mardi 4 décembre 2012 - par Michel Tarrier

Confession d’un végétalien prétendument repenti

Ou preuve par l'absurde de la vie anormale des gens normaux...

Avant d'entrer dans le crépuscule de mon existence, il me faut faire repentance. Ainsi l'exige ma culture judéo-chrétienne dont la fourberie n'a d'égale que l'indulgente contrition. Et l'athée n'y échappe pas, la tradition religieuse est immanente, inhérente, intrinsèque, inscrite dans nos gènes depuis la nuit des temps. Quoi qu'on en dise, quoi qu'on en pense, c'est une dotation et s'en défaire est illusoire.

Mais une longue vie austère à ne pas dévorer de chair animale, à ne pas m'inscrire dans le festin dogmatique, gargantuesque, pantagruélique et sanguinaire risque bien de me barrer l'accès au paradis. Végétarien, tu ne vaux rien... Les frugivores vont en enfer et l'extrême onction, imposée de justesse au moribond sans défense, ne sera d'aucun effet.

Né dans une famille extrémiste, fondamentaliste, intransigeante, intolérante car végétalienne et ainsi conditionné malgré moi, j'ai ignoré la viande toute ma vie. Aliéné par ce mode d'éducation sectaire, caressant mon chat et mon chien, je trouvais normal de ne pas manger l'agneau ou le porcelet. Je commettais l'erreur impardonnable et agronomique de ne pas être sélectif, d'être inapte à ce reflexe ordinairement ségrégatif de séparer les animaux compagnons que l'on aime dorloter de ceux comestibles que l'on aime manger. Un peu comme cet autre distinguo entre utiles et nuisibles, entre grillon et criquet. Pour moi qui n'avais rien compris, c'était blanc bonnet et bonnet blanc. D'ailleurs, tout petit, des deux jouets de caoutchouc que les adultes avaient déposés dans mon berceau : une pomme et un mouton, je ne mordais que la pomme. De bien mauvais augure si mes parents avaient été omnivores, incluant la dérive pervers du toujours plus carnivore.

Et le temps passa...

Aux limites de l'autisme, j'étais dans ma bulle idéaliste, atypique, non intégré, voire asocial, plus ou moins aboulique et anémique par tant de carences nutritionnelles qu'induit, selon la rumeur pseudo médicale, l'absence de protéines animales et de leurs acides aminés. Le teint blême, la peau blafarde, boutonneux jusqu'à l'extrême, j'avoue avoir été d'une santé si fragile que je suis mort depuis bien longtemps, sauf que personne ne me l'a dit... Toujours bougon car me levant du mauvais pied (celui végé...), je n'ai fréquenté que des pisse-vinaigre et des coincés du fion. Une vraie galère, un réel chemin de croix. Ne se nourrir que de fruits et légumes équivaut à une permanente auto flagellation, rien de moins, rien de plus.

Celui qui ne change pas est un imbécile. Bienheureusement, il y a quelques années, me vint la révélation... Je ne sais plus si c'était lors d'un voyage en terre musulmane où, suspendues aux crocs des bouchers des souks, on peut admirer à loisir les carcasses d'animaux écorchés ; ou bien devant l'étale d'un charcutier-tripier de ma douce France, ravi par la délicatesse d'une tête de veau garnie de son brin de persil, de pieds de porc avec sabots et d'une alléchante cascade de tripes et de cervelles. En tout cas, ce fut un déclic et, dès ce jour, je fus pris d'un dégout profond et d'insupportables nausées devant l'intolérable et exécrable spectacle de tout déballage de fruits et de légumes. Quoi de plus écœurant que les produits du verger et du potager ?

C'est alors que, franchement motivé, je décidais de m'informer davantage et d'aller à la découverte si pittoresque de ces antichambres des abattoirs que sont les fermes et les élevages en batterie. Je fus enthousiasmé par ces camps concentrationnaires de poulets dégénérés, de vaches laitières surexploitées avec - délicate intention - leurs petits veaux compartimentés, par ces porcheries industrielles où chaque truie est enserrée avec précautions dans son "loft" métallique... Et j'en passe...

Converti-convaincu, je suis maintenant en quête d'un nouvel horizon de vivres, carnées cette fois-ci. D'avance, je m'en lèche chaque fois les babines. J'ai perdu tant de temps à m'enferrer dans une nutrition erronée n'engendrant que déceptions gustatives et à cent lieux de la noble gastronomie franchouillarde que je n'ai de cesse de m'empiffrer de cadavre, de savourer saucissons, jambons et pâtés, d'imaginer, à travers chaque côte de bœuf à la moelle, chaque côtelette d'agneau, chaque demi porcelet de lait, chaque blanquette de veau ou chaque hamburger, ces charmants animaux qui ont été créés pour que l'on puisse les esclavager, les multiplier, les tuer, les découper, les étriper, les broyer, les bouffer et les déféquer. Désormais, je serai fidèle aux rendez-vous de ces émissions culinaires télévisées où l'on fait l'apologie de la viande morte, surtout quand elles nous renvoient à nos bonnes traditions campagnardes comme sait si bien le faire "Carte postale gourmande" et ses incontournables séquences d'agapes charcutières et tripières. Du bon goût bien de chez nous. Rien à voir avec la tristesse de la stupide carotte râpée ! Il va de soi que Jean-Pierre Coffe, maître-queue de la gastronomie zoophage, est mon idole.

Il me fallait encore monter d'un cran pour m'assurer que j'avais enfin rallié le bon camp, que j'avais définitivement et sans le moindre regret quitté ma secte d'anémiques distingués. Ce qui fut fait en visitant les usines de gavages d'oies et de canard du Sud-ouest de la France. Quel émouvant spectacle, quelle franche empathie, quel beau rapport entre l'homme attentionné et la volaille affamée quand le généreux gaveur enfonce le bâton et l'entonnoir pour l'embucquer jusqu'à l'œsophage et pousser chaque fois plus de grains afin que le foie atteigne dix fois sa taille normale en développant une stéatose hépatique ! Jamais, oh grand jamais je ne résisterai au foie gras, pas plus qu'au confit d'oie ou au magret de canard ! La bucolique campagne gersoise, entre autres, est ainsi devenue mon pays d'adoption et je ne jure plus - bordel - que par de telles contrées de bonne chair et de savoir-vivre.

Quelque chose de presque sublime vient enfin de me conforter irréversiblement dans ma conversion au vrai et seul régime alimentaire qui vaille la peine de vivre pour manger qu'est la zoophagie. C'est au célèbre cavalier Bartabas que je dois cette assurance finale, lorsqu'il avoua qu'il mangeait de la viande de cheval. Alors là, comment hésiter et résister davantage quand on sait que cet homme qui lui parle à l'oreille, le caresse, le dresse avec tout l'amour que comporte le dressage ( tu parles...), bouffe son cheval !

Quand parfois la bidoche vient à manquer dans mon réfrigérateur, pas de souci, je trouve toujours un dessert qui, en dépit des apparences, en contient sous la forme d'un additif d'origine animale (lécithine, mono- et diglycérides d'acides gras) ou d'une gélatine issue d'os et de peau de cochon. N'est-ce pas merveilleux que ma communauté carnivore et nécrophage soit si attentive et ne m'oublie jamais, même de façon subliminale dans quelques profiteroles ou flancs caramels ?

Et si au fil de mes courses en ville, si je n'ai pas ma dose en raison d'une certaine discrétion de présentation des viandes déjà découpées de nos boucheries bien de chez nous, ou déjà emballées tout au long des linéaires des grandes surfaces, je ne me refuse pas les expositions courageusement agressives de barbaque des boucheries halal, véritable exotisme de proximité.

La barbaque de cheval, cette noble conquête de l'homme sous forme de viande hachée, se faisant rare dans mon quartier, le manque est désormais largement compensé par le grand gibier, ou mieux, par les nouvelles viandes très tendance que sont celles d'antilope, de zèbre, de dromadaire, de kangourou, d'autruche, d'alligator et d'autres gentils animaux, peluches tant aimées du temps de notre innocente enfance.

Mince satisfaction, je ne suis plus exclu, comme avant, des fêtes, traditions et ronds de familles. À moi la tuerie du cochon chez les cousins d'Auvergne, la fête du mouton ou le méchoui (avec l'appétissante tête de mort grillée) chez mes potes musulmans, le réveillon de Noël autour de la dinde ou de la Saint-Sylvestre à s'empiffrer de foie gras. Quand j'étais végé, putain la honte !

Le jour où je parviendrai à vaincre les ultimes barrières de mon regrettable sectarisme, à quitter les œillères de ma fieffée intolérance occidentale, j'irai manger du chien, du chat, du serpent, du scorpion... chez les Chinois ou les Vietnamiens, du cochon d'Inde chez les Quechuas, des larves d'insectes xylophages chez les Aborigènes... Pour la grenouille, l'huitre et l'escargot, je reste en France. Un p'tit effort, bon sang !

Enfin, fini pour moi de rechercher quelque chose sans viande, sans poisson, sans œufs dans un restaurant, et de constater l'attitude dépitée du patron ou du serveur me prenant en pitié et s'excusant de n'avoir aucun plat pour les personnes atteintes de végétalisme, sauf l'incontournable salade d'entrée, et encore...

Pour ce qui relève de la planète, de la pollution, de la déforestation, de la conscience écologique et du partage humanitaire, quand on me ressasse ce que coûte le prix de la viande en eau et en céréales et qu'on me reproche de participer ainsi à la disparité Nord-Sud, je réponds que je verse ma cotisation à Survival et au WWF, que ce n'est pas moi qui vais refaire le monde et que mon devoir citoyen, surtout en période de crise, est de soutenir les courageux éleveurs et la valeureuse filière bouchère, tueurs et équarisseurs compris.

Et si l'on m'agresse en voulant me protéger contre les maladies cardiovasculaires, une ribambelle de cancers, l’hypertension, les attaques cérébrales, le diabète de type 2, l’hypercholestérolémie, l’obésité, l'accoutumance aux antibiotiques dont la viande est bourrée..., je nique le moraliste en lui disant qu'on n'a qu'une seule vie, qu'elle est courte et qu'il faut en profiter ! Ce n'est pas avec les impôts que je paie, qu'on va venir me faire chier en me demandant de bouffer des tubercules et du foin ! Déjà qu'on ne peut même plus se faire sauter le caisson à la nicotine !

J'espère bien que ce billet de repentance par l'absurde saura me réconcilier au second degré avec la gente carnivore, j'en suis même assez sûr... Pourquoi ? Parce qu'ils n'y comprendront rien. À fréquenter toutes sortes de gens, j'ai noté que c'était chez les viandards qu'on enregistrait non seulement le plus de pathologies et de mortalité précoce, mais aussi la plus forte proportion d'abrutis. Cruauté et connerie marchent de pair, c'est bien connu, c'est même une tradition. Et il faut respecter les traditions. Toutes !



322 réactions


    • musebox3 6 décembre 2012 00:54

      Mais qu’est-ce qu’il ne faut pas lire... je sais pas si c’est ne pas manger de viande qui vous rends si idiot ou si c’est de naissance, mais faudrait consulter...

      Les maladies nosocomiales représentent 4200 morts par an en France(9000 si on compte les personnes qui étaient déjà diagnostiquées comme incurables).

      Les accidents de la route c’est 70 000 ! 

      La médecine n’est pas une science exacte, mais elle sauve des vies. Venez un jour dans le dispensaire où j’ai bossé, venez voir le nombre de personne qu’on soigne rien qu’avec une plaquette d’antibiotique ou des traitements contre les parasites.

      Que vous soyez un abruti, c’est votre problème. Mais quand vous commencez à devenir un abruti dangereux qui appelle à refuser les soins, ça devient plus grave. Pire qu’un Témoin de Jéhova...


    • musebox3 6 décembre 2012 00:55

      Et vos certitudes, c’est purement et simplement de la merde basée sur du néant. Apprenez à faire un argumentaire correct, avec de vrais chiffres, et, peut-être que vous commencez à être pris au sérieux par autre chose que d’autres endoctrinés.


    • Valéry Schollaert Valéry Schollaert 6 décembre 2012 23:49

      Musebox, voici qui prouve que vous dites n’importe quoi.

      « Les accidents de la route c’est 70 000 ! »

      VOICI LA REALITE
      "En France, malgré les efforts de la sécurité routière et la politique du gouvernement (radars notamment), les accidents de la route font annuellement plus de 4000 morts"

      http://www.controleradar.org/tag/code-de-la-route
      Autre sujet. Trouvez UNE SEULE ETUDE SCIENTIFIQUE qui prouve qu’un vaccin a soigné une maladie, on en reparlera. Il n’y en a aucune. Que des suppositions. On a introduit des vaccins. La maladie a disparue. Mais les maladies sans vaccins disparaissent aussi. Alors, comment aurait réagis la maladie sans vaccins ? Nul ne sait. Mieux ? Pire ? Idem ?

      En Afrique, j’explique aux enfants de ne pas aller se faire empoisonner par les vaccins. Qu’il garde leur système immunitaire efficace, au lieu de le détruire...
      http://anti-fr2-cdsl-air-etc.over-blog.com/article-33795290.html

      J’ai fais une malaria sous lariam en 1997, une sous malarone en 2002. Depuis, je boycotte tout médoc allopathique : plus d’aspirine, plus de malarone, aucun vaccin. Résultat ? Plus de malaria. Plus de grippe. Lorsqu’on arrête de s’empoisonner avec la malbouffe et les médicaments, on est en meilleure santé. Logique, non ?

      Mais on s’égare du sujet. Une idée pour un prochain article ? Michel, un petit résumé sur les vaccins et la médecine allopathique serait la bienvenue...

      Idée de lecture :

      Prenez soin de vous, n’attendez pas que les autres le fassent !
      Jean-Jacques Crèvecœur et Ananou Thiran
      Jouvence Editions

    • Daneel Olivaw 7 décembre 2012 08:55
      "quand on remet en cause la médecine moderne, quand on refuse de voir que la durée de vie des gens augmente sans cesse grâce à ça, quand on refuse de voir qu’aujourd’hui on a la chance, en France, de vivre dans une société où on peut aller à l’hopital se faire opérer sans chopper le Tiphus, sous prétexte de défendre la vie de quelques bestioles, c’est en effet qu’on a un sérieux problème....

      Pour finir, juste une petite question : si l’homme n’a pas besoin de viande, de vaccin, de médecine chimique, etc. Comment expliquer la progression de l’espérance de vie ? Comment expliquer que l’éspérance de vie en Inde (votre cher exemple) est de 20 ans inférieur à la France, terrible pays peuplés de carnivores ignorants ?"



      Quelques réponses à ces si ignares et ineptes questions d’un « carnivore apparemment incapable de se repentir » (!) :


      - J’AIME TROP LA VIANDE... DONC : JE N’AIME VRAIMENT PAS LA VIE ! ...


      - La nuit qui commence l’abîme : L’IGNORANCE VACCINALE !!!


      - MÉDIATOR / MÉDIS A TORT ?


      - L’EMPIRE DE « VACCINATOR » CONTRE-ATTAQUE !!!


      - TÉLÉTHON... ET VIVISECTION !!!


      ...


      Et enfin, le meilleur (on y parle justement du mythe de la prétendue « augmentation de l’espérance de vie occidentale ») :

      - VIVEMENT LA RETRAITE ! smiley 


  • Mmarvinbear Mmarvinbear 5 décembre 2012 14:27

    Bon, moi je file finir mon entrecôte. Avec des petites pommes rissolées au beurre salé, c’est divin...


    • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 5 décembre 2012 14:50

      Oui, mon nounours, une dizaine d’aussi sots que vous nous ont déjà servi ce trait d’humour, mais c’est peut-être du comique de répétition ? 


    • Romain Desbois 6 décembre 2012 00:45

      le propre des salauds c’est qu’ils en sont fiers.


    • musebox3 6 décembre 2012 01:03

      Et le propre des cons, de ne pas savoir qu’ils en sont. Mais un jour ça ira mieux Romain, on finira par trouver comment guérir les gens comme toi.


    • Romain Desbois 6 décembre 2012 01:37

      ha bon ? la connerie ca se soigne ? Ca n’a pas l’air d’avoir marché sur toi smiley


    • musebox3 6 décembre 2012 17:51

      Bien l’argument « c’est celui qui dit qui y est ». C’est sûr que là, on est dans le très haut.

      Heureusement que j’connais aussi des altermondialistes intelligents, parce que j’me poserais des questions avec tes commentaires niveau CE1.


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 7 décembre 2012 12:55

      Et je trouve même que c’est une insulte pour les CE 1...


  • tesla_droid84 5 décembre 2012 14:41

    Je ne comprend pas Ariane comment vous pouvez soutenir un parti Européiste alors que l’europe a une grande part de responsabilité dans la merde que nous mangeons actuellement. 

    - l’autorisation de couper l’huile alimentaire avec de l’huile moteur http://www.alterinfo.net/L-UE-autorise-l-huile-de-moteur-dans-l-alimentation_a65662.html

    - L’autorisation de l’irradiation des aliments qui fait perdre toute leur teneur en vitamine et oligoéléments aux aliment.

    etc, etc... Il faut voir les choses en face et se battre contre cette europe qu’il est illusoire de vouloir changer avec si peu de représentativité de la France dans une Europe à 27...

    • DésertSolitaire DésertSolitaire 5 décembre 2012 20:06

      Juste lu les 2 premières pages et les 2 dernières, ce que tu aurais du faire car finalement ça n’abonde vraiment pas dans ton sens !
      On peut être vegan, militant antispeciste sans casser les couilles à son entourage. C’est ce que je fais, j’en viens à parler de mes positions que lorsque qu’on me questionne ou quand un sujet de conversation s’y prête (ce qui est le cas ici même).


  • zurawski 5 décembre 2012 16:15

    je vois même pas ce que l’on peut trouver à redire après un tel article...même les concernés ne peut qu’être d’accord.Un minimum de bon sens smiley


  • Soi même Soi même 6 décembre 2012 02:04

    Tant tôt dans un sens tantôt dans l’autre, dommage toujours excessif !


  • Valéry Schollaert Valéry Schollaert 7 décembre 2012 08:18

    http://www.vegeshopper.com/2012/12/thomas-lepeltier-un-philosophe.html#more


    Un philosophe végétalien contre l’élevage industriel : Thomas Lepeltier
    Avec Thomas Lepeltier, la philosophie s’intéresse de nouveau au végétarisme et à la condition animale, des sujets qu’elle avait eu tendance à délaisser.
    Historien et philosophe des sciences, Thomas Lepeltier est l’auteur d’un article remarqué, « Faut-il encore manger de la viande ? », paru ce mois-ci dans Sciences Humaines.
    Impressionné par son passage dans l’émission La Tête au Carré, sur France Inter, je lui ai demandé de philosopher avec nous.
    Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
    Thomas Lepeltier : Je suis un chercheur indépendant en histoire et en philosophie des sciences. J’ai été amené au végétarisme puis au végétalisme assez récemment suite à différentes lectures, notamment Un Eternel Treblinka, de Charles Patterson, paru chez Calmann-Lévy en 2008. Poursuivant mes lectures sur l’éthique animale, je me suis rendu compte que le végétalisme était la seule position cohérente en ce qui concerne notre relation avec les animaux.

    Quels rapports le végétarisme entretient-il avec la philosophie ?

    T.L : Notre rapport aux animaux a été très peu ou très mal pensé par les philosophes. À quelques exceptions près, il faut attendre la seconde moitié du vingtième siècle pour voir des philosophes essayer de définir une position cohérente vis-à-vis des animaux. Tristement, cette réflexion, qui relève de l’éthique animale, est absente en France.

    Et Descartes ? A-t-il vraiment une responsabilité dans l’image que nous nous faisons des animaux ?
    T.L : Descartes a bien sûr joué un rôle important dans le déni de la sensibilité des animaux, mais il ne faudrait pas l’accuser de tous les maux. La cruauté envers les animaux est constitutive de notre civilisation. Si Descartes n’avait pas existé, je pense, hélas, que leur condition serait similaire.
    Vous dénoncez la schizophrénie consistant à choyer, voire à protéger légalement certains animaux, et l’extrême cruauté des abattoirs. Jusqu’où ira cette contradiction ?
    T.L : Elle ne pourra pas s’éterniser. Depuis de le dix-neuvième siècle, le malaise face à la souffrance des animaux va croissant. Il y a de plus en plus de lois protectrices des animaux et, à différents niveaux de la société, le bien-être des animaux est mieux pris en compte. En même temps, jamais la condition des animaux de rente n’a été aussi abominable. Ce paradoxe n’est possible que parce qu’on ne voit pas dans quelles conditions effroyables ils sont élevés et abattus. Je dirais même que l’on fait tout pour ne pas le voir. Mais je ne pense pas que cela puisse continuer longtemps. Viendra un jour où nous devrons nous mettre en accord avec nous-mêmes.
    Etes-vous optimiste quant à l’essor du végétarisme ?
    T. L : Oui. Les carnivores ne veulent pas savoir ce qui se passe dans les élevages et les abattoirs, une véritable hypocrisie de leur part. « Ne me parlez pas de vos histoires d’abattoirs, répètent-ils, vous allez gâcher mon repas ! ». La première chose à faire est donc d’informer. Il faut forcer la société à regarder ce qui se fait en son nom dans les élevages et les abattoirs. Ensuite, il faut agir au niveau législatif, faire pression sur les hommes et les femmes politiques pour qu’ils adoptent un système législatif cohérent. Enfin, il faut montrer que l’on peut très bien manger et très bien vivre en étant végétalien. Le végétalisme souffre en effet d’une mauvaise image, propagée par des carnivores de mauvaise foi. Votre blog joue ce rôle, très important.
    Que vous inspire la notion de végétarisme éthique et cette éthique ne se heurte-t-elle pas, en dernière analyse, à la loi du marché ?
    T.L : Un végétarien éthique est une personne qui refuse que l’on fasse souffrir des animaux sans nécessité, juste pour son plaisir. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Quant au marché, il peut certes poser des problèmes éthiques, je le reconnais. Mais je ne considère pas que le marché soit la cause première de l’exploitation des animaux. L’esclavage n’a plus sa place dans notre société moderne depuis qu’il a été aboli, sans que les principes de l’économie aient dû être modifiés pour autant. Pourquoi la consommation de produits d’origine animale ne pourrait-elle pas, elle aussi, être abolie dans le cadre d’une économie de marché ?
    Que diriez-vous à un carnivore pour le convaincre d’adopter une diète végétarienne ?
    T. L : Je poserais une question toute simple : acceptez-vous que l’on fasse souffrir des animaux juste pour votre plaisir ? Si la personne répond « oui » et continue à manger de la viande, je lui dirais que, pour être cohérente, il faudrait qu’elle soit favorable à la suppression des lois anti-cruauté. J’avoue que je n’ai encore rencontré de personne qui se revendique de cette cruelle cohérence. Si la personne répond sincèrement « non », je lui dirais alors qu’il faut qu’elle devienne végétalienne, ou du moins quasi-végétalienne, afin d’être cohérente avec elle-même puisque la nourriture d’origine animale repose, presque toujours, sur une cruauté non nécessaire et souvent effroyable.

    Considérez-vous votre article dans Sciences Humaines comme militant ?

    T.L : Non, un militant de la cause animale est une personne qui entreprend des actions en faveur de cette cause. Un article militant inviterait donc les lecteurs à agir, ce qui est une très bonne chose mais n’était pas mon propos. Je n’ai fait que décrire une situation et développer une argumentation logique. Si mon article donne l’impression à de nombreux lecteurs qu’il est militant, c’est probablement qu’ils ressentent que la situation décrite et les arguments présentés appellent d’eux-mêmes un changement d’attitude en faveur du végétarisme. Mais ce n’est pas l’article qui le demande explicitement. Cette conclusion doit s’imposer d’elle-même au lecteur. Développer une argumentation rationnelle n’est pas faire du militantisme.

  • Irlandia 7 décembre 2012 15:01

    certains commentaires émanant de pseudo végétariens prêtent à confusion...

    - les insectes ingérés avec les fruits et légumes ne sont pas considérés comme des animaux...

    - ces mêmes insectes ne souffrent pas quand on les ingère... comment pouvez-vous affirmer cela ????

    - le lait, les oeufs, le fromage ne sont pas des produits issus de la production animale ??? ces pauvres vaches et poules exploitées pour leur lait et oeufs respectivement... ne parlons pas des produits utilisés pour une production intensive....

    - les végétaliens stricts ne prennent-ils pas des compléments alimentaires ??? ceux-ci généralement produits à grande dose de génie-génétique dans.... des LEVURES mais bon les levures ne sont pas des animaux non plus....

    - les légumes et les fruits n’ont-ils pas non plus été créé par l’homme ??? vous connaissez la culture sélective ??? et les croisements forcés entre les plantes ??? la plupart des fruits et légumes actuellement consommés par les « hommes civilisés » ont été créés de toute pièce... essayez donc de manger une carotte sauvage si vous pouvez en trouver une...


    • Valéry Schollaert Valéry Schollaert 7 décembre 2012 15:36

      certains commentaires émanant de pseudo végétariens prêtent à confusion...


      J’aimerais bien savoir en quoi les végé(ta*ien) de ce site sont-ils « pseudos » ?


      - les insectes ingérés avec les fruits et légumes ne sont pas considérés comme des animaux...

      Bien sur que si qu’ils sont des animaux. En général, toutefois, le retire les insectes de ma salade avant de l’ingurgiter  smiley . C’est une question qui frôle le trollage non ? Mais c’est évident que je ne tue pas un insecte plus qu’un chien. Je suis aussi antispeciste. 

      - ces mêmes insectes ne souffrent pas quand on les ingère... comment pouvez-vous affirmer cela ????

      Je n’ai jamais affirmé ça. Il est évident que l’insecte souffre s’il est blessé.

      - le lait, les oeufs, le fromage ne sont pas des produits issus de la production animale ??? ces pauvres vaches et poules exploitées pour leur lait et oeufs respectivement... ne parlons pas des produits utilisés pour une production intensive....

      Tout à fait d’accord. C’est pour ça qu’il y a des végétaliens, et que la plupart des végétariens (malheureusement pas tous) ne mangent que bio et local, connaissant souvent le producteur et dans quelles conditions vivent les animaux. C’est sur qu’entre un oeuf de batterie et un oeuf d’une poule libre dans un village africain, on a pas le même produit.


      - les végétaliens stricts ne prennent-ils pas des compléments alimentaires ??? ceux-ci généralement produits à grande dose de génie-génétique dans.... des LEVURES mais bon les levures ne sont pas des animaux non plus....

      Non, et ceux qui le font éventuellement que je connaissances choisissent des supplément alimentaire fait de produits végétaux, bio, garanti sans OGM.

      - les légumes et les fruits n’ont-ils pas non plus été créé par l’homme ??? vous connaissez la culture sélective ??? et les croisements forcés entre les plantes ??? la plupart des fruits et légumes actuellement consommés par les « hommes civilisés » ont été créés de toute pièce... essayez donc de manger une carotte sauvage si vous pouvez en trouver une...


      Bien sur qu’on a sélectionné des variétés. Et alors ? A-t-on dit que c’était gênant ? Rejeter la viande dans un monde surpeuplé, et encourager le bio et les productions locales de saison ne sont en rien en contradiction avec le choix de variétés sélectionnées par l’homme.

      Essayer SVP de comprendre les propos de vos interlocuteurs avant de les critiques, si nécessaires.


    • DésertSolitaire DésertSolitaire 7 décembre 2012 18:17

      Et oui, les vaches bouffent aussi des insèctes par accident (celles qui broutent encore dans les prés....). On en bouffe nous aussi une centaine par an (ou dans notre vie je sais plus) pendant notre sommeil.. On écrase des milliers d’insectes microscopiques à chacun de nos pas en foret. On tue tous plein de bactéries qu’on se lave, se soigne ou faisons le ménage.
      Le but quand on est végé (enfin vegan on va dire) c’est d’éviter toutes souffrances inutiles et flagrantes.
      - "Tu n’as pas besoin de tout refuser, tu peux juste éviter les produits animaux évidents. Il y a des vegans qui évitent tout ce qu’ils peuvent, mais pour globalement cesser de contribuer aux souffrances animales et te considérer vegan, tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour chaque quantité minuscule de produit animal. Ces ingrédients d’origine animale disparaîtront au fur et à mesure que disparaîtront les industries de la viande, du lait et des œufs.« 

      Je n’ai vu aucun »pseudo végétarien« sur ce fil (et même partout ailleurs) ayant exprimé manger des insectes et encore moins affirmer qu’ils ne souffraient pas.
      Les seuls pouvant tenir ces propos sont des omnivores.

      Aucun végé n’a affirmé que poules pondeuses et vaches laitières n’étaient pas exploitées.
      Le végétarisme inclut la consommation des pd laitiers et des œufs, mais si on veut aller plus loin on peut devenir végétalien ou vegan. Ce qui est extrémiste pour certains, mais qui semble logique pour vous. ;)

      Les »végétaliens stricts« c’est un pléonasme, c’est soit végétarien strict soit végétalien, ou même vegan si on applique ça à tout son mode de vie (vêtements, produits divers, médocs..).
      La plupart de ne prennent aucun complément. Et ceux qui le font prennent des compléments vegan, comme la Veg1 ou Veganicity (la preuve que vous avez lu en diagonale ce billet car j’en ai déja parlé à peine un peu au dessus). Pour les levures, je comprends pas où vous voulez en venir. Les levures animales des vaches folles ? La seule levure que j’utilise c’est celle de »bière", qui donc est totalement végétale, et c’est pas vraiment un complétement alimentaire, mais plutôt un condiment, avec lequel on peut assaisonner salades et plats de cérales, légumineuses.
      Y a quelques confusions dans votre propos.

      En ce qui concerne les légumes et les fruits et leur provenance c’est un autre débat, pas besoin d’être adepte du primitivisme et de vivre de cueillette pour être végé.
      Je vois pas très bien où vous voulez en venir, quelque soit son régime alimentaire on peut difficilement faire autrement que consommer ce que nos ancêtres ont sélectionnés.
      Ce qui n’est nullement synonyme de mauvais ou non-naturel. La carotte sauvage n’est pas bonne, trop amer et fibreuse.. Vous vous méprenez sur le végétarisme, et ses motivations.
      Au pire pour les carottes il y a les carottes de couleur qui sont des variétés anciennes, ou le panais si on veut quelque chose d’authentique.
      On peut même etre végé et remplir d’ogm son charriot à carouf, c’est complétement con, mais du moment qu’il n’y a pas de viande, ou de produits animaux (si végétalien) y a pas contradiction avec les grands principes du végétar(l)isme.
      Tout dépend après de pourquoi on est végé, on peut l’être pour les animaux, pour l’environnement, pour sa santé, pour les humains, par religion ou philosophie.

      Si vous avez d’autres question n’hésitez pas.

      Quelques lectures sur le véganisme&végétarisme en attendant :
      http://prisedeconscience.wordpress.com/guide-du-debutant-vegan/
      http://www.veganisme.fr/index.html
      http://fr.ekopedia.org/V%C3%A9g%C3%A9tarisme?gclid=CLPf2qfS3KICFYeY2AodyCTcYw
      http://www.vegetarisme.fr/vegetarien.php?content=vegetarien_vegetalien


    • Romain Desbois 7 décembre 2012 19:19

      Nous ne sommes pas des Djaïns !!!!

      Il ya une différence entre tuer volontairement et tuer non volontairement. Al’impossible nul n’est tenu mais ne soyez pas plus royaliste que l’arène.


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