation.
Après quelques années d'excitation suivies de quelques années de train-train, vinrent les années de désillusions et de constat, inévitable, de l'échec. À ce stade, et là où nous en sommes aujourd'hui, la formidable ingéniosité des pédagogues et autres décideurs, tourne à vide, a détruit des siècles de progrès lents, mais se trouvent à sec pour réparer leurs conneries.
Donc, on parle d'autre chose ; de rythmes scolaires, d'abord aménagés pour le tourisme, puis plus vite détectés comme nuisibles avant d'être réintroduits, sans oublier tout de même la patte du modernisme germain ou anglo-saxon, très bien au demeurant, mais dont on n'a pas la moindre idée de savoir par quel bout l'empoigner.
La grande liberté proposée par les grands cœurs, généreux et inventifs, s'étant ratatinée, on passe, et ce, de manière très rapide, au formatage, vieille méthode qu'on peut assaisonner à son goût, qui a fait ses preuves dans les couvents, à l'armée, et, mine de rien, on efface les belles envolées qui n'avaient comme défaut que d'être portées par des arrivistes sans talent et on réintroduit l'endoctrinement, l'embrigadement, à la place de tout ce qu'on s'était fait fort de foutre en l'air d'un coup d'un seul sans réfléchir.
On ne peut pas dire qu'une société n'éduquent pas ses jeunes pour les rendre conformes à ses valeurs ; on ne peut pas dire qu'elle leur enseigne la vérité toute la vérité rien que la vérité ; certes. Mais au moins, les petits bouts de savoir qu'on dispensait, faisaient socle commun, et libre après à chacun de bâtir sa destinée. Seulement, après deux ou trois décennies à ne rien enseigner du tout, sûr que les jeunes adultes ont eu du mal, et ont encore du mal, à construire quoique ce soit.
Alors, puisque le problème est insoluble, on met le dossier sous la pile, et on regarde s'il n'y a plus plaisant à proposer.
Un dossier rose et bleu apparut. Dans les hautes sphères des pédagogues patentés, chez les politiques alléchés par, enfin, faire quelque chose, c'est celui-ci qui fut ouvert.
Quand on s'aperçut, qu'en plus de traiter de pédagogie, celui-ci traitait de « problèmes sociétaux », l'allégresse fut immense et l'impatience pas moins. Poussé par quelque néo-féministes ignorantes du féminisme, de ses luttes et de ses buts, par quelques bi-sexuées émancipées, par quelques hommes up to date, le projet fut propulsé avec enthousiasme, d'autant plus qu'il effaçait d'un coup d'un seul, tous les autres.
Je suis bien convaincue qu'il n'y a, de la part de ces imbéciles, aucune conscience ni volonté délibérée de dégénérer, parce qu'il n'y a eu aucune réflexion, aucun recul, juste la frénésie de se mettre en avant, de se mousser, de s'activer.
L'ignorance crasse des fondements constitutifs d'une société, alliée à la précipitation, produit une réaction chimique qu'ils ne perçoivent même pas.
Il faut dire que ces gens-là sont, pour la plupart, issus de cette éducation évoquée ci-dessus ; les bons éléments, les bons élèves de cette expérimentation, qui n'en ont retenu que le sentiment de leur supériorité. Sûrs de leur coup, conscients de leur importance, certains d'être les contributeurs irremplaçables du bonheur de demain, ils avancent, fiers et hautains, dans la grande fabrication de l'Histoire !
De quoi s'agit-il ?
D'une idée, qui vaut ce qu'elle vaut et qui contient sa part de vérité- vérité en tous points contraires à ce qui était en vogue trois décennies plus tôt, et qui, celle-là, bien que les ayant construits, n'en est pas moins jetée aux orties, ou plutôt dédaignée, négligée, oubliée- d'une idée donc qui tend à considérer que nous ne sommes faits que d'acquis et que si ces acquis vont dans le bon sens, la société de demain sera égalitaire, à défaut d'être libre.
Il est vrai que trois mots comme devise, c'est beaucoup ; on ne peut pas tout faire à la fois, pour que ce soit visible, on ne peut que s'attaquer qu'à un seul ! Ils ont choisi l'égalité.
Il y a pourtant, si l'on en croit les informations, beaucoup de groupes de réflexion, de think tank, de colloques, d'études, de rapports, de gens qui pensent tous azimuts, mais dans le cas qui nous occupe, la vérité est si criante, si évidente, si urgente, qu'il n'est plus besoin d'y réfléchir.
Donc, puisque nous ne sommes fait que d'acquis, il faut que ces acquis soient pile poil comme il convient qu'ils soient. Et il convient que les sexes soient égaux, tellement égaux que s'ils s'effaçaient, ça ne serait pas plus mal.
Nous allons donc tout mettre en œuvre pour cet avenir radieux et peu importe si la bouillie ingurgitée par des quasi bébés est indigeste, incompréhensible, défiant le sens commun, n'est pas assimilée ; c'est si pressant que nous n'avons pas le temps de réfléchir, imaginer les effets pervers, pourtant grossiers.
Le plus choquant, le plus insidieux, le plus néfaste est bien c'est main-mise sur le fondement d'une culture qui n'a vocation qu'à évoluer à son rythme et ne pas subir des pressions, des obligations, des contraintes en contradiction totale avec lui.
C'est aussi un manque absolu d'observation, une ignorance de la société où les femmes peu à peu s'immiscent dans les zones jusqu'ici les plus masculines ; le rejet désinvolte de cette vérité fondamentale qui fait que les changements ne s'ancrent profondément que s'ils sont issus de la société, issus du peuple et qu'ils se font, de ce fait, lentement.
Les lois, les règles, les réglementations, leur multiplication, leur diversité sont un filet jeté sur nos vies, il est vital pour nous de les cisailler, de leur désobéir.
Changer par décret les règles du jeu « au gendarme et aux voleurs », il faut être fou pour l'avoir imaginé ! Et fou pour obéir !
S'il advient que tous ces relais que sont les profs, les instits, les aides-maternelles, obéissent à ces injonctions, oublieux de leur ressenti, de leur instinct, de leur culture, si ce projet, non content de s'imposer par la force arbitraire, se répand et s'implante dans la moindre école de village, par la soumission des administrés, alors, ce n'est pas une ou deux générations qui seront sacrifiées, c'est notre culture tout entière qui disparaîtra ; car si l'artifice gagne, si la nature s'efface, si le peuple est muet, transformé en une pâte à modeler avec laquelle jouent les bons élèves et dont se jouent les puissants, il ne restera plus rien de nous.
Ce n'est pas du catastrophisme : il suffit d'observer déjà les effets perpétrés par les mêmes méthodes ; la dégénérescence est déjà là. Parce qu'il n'y a personne pour payer les pots cassés.
Et on ne parlera pas du corps, de la santé, hein, ça va pour aujourd'hui !



) c’est-à-dire l’envie de vivre !