On n’interdit pas l’insignifiance
On n’a pas forcément raison puisque la signifiance, cette marque, cet indice par lequel on révèle quelque chose a sa raison d’être, son intérêt voire son importance ! Ils sont pourtant descendus par millions dans les rues, en 2015, pour clamer leur attachement à leur liberté d’expression ; certains ont compris « la » liberté d’expression, ce fut une erreur, corrigée par la suite : aujourd’hui on le sait tous, l’imagination qui sort des clous, la vérité qui dérange, la justesse d’une analyse qui met à bas un acquis récent, sont combattus, empêchés et même censurés. Penser ancien, penser universel, ce n’est plus ringard, c’est hérétique. Il suffit de ne pas prononcer le mot – censure- et elle n’existe plus ; car il ne s’agit pas moins que de préserver la liberté de certains et protéger les oreilles chastes et pures des autres, du diable au mauvais esprit. Empêcher ceux qu’il habite de mentir, raconter des bobards qui effraient les honnêtes gens la nuit… Le besoin de conformisme inhérent à l’ordre social tel qu’on le définit chez nous s’est réintroduit en douce dans une société débridée qui se croyait anti-conventionnelle, donc libre, alors qu’elle n’était que licence et décadence des arts et des mœurs, ceci ne convenant pas à tout le monde, la censure, à l’instar de la servitude volontaire, est portée par chacun intolérant aux pensées qui le dérangent. C’est un peu la même veine que la délation sous dictature que cette censure qui ne dit pas son nom sous une dictature qui ne dit pas le sien : rien aujourd’hui n’est en ordre parce que, justement, rien n’est nommé justement. La répression, chacun le ressent, est l’ultime recours avant démission des uns ou soumission des autres mais une bonne partie des gens devancent les désirs des maîtres et réduisent drastiquement leurs acuités ! Le dictateur n’est pas loin du soumis puisque qu’il en est l’autre face, il se distingue par son obéissance sans remous, puis par son insolence enfin par sa censure s’il en a la capacité. Cette manière d’être n’a strictement rien à voir avec les opinions politiques, ni le sexe ni l’âge, c’est quelque chose en soi de dictateur. La gauche sensée lutter contre le pouvoir nous offre en son sein une belle palette de futurs dictateurs, à se demander si ceux de droite n’attendent pas, soumis, le bon dictateur, tandis que ceux de gauche voudraient tant l’être ! Ne vous inquiétez pas, c’est fait exprès : je pousserai le bouchon de plus en plus loin ! Donner le pouvoir aux gens de censurer, et ils le font allégrement ; on l’a vu ici avec la belle invention d’un petit bouton commode pour le faire : tu ne penses pas comme moi ? Je ne veux pas te voir sur mon fil. Mais mieux, tu envisages la possibilité d’un complot ? Tu critiques la macronie sur un ton pas plaisant ? : tu n’atteindras jamais le nombre idoine pour le passage du gué, il te faudra rester de l’autre côté. On ne sait plus bien ce que l’on peut dire ou pas, il n’y a que l’insignifiance qui arrose copieusement le champ d’articles ; on peut parler de Loire, mais pas de son plutonium, de fleurettes, de comptines, moi-même n’ai jamais été empêchée de parler bestiaux. Mais nucléaire ou censure, oui. Mais la critique de la censure est à géométrie variable, comme son corollaire la liberté d’expression ; quand c’est Dieudonné, ma foi, on s’en fout et même, hein… Censurer est certes un acte de pouvoir, mais d’un pouvoir qui a peur et qui pense qu’interdire efface et détruit la chose interdite ! Or bien évidemment, non seulement l’interdit ne détruit rien, mais l’agace et le développe, sans parler de l’attrait que cet acte impensé donne à la chose à cacher. Un pouvoir qui a peur est un pouvoir usurpé, qui le sait, et qui craint l’effondrement. L’effondrement qu’on nous vend à grand frais aujourd’hui et qui séduit tant les fleurs bleues à caution scientifique, n’est que la projection de l’effondrement de cette caste par cette caste qui nous implique et nous effraie : les frayeurs – comme dans l’ancien régime où elles servaient de camisole- marchent si bien pour empêcher la pensée, et le désir d’émancipation. Quand le pouvoir est arrivé au bout des abus possibles sans heurts particuliers, il tente la répression comme ultime défense, la répression physique comme on le voit, mais les interdits qui se multiplient pour étouffer une population et permettre cette répression en accord avec toute une série de nouvelles lois. Il faut dire que les lois ne sont pas passées inaperçues mais tant qu’il s’agit de lois, personne ne moufte ; après, c’est trop tard. Tous ces interdits qui ne concernent que les pauvres, classe inférieure d’une société par ailleurs permissive jusqu’à la débauche, la corruption, la décadence et l’ignoble, se tissent comme une nasse autour des valeurs universelles de dignité, d’humanité, d’entraide , devenues entre temps ringardes, donc non désirables. Le chic admis ne tient plus dans une tenue vestimentaire ou un langage qui distingue mais dans les émotions, les réactions et leurs expressions rejetées si celles-ci sont par trop violentes ; il s’agit donc de ne pas ré-agir à la violence induite mais de la subir en l’acceptant… voyons...résignation volontaire, et vantée. Quand on en est à vanter sa servitude volontaire et à taire sa résignation en la posant comme sagesse, on est tout proches de la délation qui commence par faire taire. Quand on en est à obéir à des injonctions hiérarchiques qui défient le bon sens ou même qui imposent de lâcher ses propres valeurs, on est perdus pour la vertu.


bien vu !

