Dieu est-il immortel ?
J’enfonce peut-être une porte ouverte. La question sur le concept d’immortalité doit cependant être posée, même si toutes les personnes qui croient en un dieu la trouvent stupide.
La réponse suivante m’a été apportée pour une personne de mon entourage (sic) : « Ta question est ridicule ! Par construction, Dieu est immortel ! Comment pourrait-il en être autrement pour notre Créateur, celui qui a créé le Ciel, la Terre… et les hommes ? »
Cette affirmation, sans preuve, est l’objet consubstantiel de la foi enracinée dans chaque croyant(e). C’est-à-dire dans des dizaines de millions de personnes sur la planète, toutes religions confondues.
« Cuiusvis est errare : nullius nisi insipientis, in errore perseverare » (1)
Si dieu est immortel, alors tous les anciens dieux tels : Amon, Râ, Osiris, Isis, Horus, Zeus, Apollon, Héraclès, Jupiter, Saturne, Neptune, Mars, Vénus, Odin et quelques centaines d’autres, existent encore ! Or, que je sache, ils ont tous disparu de la circulation. Aucun d’eux n’est prié aujourd’hui. Comme s’ils n’avaient même jamais existé. Tous tombés dans l’oubli le plus profond !
« Dieu est mort ! » disait Nietzsche. Alors : « Vive dieu ! », pour paraphraser ce que l’on dit encore dans certaines royautés : « le roi est mort, vive le roi ! ».
À l’évidence, les anciens dieux ont eu un cycle de vie limité à quelques milliers d’années, 3 500 tout au plus. Durée plus en plus moins proche d’une grande civilisation. C’est beaucoup, mais c’est loin de ce qu’impose l’immortalité !
La mort et l’oubli de tous les anciens dieux prouvent effectivement qu’aucun dieu n’est immortel ! Vérité quasi scientifique, surtout si l’on admet que chaque dieu est un concept très simpliste.
Je rappelle, s’il le fallait encore, que les dieux de l’Antiquité n’ont actuellement plus aucun fidèle. Ils ne sont plus célébrés ni idolâtrés. Sauf peut-être par quelques éberlués, ici ou là. Éberlués aujourd’hui, mais à l’époque de la gloire de leur dieu, contredire leur foi c’était blasphémer et risquer la peine de mort.
Grâce à Platon, nous savons que Socrate a appris, à ses dépens, ce qu’il en coûtait de douter de l’existence du Zeus. Dieu suprême de la Grèce antique.
Pourtant, Socrate jurait et parlait au nom de Zeus, comme le relatent quelques phrases qui ont été rapportées par Platon lors du procès inique de l’illustre philosophe : « au nom de Zeus… » ; « par Zeus… », etc. (2) reprit Socrate à plusieurs reprises dans sa défense.
Aujourd’hui, beaucoup de personnes font, en Occident ou au Moyen-Orient, sans même s’en rendre compte, les mêmes invocations religieuses que celles dites dans l’Antiquité. Seul le nom des dieux change : « au nom de Jésus ! » ; « au nom de notre Seigneur Jésus-Christ ! » ; « au nom d’Allah le miséricordieux ! » ; « au nom de Dieu » ; « si Dieu le veut : » ; etc. Pour ces personnes, leur dieu est bien sûr immortel, comme l’était, je pense, le dieu Zeus pour tous les contemporains de l’Antiquité, tels : Aristote, Archimède, Euclide, Thalès, Pythagore, Périclès… Alexandre le Grand et tous les autres. Convenons que ces personnages n’étaient pas plus idiots et pas moins intelligents (pour sûr) que nos propres contemporains. Que vous et moi !
Pourtant, qui se souvient aujourd’hui de qui était le grand dieu Zeus ? Peu de personnes, à part les plus cultivées. Les programmes scolaires n’en parlent même pas ! Sauf peut-être sous forme anecdotique.
C’est bien la preuve que les dieux passent, et que l’Humanité continue son chemin !
En fait, les vrais immortels, ce sont eux : Aristote, Archimède, Euclide, Périclès, Platon, Pythagore, Socrate, Thalès et bien d’autres encore. Ils font toujours partie des programmes de l’Éducation nationale de tous les pays. Dans les siècles à venir, ils seront encore étudiés et leur extraordinaire génie célébré. Leurs apports, toujours bénéfiques à l’humanité, sont considérables dans beaucoup de domaines fondamentaux. Ils ne mourront jamais.
Les dieux religieux ne peuvent en dire autant. Surtout les nouveaux dieux qui ont succédé à ceux de l’Antiquité. Si leurs prédécesseurs n’ont laissé à l’humanité que de magnifiques sculptures, statues et temples de marbre, sans aucune trace de sang… que laisseront les dieux actuels dans l’Histoire ?
Bien que n’ayant aucune sculpture, aucune statue à leur effigie (sauf celles, par exemple, pour idolâtrer Jésus clouer sur une croix), les prochains siècles auront pourtant du mal à oublier nos nouveaux dieux. En effet, les créateurs des dieux de notre époque, après avoir inventé leurs nouvelles divinités soi-disant immortelles pour remplacer celles de l’Antiquité, ont réussi à faire croire, au fil des siècles, à des millions d’individus, qu’eux aussi pouvaient devenir immortels en accédant au paradis… pour autant qu’ils aient une foi aveugle et inébranlable en leur(s) divinité(s).
Pour se faire, ces millions d’individus ont dû avaler de nombreuses couleurs depuis un bon millénaire. Leurs prêcheurs (pasteur, curé, imam, etc.) n’ont cessé de lui dire que le sang versé dans les nombreux versets de leur Livre saint (notamment la Bible et le Coran), l’avait été pour la bonne cause. Que le sang à nouveau versé pour une croisade, un djihad ou un massacre, au risque d’y perdre la vie, le serait... pour la bonne cause. Et que, « Si dieu le veut » (comme ils disent tous en cœur aujourd’hui), le paradis et donc l’immortalité, leur sera ouvert pour l’éternité. Mais, après leur mort bien sûr !
Mourir pour un dieu est donc, selon moi, la pire conséquence de l’invention du concept d’immortalité, après l’invention des dieux. Nos illustres ancêtres de l’Antiquité n’y avaient pas pensé. C’est sûrement la raison pour laquelle Zeus et tous ses confrères ont eu une durée de vie limitée.
(1) Cicéron :« L’erreur est une chose commune ; seul l’ignorant persévère dans l’erreur ».
(2) dans Apologie de SOCRATE :
« Seulement, par Zeus, Athéniens, ce ne sont pas des discours parés de locutions et de termes choisis et savamment ordonnés que vous allez entendre… »
« Mais, au nom de Zeus, Mélètos, dis-moi encore lequel vaut mieux de vivre avec des citoyens honnêtes ou avec des méchants. »
« Non, par Zeus, juges, il ne les reconnaît pas, puisqu’il prétend que le soleil est une pierre et la lune une terre. –Enfin, par Zeus, est-ce bien ta pensée que je ne crois à aucun dieu ? – Oui, par Zeus, tu ne crois absolument à aucun. »
« N’attendez donc pas de moi, athéniens, que je recoure devant vous à des pratiques que je ne juge ni honnêtes, ni justes, ni pieuses, surtout, par Zeus, lorsque je suis accusé »
« Je vous prédis donc, à vous, juges, qui me faites mourir, que vous aurez à subir, aussitôt après ma mort, un châtiment beaucoup plus pénible, par Zeus, que celui que vous m’infligez en me tuant. »
Crédit photo : l’immortelle.



