La crise grecque expression des limites du néo libéralisme
Le libéralisme plonge ses racines dans le passé, mais dans la phase actuelle il répond aux aspects théoriques et aux principes développés par l’école de Chicago de Milton Friedman. C’est le néo libéralisme une version évoluée de ce système.
Pour les USA le néo libéralisme est un produit d’exportation. Les états unis se gardent bien en effet d’appliquer un néo libéralisme strict. Ils maintiennent notamment un protectionnisme fort.
Cette théorisation a conduit à quelques applications. Le Chili ayant le triste privilège d’ouvrir cette ère après un coup d’état militaire débouchant sur une dictature sanglante. Milton Friedman a été le conseiller économique de ce gouvernement de contraintes multiples. Puis il y a eu la Grande Bretagne avec Margaret Thatcher dont l’anonymat et l’indifférence qui viennent d’entourer sa mort, disent bien l’échec et le rejet profond de sa politique prolongée, comme il se doit, par un social démocrate, Toni Blair.
Le néo libéralisme appliqué a donc échoué dans les grandes largeurs. C’est un constat qu’évite de faire les « spécialistes » de C dans l’air ainsi que tous les économistes du système de propagande médiatique, mais c’est bel et bien une donnée qu’il faut intégrer à toutes les analyses liées à la crise dite grecque [pour l’individualiser et culpabiliser le peuple grec et aseptiser le reste des pays de la zone euro] qui est en fait une crise de l’Euro, de la dette crée par le système capitaliste financier, et qui a très rapidement débouché sur une crise politique. Qui oppose les institutions européennes à un peuple du berceau de notre culture.
Europe culturelle et géographique et construction européenne
La confusion entre la construction européenne et la notion d’Europe basée sur des racines culturelles communes dans un espace géographique cohérent qui va comme le soulignait De gaulle, de l’Atlantique à l’Oural, est massivement entretenue.
C’est une assimilation grossière, pleine de contradictions quand on pense que la Russie en est non seulement exclue, mais est maintenant décrite comme un ennemi, une menace et que les institutions européennes issues des traités sont non seulement non démocratiques mais combattent la démocratie ainsi que l’ont montré le vote sur le TCE de 2005 et maintenant le référendum grec.
La contradiction la plus fondamentale entre la construction européenne et l’idée que les gens s’en font [la confusion est même entretenue par des responsables politiques, on a ainsi vu André Chassaigne demander le maintien de la Grèce dans l’ « Europe » c'est-à-dire la poursuite de son exploitation et de son dépeçage par le capitalisme financier] réside dans sa nature même.
Cette structure super étatique dont il est maintenant connu qu’elle a été promue par les USA par l’intermédiaire de la CIA maitrisant des personnages clé de cette construction afin essentiellement de créer un bloc opposé à l’URSS, est l’expression du capitalisme dominant.
A ses débuts, sous l’ère du capitalisme industriel, la construction européenne a pris la forme d’une alliance industrielle. Complétée par un accord sur l’atome civil.
Puis lorsque la révolution capitaliste vers une forme majoritairement financière est survenue, les accords et traités européens ont privilégié la monnaie et la liberté des transferts de capitaux. Particulièrement avec le traité de Maastricht en 1992, puis avec la création de l’Euro.
En fait depuis Maastricht les institutions européennes concrétisent la mainmise du système néo libéral sur les pays européens des traités. Ces institutions sont totalement contraires à l’idée que les gens ont de la démocratie. Et le mépris affiché par les responsables européens vis-à-vis du référendum grec en est bien l’expression.
Ce système dit européen, en fait du néo libéralisme quasiment intégriste, est donc relativement récent. Et il est déjà en échec complet. Les pays européens des traités sont en récession profonde, l’Allemagne s’en sort un peu mieux parce que l’euro lui est moins défavorable et qu’elle bénéficie encore d’une supériorité industrielle qu’elle exploite en vendant ses produits aux autre pays de l’espace européen, le chômage y atteint des sommets, particulièrement chez les jeunes ce qui est la marque d’un naufrage à venir.
Le cas de la Grèce
Les pays affaiblis économiquement, victimes de délocalisations massives d’entreprises, ainsi que de rachats de secteurs clés, comme pour la sidérurgie, Alsthom énergie, les Chantiers de l’Atlantique… en France, sont à la merci des attaques des marchés financiers. Un des vocables utilisés pour ne pas dire capitalisme financier. Contrairement à la propagande médiatique la Grèce n’était pas le pays de l’eurozone en moins bonne posture. Et aujourd’hui elle l’est beaucoup moins que la France par exemple parce qu’elle peut rééquilibrer son commerce extérieur, surtout si elle sort de l’Euro, et qu’elle est maintenant en excédent budgétaire primaire ce qu’avancent tous les économistes sérieux dont jacques sapir notamment. La Grèce a été victime d’attaques ciblée des marchés, financiers où des spéculateurs [Les marchés financiers sont le champ de manœuvres de transactions spéculatives à plus de 90%. Ce qui est proprement effarant et creuse définitivement, à cause des lois sur l’accumulation du capital, le fossé entre économie réelle et économie de marché] dont george soros, ont visé le défaut de paiement, la faillite grecque. Par le biais de la dévalorisation de ce qui matérialise la dette grecque. Cette faillite s’est produite puisque qu’une majeure partie de la dette grecque avait déjà du être effacée en 2012 [en fait rachetée par la BCE notamment, donc il y avait eu un sauvetage des Banques privées. Depuis la Grèce emprunte sur les marchés à des taux plus qu’usuraires. Et elle en est au point de ne plus pouvoir rembourser les intérêts des emprunts. Son système social est ravagé, le pays est à vendre à la découpe, le niveau de vie est en chute libre et le non emploi des jeunes est à un taux reconnu d’au moins 50%... Tout cela est déjà largement décrit avec plus de détails par des économistes honnêtes.
Sur le plan financier et monétaire la Grèce, dans le système euro, est complètement dépendante de l’extérieur,- BCE, marchés financiers avec notamment les fonds vautours « hedge funds », MES.-.
Les liquidités dont elle a besoin pour faire fonctionner le pays sont contrôlées par la BCE, qui en les limitant asphyxie la Grèce. Et les mesures de contrôle des capitaux sont venues un peu tard.
Alors que ce pays a besoin d’investissements pour relancer son économie et exploiter ses ressources, dont les gisements de gaz dans son espace marin, toutes les mesures qui sont exigées de la Grèce par la troïka qui vont à la fois toucher la vie des grecs et l’économie, sont exclusivement destinées à payer les créanciers.
La Grèce est au bout du bout dans ce système néo libéral européen. Jacques Sapir traduit cette situation par l’énoncé suivant : « C’est pourquoi, en réalité, la seule solution viable face à la déstabilisation actuelle et à la crise de liquidité n’est pas l’émission de reconnaissances de dette mais bien la réquisition de la Banque Centrale, mais aussi, très probablement, des principales banques commerciales. Ici, on voit que la solution en apparence la plus radicale constitue la solution la plus raisonnable. C’est l’une des caractéristiques des situations de crise…. »
La solution, évidemment révolutionnaire et qui nécessite un important soutien populaire, est claire.
Il faut que la Grèce revienne à sa monnaie et qu’elle nationalise sa Banque centrale, pour la création monétaire, et qu’elle nationalise également les banques commerciales. Avec une banque dédiée au contrôle des mouvements de capitaux.
Ceci est éminemment valable pour la France. Et devrait figurer dans tout programme de gauche.
La conclusion de la phase actuelle
Dans les pays des traités européens et au niveau des institutions européenne, tous les responsables politiques ne sont que des gestionnaires. l’Euro est une donnée intangible du système. Parce que c’est le pivot de l’exploitation capitaliste par la monnaie dans la zone euro.
Donc, la sortie de l’euro ne faisait pas partie du programme de Syriza, ce qui mettait largement en cause son qualificatif de gauche radicale. Et alors que le cour du véritable affrontement entre A Tsipras et Varoufakis et leurs interlocuteurs de la troïka complétés par le président du parlement européen qui étaient sous la pression du ministre allemand de l’économie, W Schläuble, montrait que les créanciers ne concéderaient pas d’effacement de dette [on nomme cela restructuration, mais c’est précisément cela et c’est aussi une action qui conduit à l’importante dévalorisation de la dette grecque pour ceux qui la détiennent] il n’ a jamais été question pour ces leaders grecs d’envisager une sortie de l’Euro.
Pourquoi ? précisément parce que cela les auraient obligés à cesser d’être des gestionnaires pour devenir de vrais dirigeants responsables de leur pays.
C’est ce qui a fait leur faiblesse dans les négociations parce que tous les pays européens concernés étaient terrorisés par l’idée qu’un pays puisse faire la démonstration qu’après être allé au naufrage avec l’Euro, il puisse s’en sortir en abandonnant ce carcan. Pour la Grèce il y a aussi le fait que cela l’amènerait à se tourner vers la Russie pour créer des liens commerciaux et financiers qui tôt ou tard l’amèneraient à prendre ses distances avec l’Otan.
Bien évidemment les dirigeants grecs actuels ont conscience de ces conséquences et ne se sentent pas l’envergure et le désir de les assumer.
Il n’y avait qu’à voir la tête d’Alexis Tsipras lors du discours de Nigel Farage au Parlement européen, alors que celui-ci après avoir fait le triste bilan grec lui disait que sa seule issue était de quitter l’Euro pour comprendre qu’il ne voulait pas s’engager dans ces responsabilités pleines d’incertitudes.
Conclusion
Le gouvernement grec va donc céder pratiquement complètement aux exigences des créanciers dont les responsables européens ainsi qu’Angela Merkel et Hollande qui tient la main de Tsipras pour formaliser sa reddition, ne sont plus que des portes paroles.
Des fonds vont donc être dégagés qui serviront uniquement à payer les échéances grecques, donc les créanciers, et les mesures d’alourdissement fiscal, de quasi suppression des retraites à terme, de privatisations… ne serviront qu’à cela. On se retrouvera dans les conditions antérieures aggravées : diminution du pouvoir d’achat, impossibilité d’investir pour une relance de l’économie et pour l’exploitation du gaz sous marin….
Le problème grec va donc resurgir dans quelques mois pendant lesquels l’austérité aura fait de nouvelles victimes.
La Grèce se trouve être le révélateur de l’impasse complète dans laquelle se trouve le système néo libéral.
Et la « sortie de l’Euro » devient donc le premier geste clé pour se défaire de ce système dont la faillite porte en elle-même de grands dangers.


