samedi 6 novembre 2010 - par Paul Emiste

Une analyse des élections.

PARTIE I : Les vrais chiffres.

Dans l’émission « Ce soir ou jamais » du 26 octobre, Frédéric Taddei posait la question : « Pourquoi Nicolas Sarkozy est-il si impopulaire ? ». Parmi les invités, il y avait Judith Waintraub, journaliste au Figaro. Au bout d’une trentaine de minutes d’émission, Judith Waintraub a dit, entre autres, que «  les français ont majoritairement voté pour Nicolas Sarkozy ». Sauf que… c’est faux ! Explications.

Je ne vous apprendrai pas que les politiques se sont toujours refusés à admettre qu’il fallait prendre en compte les abstentions, ainsi que les votes blancs et nuls ; résultat des courses, les résultats sont tronqués, et les politiques en profitent pour nous manipuler. Prenons, pour commencer, la présidentielle. (J’ai bien dit LA présidentielle, car, même s’il y a deux tours, il n’y a qu’une seule élection. Il est donc une erreur de dire les présidentielles. Imaginez que l’on élise deux présidents en même temps… !)

Ayant été un peu journaliste ( indépendant), j’ai analysé les différentes élections ; un dossier d’une centaine de pages est à la disposition des médias, voire des avocats (j’expliquerai pourquoi dans un prochain chapitre). Je ne suis pas le seul à m’être penché sur la question, et il ressort, à chaque fois, que les élections ne sont pas conformes à la Constitution et aux Droits de l’Homme. J’y reviendrai.

En 1965, pour l’élection présidentielle, je me suis posé la question des résultats réels ; ou plutôt, je l’ai posée à ma mère. Elle n’a pu que lever les bras d’impuissance et me répondre que « c’est comme cela que l’on fait, alors…  » ! J’avais quinze ans, et je n’étais pas d’accord sur les résultats, et je m’étonnais que les adultes n’aient jamais rien dit. Examinons donc les résultats de la présidentielle 2007.

Les résultats annoncés par le Ministère de l’Intérieur sont-ils conformes à la réalité ? Pas vraiment ! Systé­matiquement, les abstentions, mais aussi les votes blancs et nuls, ne sont pas pris en compte.

Inscrits : 44 472 733   % % Exprimés % Réel

Abstentions : 7 130 729    16,03%

Votants : 37 342 004    83,97%

Blancs et nuls : 1 568 426    4,2%   

(Abstentions Blancs et Nuls)  19,561%

Exprimés : 35 773 578    80,439%

N. Sarkozy : 18 983 138    53,06%    42,6848%

S. Royal : 16 790 440     46,94%      37,7544%

La réalité est tout autre que celle annoncée. Les résultats réels sont en rouge ; ils représentent les pourcent­ages d’électeurs obtenus par les candidats. Le candidat Sarkozy n’a donc réunis que 42,68% des élec­teurs, soit moins de la moitié ! La réalité est que 57,32% des électeurs n’ont pas voté pour lui. Certes, ils sont en­core plus nombreux à ne pas avoir voté pour la Royal candidate ! L’élection peut se résumer à cette phrase : « Qui perd le moins gagne » ! A ce jour, aucun président de la République n’a réussi à faire le plein d’électeurs. Tous, sans exception, ont été sous la barre des cinquante pour cent. Pour information, voici les résul­tats des élec­tions précédentes, hormis celle de 2002. Cette élection-là présentait, en effet, un caractère par­ticulier, vous vous en souvenez sûrement ! (NE = non exprimés = Abstentions, blancs et nuls.) En marron, le pourcentage d’électeurs n’ayant pas voté pour le « vainqueur » !

   NE   Réel  

1965 De Gaulle :  55,2%   17,99%   45,27%  54,73%

1969 Pompidou : 58,21%   35,52%   37,53%  62,47%

1974 Giscard : 50,81%  13,84%  43,77%    56,23%

1981 Mitterrand : 51,76%   16,62%   43,16%  56,84%

1988 Mitterrand : 54,02%   18,97%  43,77%   56,23%

1995 Chirac : 52,64%   25,10%   39,42%  61,58%

Vous avez pigé le truc ? Bravo, vous avez gagné un cadeau et une surprise. (La surprise, c’est qu’il n’y a pas de cadeau !) Pour l’élection de 1965 :

45,27 + (17,99 * 55,2%) = 55,2%

Les Corses faisaient voter les morts, ce qui était illégal. Tibéri faisait voter de faux électeurs, ce qui était illé­gal. L’Etat fait voter les abstentionnistes, ainsi que les auteurs de bulletins blancs et nuls, et là, c’est légal ! Car, il s’agit bien de considérer les abstentions, blancs et nuls comme des suffrages exprimés ! Et ex­primés au prorata des résultats réels de chaque candidat. Allons plus loin et poussons à l’extrême.

Disons qu’il y a 44 000 000 d’électeurs. Mécontents des systèmes électoraux mis en place, 43 999 999 décident de s’abstenir ! Le seul candidat à l’élection présidentielle vote donc pour lui. Il est élu avec 100% des suffrages ! Sensationnel, du jamais vu, un résultat exceptionnel ! L’exploit du candidat Dugenou, élu avec 100% des suffrages ! Oui, mais avec seulement une voix sur quarante-quatre millions ! Voilà où mène ce genre de manipulation des résultats. La réalité serait : le candidat Dugenou est élu avec une voix, soit 0,000002273% des électeurs ! Mais, les politiques et les journalistes ont une fâcheuse propension à ne donner que les résultats « apparents », qui ne sont rien d’autre que des pourcentages… de pourcentages ! Et les politiques n’hésitent pas à parler de « choix des électeurs » ! Arrêtez de nous prendre pour des cons ! Dans le cas cité plus haut, le véritable choix serait : « Les électeurs ont choisi à 99,999997723% de ne pas voter pour Dugenou » ! Pourquoi ne pas donner les vrais résultats ? Il suffirait d’indiquer le taux d’A.B.N., le pourcentage de voix et le réel. Un programme informatique – pourtant facile à réaliser – permettrait aux journalistes de donner simultanément tous les résultats. Les vrais, et les « apparents ». Quoiqu’en dise Judith Waintraub, les français n’ont pas, en majorité, voté Sarkozy !



14 réactions


  • jef88 jef88 6 novembre 2010 11:39

    Quel est le véritable problème ?
    Avec le système actuel tout le monde : majorité et opposition est content ! Tout le monde s’accapare des citoyens qui ne les veulent pas, C"est l’explication de cet autisme partagé vis à vis des abstentions. C’est d’ailleurs peut être un des rares points d’accord entre majorité et opposition avec, par exemple, les retraites des élus.
    Mais la malaise est plus profond. tous ceux qui possèdent un minimum de libre arbitre et ne veulent pas sombrer dans des querelles partisanes s’interrogent : Irais-je voter la prochaine fois ?
    Parce que le système de partis actuel n’a qu’un objectif : faire prospérer les partis, les élus, les « élites ».
    LE PEUPLE EST OUBLIE ! Je le crie !
    Que fait on ou que propose t’ont
    - pour l’emploi
    - pour l’économie réelle (pas celle du CAC40)
    - pour une véritable formation des jeunes (on n’a jamais vu autant de docteurs en lettres, histoire etc... au chômage ou en situation précaire
    J’arrête la car la liste serait longue.....


  • Shaytan666 Shaytan666 6 novembre 2010 12:08

    Moi je veux bien tout cela mais trouvez moi un seul pays au monde où les abstentions, les votes nuls ou blancs sont pris en compte.
    Vous n’allez quand même pas me dire qu’en France au premier tour d’une élection présidentielle, vous ne trouvez pas un candidat à votre doigt ? Maintenant si une majorité d’électeurs votent pour les candidats des grands partis (UMP, PS, Modem), c’est le système inventé par De Gaulle qui veut cela. Si en 2012, 30% des électeurs votent pour Mélenchon et bien il sera au second tour sans problème mais si 18% votent pour Sarkozy, 19% pour le candidat PS et que tout les reste est en dessous et bien vous aurez un second tour UMP/PS, et je le redis, ce système a été voulu par De Gaulle et aucun des politiciens des grands partis n’a envie de changer la Constitution à ce sujet, on ne tue pas la poule aux œufs d’or.


  • Fergus Fergus 6 novembre 2010 13:05

    Bonjour, Paul.

    Bon rappel d’une réalité régulièrement occultée par les médias. Une réalité qui drvait rendre les élus un peu plus hulbles et un peu plus attentifs aux attentes du peuple. Mais en l’occurence, on rêve...

    Le seul système valable à mes yeux , bien qu’imparfait, est l’abandon de la présidentielle et la désignation du chef de l’exécutif par le seul résultat des législatives, comme en Grande-Bretagne. Encore faudrait-il, sans en revenir à une proportionnelle intégrale porteuse de très grande instabilité, introduire 50 % de proportionnelle. Ce qui permetttrait :
    1) à tous les partis quelque peu représentatifs d’être présents dans l’hémicycle
    2) de retrouver un esprit plus conforme aux fondements de la démocratie.

    Mais comme vous le soulignez, ce type de réforme constitutionnelle a fort peu de chance de voir le jour tant les Congrès est phagocyté par l’UMPS. Quant à faire un réfréendum sur le sujet, là non plus il ne faut pas rêver...

    Seule solution : attendre un soulèvement de la population et s’appuyer sur une Assemblée constituante. Mais je crains fort qu’aucun d’entre nous ne voie ce jour arriver de son vivant !


    • Shaytan666 Shaytan666 6 novembre 2010 13:27

      Fergus, je vous rappelle quand même qu’en Grande-Bretagne, comme dans toutes les monarchies, le chef de l’exécutif est le souverain.


    • Fergus Fergus 6 novembre 2010 14:19

      Bonjour, Shaytan.

      En théorie, oui, mais cela revient à jouer sur les mots car vous savez très bien que le roi ou la reine n’a pas plus de pouvoir que le président allemand ou un président français de la 4e république.


  • Sylvain Rakotoarison Sylvain Rakotoarison 6 novembre 2010 14:12

    Texte inutile, qui ne rime à rien sinon à vouloir briller en société.

    L’article 7 de la Constitution est très clair à ce sujet :

    « Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. »

    http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/root/bank_mm/constitution/constitution.pdf

    Par conséquent, les blancs, nuls et abstentions ne doivent pas être décomptés dans le calcul.

    En outre, cet article de la Constitution provient de la réforme du 1962 qui a été approuvé par le référendum du 28 octobre 1962 avec 62,3% des suffrages exprimés (ou 60,6% en prenant en compte les nuls et blancs).

    Bref, si vous n’êtes pas content du mode de calcul actuel (c’est votre droit), réformez la Constitution au lieu de protester !

    Cordialement.


  • Daniel Roux Daniel Roux 6 novembre 2010 14:47

    Le problème provient du monopole organisé pour et par les partis politiques. Personne ne peut plus se présenter en indépendant, ce qui n’était pas le cas au début de la Vème république.

    Actuellement, il faut 500 signatures d’élus. Mission impossible pour une personnalité non affiliée surtout si elle a de bonnes chances de recueillir un nombre important de suffrages.

    Réformer la Constitution n’est actuellement pas possible contre les 2 partis dominants qui n’y ont pas intérêt.

    Ces derniers contrôlent les référendum à travers la question posée qui doit être approuvée dans des termes identiques par la chambre des députés et par le Sénat.

    Le statut de dictateur, au sens littéral, que s’est forgé Sarkozy rend cependant le changement de constitution nécessaire. Même les plus obtus parmi les hommes politiques devraient se poser la question : Imaginons qu’il pète les plombs ?... et ne me dites pas que c’est impossible.


    • jef88 jef88 6 novembre 2010 17:49

       @ d Roux +10


    • non666 non666 6 novembre 2010 20:07

      Soutenons dany le roux(ge)....

      Rajoutons qu’en plus , avec les 500 signatures qui ont perdu l’anonymat, nous avons en vérité un premier tour non visible, entre elus : celui des candidats admissibles au statu de candidat...
      pendant la reforme qui a mis fin a cet anonymat, les DEUX partis (UMP et PS) avaient tres clairement annoncé qu’ils s’opposeraient a ce que « leurs » elus vote pour un parti tiers.
      Le PS est revenu la dessus plus tard,, mais la menace plane toujours pour toute election « difficile » ou la place au second tour ne serait pas assurée pour les deux mafias.

      Dans quel pays « democratique » faut il l’autorisation des partis en place pour presenter des candidats aux elections , rivaux de ces partis ?


    • Daniel Roux Daniel Roux 6 novembre 2010 20:21

      @ Jeff88 et non666

      Merci de votre soutien.

      Vous souvenez vous de Coluche ? Il n’avait pu obtenir aucune signature. Le Clown, qui s’était pris au jeu, apparaissait comme une menace crédible aux Saigneurs.


  • kemilein 6 novembre 2010 16:38

    le plus simple serait d’inverser législative / exécutive, ainsi on commencerais par voter une orientation politique de notre pays, et seulement apres on y mettrait un président.

    de toutes façons je pense que
    1 les législative doivent être les plus importantes
    2 les élus, dans une circonscription limité, ne sont pas vraiment des élus du Peuple dans son entier, donc pas vraiment représentatif.
    3 le président n’est pas (ne doit pas être) un monarque mais bien, au sens sémantique, un président (arbitre)


  • ELCHETORIX 6 novembre 2010 23:20

    Que se vayan todos , ya basta  !
    Une 6ème république s’impose par la révolution citoyenne , point barre , ou sinon , viva la révolucion , armée si nécessaire !
    RA .


  • kasko 7 novembre 2010 00:20

    Article stupide

    Les chiffres absolus n’ont pas grande importance. La vraie question est de savoir quel candidat a le plus de voix. Si on attend d’avoir un candidat recueillant 50 % des voix de tous les électeurs inscrits, on n’arriverait jamais à élire un Président ! Surtout en France.
    Du coté des « opposants », le total de leurs votes aurait un sens si tous ces opposants se rassemblaient sur une seule et même autre candidature. Or c’est loin d’être le cas. Concrètement, mettre dans un même sac (qualifié de « majoritaire ») les votes pour le Front National et pour le Nouveau Parti Anticapitaliste n’apporte rien ! C’est avec des âneries pareilles que l’on s’épuise sur des chimères et que l’on fait croire à des gens qu’ils sont « majoritaires » alors que leur seul point de ralliement est d’être « contre » mais qu’ils sont incapables de bâtir un projet cohérent alternatif. Les leaders de l’opposition politique et syndicale feraient mieux de s’activer pour converger sur une solution alternative plutôt que de se répandre partout en arguant que le camp du NON est majoritaire. C’est le cas pour les élections présidentielles, mais aussi pour la réforme des retraites, pour l’Europe et la plupart des sujets difficiles.

    Un citoyen écoeuré par le niveau du débat politique et syndical en France


  • Axel de Saint Mauxe Nico 7 novembre 2010 18:08

    Elections, piège à con !


    Le système est forcément biaisé car les résultats varient selon le système électoral utilisé.

    Par exemple en 2007, avec le même nombre de voix, Bayrou l’aurait sans doute emporté si l’on avait appliqué le système de vote Condorcet :


    Ce qui démontre que le système démocratique est illusoire.

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