Pas facile d'évoquer l'histoire antique de Chalon-sur-Saône quand on sait que notre belle endormie a abandonné toute prétention depuis que Lyon et Dijon lui ont ravi son rôle de capitale et Mâcon son titre de chef-lieu. Chalon-sur-Saône possède pourtant un joyau qui témoigne pour son illustre passé : sa cathédrale. Hélas ! Si c'est seulement pour montrer aux visiteurs un chapiteau représentant un soi-disant Alexandre le Grand, les chaînes aux pieds, il ne faut pas s'étonner de la désaffection des touristes et du péréclitement du commerce du centre ville. http://www.youscribe.com/catalogue/tous/savoirs/sciences-humaines-et-sociales/les-chapiteaux-romans-cathedrale-st-vincent-chalon-s-saone-2350342
Mais revenons aux deux tableaux sculptés sur ivoire de mon article précédent, incontestables chefs d'oeuvres que je date du III ème siècle après J.C.
Aucune signature. Auteur inconnu. Me Cornette de Saint-Cyr, commissaire priseur, les a adjugés pour la somme de 600 000 francs de l'époque alors que mon épouse s'était arrétée à l'enchère précédente. Il était écrit ceci dans le catalogue : "Ces deux sculptures présentent une forte parentée avec l'oeuvre d'Antonio Leoni conservée au Bayer National Museum illustrant les mêmes sujets". Voici ci-dessous, en haut notre tableau, en bas celui du musée auquel il est fait référence mais dont il est dit en réalité, non pas travail d'Antonio Leoni, mais travail de l'atelier d'Antonio Leoni.
Première constatation. De toute évidence, nous avons en haut l'original, en bas une copie. Dans cette copie, la composition est empruntée, les personnages sont plus grossièrement sculptés. Quant à la représentation de la ville de Chalon, le copiste s'en est écarté au point qu'on ne peut plus l'identifier comme sur l'original.
Deuxième constatation. Ce n'est pas non plus l'oeuvre d'un élève qui aurait copié son maître. Le style d'Antonio Leoni n'a rien de comparable. En revanche, notre original a probablement dû être en sa possession puisque lui ou un de ses élèves l'a copié. Le fait n'aurait rien d'étonnant sachant que cet artiste du XVI ème siècle était un grand collectionneur d'oeuvres d'art. Mais il s'ensuit que notre original ne peut pas étre daté du XVII ème ou XVIII ème siècle, comme le dit le catalogue, puisque la copie date de l'atelier d'Antonio Leoni et que l'original ne peut être qu'antérieur. Or, avant le XVII ème siècle, on ne voit pas quel artiste du Moyen âge aurait pu en être l'auteur.
Troisième constatation et conclusion. Nous sommes donc bien là en présence de deux chefs-d'oeuvres, non pas du XVII ème ou du XVIII ème, non pas du Moyen-âge, mais comme je l'ai expliqué en déchiffrant les scènes représentées, des chefs d'oeuvres du III ème siècle. Ces scènes évoquent l'histoire antique de Chalon. Et cela signifie que cet auteur ne peut avoir été qu'un artiste de notre ville.
Dans l'intérêt de la culture et du patrimoine, j'invite les personnes intéressées à me signaler toute oeuvre dont le style pourrait se rapprocher de celui de nos deux tableaux. Notre ville a la chance et l'honneur d'avoir hébergé un génie de la sculpture, un Léonard de Vinci du III ème siècle. Il importe qu'on puisse retrouver la trace de ses oeuvres afin qu'au minimum, on en expose les reproductions dans nos musées.
Le siège de Jérusalem par Titus.
Voici une autre sculpture sur ivoire dont on peut affirmer sans aucun doute qu'elle est de la main de notre artiste. J'en ai malheureusement perdu la trace après l'avoir copiée sur l'internet. Cette sculpture était présentée comme étant une évocation de la conversion de saint Paul. On y voit en effet un personnage central désarçonné qui "voit" un Christ lui apparaître dans le ciel. Le problème, c'est que cela ne correspond pas du tout à ce que disent les textes évangéliques. Saint Paul n'était pas à la tête d'une armée et c'est sur un chemin menant à Damas qu'il a eu sa vision. En outre, il était barbu alors que le personnage désarçonné est imberbe.

La vérité qui me semble évidente est qu'il s'agit du siège de Jérusalem de l'an 70. Le personnage désarçonné n'est pas saint Paul mais Titus lui-même, futur empereur, qui commandait l'assaut et il était glabre. On retrouve dans ce tableau le même génie dans la composition, le même génie dans la finesse de l'exécution. Également tous les détails que nous avons signalés dans nos deux précédentes sculptures. Drapeau, casques, lances, cottes de mailles miroitant à la lumière, et même là aussi, une hallebarde, tout cela, on le retrouve à l'identique, sans oublier le tronc tortueux d'une souche d'arbre.
La ville attaquée est Jérusalem, ou plutôt, son oppidum de Sion, un oppidum puissamment fortifié. On y voit la porte du cénacle, dite des Esséniens, le cénacle lui même, puis, plus loin, probablement les tours de David, apparemment surmontées d'un curieux clocher.
Quel est ce Christ qui apparaît dans les nuages ? Ce n'est pas Jésus de Nazareth dont les chrétiens espéraient le retour sinon on y verrait les marques de sa crucifixion. Il s'agit du Christ de l'Apocalypse auquel Jean avait dit, non pas "reviens" mais "viens !". Autrement dit, un christ du ciel dont les Juifs attendaient toujours la venue en l'an 70, et encore à Chalon-sur-Saône, au IIIème siècle de notre ère.
Ce christ du ciel est le même que celui de Sainte-Foy de Combe, rex judeorum, roi des Juifs, qui est dans le ciel, et dont les Juifs esséniens exilés en Gaule attendaient toujours la venue au III ème siècle.
La question qu'il faut maintenant se poser est la suivante : l'auteur de cette sculpture étant dès lors identifié comme étant un juif essénien de la diaspora installée à Chalon, était-il du côté des assaillants romains ou du côté des assiégés ? Ayant été contraint à l'exil, donc éloigné et privé de la ville sainte, on peut penser qu'il n'était pas mécontent... à condition toutefois que Titus se convertisse à son christ du ciel. Ainsi pourrait s'expliquer le sens de ce tableau : espérance que Titus se convertisse au christ du ciel de Chalon-sur-Saône. Ainsi s'expliqueraient de vieilles légendes, souvenir diffus de conversions impériales miraculeuses qui n'ont pourtant jamais eu lieu, au moins jusqu'à Constantin.
Reste une autre question qui risque de troubler, hélas, beaucoup de nos concitoyens. La figure du Christ ? À quoi ressemblait-il ? Sa description ne nous vient ni des évangiles, ni de Palestine. Il faut se rendre à l'évidence ; son image nous vient de la Gaule. Elle apparaît d'abord dans un Cléopas espéré des fresques de Gourdon. Puis, elle se précise et même se fixe, à Chalon-sur-Saône, dans cette modeste sculpture jusqu'à aujourd'hui méconnue.
E. Mourey, 19 février 2014, photos Wikipédia, wikimedia, et catalogues de ventes aux enchères comme indiqué dans mon précédent article.