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La Domination des Disciples de Leo Strauss aux USA - AgoraVox le média citoyen
mercredi 6 août 2025 - par politzer

La Domination des Disciples de Leo Strauss aux USA

De la Philosophie Politique à la Crise Géopolitique Sino-Américaine

 

Leo Strauss, philosophe germano-américain (1899-1973), a laissé un héritage intellectuel profond qui transcende l'académie pour influencer la politique étrangère et économique des États-Unis. Ses disciples, souvent appelés "straussiens", ont promu une vision élitiste de la politique, inspirée des classiques antiques, opposée au relativisme moderne et favorable à une Amérique comme force morale universelle. Cette influence s'est cristallisée dans le néoconservatisme, un courant conservateur interventionniste qui a marqué les administrations Reagan, Bush et, plus récemment, Trump.

Mais cette domination idéologique a révélé des contradictions fatales : en cherchant à restaurer les profits capitalistes via la globalisation néolibérale, les straussiens ont favorisé des délocalisations massives vers la Chine, creusant ainsi la tombe de l'hégémonie américaine.

Aujourd'hui, en 2025, face à une crise économique permanente et une "guerre économique" perdue, l'espoir semble se porter sur une escalade militaire, illustrant les limites de cette pensée.

 

Les Straussiens et l'Ascension du Néoconservatisme

Les straussiens, formés à l'Université de Chicago où Strauss enseignait, défendent une lecture ésotérique des textes philosophiques, soulignant les "nobles mensonges" pour maintenir la cohésion sociale et un leadership élitiste.

 Des figures clés comme Paul Wolfowitz, William Kristol et Abram Shulsky ont appliqué ces idées à la politique réelle, influençant la doctrine néoconservatrice d'une Amérique interventionniste pour promouvoir la « démocratie » et contrer les menaces existentielles.

Cette idéologie s'est imposée dans les années 1980-1990 comme réponse à la crise du capitalisme fordiste, marquée par une baisse tendancielle du taux de profit – une notion marxiste décrivant comment les investissements en technologies réduisent les marges bénéficiaires en Occident.

Pour inverser cette tendance, les néoconservateurs, alliés aux économistes néolibéraux (Hayek, Friedman), ont poussé :

à la dérégulation,

aux privatisations

et à l'ouverture des marchés.

= destruction de l Etat administratif

L'intégration de la Chine dans l'économie mondiale, post-1978 sous Deng Xiaoping, est devenue un pilier : les entreprises américaines y ont délocalisé pour accéder à une main-d'œuvre bon marché, boostant temporairement les profits. Des accords comme l'entrée de la Chine à l'OMC en 2001, soutenus par des think tanks straussiens, ont accéléré ce mouvement, transférant technologies et savoir-faire vers Pékin. Les straussiens y voyaient une opportunité idéologique : l'engagement économique forcerait la Chine à se démocratiser ( =se transformer en capitalisme), alignée sur la "fin de l'histoire" post-Guerre froide.

Vendre la Corde pour se faire pendre : Les Contradictions du Modèle

Cette stratégie évoque la phrase attribuée à Lénine : "Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons."

En favorisant les délocalisations, les États-Unis ont renforcé un rival centralisateur .

La Chine, devenue la "fabrique du monde", a accumulé des excédents commerciaux massifs, investissant dans l'innovation (IA, révolution numérique, énergies renouvelables) et l'expansion géopolitique via les Nouvelles Routes de la Soie.

Les straussiens, obsédés par la vertu classique et l'opposition à la modernité relativiste, ont sous-estimé comment cette globalisation exacerberait les contradictions internes du capitalisme américain : déindustrialisation, chômage structurel et inégalités croissantes.

Des analyses soulignent que cette approche néoconservatrice, loin d'être purement philosophique, a servi les intérêts des élites corporatives, masquant un cynisme élitiste critiqué par des observateurs comme Shadia Drury. En 2025, les effets sont patents : les États-Unis dépendent de la Chine pour des chaînes d'approvisionnement critiques, comme vu lors de la pandémie de COVID-19, et Pékin défie l'hégémonie américaine en Asie-Pacifique.

Les Relocalisations : Retour aux Problèmes Originels et Crise Permanente

Face à ces échecs, les administrations Trump et Biden ont tenté un "découplage" économique, via des lois comme l'Inflation Reduction Act (2022) et des tarifs douaniers. En 2025, sous le second mandat de Trump, les menaces de tarifs à 60% sur la Chine visent à relocaliser la production aux USA ou vers des alliés. Pourtant, ces efforts retombent sur la baisse tendancielle du taux de profit : les coûts salariaux et réglementaires élevés en Occident rendent les relocalisations onéreuses, nécessitant des subventions massives sans résoudre les dynamiques structurelles. Des études montrent que seul un faible pourcentage d'usines reviennent, tandis que la Chine accélère son auto-suffisance technologique.

Cette "crise permanente" – stagnation, dette publique et tensions sociales – illustre les limites straussiennes : une philosophie élitiste qui ignore les réalités matérielles du capitalisme tardif, menant à un déclin relatif des USA face à une Chine ascendante.

Vers la Guerre Armée : Le Dernier Espoir des Néocons ?

Ayant "perdu la guerre économique" – la Chine surpassant les USA en PIB PPA depuis 2016 –, les straussiens et néocons pivotent vers une confrontation militaire. En 2025, les tensions sur Taïwan et en mer de Chine méridionale s'intensifient, avec des alliances comme AUKUS et QUAD renforcées pour contrer Pékin. Des experts avertissent que les tarifs de Trump pourraient muer en conflit armé, transformant la "guerre froide" sino-américaine en chaude. Pour les straussiens, influencés par une vision machiavélienne du pouvoir, cela représente une "paix par la force" pour restaurer la suprématie morale et économique américaine.

Cependant, cette escalade risque une catastrophe globale, soulignant les contradictions d'une idéologie qui, en cherchant à sauver le capitalisme, pourrait le détruire. Les disciples de Strauss, dominateurs intellectuels hier, incarnent aujourd'hui les architectes d'un empire en déclin, appelant à une réflexion critique sur les alternatives : multilatéralisme, régulation écologique ou redistribution pour une sortie de crise durable.



5 réactions


  • La Bête du Gévaudan 6 août 2025 19:23

    A mon humble avis, vous n’avez jamais lu une ligne de Léo Strauss. Ni vous ni les contempteurs des prétendus « straussiens » ... Je ne prétends pas être un grand philosophe, mais j’ai lu un certain nombre d’ouvrages de Strauss, et je sais donc un peu de quoi il cause ! ... je vous conseille donc la lecture de Strauss par vous-mêmes au lieu de répéter le complotisme de la gauche universitaire américaine. Lisez par exemple Nihilisme et Politique ou Droit naturel et histoire

    Strauss invite en effet l’Occident à se défier du relativisme moderne et à renouer avec la pensée classique thomiste et grecque. Ce qui, au passage, s’oppose à une « vision machiavélienne de la politique » (Strauss s’oppose explicitement à Machiavel) ! Strauss explique, à mon avis à juste titre, que le relativisme philosophique moderne a conduit aux tragédies politiques modernes : communisme et nazisme, notamment. Mais il met également en garde contre le « relativisme doux » de la social-démocratie actuelle, qui peut conduire un jour aux même dérives. Et c’est un penseur « des nations » plutôt que du cosmopolitisme, donc pas tellement globaliste.

    Strauss, lui-même Juif rescapé de la Shoah, forge l’expression reductio ad hitlerum pour dénoncer l’appauvrissement du débat intellectuel après-guerre. Il conseille aux Juifs (et aux minorités en général) de réfuter la « discrimination positive » dont il prédit qu’elle se retournera un jour contre eux (il avait bien vu !). Il pense que c’est la liberté individuelle classique qui garantit le mieux la liberté des minorités. Bref, un auteur à lire !


    • La Bête du Gévaudan 6 août 2025 19:36

      Dans le même genre, puisque vous les citez, je vous conseille de lire Hayek et Friedman par vous-mêmes... et de ne pas vous contenter du qu’en-dira-t’on des universitaires marxistes américains... histoire de vous faire votre propre idée comme un grand garçon... 

      Lisez au moins La Route de la servitude de Friedrich Hayek... je pense qu’il a parfaitement bien vu et mis en garde contre la montée en puissance de la « gouvernance globale autoritaire au nom du bien »... En France, un auteur anti-keynésien comme Jacques Rueff (économiste du Général de Gaulle) a fait des analyses comparables. 

      Hayek et Strauss (pour prendre ces deux exemples) sont haïs de leurs collègues universitaires parce-qu’ils ne partagent pas la doxa bien-pensante socialo-panthéiste moderne. Ils mettent au contraire en garde contre ce déplacement philosophique moderne qui porte en lui tous les possibles du totalitarisme. Donc, loin d’être des partisans du totalitarisme, ils en sont au contraire les cinglants critiques. 

      Personnellement, je trouve Strauss plus intéressant et radical qu’Hayek... mais les deux valent la peine d’être lus et connus.

      Franchement, faites l’effort de lire (par vous-mêmes et dans le texte) les auteurs libéraux (même si vous les critiquez). Personnellement, j’ai lu les auteurs socialo-collectivistes et je me suis attaché à comprendre leurs idées. C’est d’ailleurs en les lisant, et en découvrant leurs erreurs, que je me suis détaché du « socialisme ambiant » dans le milieu intellectuel occidental. 


  • berry 7 août 2025 07:19

    On connait ces loustics, on a les mêmes en France.

    Bien entendu, quand ils font la promotion de la démocratie, il ne faut pas en croire un mot, c’est juste un prétexte pour justifier des guerres à l’étranger et étendre leur tyrannie internationale, ils ont transformé une belle idée en une parodie responsable de la mort de dizaines de millions de personnes.

    Ils ont le mensonge et la manipulation chevillés au corps, et ils ont en effet tout intérêt à avancer masqués, vu l’avenir monstrueux et dystopique qu’ils nous préparent. Les citoyens de cette planète seront estomaqués lorsqu’ils découvriront la réalité de leurs pratiques et leurs objectifs cachés. Ca pourrait arriver plus vite qu’on ne le pense.

    Trump confirme ses liens avec Q sur son compte Truth Social :

    https://x.com/17Grasshopper/status/1950522605699821923


  • Mustik 7 août 2025 12:01

    Je ne vais pas mettre de lien mais, ceux qui souhaitent un point de vue sur les postures géopolitiques straussiennes peuvent étudier des études avec les mots clefs « voltairenet » et « straussien ».

    Ca ne convaincra pas ceux qui savent toujours tout... mais, ça peut enrichir beaucoup d’amateurs


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