Bibracte, c’est le Mont-Saint-Vincent, Gergovie, c’est Le Crest, le Beuvray, c’est Gorgobina. Archéologues, ouvrez les yeux !
Il est vrai que je ne m'attendais pas à ce que les archéologues fassent "surgir" du mont Beuvray une ville jusque-là inconnue. Malheureusement, cela les conforte dans l'idée qu'il s'agit de Bibracte, oppidum des Éduens, alors que je n'y vois que celui de Gorgobina, oppidum des Boïens que César a installés sur le site après sa victoire sur les Helvètes. Comment expliquer le phénomène ?
(Ci-dessous, à gauche, anneau en sapropélite, art boïen, trouvé au mont Beuvray.)
Tout d'abord, force est de constater qu'une fois de plus, les archéologues font le choix d'expliquer l'Histoire en partant de l'interprétation de leurs fouilles tout en reléguant aux deuxième et troisième rangs les textes anciens et la logique militaire. Pire, dans le documentaire récent de RMC découvertes, ils citent César, mais en lui faisant penser ou dire ce qu'il n'a nullement pensé ou dit.
"Bibracte oppido Haeduorum longe maximo et copiosissimo", Bibracte, l'oppidum des Éduens, de beaucoup le plus important et le plus riche (César, DBG I, 2, traduction E. Mourey) : oppidum le plus important qui s'explique par la hauteur de ses murailles, le plus riche par sa situation près des champs de blé de la Saône ; et non pas "Bibracte le plus vaste et le plus riche", comme le traduit le documentaire récent de RMC découvertes. Le mont Beuvray ne correspond pas à la description de César telle que je l'ai traduite ; ses murailles ne sont pas élevées, sa région n'est pas riche, le Mont-Saint-Vincent, si !
De même pour les murs gaulois.Trabes derectae perpetuae in longitudinem ...in solo collocantur... On place sur le sol, dans la longueur, de grandes poutres droites mises bout à bout... paribus iutervallis distantes inter se binos pedes... Entre deux lignes de poutres (posées au sol), il y a un même espace de deux pieds (traduction E. Mourey et suivante). Hae revinciuntur introrsus et multo aggere vestiuntur : ea autem, quae diximus... Après les avoir liées de l'intérieur (les deux lignes de poutres), on remplit l'espace de beaucoup de terre...ea autem, quae diximus, inter valla grandibus in fronte saxis effarciuntur... Dans l'espace dont nous parlons, on le garnit, en façade, de grosses pierres. His collocatis et coagmentatis alius insuper ordo additur... Une fois, ces grosses pierres placées et cimentées entre elles, on ajoute au-dessus, un autre rang...Par son aspect et sa variété, cet ouvrage n’est pas laid du fait de l’alternance des poutres et des pierres dont les rangs offrent à la vue des lignes droites (César, DBG, VII, XXIII).
Et non : on pose sur le sol, sans interruption dans toute la longueur du mur, des poutres perpendiculaires (? ??) à sa direction et séparées par le même intervalle. (En outre, il ne faut pas traduire le mot latin "intervallum " par intervalle, mais par espace).


En haut, à gauche : murus gallicus d'après ma traduction du texte de César, mais avec des pierres, en façade, beaucoup plus grosses. Au centre, interprétation fautive du mont Beuvray. À Bourges, Rampe Marceau. En-dessous, mur à Clermont-Ferrand dit "mur sarrazin". Il est possible que cela soit un murus gallicus dont les poutres de façade ont été remplacées par une rangée de briques.
Non, Monsieur Vincent Guichard, les "murus gallicus" que décrit César sont seulement ceux de Bourges. Les murailles de Bibracte, à Mont-Saint-Vincent, sont beaucoup plus anciennes ; aucun auteur ancien n'a dit qu'elles étaient construites différemment de celles des autres "arx" de l'époque, en Grèce ou ailleurs.
Bibracte, capitale du peuple éduen se trouvait donc à Mont-Saint-Vincent. La forteresse a été rasée par le roi Louis VII mais ce qui reste de son oppidum "troyen" est toujours là ; et il existe des preuves encore plus convaincantes. il suffit d'ouvrir les yeux.
À l'entrée du temple de Perrecy-les-Forges, dans le chapiteau de gauche, un ange apparaît, solidement campé sur le horst caractéristique de Mont-Saint-Vincent, véritable Bibracte, forme de lion couché, tête à droite, queue à gauche. L'épée dressée, il garde l'entrée du sanctuaire divin contre le “Mauvais” du dehors et il invite la population de la contrée à venir se placer sous sa protection, derrière son bouclier.
Dans le chapiteau de droite, un autre ange, porteur de la lance, écrase le dragon des anciennes croyances arvernes. Ce dragon est de toute évidence le dragon de Gergovie, la tête au Crest, le corps dans la montagne de la Serre. L'ange invite avec la plus grande douceur la population craintive. « Entrez dans le temple, dit-il, aux hommes et aux femmes apeurés. » Le message est clair. C'est comme un drapeau que la cité éduenne a planté face aux Arvernes, dans sa progression de conquête de la Saône à la Loire et dans laquelle s'inscrit l'installation des Boïens au mont Beuvray.
Rien de romain ! Que du gaulois !

À gauche, relief de Mont-Saint-Vincent/Bibracte, forme de lion couché. L’enceinte de la ville en forme de courbe, avec ses deux extrémités garnies de tours, semblait avancer ses deux bras pour te recevoir, autre vision (Actions de grâces à Constantin Auguste, ch. VII ; il s'agit, en réalité, de Constance-Chlore).
À droite, relief de la montagne de la Serre, forme de corps de reptile, portant à son extrémité, sur l'éperon, l'oppidum et la ville de Gergovie. Ci-contre, art mystiqie de Gergovie ; en dessous, art mystique de Bibracte dans le temple de Mont-Saint-Vincent/Bibracte.

Mais alors, le mont Beuvray, c'est quoi ?
C'est la Gergovina, alias Gorgobina, des manuscrits anciens, une position forte qui protégeait la circulation sur la Loire, au profit des Arvernes de Gergovie. Pour les Éduens, c'est la position forte qui leur permettait de dominer le pays de la Saône à la Loire. C'est pour cela qu'ils y ont installés les Boïens en colonie puis en alliés.
Dans la thèse erronée de Mont-Beuvray/Bibracte, ce seraient les Éduens qui, s'en trouvant en nombre, l'auraient abandonné au temps d'Auguste pour s'installer dans la nouvelle ville d'Autun que l'empereur aurait fondée. C'est faux ! Strabon, si précis sur l'oeuvre d'Auguste - Octave de son vrai nom - ne le dit pas.
Dans mon explication, Bibracte, à Mont-Saint-Vincent, est un "dunum" consacré à l'Auguste du ciel, d'où son autre nom d'Augustodunum, d'où le fait qu'il l'ait donné à sa colonie, alors simple marché, dans le cadre de ce que j'appelle la cité double d'Augustodunum. Que des citoyens de Mont-Saint-Vincent aient émigré dans la colonie, rien d'étonnant !
Or, au début du IV ème siècle, qu'écrit le rhéteur Eumène : Puisque les empereurs ont voulu relever cette colonie (Augustodunum/Autun) et la vivifier avec les plus grandes et les plus nombreuses ressources de l’empire, il ne conviendrait pas que les deux très beaux temples de notre ville (Mont-Saint-Vincent/Bibracte/Augustodunum) soient défigurés par les constructions en ruines qui se trouvent au milieu. (Discours pour la réparation des écoles).
Fondation du grand Autun au Ier siècle ? Non ! Au début du IVème siècle ? Oui !
De la victoire de César sur les Helvètes et les Boïens en 58 avant JC au début du IV ème siècle, cela fait 358 ans. Qu'ont fait les Boïens pendant ces 358 ans ? Réponse : ils ont colonisé le Morvan. Rien à voir avec Autun. Comme Eumène le dit dans ma précédente citation, Autun n'existe en tant que grande ville qu'au début du IVème siècle, par la volonté ses empereurs romains dont Constance-Chlore : Non contents de reconstruire la ville d'Autun, les empereurs y avaient fait venir de nombreux ouvriers d'outre-mer, des colons choisis parmi les plus illustres familles des provinces (Eumène, discours pour la réparation des écoles). Des Éduens, probablement de Mont-Saint-Vincent/Bibracte, oui, mais pas seulement.
La preuve que les Boïens ont colonisé le Morvan : la ville d'Alisincum/Luzy.
Pendant ces 358 ans de présence des Boïens au mont Beuvray, et avant la reconstruction d'Autun, les Boïens ont colonisé le Morvan. Ne voulant pas garder pour le mont Beuvray, le nom arverne de Gorgobina, ils l'ont appelé Alisum ou Alisincum, comme Alésia qui était alors le nom de Taisey/Chalon (ma thèse) ; d'où le nom d'Alisincum qu'on retrouve au pied du Beuvray dans l'une de ses fondations : Alisincum dans l'itinéraire d'Antonin, actuelle Luzy.


En 69 après JC... .En ce temps là où tout se jouait au niveau des grands - j’ai honte à le dire - un certain Mariccus, issu de la plèbe du peuple boïen, s’introduisit dans le cours de la fortune en osant provoquer les armes romaines au nom du ciel. Déjà, ce libérateur des Gaules, mais aussi dieu (comme il le prétendait) avait rassemblé 8000 hommes et cherchait à entraîner les pagus éduens les plus proches, lorsque cette cité très sage, choisie de la jeunesse, dispersa cette foule fanatique avec l’aide des cohortes de Vitellius. Fait prisonnier au cours du combat, Mariccus fut, peu de temps après, livré aux bêtes. Comme les lions ne le mettaient pas en pièces, la foule stupide le croyait invulnérable et il fallut que Vitellius le fit tuer à la vue de tous. (Tacite,Histoires,2,61)
Mon interprétation : en 69 après JC, 127 ans après leur instalation au mont Beuvray et dans le Morvan, 8000 Boïens se rassemblent au mont Beuvray et s'élancent vers la cité éduenne de Chalon/Taisey pour la défendre contre les légions pillardes de Vitellius qui sèment le désordre et la terreur dans le Chalonnais. Hélas ! La cité de Bibracte, à Mont-Saint-Vincent, n'a pas suivi et les légions de Vitellius ont écrasé ce que Tacite appelle une troupe fanatique.
Honneur aux Boïens du Morvan et du mont Beuvray ! Honneur et gloire à toi ! Mariccus !
Au début du IVème siècle, fondation de Noviodunum/Bourbon-Lancy sur un tracé semblable à celui de Taisey. Le pays éduen s'étend jusqu'à la Loire.

Sous le ciel du pays éduen, de la tour de Taisey à celle de Bourbon-Lancy, le futur empereur Constantin, annoncé par le Protévangile de Jacques, reçoit l'hommage des rois de la terre (cathédrale d'Autun, début IVème siècle).
Emile Mourey, 5 janvier 2021.

