L’impossible intelligence collective
Il n'y a pas de bon système politique, tous s'efforcent de supprimer l'intelligence ou l'ingéniosité individuelle en vue de desseins abstraits entrant dans des cadres plus ou moins grandioses. Et les politiques sont parfaitement inefficaces pour ce faire, les clés du destin sont dans d'autres mains. La quantité de richesse produite par habitant n'a pratiquement pas varié depuis le temps du Christ jusqu'au début de l'utilisation massive des énergies fossiles vers 1800. Le Progrès n'a pas été créé par les marchands ou les idéologues mais par les scientifiques et les technologues qui ont su utiliser judicieusement les immenses quantités d'énergie qui gisaient sous leurs pieds.. Tout découla des découvertes faites dans ce cadre, y compris l'établissement des systèmes sociaux plus ou moins protecteurs qui purent émerger (avec peine). Les Savants fort heureusement ne sont pas mus, du moins pas tous, par les instincts de domination bases de tout système politique. C'est heureux car l'appartenance à un groupe implique de perdre tout ou partie de son libre arbitre, de son pouvoir créatif, de son intelligence, afin de se conformer aux préceptes et aux intérêts du groupe qui souhaite créer une égalité de tous en rendant tous ses éléments similaires.. En contrepartie de cette amputation, vous bénéficiez de la force du nombre pour neutraliser les gêneurs. Pour devenir Bête, Méchant et surtout puissant il faut faire un groupe.
Convaincre ou réprimer. C'est le seul choix qui se pose pour un dirigeant. Historiquement, il est évident que ce qu'il propose n'a strictement aucune importance. Ainsi un homme on ne peut plus ordinaire se proposa d'exterminer tout ce qui ne relevait pas d'un Homme présumé supérieur dont il se prétendait l'image : 1,75 mètre, célèbre pour ses difficultés intimes, médiocre à l'école, ayant abandonné ses études à 18 ans sans obtenir le baccalauréat, ayant tenté vainement d'entrer aux Beaux Arts animé par sa vocation de devenir peintre. Muni de ces atouts, il va convaincre d'abord des proches (en dehors de ses professeurs), puis des sections de militants, puis des électeurs et enfin une majorité de parlementaires pour devenir le héraut d'une Nation pourtant hautement civilisée, où les savants abondent, les romanciers illustres foisonnent, les ingénieurs ingénieux sont légion. Un avorton avait ainsi réussi à réunir sous sa coupe suffisamment de fidèles pour pouvoir exterminer au nom de sa doctrine, d'abord des homosexuels et des communistes et un tout petit peu plus tard des millions d'une race qualifiée d'inférieure. Au début de ce parcours politique vertigineux, l'apparence démocratique des institutions avait été plus ou moins préservée. N'importe qui peut faire n'importe quoi, surtout le pire, à condition qu'il réussisse è agglutiner autour de lui la force du nombre. Ainsi un peuple éduqué, travailleur et pour l'essentiel chrétien (ou se prétendant tel) a pu devenir une meute féroce sous la férule d'une insignifiance ordinaire qui créa son propre Bien, son propre Mal, mettant à mal près de 2000 ans de prêche d'une religion qui se réclamait d'un Amour universel. Les scientifiques ne peuvent pas constitutionnellement accéder au pouvoir mais si les armées avaient dû se contenter de chevaux, d'arcs et de flèches, la grandeur des dévastations aurait été plus limitée, les guerres modernes dérivent elles- aussi des énergies fossiles et des technologies associées.
Pour ne plus connaître d'aventures à ce point mortifère, on mit en place la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire et on en fit un principe fondamental pour qualifier les démocraties représentatives. Le pouvoir n'était plus détenu par un seul, des contrepouvoirs forts et puissants veillaient. Mais il y a des forces quasi-mécaniques qui surpassent tous les artifices que l'on peut créer pour empêcher leur venue, la plus importante d'entre elle c'est qu'un dirigeant souhaite garder le pouvoir pour lui ou ses semblables quel qu'en soit le prix, et si les institutions ne le permettent pas, une "élite" fera tout pour préserver le système dans lequel elle prospère. Les Nations les plus avancées vers un système moins barbare que les précédents, les Démocraties, oublièrent que si il faut impérativement donner des lois à un peuple, il faut se garder de prétendre modeler la nature humaine aux lois.
Comment s'y prendre pour museler les dissidents ?
Vous examinez n'importe quel problème qui agite l'actualité, l'essentiel est accessible à tous et à chacun, vous n'avez pas à faire partie d'une classe sociale dorlotée en géopolitique ou charmée par les Sciences pour comprendre pourquoi les uns envahissent les autres, s'il faut utiliser une voiture électrique ou pas, si la température globale monte inexorablement (même si de nombreux experts tentent de vous étourdir par leurs arguties). J'eus à cet égard une discussion instructive avec un marchand de fruits et légumes loin d'un centre ville. Je lui fis remarquer qu'il était aisé de voir ce qui n'allait pas lors d'un travail manuel mais que c'était impossible de se débarrasser des embrouillaminis souvent intéressés des intellectuels, des sachants. Après un temps de réflexion il me répondit : "Si ça fini par se voir." Malheureusement avec beaucoup de retard, ils ont déjà fait beaucoup de dégâts. La démarche intellectuelle a ceci de merveilleux c'est qu'elle ne se soucie pas de la réalité. Une théorie, et plus encore une idéologie, doit être cohérente avant d'être vraie et seuls des fidèles peuvent en contempler la beauté. Pour ne plus jamais tomber dans les affres du totalitarisme, on fit en sorte que tous décident de tout sans autre guide que la maxime : "Tout s'achète, tout se vend". Le plus parfait des groupes fut ainsi constitué. De fait, les décisions politiques dépendirent d'abord de délibérations de cénacles, puis des plus nombreux (souvent les plus exaltés). Le naufrage était inévitable, il n'existe aucune organisation humaine (pu animale) qui puisse prendre une décision intelligente sans qu'une quelconque hiérarchie ne se mette en place. On cite souvent en contre-exemple Churchill qui à la tête de la première des Démocraties résista à la barbarie, mais il fut défait dès que les périls disparurent. Pour cacher l'ineptie de prises de décisions faites uniquement sur des bases déclamatoires, les sachants fabriquèrent tout un lexique de ce qu'il convenait de dire mais qu'on pouvait s'abstenir de faire. Le but ? L'usage des diverses punitions possibles n'étant plus de mode, il fallait trouver un moyen de tuer symboliquement ceux qui ne se conformaient pas ou pas assez à la Norme. Pour ce faire, un moyen commode consista en la création de mots. Parmi les plus en vogue : Complotiste, Boomer, Anti-Vax, illibéral, homophobe et pire encore Pédo-criminel. Récemment un scandale dans un lieu d'enseignement catholique a été révélé par l'auteur d'un livre. Sur les médias, l'Homme passablement exalté, finit sa déclaration en disant "Je ne veux rien avoir à faire avec le Vatican empli de criminels" Pourquoi pas ! Les abus dénoncés dataient de plus de 40 ans et il a avoué que les victimes ne voulaient pas s'exprimer et qu'ils devaient suivre des leçons avec un psychologue pour pouvoir formuler clairement leur pensée. La sincérité des aveux par ce biais peut peut-être être contestée. Cette affaire n'aurait qu'une importance relative si ce fonctionnement ne s'appliquait pas toujours et dans tous les domaines. Les médias et des réseaux sociaux ne bâtissent pas autrement leurs "pensées".
Il est dangereux de confier trop de responsabilités à un seul, c'est suicidaire de suivre aveuglément l'avis de tous. Alors que faire ?



