mardi 31 janvier - par Emile Mourey

La carte de Peutinger : voies terrestres, basiliques et cours d’eau

C'est en 1983 que j'ai rédigé cette étude. Je l'ai complétée en 2003. Je ne l'ai pas vérifiée à ce jour par manque de temps mais aussi en raison du désintérêt que la communauté scientifique et les médias portent à mes ouvrages. Merci d'en débattre et de me signaler des études récentes que je pourrais ignorer.

Le lion caché de la carte de Peutinger

Une bible pour l’archéologue (extrait de mon manuscrit non publié).

Suite à mon article du 3/1/2017 : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-carte-de-peutinger-original-ou-188095, je fais l'hypothèse qu'il pourrait s'agir, à l'origine, d'une copie de la carte d’Agrippa. Gendre, ami et conseiller de l’empereur Auguste, Agrippa entreprit d’améliorer le réseau routier de la Gaule, tout en le centrant sur Lyon. Auguste le chargea également de préparer une grande carte du monde ; Il ne put l’achever ; mais, après sa mort, en l’an 12 avant J.C., Auguste la fit exposer sur le mur du portique d’Agrippa, à Rome (extrait du Grand Larousse d’après Tite-Live). La carte, dite de Peutinger, en est peut-être une copie, mais modifiée et complétée au IVème siècle après J.C. sous le règne de l’empereur Julien. Pour preuve, une lettre de Julien qui demande à un gouverneur des précisions géographiques sur son territoire mais dont j’ai perdu la référence.

Je suis d’accord avec ceux qui pensent que les indications données par la carte correspondent à une situation militaire du IVème siècle. En revanche, je ne les suis pas dans l’appellation qu’ils lui donnent de "carte théodosienne’’. En effet, sachant que l’empereur Théodose a interdit le paganisme au profit du christianisme en l’an 391 après J.C. et qu’il fut un persécuteur des païens, il s’ensuit que notre carte ‘’païenne’’ de Peutinger n’a pu être rédigée qu’avant, au temps d’un empereur dit "païen’’. Il s'agit de l'empereur Julien surnommé l'Apostat. 

Bien évidemment, il s'agit d'une carte de propagande qui veut justifier auprès du peuple l'oeuvre civilisatrice de Rome en lui proposant l'utopie (?) d'un monde enfin unifiée dans l'espoir d'une "pax romana" généralisée enfin descendue du ciel. Ainsi s'explique, peut-être, l'orientation fautive de la Saône pour mieux mettre en évidence le trajet conduisant à la frontière du Rhin : invitation à l'engagement des futurs légonnaires mais correction fautive de la carte d'Agrippa (?) que j'ai reccorigée en bleu dans le croquis ci-dessous.

Ainsi s'explique, peut-être, mon erreur d'interprétation du pays éduen de mon article précédent. Persuadé que j'étais de voir l'ancien oppidum de Mont-Saint-Vincent/Bibracte/Augustodunum dans la vignette, là où, en toute logique, Agrippa devait l'avoir mise - derrière la voie Agrippa et la surplombant, lançant ses principales voies vers l'ouest - je n'ai pas compris que dans sa modification, Julien y avait mis Autun, corrigeant alors les distances des itinéraires.

La carte de Peutinger est une carte païenne, avec ses divinités/symboles qui trônent sur les grandes capitales de Rome, d’Antioche et de Constantinople, mais tout en étant une carte mystique où les fleuves, les eaux guérisseuses, les montagnes, les océans et les mers évoquent la grandeur de la création et le mystère d’un Dieu omniprésent mais inconnu. Carte mystique également par ce tissu de routes qui se développe et par ces monuments à deux tours qui indiquent l'emplacement des cités.

Or, comme je l'ai expliqué dans un précédent article, c'est bien la cathédrale de Chalon-sur-Saône qui est représentée dans la vignette de la ville des bords de Saône. Existence confirmée à la fin du IIIème siècle par le rhéteur Eumène qui y voyait le plus beau temple de l'univers. Existence reconfirmée par la carte de Peutinger, au temps de l'empereur Julien, quelques 30 ans après.

Une basilique dès l'an 260, en pleine antiquité tardive, vous n'y pensez pas ? Alors qu'il est admis unanimement par l'ensemble de la communauté scientifique que nos premiers grands édifices religieux datent du Moyen Âge, "au temps des cathédrales". Je me suis replongé dans les ouvrages du Zodiaque consacrés à l'art roman. Force est de constater les incroyables contorsions que font les auteurs pour donner à nos plus anciennes cathédrales, basiliques et églises, une date de fondation qui leur échappe. Force est d'admettre que si la cité éduenne s'est dotée d'un temple aussi prestigieux, on ne voit pas pourquoi les autres cités des Gaules n'auraient pas agi de même. Et, en effet, c'est bien la façade de la cathédrale d'Autun que représente la vignette d'Augustodunum de la carte de Peutinger.

Ainsi s'expliquent et se confirment les nouvelles interprétations que j'ai données des chapiteaux d'Autun, mais aussi d'autres églises et basiliques antiques. Ainsi s'expliquent ceux de Vézelay, mais à condtion de comprendre que si le monument ne figure pas sur la carte, c'est justement parce qu'il n'a été achevé, en toute logique, qu'après sa rédaction.

La voie rouge. La géographie est née avec le premier homme qui a eu l'idée de mesurer une distance en nombre de pas. Répétant ce rite millénaire, des générations de soldats étalonnent leur double pas dès les premiers jours de leur service militaire. Le double pas “réglementaire” romain faisait 5 pieds (1 m 479), soit 1 479 mètres pour 1 000 pas romains. La carte nous révèle d'une façon indiscutable qu'une très faible partie seulement de la Gaule comptait en mille romains ; c'est en lieues gauloises que les Gaulois indiquaient leurs distances. Leur lieue valait 2 222 mètres. Dans un monde qui s'ouvrait au commerce, dans ce monde en plein essor où les droits de péage représentaient une ressource justifiée et non négligeable pour l'équipe qui tenait le pouvoir dans la cité, il importait que les distances d'après lesquelles le coût des charrois ou des droits était calculé, soient déterminées d'une façon précise une bonne fois pour toutes. Les “chicayas” entre le voyageur, le transporteur ou le fisc se réglaient ainsi beaucoup plus facilement : la carte impériale faisait référence et force de loi. Pour que tous ces gens-là puissent s'y retrouver, il fallait obligatoirement que le début et la fin de chaque tronçon soient signalés par des repères fixes, caractéristiques et bien visibles. Ces points de repère pouvaient être soit naturels (franchissement de cours d'eau ou de col), soit placés par l'homme (borne milliaire, dolmen, statues de déesses protectrices de carrefour, pont ou passage de bacs), soit tout simplement les maisons offrant le gîte au voyageur. Pour que ce voyageur s'aventure en connaissance de cause dans un pays qui lui était inconnu, il fallait lui donner la possibilité de calculer avant son départ le coût probable de son déplacement, ce que l'étude préalable de la carte permettait de faire dans une certaine mesure. Mais aussi et surtout, il fallait qu'il soit assuré de trouver dans de bonnes conditions le gîte et le couvert pour lui et ses hommes, le foin et l'écurie pour ses animaux de bât, la possibilité d'échanger ses chevaux fourbus ainsi que tout le soutien logistique pour ses moyens de transport (charrons, vétérinaires, maréchaux-ferrants etc... ), et si possible, dans les établissements quatre étoiles : le bain chaud et froid. Enfin, il lui fallait avoir l'assurance qu'il serait protégé contre les brigands. En échange, le voyageur payait son écot à l'établissement privé ou public dont il avait bénéficié des soins. Or, il est bien évident que la cité ne pouvait assurer un tel service sur son territoire que pour un certain nombre d'itinéraires rentables, les autres n'étant parcourus par les étrangers qu'à leurs risques et périls. D'où l'intérêt d'une carte qui aurait répertorié la liste de ces itinéraires privilégiés ; l'empereur romain, en accord avec les représentants des cités, y garantissait la sécurité, le transport, le gîte et le soutien logistique suivant probablement un tarif de prix fixes. Pour distinguer ces itinéraires des autres, la couleur rouge s'imposait, d'où le nom de “voie rouge” qu'on retrouve si fréquemment dans nos lieux-dits, en compagnie des “maison rouge”, des “pont rouge” et des “rocher rouge”. Il n'y avait pas de meilleur panneau publicitaire pour attirer le client qu'une bonne et solide maison construite en pierres rouges du pays. Le voyageur l'apercevait de loin et ses serviteurs lui disaient : « Maître, nous sommes fatigués, nos chevaux sont fourbus car l'étape a été longue. Voilà une maison rouge de fort belle apparence où nous devrions trouver tout ce qui est nécessaire pour passer la nuit. » Voyageurs, coursiers, postiers, touristes, curistes, tous ces gens-là passaient par la voie rouge. La carte de Peutinger n'est pas seulement une carte des Postes ou l'itinéraire du “cursus publicus”, elle est cela, certes, mais plus que cela : elle est la carte d'un monde en pleine évolution.

Les cours d’eau. Le tracé des cours d'eau est un véritable poème qui a rebuté nombre d'historiens. Si on examine la carte en commençant par le bas et par l'embouchure des fleuves (croquis ci-dessus), on reconnaît tout d'abord le Lot (voie navigable, en dessous et hors du croquis). Ce Lot, parce qu'il se jette dans la Garonne, il faut lui attribuer le nom de “Garunna” qui, on sait pas pourquoi, indique le cours d'eau du dessus. Pourquoi les noms des fleuves - croquis ci-dessous - ont-ils été décalés d'un étage vers le haut ? Mystère ! Ce Lot trouve effectivement sa source dans les montagnes du pays arverne. L'itinéraire de Lyon à Bordeaux reste, comme c'est normal, sur sa gauche, puis le franchit après Aginum (Agen) lorsqu’il remonte vers Bordeaux. Plus haut, c'est la Charente qui se jette dans l'océan en dessous du marais poitevin. Si l'on remonte son cours, on constate, comme c'est normal, qu'elle a laissé Mediolanum Santonum (Saintes) sur sa rive gauche et qu'elle se laisse franchir par la route d'Augustoritum (Limoges) à Condate (Cognac). Mais voilà, ô stupeur, qu'elle se raccorde à la Vienne pour passer au sud de Lemunum (Poitiers), puis à l'Indre vers Alerta (Chateauroux). Ensuite, son raccord au cours supérieur de la Loire est une erreur tellement grossière qu'on ne peut l'attribuer qu'à l'inculture du copiste... à moins que le rédacteur de la carte ait voulu, fort maladroitement d'ailleurs, indiquer une succession de voies de batellerie pour aller de Lyon à Rochefort.

L'embouchure de la Loire est exagérement agrandie. Est-ce parce que c'est la voie principale pour atteindre le centre de la Gaule, à Gergovie (?). Est-ce pour mieux mettre en évidence la gueule du lion ? Il faut faire déboucher le fleuve à Portus Namnetum (Nantes) et ramener son cours sous l'itinéraire de la voie terrestre (Juliomagus, Casarodunum, Cenabum) en passant au-dessus de Chartres, Autricum ; puis, toujours en suivant cette grande voie terrestre, il faut remonter le cours supérieur, tel qu'il est indiqué, jusqu'à Decize. Ensuite, il faut aller non pas aux sources de nos livres de géographie, mais par un affluent, le Rhins, remonter dans les monts du Beaujolais, au plus près de Lyon.

L'embouchure de la Sequanas (la Seine pour le cours inférieur) est apparemment juste, mais ensuite, entre Rouen et Lutèce, il faut carrément gommer son tracé si on veut y voir clair. A Lutèce, on retrouve son cours moyen parfaitement bien tracé que coupe à Sens la voie d’Agedincum à Riobe. A cet endroit, la Sequanas ne s'identifie plus à notre Seine mais à l'Yonne qu'elle remonte, puis l'Armançon, puis la Brenne en passant près d'Alise-Sainte-Reine. Nous arrivons enfin aux sources de cette étonnante Sequanas et par les hauteurs de Sombernon ou des monts d'Agneux (indiquées par une vignette de montagne), nous rejoignons par l'Ouche, la Thalie (l'Arar) et la Saône, l'importante station de Cabillo (Chalon-sur-Saône).

En dessous de Bagacum Nerviorum (Bavay), nous trouvons très justement les sources de l'Oise (Isara) dont le cours se dirige comme pour rejoindre la Seine, coupant la voie d'Augusta Suessionum (St-Quentin), puis celle de Soissons à Isara (Noyon-sur-Oise). Mais à partir de là, au lieu de descendre sur Briva Isara (Pontoise), le tracé saute à la Somme, descend la Seille entre Sammavobriga (Amiens) et Casaromagus (Beauvais), puis saute de nouveau à l'Andelle pour finalement rejoindre la Seine, comme s'il avait été dans l'intention du rédacteur ou du copiste de nous indiquer la voie romaine qui descend d'Amiens en direction de Forges-les-Eaux, site probablement antique.

La Meuse, fleuve “Patabus” à son embouchure, et “Mose” dans son cours supérieur, prend sa source, comme de juste, sur le plateau de Langres, au nord-est d’Andemantuno (Langres). Son cours supérieur, tel qu’il est indiqué sur la carte, ne peut être qu’un affluent dont l’importance a été manifestement exagérée pour attirer le touriste jusqu’à la station thermale d’Andesina (Grand). Malheureusement, en modifiant la carte originale d’Agrippa (?), le copiste (?) du IVème siècle s’est apparemment fourvoyé, car l’affluent en question, l’Ornain, s’il prend bien sa source à Grand, ne se jette pas dans la Meuse, mais dans la Saulx, affluent de la Marne. C’est ainsi que si le premier franchissement indiqué, sur le tronçon Mose-Noviomagus, concerne bien la Meuse, le franchissement suivant, sur le tronçon Caduriges-Nasie ne peut concerner que l’Ornain, ce qui ajoute à la confusion. Ensuite, nous retrouvons le cours normal de la Meuse. Elle baigne “Atuataca” (Tongres), puis Nimègues, avant d'aller se jeter dans la mer du Nord. Le Rhin, immense fleuve qui s'étend sur trois segments de carte, prend sa source dans la grande chaîne alpine qui barre la carte en diagonale. Après avoir traversé le lac de Constance, il laisse à sa droite une étonnante Forêt Noire (Silva arciaca) aux essences multiples d'arbres et court vers la Mer du Nord. Là, le fleuve laisse Leyde (Lugdunum) à sa gauche et va se jeter dans le Zuiderzée, évidemment par le large canal que Drusus fit creuser au temps d'Auguste.

La Moselle a pris sa source dans les Vosges au-dessus du pays des Séquanes (capitale : Vesontio). Dans son parcours sinueux, elle s'ouvre un passage en direction du Rhin. Elle baigne Metz (Durocortorum), laisse les Ardennes à sa gauche, arrose ensuite Trèves (Augusta Trevirorum) et après de multiples boucles, atteint enfin le Rhin avec lequel elle se réunit à Coblence (Confluentes).

Comme le Rhin, le Rhône prend sa source dans la grande chaîne des Alpes. Il traverse, lui aussi, un lac (lacus Losanne). Il se dirige vers Lyon pour y recevoir la Saône. Nous avons vu, qu'ici, la carte était fautive et qu'il fallait, de toute évidence, la corriger. Cette correction étant faite, la Saône, après avoir reçu le Doubs qui vient de “Pons Dubis”, puis la Thalie (l'Arar) qui descend des hauteurs de Dijon (Tilena), suit alors la grande voie Agrippa, de Chalon (Cabillo) jusqu'à Lyon (Lugdunum).

La Durance, enfin, à qui la grande chaîne des Alpes a également donné naissance, suit la voie terrestre devenue depuis “la route Napoléon”. Contrairement aux indications de la carte, le fleuve coupe cette route à Cavaillon, puis, à Avignon, la voie qui monte vers Lyon.

Comment expliquer toutes ces erreurs – impardonnables – concernant le réseau fluvial ? On peut raisonnablement supposer que sur l’original d’Agrippa, ce réseau était plus complet et comportait davantage d’affluents, tout au moins pour la Gaule. Cet original, exposé dans une galerie ou sur un mur, était peut-être beaucoup plus grand que la copie qu’en ont faite les scribes de Julien, au IV ème siècle après J.C.. De toute évidence, ces scribes se sont trouvés devant un problème de manque de place et ils ont, manifestement, supprimé certains cours d’eau ; exemple caractéristique : la Marne. Mais là où il faut s’interroger, c’est lorsqu’ils raccordent des cours d’eau entre eux – véritable salade - comme s’ils ignoraient tout de la géographie. Copistes incultes, fatigués, pressés d’en finir ? Ou, tout simplement, Julien n’aurait-il pas demandé à ses scribes de donner la priorité à l’esthétisme : peu importe l’exactitude du tracé des cours d’eau à partir du moment où les itinéraires terrestres sont justes ? De même, il semble bien que les noms des peuplades aient été disposés sur la carte beaucoup plus pour faire joli que pour situer les régions correspondantes.

Un témoignage capital de Strabon qu'on se refuse toujours à comprendre.

Et pourtant, le géographe grec avait tout dit, mais il aurait fallu faire preuve de bon sens avant de l'accuser d'erreurs. Il est bien évident qu'il était absurde de croire que Strabon situait les pays éduen et ségusiave entre la Saône et le Doubs. Chose encore plus incroyable, on a lancé la construction d'un grand musée archéologique européen sur le site du mont Beuvray sans même vérifier les traductions anciennes. Or, il fallait comprendre qu'en parlant du Δούβιος/Doubios, Strabon ne pensait pas au Doubs mais à la Dheune...

  1. Il s'ensuit, primo, que le pays éduen se trouvait entre la Dheune et la Saône, ce qui exclut le mont Beuvray qui se trouve au-delà...
  2. Il s'ensuit, secundo, que le Cabillodunum éduen de César jouait un rôle central dans le transit des marchandises et des voyageurs, et vers la Seine, et vers la Loire, justifiant ainsi sa qualification de métropole de la Gaule par Diodore de Sicile.

Les marchandises reçues d'abord par l'Arar (la Saône) passent ensuite dans le "Δοῦβις" (Dubis/Dheune), affluent de l'Arar ; puis on les transporte par terre jusqu'à la Sequanas (la Brenne, l'Armançon, la Seine) dont elles descendent le cours, et ce fleuve... jusqu'à l'océan (Strabon, géographie, IV, I, 14)... sans compter qu'il y a bien 1000 stades de Lugdunum (185 km) jusqu'à cette voie Sequanas (géographie, IV, 3, 3). C'est la distance, en droite ligne, entre Lyon et Verdun-sur-le Doubs, qui nous mène dans la région des monts d'Agneux où se faisiait probablement l'un des premiers transbordements par un chemin empierré antique dont le trace est toujours visible.

Emile Mourey, 30/1/2017, extraits de mes ouvrages, www.bibracte.com. Extraits carte de Peutinge de la Bibliotheca Augustana, université d'Augsbourg.



15 réactions


  • jef88 jef88 31 janvier 14:15

    ou peut on trouver cette carte ?


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 31 janvier 15:56

    Le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale d’Autriche serait l’œuvre d’un moine copiste anonyme de Colmar qui aurait reproduit vers 1265 un document plus ancien. On pourrait penser que ’original était postérieur à 328, car il montre la ville de Constantinople, qui a été fondée cette année-là. Mais cette datation n’est pas possible puisque Pompéi figure également sur la table dite « de Peutinger » alors que la ville, détruite en 79 par l’éruption du Vésuve et reconstruite était tombée dans l’oubli. 

    Tout se passe donc comme si des copies successives du document avaient été réalisées en ajoutant de nouvelles données, mais sans corriger les anciennes.

    Quel était l’intérêt au 13ème siècle de faire réaliser la copie d’un document correspondant à une réalité vieille de dix siècles alors que les seules cartes à jour étaient les « portulans », cartes marines utilisées par les navigateurs qui ne détaillaient pas l’intérieur des terres ?

    Les moines érudits du 13ème siècle pensaient-ils que le monde était figé ? Comment voyageaient les militaires et les abbés qui, on le sait, parcouraient l’Europe dans tous les sens ? Ils ne pouvaient pas se fier à des indications vieilles de mille ans ! Alors, pourquoi cette copie ?


    • Emile Mourey Emile Mourey 31 janvier 16:49

      @Jeussey de Sourcesûre


      Exactement.Tant qu’on n’a pas apporté la preuve de l’existence de ce moine, tant qu’on n’a pas fait des examens scientifiques de ce parchemin pour le dater du Moyen Âge, la logique veut que le document originel, soit ait disparu dans l’indifférence générale, soit ait été conservé par des personnes intéressées, ou... Tant que cela n’a pas été fait, tant qu’il n’a pas été prouvé que le présent parchemin ne peut pas remonter au IV ème siècle, je fais comme si... Mais je n’affirme rien, vu qu’il m’arrive, à moi aussi, de me tromper.

      En revanche, la question que vous soulevez est intéressante. Car s’il s’agit d’une copie, en partie, de la carte d’Agrippa mort en 12 avant J.C, Pompéi existait encore et on peut supposer que le scribe du IVème siècle n’a pas jugé utile de l’effacer sur sa copie. Cela rejoint mon questionnement : comment se fait-il que la vignette d’Augustodunum se trouve à l’emplacement apparent de Mt-St-Vincent alors que les distances plaident pour Autun ?

    • Emile Mourey Emile Mourey 31 janvier 19:21

      @Jeussey de Sourcesûre


      Oui, une copie d’une copie... qui a dû s’arrêter quand elle est devenue « non canonique » car trop païenne, donc bien avant le fameux moine du Moyen âge.

    • soi même 31 janvier 20:53

      @Jeussey de Sourcesûre, je ne pense pas que c’est une carte païenne comme semble suggérer Émile, je pense plus tôt à une sauve garde de document de l’antiquité tardive.

      Surtout à l’époque les monastères était les lieux où était préserver le savoir antique qui avait échappé à la fureur des déstructurions du bas empires.

      Il y a si la dates est juste 169 d’écart entre la première croisade 1095 et contemporaine avec la démière croissades-1291qui ouvre à la redécouverte du levant et annonce la cette transition vers la renaissance et cette carte en appel un autres événement en 1507, les moines du « Gymnase vosgien » réalisent, sous la direction du cartographe Martin Waldseemüller, un planisphère (Universalis Cosmographia ou « Cosmographie Universelle ») accompagné d’un livret de 52 pages, intitulé Cosmographiae Introductio (« Introduction à la Cosmographie »). Sur la carte figure donc un nouveau continent dessiné par les moines suivant les lettres de voyage de Vespucci qui, contrairement à ses collègues explorateurs, était persuadé d’avoir découvert un nouveau continent . Les descriptions du navigateur vont également amener les moines cartographes à reconsidérer la géographie telle qu’elle était envisagée depuis Ptolémée (dont le monde connu s’étendait de l’Atlantique à la Chine). Et c’est en hommage à Amerigo Vespucci qu’ils vont nommer le nouveau continent « America », comme expliqué dans le chapitre 9 de l’ouvrage : « A présent, ces (trois) parties (du monde : l’Europe, l’Asie et l’Afrique) ont été plus largement parcourues et une quatrième partie a été découverte par Amerigo Vespucci. Cette quatrième partie, je ne vois pas pourquoi quelqu’un empêcherait à juste titre qu’on l’appelle, du nom Amerigo de son découvreur, un homme à l’esprit très pénétrant, Amerige en tant que terre d’Amerigo, ou America, puisque l’Europe et l’Asie ont acquis leur nom de personnages féminins  ». Sur le planisphère, le nom apparaît sur la partie sud de l’Amérique, partie dont Vespucci a exploré les côtes. Mais une interrogation subsiste : comment Waldseemüller et ses moines sont-ils parvenus à un dessin « relativement » fidèle du continent ? A l’époque, aucun explorateur ne s’est enfoncé dans les terres et n’a vu l’Océan Pacifique, pourtant représenté !

      Se nouveaux mystère illustre bien qu’il avait bien un savoir ésotérique qui aujourd’hui nous avons une faible connaissance de son étendue et qui montre bien que cette époque est tous sauf un obscurantisme du savoir. Il est juste diffèrent et souvent incompréhensible aujourd’hui.


    • HELIOS HELIOS 31 janvier 22:22

      @Jeussey de Sourcesûre


      ***** Les moines érudits du 13ème siècle pensaient-ils que le monde était figé ? Comment voyageaient les militaires et les abbés qui, on le sait, parcouraient l’Europe dans tous les sens ? Ils ne pouvaient pas se fier à des indications vieilles de mille ans ! Alors, pourquoi cette copie  ? *****

      ... beaucoup de suppositions dans vos(les) commentaires...

      D’abord, l’existence de cartes... celles ci, a l’évidence existaient et pas nécessairement dessinées par des moines : les marchands, les soldats...

      ensuite, remettre en cause le contenu c’est ignorer le travail du copiste. Celui-ci ne voyageait pas et ne pouvait verifier la réalité située a des centaines(milliers) de km. Ils etaient le plus précis possibles et donc recopiaient tout. C’est au voyageur, probablement habitué a ce type de carte de connaitre l’actualité de l’information. A cette époque nous etions loin de la précision nécessaire pour les voyages actuels, tant au point de vue orientation, distance et ... temps.

      Je trouve ces cartes parfaitement adaptées et même extraordinairement bien concues pour leur objectifs... je dirai même, un chef d’oeuvre... digne de nombreux road-book vendus actuellement.

    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 1er février 10:33

      @HELIOS

      Christophe Colomb possédait un ouvrage du XIVe siècle du cardinal français d’Ailly, l’Imago mundi, dans une version imprimée en 1480 contenant les preuves apportées par les Anciens de la sphéricité de la Terre, notamment celle du chapitre XIV du livre II du Traité du Ciel d’Aristote, soit au IVe siècle avant J.-C. Dans ce texte d’Aristote se trouve mentionnée la thèse selon laquelle il y a une seule mer de l’Afrique aux Indes. Il avait aussi connaissance des mesures du méridien terrestre effectuées par Eratosthène au IIe siècle avant J.-C. Car dès l’antiquité, on savait que la Terre était ronde.

      La thèse de la terre plate est celle de Thalès (VIIe-VIe siècle avant J.-C.), et c’était un progrès, car Thalès rompait avec les représentations mythiques, telles qu’on les trouve chez Hésiode (VIIIe-VIIe siècle avant J.-C.), d’une déesse Terre (Gaia) qui occupait le bas de l’univers et qui avait des racines. Sa représentation était celle d’un disque plat posé sur l’eau. Les mouvements de l’eau expliquaient selon lui les tremblements de terre. Cette conception relative à la forme de la Terre s’est perpétuée parallèlement aux connaissances plus modernes jusqu’à l’antiquité tardive. 

      Aristote avait même montré que chaque fois qu’il y avait une éclipse de Lune, la forme réfléchie était toujours courbe et que l’ombre n’est pas la même lorsqu’on se déplace du nord au sud : la différence ne s’explique que si la Terre est sphérique. Les marins savaient aussi que lorsqu’un bateau arrivait à l’horizon, on commençait à voir le mât avant la proue, ou à l’inverse, que lorsque les bateaux s’éloignent, le mât disparaissait en dernier.

      Aristarque de Samos ( 310- 230 av. J.-C.), lui, avait proposé une méthode correcte pour mesurer les distances entre la Lune et la Terre, et entre la Terre et le Soleil, mais il avait aussi proposé l’idée selon laquelle c’est la terre qui tourne autour du Soleil et non l’inverse.

       Avec le christianisme, les choses se compliquent. Certains religieux acceptaient sans difficultés les données de l’astronomie antique, mais une opposition qui s’appuyait sur une lecture littérale de la bible existait également. Par exemple, Lactance ( 260- 325), huit siècles après Aristote, soutenait que la Terre était plate, arguant notamment "qu’il est insensé de croire qu’il existe des lieux où les choses puissent être suspendues de bas en haut" (Institutions divines). Un moine byzantin du VIe siècle, Cosmas d’Alexandrie, dans sa Topographia Christiana, affirmait que la Terre était terminée par des murailles derrière lesquelles le Soleil se couchait.

      Pourtant, la plupart des savants (c’est-à-dire des théologiens) du Moyen-Age, admettait une Terre ronde. Dans ses Etymologies, Isidore de Séville ( 530- 636) compare la Terre à une balle, et, dans don Image du monde, au XIIIe siècle, Gossuin de Metz la compare à une pelote.

      Et c’est la redécouverte de la philosophie et de la science antique à la renaissance, notamment par l’intermédiaire des arabo-musulmans qui a validé la représentation d’une Terre ronde au centre d’un univers lui-même sphérique.

      C’est cette représentation qui fut ébranlée par Copernic (1473-1543), qui a repris l’hypothèse héliocentrique, et convaincu Galilée qui jura sur la Bible que la Terre était au centre de l’univers pour sauver sa peau.

      Les moines étaient bien détenteurs de savoirs issus de courants contradictoires, ce qui n’a rien d’ésotérique. Le seul dogme imposé par l’église n’était pas la « platitude » de la terre, mais sa position centrale dans le cosmos.


  • Olivier 1er février 14:06

    Sur le problème de la cathédrale de Chalons-Sur-Saône : Le récentiste A. Fomenko parle justement de ce problème dans ses ouvrages, et avec énormément d’autres faits, il met en cause la chronologie officielle. Il montre de façon assez convaincante qu’on a rajouté au moins 300 ans à l’histoire de l’occident par rapport aux dates réelles des évènements. 


    Par exemple, il estime que les églises romanes ont été construites en réalité à la fin de l’empire romain et étaient destinées à un culte païen à l’origine ; elles auraient été christianisées ensuite.

    Avez-vous connaissance des théories récentistes et qu’en pensez-vous ?

    • Emile Mourey Emile Mourey 1er février 16:36
      Je ne connais cette théorie que par M. David Carrette qui m’a écrit plusieurs bons articles sur le journal de Saône-et-Loire. Il semble qu’il se soit rapproché de cette théorie et d’un de ses sites. Il y a repris un de mes articles Agoravox en citant mon nom, ce que je trouve tout à fait normal dans un débat démocratique. Je lui ai toutefois dit de vive voix que je n’approuvais pas cette théorie pour la raison toute simple qu’en faisant la liste des occupants, seigneurs et autres, des positions fortifiées de Mont-Saint-Vincent/Bibracte/Augustodunum/ et de Taisey, je n’y trouve pas de « trous ».


    • popov 2 février 15:52

      @Jeussey de Sourcesûre


      Je viens de commencer la lecture de votre référence. À ce stade, je ne me prononcerai pas, je lis ce livre comme une ouvrage de science fiction et je trouve cela assez fascinant. J’avais entendu parler de Fomenko mais je n’ai rien lu de lui, le considérant a priori comme un illuminé, peut-être à tort.

      Deux remarques :

      (1) Le calendrier julien est entré en vigueur en -46 du calendrier grégorien qui lui est entré en vigueur en 1582. Pendant cette période de 1628 ans il y a eu, en suivant les règles du calendrier julien, 1628 / 4 = 407 années bissextiles.

      Si le calendrier grégorien avait été utilisé pendant cette période, il y aurait eu 1628 / 400 * 97 = 395 années bissextiles. Le calendrier julien aurait donc ajouté 407 - 395 = 12 jours en trop. Or, quand le calendrier grégorien est entré en vigueur, il n’ont retiré que 10 jours, pas 12. Je reviendrai sur ce point.

      Les Romains n’étaient pas très forts en maths, il est très possible qu’ils aient considéré la dernière année d’un cycle de 4 ans comme la première du cycle suivant, intercalant ainsi une année bissextile tous les 3 ans au lieu de 4. Mais dans ce cas, il y aurait eu un décalage de 1628 / 3 - 395 = 147 jours au lieu de 12.

      Sauf si...sauf si 1628 années ne se sont pas écoulées entre l’entrée en vigueur des deux calendriers. 
      Supposons qu’il ne se soit écoulé que x années. Il faudrait que pendant ces x années il y ait eu exactement x / 3 = 405 années bissextiles. Donc x = 1215. On aurait donc gommé 1628 - 1215 = 413 années subrepticement de la chronologie, ce qui correspond aux estimations de Newton.

      Il y a évidemment des hypothèses plus simples pour expliquer cette petite différence de 2 jours :

      - l’équinoxe de printemps aurait été mal calculé à l’époque romaine (une erreur de 2 jours—peu probable),

      - il y a une petite erreur de 11 années dans la chronologie officielle, 1637 ans et non 1628 se seraient écoulés entre l’entrée en vigueur des deux calendriers,

      - les Romains ont commis cette erreur d’un cycle de 3 ans pendant seulement quelques cycles, jusqu’à ce que les astronomes grecs leur fassent remarquer leur erreur.

      (2) D’autres calendriers existent et il faut les comparer lors de rendez-vous historiques :

      - calendrier indien (à quand datent-ils l’arrivée d’Alexandre le Grand ?)

      - le calendrier islamique (à quand datent-ils la conquête de Byzance ?)


    • popov 5 février 04:42

      @Jeussey de Sourcesûre


      Voilà, je me suis farci « Où est passé le Moyen-Âge » en entier.

      Ce n’est pas seulement l’histoire du Moyen-Âge qu’il réécrit, 

      c’est carrément l’histoire de la terre. Recherchez le mot « Terciaire »

      c’est aussi carrément l’histoire de l’humanité. Recherchez le mot « civilisation atlanto-européenne » ou « grande civilisation technologique ».

      c’est aussi carrément la physique nucléaire : Recherchez le mot « silicium ».

      Tout cela sans le moindre argument !!

Réagir