mardi 23 mars 2010 - par Samuel Moleaud

Eléctions régionales de mars 2010, acte II : résultat d’une mascarade élective supplémentaire au bal de la démocrature

Au tout début de ce mois, j’avais publié sur internet un article intitulé :

« Sur le rail des élections régionales de mars 2010 : attention, un régime non démocratique peut en cacher un autre » :

Voici en quelque sorte le second tour…

Je fais partie de ces quelques millions de personnes qui ne se sont même pas inscrites sur les listes électorales, ces brebis galeuses que les ENArchistes et les technocrates considèrent comme trop stupides pour aller s’inscrire. Même pas reconnu juridiquement comme abstentionniste, j’attire donc les foudres des pratiquants de la religion démocratique, qui viennent me dire que mon refus catégorique du vote dans cette république rend ma critique systémique illégitime, que je dois voter pour être en mesure de pouvoir m’exprimer. Faut-il se tirer une balle dans le pied pour pouvoir dire que ça fait mal ? Pourtant, que l’élection soit municipale, régionale, législative, présidentielle ou européenne, il n’y aura jamais de changement (social et populaire) possible par les urnes telles qu’elles sont organisées à l’heure actuelle, car elles constituent un consensus citoyen tacite, un sentiment collectif généralisé d’acceptation à ce système de domination et de spoliation légalement organisée du peuple.

« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Cette citation d’Etienne de la Boétie (1530-1563) vient nous rappeler que de tous temps, le but d’un pouvoir politique (monarchique ou républicain) est d’assurer le contrôle et la servitude de son peuple s’il ne veut pas péricliter. Pour ce faire, ce pouvoir doit obtenir le consentement de son peuple pour ne pas qu’il se révolte, de gré ou de force, cela lui permet alors d’asservir et exploiter toute sa population en toute légitimité. Pour obtenir ce consentement, la recette est simple. Il suffit d’incorporer des années de propagande, et d’endoctrinement journalistique avec la sauce du mythe démocratique qui sévit aujourd’hui dans tous les pays subissant la globalisation néolibérale. En fin de cuisson, une fois que l’on a enlevé au peuple sa liberté de penser par lui-même et que les cerveaux sont atrophiés, prévoir quelques échéances électorales, des bus remplis de forces de l’ordre armées jusqu’aux dents (on ne sait jamais, la crise économique, le chômage, la précarité sont encore de mise même si les éléphants roses sont à l’exécutif des régions), un peu de foi dogmatique consumériste, une once d’émotivité dans les sujets traités sans débats public démocratiques, et enfin une bonne dose d’obscurantisme. Ne laissez surtout pas refroidir et mangez vous ça tout chaud devant votre poste de télévision à 13h. Pardon pour ces propos un peu hautains, mais le traitement des élections du 21 mars 2010 montre bien à quel point il est possible pour la démocrature politique et médiatique de masquer les vrais résultats du vote, qui n’est autre que le plébiscite du libéralisme en France.

En ce premier dimanche printanier de 2010, voila qu’une grande information semble retentir et faire vibrer les enceintes des machines cathodiques à décerveler : la gauche aurait largement remporté les élections régionales. Hum… gauche, vous dites ? Nous savions déjà, depuis François Mitterrand et ses privatisations plus nombreuses que celles de la droite, que la gauche en France ne désigne qu’un grand parti de masse, de fausse opposition et qui a épousé la doxa atlantiste néolibérale lorsque j’étais haut comme trois pommes, dans les années 1985. Assimiler le Parti Socialiste à la gauche de l’échiquier politique est un non sens. Je sais qu’en écrivant ces lignes, je ne vais pas attirer un large lectorat, pire, je vais attiser le feu et attirer les critiques des bobos ne voyant aucuns paradoxes à se dire de gauche tout en allant se gaver au resto puis écluser une bouteille de mauvais whisky en boîte à cent euros pour arroser ses amis le samedi soir. En criant gare à l’écologie en achetant du café commerce équitable du Kenya, en portant des ponchos importés par avion du Népal ou du Pérou. Mais je me lance quand-même dans la fosse aux lions. Le principal parti d’opposition ne fait plus que de l’antisarkozysme primaire, oubliant tout ou partie des revendications sociales, des résistances anticapitalistes au bénéfice des travailleurs et non au Medef et aux multinationales privées dont nos gouvernants sont souvent actionnaires…bref, ce parti n’est plus socialiste, il est cancéreux. En surface, les petits pantins du PS qui se félicitent de cette mascarade électorale, sont contre ce gouvernement ploutocratique. En substance, ceux-là même qui versent dans la conquête de parts de marchés encartés à la rose, voudraient juste que l’argent change de main, pas qu’il soit réparti égalitairement…

Bref, si l’on se penche sur les résultats de ce second tour, on observe un nombre total de 43 354 968 électeurs inscrits¹. Mais avec un taux d’abstention de 48.78%, seules 22 206 420 personnes sont allés voter. Or, au 1er janvier 2010, l’INSEE estime la population française totale à 65 447 374 personnes. Par un simple calcul de pourcentage, (nombre d’inscrits x 100 / population totale) on obtient que seuls 33.9% des français sont allés voter dimanche 21 mars. Le rapport est bien faible, surtout que le processus de dépouillement des voix ne tient pas compte du vote blanc pour le résultat final…

1 013 554 bulletins blancs passent donc à la trappe. En ne comptabilisant que les suffrages exprimés, (48.88%), voila comment la république oublie ainsi 51.12 % des électeurs inscrits qui se sont soit abstenus, soit qui ont voté blanc ! Si je ne m’abuse, c’est donc avec un électorat représentant à peine plus d’un tiers seulement de la population française (33.9%), et moins de la moitié des inscrits (48.8% des suffrages exprimés) que nos élus s’estiment légitimes pour gouverner les régions.

Ensuite, s’il y a quelque chose que les médias masquent dans l’analyse des résultats, c’est bien ce qui se cache derrière le rose bonbon du PS de cette carte de France. Au niveau national, si la « gauche unie » remporte 54.3% des voix, que les alliances des partis de « gauche » récupèrent la majorité des sièges, on ne peut pas affirmer que cette élection est le résultat d’une large défaite de la droite, contrairement à ce que titrent tous les journaux du jour. D’une part, la politique sécuritaire, les licenciements et le processus de démantèlement des services publics continueront de faire des ravages dans le paysage économique, et d’autre part, les valets ministres du sarkozysme vont pouvoir jouer sur la forte abstention pour la récupérer à leur compte. A un tel point qu’aujourd’hui lundi 22 mars 2010, Mr Copé estime qu’il est « temps de solliciter des gens de droite » après la fausse politique d’ouverture. L’UMP a perdu les sièges régionaux, mais pas le pouvoir qu’elle a sur ces mêmes sièges. Elle ose clamer en public au premier tour que si les « français » se sont abstenus, c’est à cause de leur mécontentement envers le PS, et qu’il n’y a donc pas eu de vote sanction. L’arrogance des politiques de l’UMP à rester perchés en haut de leur tour d’ivoire est telle qu’elle est à graver dans les livres d’histoire de la propagande. La droite extrême prend 36%, l’extrême droite frôle les 10%, où est la « très large victoire de la gauche » ? Nulle part.

Dans un contexte où de plus en plus de gens se sentent spoliés et pillés par la politique sarkozyste, par ce virage imposé dans le libéralisme européen géré par les élites économiques de la planète, on ne peut que redouter une montée en flèche des votes frontistes. Le FN, qui semble se redorer le blason s’accommode en effet à merveille de cette défaite sarkozyste. 1 943 463 électeurs ont placé leur bulletin en faveur des listes du FN, et dans certaines régions de l’est de la France, ce même parti rafle 20% des suffrages exprimés. On sait à quoi a servi la mixture UMP que préparaient Éric Besson et le reste de la sarkozie depuis octobre autour du faux questionnement sur l’identité nationale, et de la politique fasciste de l’immigration. Il y a donc de fortes raisons de penser que, comme les frontistes redeviennent une force politique de troisième rang national, la politique autoritaire qui jusque là prévalait sur tous les plans, se renforcera d’ici 2012. D’ici là, j’espère avoir tort. Le socialisme représenté en politique en France est mort, et trop de gens lisent vérité sur les écrans pour que l’avenir soit à l’optimisme. La plupart des électeurs sont des gens qui votent pour l’ordre et la sécurité en recrachant toute la rhétorique de la peur qu’ils ont avalés en presses et journaux télévisés, l’autre moitié sont des gens qui votent à droite en pensant voter à gauche. De temps en temps, l’un bascule un peu plus que l’autre, et inversement à l’élection suivante. Et les médias, dont la force d’action quotidienne maintient le mythe d’un clivage politique gauche/droite, se régalent avidement de ces futilités idéologiques et versent volontiers de l’huile sur le feu en véhiculant l’idée que les masses sont stupides. « Ceux qui ont crevé les yeux du peuple, lui reprochent d’être aveugle » (John Milton, 1642).

 

1.http://elections.interieur.gouv.fr/FE.html

 

Samuel Métairie

http://sam-articles.over-blog.com



15 réactions


  • epapel epapel 23 mars 2010 12:12

    Critiquer sans rien proposer ne mène nulle part non plus.


  • Samuel Moleaud 23 mars 2010 12:38

    epapel : Vous avez raison, la critique pure ne fait pas avancer le shmilblick. Proposer les alternatives sur ce site ne fait que se masturber le cerveau puisque de toute façon, un texte proposé même à 1000 personnes ne pèsera pas dans le dit « processus démocratique ».

    Mais en revanche, si vous lisez d’autres articles que j’ai écris sur ce même site, il me semble avoir proposé quelques alternatives, ou du moins des pistes pour vivre autrement que de la manière dont on nous l’impose. Perso, je considère l’abstention généralisée comme le début des alternatives possibles. ;)


    • epapel epapel 23 mars 2010 19:05

      Vous vous sous-estimez, les bonnes idées finissent toujours par être reprises, même si souvent on n’en a pas conscience.

      Je lirai ce que vous avez écris par ailleurs.


    • Samuel Moleaud 23 mars 2010 12:44

      Tout à fait d’accord, et vous le dites mieux que moi smiley


  • foufouille foufouille 23 mars 2010 12:47

    ne pas voter ni etre inscrit, est aussi leur laisser le pouvoir


  • dapeacemaker911 23 mars 2010 14:48

    @l Auteur, merci.

    @Foufouille... laisser le pouvoir a qui ?
    a l un de ceux pour qui il aurait fallu que l on vote j imagine ?

    Ma voix est un pouvoir qui m appartient.
    Si j estime qu aucun candidat ne merite que je lui remette mon destin entre les mains, je m abstient.

    On ne vote pas pour le moins pire.... sinon on en arrive la ou on en est. Une succession d escrocs a la tete de nos destins, tous moins pires les uns que les autres.

    Resultat ?


  • LE CHAT LE CHAT 23 mars 2010 14:48

    la politique , c’est l’art de contrôler les masses !
    le Prince de Machiavel est la bible des hommes politiques .....


  • bo bo 23 mars 2010 17:34

    Vous avez raison, toutes ces élections sont du bidon contrôlées par l’UMPS qui de fait se partagent le gâteau en se contrefoutant du bien être des masses.
    De fait, le système dit d’élection démocratique n’a plus rien à voir avec la démocratie : l’électeur a le choix de voter pour des personnes qu’il ne connaît pas (et parfois des listes entières panachées..), selon un processus qui élimine d’entré les chances d’une personne qui voudrait se présenter seul et au vu de programmes vagues et de toute façon pratiquement jamais appliqué......
    Un système par tirage au sort parmi les citoyens à période régulière est le seul qui mériterait le nom de démocratique aujourd’hui....
    et le CHAT a donné la seule véritable définition de la politique..... qui est toujours appliquée selon des habillages différents et des mots qui sonnent creux


  • Romain Desbois 24 mars 2010 12:34

    J’ai le plaisir de vous annoncer qu’avec le système actuel, les abstentionnistes des premiers et deuxième tour ont voté UMP dans trois régions et PS+EuropeEcologie dans le reste de la France !

    Tant que vous penserez que les choses changeront en n’allant pas voter, il en sera ainsi.
    les règles du jeu ne sont pas celles avec lesquelles on aimerait jouer mais celles avec lesquelles on joue. en démocratie pour changer les règles il faut choisir ceux qui proposent de les changer.


    • Samuel Moleaud 24 mars 2010 12:38

      Y’en a-t-il des gens qui proposent de changer ? Le changement, c’est une promesse électorale. Ni plus ni moins, c’est comme le pouvoir d’achat...
      Comment peut-on trouver des abstentionnistes, qui ont voté ? Je ne saisis pas tout là...


    • Romain Desbois 24 mars 2010 23:47

      Samuel
      Le système actuel fait que seul les suffrages exprimés sont comptés pour les pourcentages des scores des candidats.
      Ce qui revient pour l’abstentionniste de voter pour le gagnant.
      1 parce que qu’en n’allant pas voter contre, il lui permet d’être élu
      2 en n’étant pas compté la voix de l’abstentionniste ne fait pas baissé les scores des candidats.
      (par exemple avec 50% d’abstention, la voix des électeurs qui se sont exprimés comptent double, par rapport à l’hypothèse de 100 % des suffrages exprimés).

      C’est hélas mathématique, en s’abstenant l’électeur conforte les partis hégémoniques, que l’on retrouve au deuxième tour.


    • Samuel Moleaud 25 mars 2010 00:27

      Oui c’est sûr, mais le problème est discutable dans un sens : admettons que je me mette à poser un bulletin dans l’urne (donc épouser une religion...)
      Je vote blanc ? Mon suffrage blanc n’est pas non plus prit en compte au dépouillement.
      Je vote en fonction de mes convictions à l’extrême gauche ? Pas un seul homme/femme politique sincère et philanthrope guide ses discours au service du bien public commun. Dans le jeu politique, je me répète mais le but est conquérir le pouvoir, pas installer une situation où chaque individu sur le territoire est l’égal de l’autre (en empêchant le profit et l’oisiveté). L’effet de l’extrême gauche hélas, est contre productif.

      Je ne suis pas par principe contre le vote, mais contre la manière dont il est fait. Si nous avions un réel pouvoir local démocratique, nous pourrions voter régulièrement sur la politique à mener de la ville où l’on habite, non tous les 6 ans pour une tête de liste nommée auparavant en conseil, qui gèrera la politique de manière tout autant arbitraire sans aucune consultation citoyenne. Et là, je me mobiliserais plus que tout, plutôt que de laisser ce luxe à des intégristes de la langue de bois étranglés par leurs costumes cravates dont le prix, pièce et main d’œuvre, représente une semaine de travail à l’usine...


    • Romain Desbois 25 mars 2010 19:35

      Bonsoir Samuel
      Je te comprends car j’ai les mêmes idéaux mais le RIP ne viendra pas tout seul et encore moins de ceux que l’on laisse être élus par notre abstention.
      Des partis sont proches de tes idées et voter n’est pas choisir une religion.
      Souvent les abstentionnistes ont la religion du tout ou rien. Hélas ca ne se passe pas comme ça dans la vie.
      La démocratie c’est comme une copropriété, on aimerait bien que tout le monde soit d’accord avec nous mais y a toujours un « chieur » qui n’est pas d’accord.

      C’est ce qui rend difficile la démocratie, c’est qu’on n’est as tout seul à décider ou à choisir.

      Et je vais oser une métaphore :
      Le dessert démocratie est au menu. Le restaurateur te propose du flan, une salade de fruits et de la tarte aux pommes.
      Mince toi tu aurais préféré un café liégeois.
      Soit
      1 Tu décides de ne pas prendre du dessert démocratie
      2 Tu choisis celui que tu préfères parmi les desserts proposés, la tarte ( mais c’est pas ton dessert préféré )
      3 Tu laisses les autres choisir ton dessert à ta place et ca risque d’être le flan (mais tu détestes le flan !).


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