Est-ce un décideur ?
Selon Michel Onfray – notre grand athée national devant l’Eternel – le Président serait incapable de décider (Le Point du 6 février 2014 ).
Examinons quelques exemples pour tenter de découvrir ce qu’il en est exactement.
Lorsque, le 22 janvier 2012, François Hollande déclare au Bourget :« Je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire… Cet adversaire, c’est le monde de la finance … » : ne dit-il pas ce qu’il a décidé de dire ?
Lorsque François Hollande se laisse complaisamment photographier devant une grande maquette du timbre « Femen-Marianne » présentée à l’Elysée, le 14 juillet 2013, ne prend-il pas la pose qu’il a décidé de prendre ? Le modèle, Inna Shevchenko, pas bégueule du tout, twittera avec élégance :« Maintenant tous les homophobes, extrémistes, fascistes devront me lécher les fesses quand ils enverront un courrier » :.
Lorsque, le 7 décembre 2012, notre Président inaugure un Centre Emmaüs, on a « aseptisé » les lieux en retirant les portraits de l’abbé Pierre : Cachez-moi ce saint que je ne saurais voir ! Comment une telle bigoterie laïcarde put-elle s’affirmer sans l’accord, direct ou tacite, de François Hollande ?
Entre l’abbé Pierre (vieux ringard catho ?) et les femen (djeunes porteuses d’un avenir radieux !), le Président sait prendre sa décision. Au fond, peut-être conforte-t-il Vincent Peillon qui déclara un jour, avant d’être nommé ministre de l’Education : « On ne pourra jamais construire un pays de liberté avec la religion catholique ». Le 4 décembre 2012, en lèche-botte zélée jouant les petites mères Combes, Cécile Duflot volettera autour de la réquisition des logements vacants de l’Eglise. Lorsqu’une équipe a décidé de suivre un cap, elle doit s’y tenir n’est-ce-pas ?
Cependant, les vents peuvent vous obliger à louvoyer. Ainsi, lorsque, le 14 janvier 2014, le Président déclare, d’un air décidé, être résolument social-démocrate, de nombreux journalistes estiment qu’il a pris un tournant. Qui oserait prétendre, en effet, que l’homme qui avait déclaré, le 8 juin 2006, : « Oui, je n'aime pas les riches. Je n’aime pas les riches, j'en conviens » : suit les mêmes astres aujourd’hui qu’il y a huit ans ? On ne peut d’ailleurs le lui reprocher : en huit ans, il peut se passer beaucoup de choses… Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis n’est-ce-pas ?
Lorsque, le 14 janvier 2014, le Président embarque le patronat dans le pacte de responsabilité, il sait parfaitement où il a décidé de se rendre. Il n’ignore pas, en fin tacticien, que si les embauches ne suivent pas ledit pacte, il ne sera pas jugé comme l’unique responsable …
Croire que François Hollande éprouve des difficultés à décider est une erreur. Par contre, il n’aime pas annoncer ses décisions tout de go. Il déteste l’irréversible. Les décisions les plus faciles à claironner sont toujours celles concernant les crises aiguës, quand l’urgence et l’émotion émoussent la réactivité du peuple. Les envois de troupes au Mali et en Centrafrique en constituent de bons exemples.
En se rasant, notre président doit certainement penser au pactole - plus de dix mille milliards d’euros - de l’épargne totale des Français. Comment en prélever un chouïa (à peine cinq pour mille, pour commencer… ) en catimini sans se faire pincer et, surtout, sans avoir à le dire ? Sauf à créer une crise aiguë, cela n'est pas fastoche car s’il est souvent aisé de décider ce qu’on aimerait faire, il reste beaucoup plus difficile de le dévoiler à un peuple ingrat qui vous tire vers le bas des sondages … Mais, au fait, que risque-t-on vraiment alors ?


