La fin de la navette spatiale 5) quand les bureaux de la NASA sentaient la poudre
Le principe des tuiles retenu était donc excessivement dangereux, étant donné la friabilité de ce revêtement fait de silice expansée. Mais la navette cumulait d'autres tares, à avoir cherché à faire dans la demi-mesure. L'autre grand problème allait causer sa perte, et interrompre ses vols pendant trois années, temps durant lequel les techniciens en profiteront aussi pour mettre à jour les quatre vaisseaux existant, en améliorant notamment leur informatique, aujourd'hui jugèe bien rudimentaire, et en changeant tout le cockpit en y installant de grands écrans LCD qui n'existaient pas lors de sa conception. Mais sans jamais remettre en cause le principe des tuiles, à part sur les revêtements les moins sujets à la température, où les "couvertures" de tissu vont progressivement remplacer les tuiles blanches, surtout sur la partie supérieure de l'engin. Pour l'instant, les vols se passent avec les ennuis habituels, mais au matin du 28 janvier 1986, l'une d'entre elle, Challenger, qui fête ce jour là son dixième vol seulement, se désintègre au bout de 73 secondes de vol. Sous les yeux des parents des cosmonautes, venus fêter la mise en orbite d'une institutrice symbole de la facilité qu'apportait la navette de mettre en orbite des personnes pas spécialement formées au départ pour les vols orbitaux. L'horreur en direct, et la fin d'un rêve, déjà... un cauchemar, plutôt, quand on découvrira la chaîne d'incompétence et de pressions politiques qui a conclu à ce désastre...
Ce jour là, tout s'est arrêté un peu partout dans le monde, choqué par la nature de l'événement et sa profonde brutalité. A Paris, je devais faire un test de radio vers 18 h que je n'effectuerai jamais : quand j'entre dans le studio, tout le monde est scotché devant les téléviseurs qui font tourner en boucle les images du panache mortel des deux boosters devenus fous continuant sur leur lancée, la navette détruite par l'explosion de son réservoir central : cela vient de se passer à 17h38. Que s'est-il donc passé pour que les sept occupants, dont la nouvelle petite fiancée de l'Amérique, cette enseignante si dynamique, Christa McAuliffe, qui avait promis de donner des cours à distance à bord de la navette disparaissent de façon aussi horrible et aussi brutale ? Ce jour-là, personne ne le sait. Tout ce qu'indiquent les premiers commentateurs, c'est qu'il faisait plus froid que d'habitude sur le pas de tir, la veille du décollage. Le monde entier est traumatisé : la navette avait fait entrer l'astronautique dans la routine, ce qui était un tort car cela est toujours resté dangereux. Traumatisé, car c'est la première fois qu'autant de cosmonautes meurent d'un coup, et que la dernière fois que trois d'entre eux décédaient remontait au 29 juin 1971 avec la mort de Georgi T. Dobrovolsky,Viktor I. Patsayev et Vladislav N. Volkov dans leur Soyouz 11 à valve de pressurisation défectueuse. Quinze ans que l'espace n'avait pas tué, on pensait qu'il ne tuerait plus. Le premier mort de l'espace ayant été l'infortuné Komarov, dont on n'avait retrouvé qu'un corps complètement carbonisé dans sa capsule éclatée au sol (son parachute s'était mis en torche le 24 avril 1967 : le 27 janvier qui précédait, trois cosmonautes américains-Grissom, White et Chaffee-mourraient carbonisés lors de l'essai de leur capsule Appolo qui était en oxygène pur à bord). Le soir-même, Ronald Reagan intervient à la télévision... pour annoncer qu'une enquête serait diligentée au plus vite et que les vols étaient suspendus jusqu'à nouvel ordre. Il ne savait pas si bien dire : tous les vols seront interrompus pendant... 32 mois, ce qui, pour le programme représente déjà la fin de ses espoirs initiaux. Ce n'est que le 25 eme vol des navettes, et le 10eme seulement de Challenger, son premier s'étant tenu le 4 avril 1983. L'idée d'une "rentabilité" des vols de navette est déjà enterrée avec les dépouilles des sept cosmonautes, retrouvées dans les morceaux de leur cockpit par 30 mètres de fond. Et transférées en grande pompe par C-141 Starlifter pour leur rendre un hommage national. Trois militaires, Francis R. "Dick" Scobee (de l'USAF) Michael J. Smith (de l'US Navy) Ellison S. Onizuka (USAF) et quatre civils :Judith A. Resnik, Ronald E. McNair , Gregory B. Jarvis et S. Christa McAuliffe avaient péri.

L'enquête du Presidential Commission on the Space Shuttle Challenger Accident menée par l'ancien Secrétaire d'État William P. Rogers (comme président), auquel on a joint les astronautes Neil Armstrong (comme vice-président) et Sally Ride, la première femme cosmonaute US, plus le célèbrissime pilote Chuck Yeager et le physicien réputé Richard Feynman, qui a participé aux travaux sur la bombe atomique, sera effectivement impartiale... mais dévastatrice pour la NASA et le système politique US, tous deux remis en cause dans le rapport sur la catastrophe. Très vite, ils découvriront la piste de la déficience mécanique ayant provoqué l'explosion... mais ce n'est pas cela sur lequel il vont s'apesantir : ce qu'ils vont découvrir c'est que cette tragédie n'aurait jamais dû se produire si la NASA n'était pas devenue une hydre à plusieurs tête rongée par une administration bureaucratique digne des pires heures du Kremlin, une agence soumise aux aléas financiers des subsides gouvernementaux au point de se soumettre aux moindres désidératas du pouvoir, même si certains spécialistes avaient fortement recommandé de ne pas lancer cette navette par aussi grand froid. Ce que vont découvrir les enquêteurs, c'est que Kafka était devenu gestionnaire des fusées américaines.
On envoie tout d'abord des plongeurs pour ramasser le maximum de morceaux au fond de l'eau et les enquêteurs visionnent les vidéos des 73 secondes de vol de Challenger. Très vite, sur les vues prises sur la droite du lanceur, ils remarquent un panache de fumée noire au bas du booster (droit), au moment où la navette développe sa pleine puissance mais où la poussée des boosters n'a pas été assez suffisante pour faire sauter les verrous de maintien au sol. Ce panache sort d'un endroit particulier : juste entre deux sections des cylindres empilés qui constituent l'ensemble propulsif à poudre. Quelques instants plu tard, alors que la navette a déjà dépassé 10 000 m, l'emplacement d'où est sorti le panache de départ crache une flamme jaune, qui a le tort d'être orientée vers le réservoir central contenant de l'oxygène et de l"hydrogène liquide. Le contact du chalumeau ainsi créé avec l'endroit où est situé l'hydrogène se révèle très vite explosif : la "bouteille thermos la plus grande du monde" explose, fracassant au passage l'engin qui la montait : la navette n'est plus que débris infimes.
Et c'est bien à trente mètres de profondeur qu'on retrouvera l'indice majeur des raisons de la catastrophe. Sur la vase, un anneau circulaire de jonction entre deux cylindres de poudre attire tout de suite l'attention des plongeurs. Qui le remontent aussitôt, pour trouver exactement ce dont ils se doutaient. Sur un des clichés éloquents de l'anneau d'acier à peine sorti de l'eau, on distingue clairement une trace inquiétante de joint qui aurait éclaté, laissant une trace rougeâtre très visible sur l'anneau de jonction : les enquêteurs qu avaient visionné les images du décollage avec ce panache de fumée noire sortant d'entre dux anneaux soupçonnaient ce joint et avaient trouvé la preuve qu'ils cherchaient : cette mince lanière rouge aurait provoqué la catastrophe ?
Pour en avoir le cœur net les enquêteurs vont faire démonter l'un des boosters, celui de la mission 61-G, pour vérifier l'état ce cet anneau, l'extraire et le soumettre aux températures inférieures à zéro degré qui sévissaient la veille du lancement... et constater avec effroi qu'il se contracte assez pour laisser passer l'énorme pression des gaz de combustion à l'intérieur : comme on ne peut arrêter le booster, par principe même de fonctionnement, l'écart provoqué entre deux anneaux allait s'agrandir irrémédiablement et laisser sortir une flamme, transformant en gigantesque chalumeau le booster droit. Ne laissant aucune chance au réservoir d'hydrogène... à la navette, et aux cosmonautes. C'est bien la preuve qu'ils recherchaient. Mais ce qu'il vont trouver après est bien pire : cette anomalie possible par temps froid était connue des ingénieurs de Thiokol, les fabricants du booster et de ces fournisseurs, dont Parker O-Seal de Culver City en Californie, qui a fourni les rubans mortels. Mais Tiokol, appelée aussi Morton Thiokol, société installée en plein désert de l'Utah, fournisseur de l'armée depuis des décennies, est intouchable. Ils vont pourtant s'y attaquer, et la déboulonner de son piédestal, provoquant une crise sans précédent à la NASA.

Thiokol, c'est en effet une vieille histoire. A la "belle"époque de la guerre froide, la firme avait fait son nid au sein de l'USAF et de l'Army en proposant de résoudre la quadrature du cercle qu'était le stockage des premiers missiles intercontinentaux à propergol : trop lents à mette en œuvre, avec des liquides hautement corrosifs parfois, ils avaient fait place progressivement à des lanceurs à poudre, dont la difficulté de construction de l'époque consistait à fabriquer de gros cylindres creux remplis d'un mélange de dérivés des pneumatiques et de poudre d'alumine. Uilisables une seule fois, que l'on ne pouvait relancer ; mais le propre du missile étant d'aller s'écraser le plus rapidemen possible sur le museau de l'adversaire (un ours ?) de l'époque, il remplissait parfaitement le cahier des charges des militaires. Les premiers missiles furent donc longs et étroits, ou pour certains des assemblages en fuseau de plusieurs cylindres à poudre, comme pour le missile Nike-Hercules, qui a longtemps protégé les bases US dans le monde entier (comme ici en Hollande).

Les fusées de défense du territoire, mais aussi une reconversion inattendue. Lors des échecs répétées de la Navy US pour lancer son ridicule Pamplemousse, Von Braun avait été appelé à la rescousse pour lancer Explorer, sorte de grand crayon noir et blanc lancé par un pack de fusées à carburant solide lui servant de deuxième et troisième étage, au bout de la fusée Juno (ex Jupiter-C). Du bricolage, mais payant ! Les fusées à poudre Recruit deviendront des Thiokol, qui fournira le même principe du cluster de fusées étroites assemblées ensemble pour Little Joe, la fusée chargée d'expédier en l'air la cabine Apollo pour tester ses parachutes. De même, la même fusée de base avait été juchée en haut de Mercury pour lui servir de tour de sauvetage, comme Apollo en disposera également. Une fusée siglée Thiokol, encore (voir toute son histoire ici). Chargée de sauver la vie des cosmonautes de Mercury et d'Apollo, la firme provoquera la mort de ceux de Challenger : encore un beau paradoxe.
Ces problèmes de joints, un scientifique travaillant pour Thiokol en avait pourtant sévèrement énoncé les dangers et condamné l'usage par temps froid : Allan McDonald, qui n'avait pas hésité à le dire vertement à la commission d'enquête. Et en avait profité pour révéler qu'il avait subi des menaces de la part de Lawrence Mulloy, le responsable des boosters au Marshall Space Flight Center de la NASA, pour ne pas que ça se sache, provocant un énorme scandale. McDonald avait envoyé plusieurs alertes à la firme avant le décollage, pour finalement être... viré. A la commission, William Rogers, son chef conclura amèrement que McDonald avait été ''puni pour avoir eu raison.'' McDonald n'avait pas été le seul à critiquer la décision de décoller, Joe Kilminster, lui aussi de chez Thiokol, également ; une réunion de visioconférence à laquelle cet ingénieur participait avait même été tenue dans les locaux de Thiokol avec la NASA, ou participèrent des ingénieurs qui ne réussirent pas à se mettre d'accord entre eux. "Ce qui est bien compris, c'est que cette procédure n'était pas une démarche inhabituelle pour la culture dans laquelle elle s'est produite. Joe Kilminster, qui a signé le FAX, était un ingénieur, mais comme tous les ingénieurs et les gestionnaires, il avait parfois la tâche difficile de convaincre quand il n'y avait pas consensus entre un certain nombre de subordonnés de génie. Et il n'y eût pas, en fait de consensus dans la téléconférence sur le fait qu'il était dangereux de voler. Des ingénieurs se sont fait entendre contre lui, mais ce n'étaient pas tous. C'est seulement après les mêmes arguments pro-et-contre ont était étalés et se répétaient, que les gestionnaires ont dit "nous tournons en rond, il est temps pour quelqu'un de prendre une décision". Et la décision, c'est la NASA qui l'avait prise au final... même si dans le premier fax envoyé à la NASA autorisant le décollage, la signature de Kilminster apparaissait (mais pas dans un second !) on apprenait ainsi que si, ce jour-là quelqu'un avec davantage de bagout ou de personnalité avait tapé sur la table en exigeant un report... sept hommes et femmes seraient toujours vivants...

L'affaire est donc entendue, en tout cas. C'est bien ce mince joint qui est à l'origine du désastre... mais aussi les pratiques industrielles de Thiokol, et de son manque évident de vérifications. Le 27 août 1988, deux ans après la catastrophe, le FBI annonce qu'il vient de découvrir dans d'autres joints de booster des traces de coup de cutter : c'est chez HydraPak installé à West Jordan dans l'Utah, et c'est le fournisseur attitré de Thiokol. Deux ans après, certains voulaient à nouveau saboter la navette, cette fois sciemment. Lors de la catastrophe, pas de complot ni d'attentat : c'était bien le climat le seul responsable : la commission d'enquête montrera des photos du pas de tir couvert de glaçons, car outre l'incompétence de Thiokol, un deuxième événement avait pesé lourd dans la décision de lancement. Une décision éminemment politique, Ronald Reagan ayant tout fait pour obtenir le lancement qui devait se produire la veille de son discours le plus important de l'année, celui sur l'Etat de l'Union. Reagan, alerté d'un possible report, avait exigé un décollage comme prévu. Dans son adresse aux familles de cosmonautes disparus, il n'y a aura pas une once de mea culpa de sa part.
Et le poids de Thiokol dans l'industrie militaire était tel que la firme continuera à fournir l'armée et la NASA, et ce très vite après la catastrophe ; le 2 avril 1987, déjà, elle signait déjà un nouveau contrat de 6 ans avec la NASA, pour 4,2 milliards de dollars de 1995, pour fournir des "boosters améliorés" ! Un comble ! Un attaché parlementaire fera cette remarque en apprenant la signature du contrat : ''ils sont si ineptes dans leur conduite des choses, que je ne suis pas sûr qu'ils pourront l'assumer''. Juridiquement, la firme pouvait être rendue responsable de la mort des astronautes. C'est ce qu'avait pensé la femme de Ronald McNair, astronaute tué dans la catastrophe de Challenger, et celle de Michael Smith, le co-pilote. La seconde avait réclamé 1,5 milliard de dollars de dédommagements et la femme de McNair s'apprêtait à faire de même fin 86. Le 9 mai 1987, on apprenait qu'un "accord avait été conclu", les deux retirant leur plainte contre une somme "inconnue". L'argent pourrit tout, dit-on : même la mémoire de ceux que le pays va pourtant admirer désormais comme des héros nationaux. Thiokol avait lâché énormément d'argent pour garder sa réputation intacte. Mais on n'en a pas fini avec les turpitudes spatiales...
Car, comble de l'horreur, on apprenait quelques années plus tard que les sept cosmonautes n'étaient pas tous morts sur le coup, comme les médias l'avaient affirmé en 1986, malgré le nombre de "G" encaissés par l'explosion Lors de cette dernière, tout l'avant a été sectionné du reste de l'engin et c'est une cabine presque complète qui va chuter dans l'océan, avec les personnes à bord encore vivantes : mais de cela, on ne parlera pas au grand public, de même qu'on ne proposera aucune vue du repêchage de cet avant devenu cercueil. Au traumatisme vécu on conçoit qu'il ne fallait pas en ajouter un second. Il n'empêche, des années après les langues se délieront. Les cosmonautes de Challenger ne sont pas morts instantanément. Hélas, comme dans toute catastrophe, des irresponsables répandront un faux enregistrement des dernières paroles des cosmonautes, repris dans la presse-torchon, pour semer davantage le doute. En fait, dans les débris, la NASA avait retrouvé trois équipements de respirateurs ("air pack", ou PEAP, photographiés ici) déployés manuellement, obligatoirement, par trois cosmonautes, qui avaient donc tenté de s'en équiper. Selon le Dr Kerwin, qui avait examiné les débris et les corps, la mort n'avait pas été instantanée, ce qui expliquait les trois packs branchés sur les combinaisons : les cosmonautes, pour au moins trois d'entre eux, n'avaient été tués que lors de l'effroyable impact avec la surface de l'Atlantique. Lors de la chute, les vidéos avaient en effet suivi la chute d'un "Object D," très reconnaissable, par sa forme, qui avait touché l'eau 207 secondes après l'explosion, à 8 miles nautiques à l'est du launch pad 39B : c'était la cabine restée complète (celle de la partie inférieure et celle de la partie supérieure). Lors de la construction de la navette, tout le nez était en effet un bloc complet, assemblé par la suite au corps de l'appareil. Elle avait chuté de 65 000 pieds (presque 20 000 mètres) à 207 mph (330 km/h), provoquant lors de l'impact une force de 200 g auquel aucun humain ne pouvait résister. L'astronaute Crippen, qui a participé à l'enquête, avouera un peu plus tard que cette théorie d'au moins trois survivants était plus que plausible, au vu du déploiement des respirateurs. Le 10 mars 1986, les vestiges de la cabine étaient localisés à 30 mètres de profondeur, avec les sept corps encore à bord. Et une fois encore, l'avidité de certains fera qu'on tentera à nouveau de vendre des souvenirs morbides de la catastrophe : ainsi Charles Starowesky qui était à bord de l' USS Aubrey Fitch pour remonter les débris qui essaiera de le faire et sera condamné pour ça.
A 10 000 dollars d'amende et 2 ans de sursis. Aux Etats-Unis, c'est bien connu, tout se vend. Et comme on est loin d'avoir tout collecté, régulièrement, on retrouve des morceaux, même 23 ans après comme ici par un dénommé Jim Tull. En 1996, dix ans après la catastrophe, un énorme morceau s'était échoué sur la plage de Cocoa Beach.
La catastrophe de Challenger, à maints égards, ressemble beaucoup à celle du Titanic, comme l'a très bien fait remarqué ce site qui propose la vision des choses de Roy Brander, du National Defense Industrial Association (NDIA) en février 2000. Des techniciens avaient mis en garde dans les deux cas sur les excès... du froid. Des icebergs d'un côté et le gel de l'autre : personne, dans les deux cas, n'avaient suivi leur mise en garde. La Cunard pour ne pas perdre de l'argent avec un trajet détourné, et la NASA ^pour ne pas perdre la face (et ses crédits) face à un Reagan qui avait exigé un lancement la veille de son discours sur l'état de la Nation, un phénomène vital et incontournable aux USA. La fort mauvaise évaluation des risques lors de la catastrophe aurait dû servir de leçon : on l'a vu, en 1998 une navette subira les mêmes avaries à peu de chose près que celles de Columbia, sans que le risque pris ne soir décortiqué, analysé et pris en compte : la NASA, avait conclu la commission d'enquête sur Challenger avait joué à la roulette russe : 17 ans plus tard, elle actionnait à nouveau un nouveau bandit manchot qui alignait trois symboles d'explosion. La technique n'est pas la seule à avoir endeuillé 14 familles : l'incompétence, les militaires et la politique ont commis des ravages également dans cette aventure tragique. Loué partout pour ses adieux, la navette spatiale, en coût humain, aura été le pire vaisseau spatial jamais créé.
PS : le 18 octobre 2000, les boosters de Discovery du vol STS-102 avaient refait parler d'eux, pour une histoire de boulons cette fois. Au décollage, l'ensemble spatial enclenche une séquence précise, dont le "ballet" est bien connu : les moteurs de la navette, alimentés par l'énorme réservoir central se mettent à fond, après avoir testé leurs facultés d'orientation (qui permettent à la navette de passer sur le dos pendant l'ascension, voir ici à 1'03" lors du dernier vol de Discovery)). A ce stade, on peut toujours l'arrêter ! Car ce n'est que lorsqu'on lance les boosters qu'on ne peut plus faire marche arrière. Et ces boosters, pour leur faire "attendre" leur poussée maximale, on les retient avec... de gros boulons (de 71 cm de long pour 8 cm de diamètre), fixés sur des supports à la base sur chenilles. Ce n'est que lorsqu'ils sont libérés par des charges explosives (placées ici dans les deux trous) qui cassent l'écrou géant que la navette décolle, certaine de développer toute sa puissance. Un petit film ici à gauche montre la séquence de destruction de l'écrou. Il y en a quatre de boulons, par booster, et donc huit au total sur l'embase.
Or le 18 octobre 2000, deux d'entre eux ne se sont pas éjectés comme prévu, endommageant l'embase d'un des boosters. A peine l'annonce faite que les ingénieurs de la NASA répondent.. que ce n'est pas la première fois que ça se produisait ! Sur les 99 missions d'alors, 11 avaient déjà connu le même incident. et ce dès le deuxième vol de la navette en novembre 1981 ! L'ironie du sort, c'est que lors du vol précédent d'Atlantis, le 8 septembre qui précédait, le même problème avait eu lieu, et la NASA n'avait visionné le fil de son décollage que le 6 octobre, deux jours avant le nouveau départ.... comme le disait le NYT : de toute façon, le boulon fautif ne pouvait pas être étudié : il était resté au fond de l'océan, emporté par la navette et perdu lors du repêchage des boosters... kafkaïen, je vous disais un peu plus haut...
Le rapport officiel sur la catastrophe est ici :
http://www.gpoaccess.gov/challenger/64_420b.pdf

