Fin de partie
Nous avons changé de monde sans vraiment nous en apercevoir, accoutumés à ne percevoir le reste que comme un appendice du monde occidental, qui n'était là que pour assurer notre niveau de vie et recevoir en échange la bonne parole messianique d'un modèle qui ne peut en concevoir aucun autre, sur le plan économique, politique, sociétal.
Ce monde a culminé aux alentours de la fin du second millénaire et du début du troisième, avec l'apparition de l'OMC (supposé être le dernier outil d'asservissement des autres à nos « besoins », après le FMI et la BM, SWIFT et autres outils de contrôles et de coercitions supervisés par les USA pour l'essentiel) et l'avancée de l'OTAN vers les frontières de la plus grande puissance nucléaire, comme si désormais, tout nous était permis.
En 2008, un dirigeant russe nous avait pourtant avertis sans détour qu'à force de nous considérer comme le nombril du monde, nous risquions de ne pas le voir évoluer autour de nous. C'est précisément ce qui s'est passé.

Nous avons coché pendant des siècles toutes les cases pour nous faire détester de la planète entière, avons colonisé des territoires entiers en expulsant ou exterminant les autochtones, nous avons organisé les règles du jeu entièrement biaisées en notre faveur, considérant que seuls nos besoins étaient à prendre en compte, nous nous sommes servis sans rien demander, nous avons partout imposé notre point de vue exclusif, force à l'appui.
Nous avons fait la guerre à la planète entière, y incluant deux guerres mondiales, nous avons été faire couler le sang sur tous les continents quand la nation chinoise est virtuellement en paix avec ses voisins depuis plus de 2000 ans par comparaison.
On se demandait depuis 1945, quand et sous quelle forme surviendrait la prochaine guerre mondiale et un clown incompétent arrivant au sommet d'une structure sociale fondamentalement belliciste et suprémaciste aura finalement donné une réponse en 2025.
Un élément déclencheur aura été l'abandon progressif de toute diplomatie par excès de confiance dans notre pouvoir de contrôle et dans notre puissance.
Par exemple, le coup d'Etat en Ukraine en 2014, largement piloté et organisé par les USA, a eu des conséquences qui pour notre aveuglement était imprévisibles.
Il a puissamment soufflé sur les braises de deux nationalismes qui avait pourtant accepté de cohabiter dans un Etat dont les frontières ont été fluctuantes pendant plus d'un siècle, remaniées pour la dernière fois en 1954 dans le cadre de l'URSS, sans consultation des intéressés, à l'occidentale disons.
Pour les USA et leurs vassaux, il était totalement hors de question de tenir compte du désir des régions est, suite à l'arrivée d'un pouvoir central qui leur était hostile, d'une autonomie préservant leur mode de vie et leur culture. Il ne voyait pas plus l'absurdité de vouloir faire entrer dans une organisation que la Russie ne peut percevoir que comme hostile, des régions entières essentiellement russophones et russophiles.
A aucun moment les Occidentaux n'ont réellement pris conscience qu'ils en faisaient un peu trop et que la réaction était inévitable, raison pour laquelle les accords de Minsk qui prévoyaient le maintien de l'intégrité territoriale de l'Ukraine ont été balayés d'un revers de main, comme les demandes fin 2021 de la Russie d'une négociation approndie sur une architecture de sécurité sur le continent européen.
L'opération spéciale russe (la terminologie est occidentale) a commencé en Ukraine avec un contingent modeste (180 000 hommes) pour une nation de 140 millions d'habitants. Comparativement l'Allemagne de 1939 envoya 1,5 million de soldats en Pologne avec un armement bien supérieur. Elle aurait pu se terminer diplomatiquement en Turquie en avril 2022, moins de deux mois après le début de l'intervention russe, mais bien sûr toute négociation avec un rebelle à l'ordre occidental était exclue, comme l'avait été auparavant la perspective de discussions pour tenir compte des souhaits réciproques.
A nouveau « l'Europe c'est la guerre » pourrait-on dire et dans la tradition elle ne peut que concerner la planète entière.
Tout d'abord parce qu'il ne s'agit nullement d'un conflit entre deux voisins, mais bien de l'Occident entier contre la Russie. Sans l'aide massive des USA et des européens, la disproportion des moyens humains et militaires auraient conduit l'Ukraine à la négociation depuis la fin du mois de février 2022.
Ensuite, comme de coutume, on ne garde pas un chaos dont on est à l'origine pour soi, on en fait profiter la planète entière.
Ainsi le projet d'asphyxie économique de la Russie a été entrepris sans se soucier des conséquences tierces s'il devait s'avérer efficace. La disparition instantanée des exportations russes du marché mondial de l'énergie aurait eu des répercussions planétaires sur le coût de l'énergie sur une économie mondiale qui se remettait à peine d'une épidémie planétaire bien mal gérée et dans beaucoup de secteurs de haute technologie vu la palette de ressources minérales qu'elle vend à la planète entière.
En quelques années, si courtes, on a vu sauter tous les cadres définissant les relations économiques entre nations, avec des violations majeure des règles de l'OMC (barrières non tarifaires au commerce international), confiscation des avoirs russes dans les banques occidentales (du vol pur et simple), annonces de rétorsion économiques majeures envers tous les pays commerçant avec la Russie, plus récemment violation des termes de contrats industriels sans envisager de compensations et dédommagements.
Même sans chercher à se faire peur on ne peut pas ne pas se souvenir que les Japonais n'ont envisagé « Pearl Harbour » que contraints et forcés, car les USA aspyxiaient littéralement leur économie et leur choix était de mourir à petit feu ou s'engager dans une bataille perdue d'avance.
Confronté à un modèle occidental exposé sans voiles (la raison du plus fort est la seule qui compte), le reste du monde contemple le désastre qui avance, où toutes les règles d'un jeu imposé par l'occident sont révisables du jour au lendemain et les justifications morales balancées à la poubelle.
Ainsi on défend les Ukrainiens dont une partie du territoire est occupé par les forces russes et on est prêt à se sacrifier économiquement pour une guerre perdue d'avance (l'unique solution ne pouvant être que diplomatique), mais on arme les sionistes envahissant la Palestine et y commettant les pires atrocités sur des civils.
Impensable de modifier les frontières d'un Etat qui n'a connu que ça depuis plus d'un siècle, mais celles de la Palestine sont modulables à souhait. Qui en 1945 a décidé de donner l'essentiel de la Palestine à des migrants venus d'Europe en spoliant ouvertement les habitants vivant depuis des générations sur place et sans les consulter ?
Qui a défini les frontières de la plupart des Etats du monde sinon les puissances impériales et colonisatrices, Russie y compris d'ailleurs ?
L'Occident, la bande de crétins européens en tête, est en train de détruire un ordre mondial dont il était à l'origine, en y sacrifiant sa population et en dispersant le chaos (économique déjà) un peu partout. Les conséquences seront immenses, une crise économique mondiale étant en gestation et les principaux pays frappés promettant d'être les européens et les pays les moins développés.
La caricature du comportement suicidaire qui est celle des dirigeants européens est illustrée par le Royaume-Uni qui aide massivement l'Ukraine, va développer son industrie de l'armement, alors qu'il n'est nullement menacé par quiconque et achète massivement de la dette souveraine US dont pratiquement plus personne ne veut, vu que la monnaie de réserve mondiale est devenue un outil de guerre économique majeur qui peut frapper alliés d'hier comme adversaires d'aujourd'hui.
On peut encore être optimistes, en imaginant que le transfert de leardership économique et technique en Asie et vers l'association des pays du groupe des BRICS se fera sans passer par la case « guerre chaude » (militaire) mais ce qui semble assuré est qu'on ne retournera pas en arrière.
C'est bien à nouveau une fin d'empire à laquelle nous assistons.



