Le Mental
Au fil des articles que j'ai pu commenter et dans quelques-uns de mes propres articles, je faisais le procès du mental, comme une évidence sur laquelle cependant certains s'interrogèrent. C'est une réponse que je vais essayer de donner ici.
C'est en lisant, il y a très longtemps « Le cri Primal » d'Arthur Janov, en suivant les cas qu'il proposait à notre sagacité, disposés à émettre le cri primal ou à revivre la naissance ( rebirth) que je suis tombée sur un cas qui a changé ma vie.
Un homme avait choisi comme défense, l'intelligence : il lui fallait être intelligent pour plaire à ses parents, pour se sentir aimé, pour pouvoir communiquer, pour s'adapter, pour vivre. Seulement la névrose n'a jamais rien solutionné et l'homme était « mal ». Après sa thérapie primale, il n'eut plus besoin d'être intelligent.
Ce fut l'illumination ! Et pendant plus de vingt ans je n'eus de cesse d'oublier ma psychanalyse- la psychanalyse peut garder un patient pendant vingt ans sans effriter le moins du monde le mental : on ne peut pas piéger le mental que sert si bien le langage -, mais au contraire, par tout ce que je pouvais trouver, faire l'unité en moi. Je suis passée par tout ce que je pouvais rencontrer de pratiques - yoga, sophrologie, eutonie, méditation, ou bien de thérapies - ostéopathie, homéopathie, acupuncture, même reiki, magnétisme et d'autres types de psychothérapies, pour « me » retrouver. Le chemin fut long, très long, douloureux, difficile ; j'avais déjà en main l'astrologie et le Yi-King, je me mis au tarot et à la numérologie...( vous trouverez tout ce que vous voudrez savoir sur ces pratiques, sur internet, bien sûr !)
Jung compare ce chemin de l'individuation avec le travail et la quête de l'alchimiste : la souffrance d'une telle route en est inhérente.
J'étais une autodidacte de la course à la santé.
Aussi en suis-je venue à me faire une idée de ce que j'appelle le mental ; que Janov appelle le « moi irréel » ; le moi irréel a quelque chose à voir avec la « personna » et pour moi elle est façonnée par le mental . Je suis de fait en accord avec lui pour dire que le système de défense n'est en aucun cas un signe de bonne santé ; Freud disait qu'il était nécessaire à la bonne intégration de l'individu : justement ! D'autant plus dans une société malade comme celle dans laquelle on vit actuellement, ces défenses sont mortifères. Elles empêchent tout changement de société.
L'homme est un animal complexe formé d'un physique, de cinq ou six sens, d'un sexe, d'un cerveau qui gère tout ça et aussi l'intellect et le mental(1). On pourrait imaginer qu'il serait logique, évident, normal de vivre toutes ces composantes dans une unité ( in-dividu, indivisible) qui tolère les variables dues à l'âge, les époques de la vie, les événements, mais que, globalement, à la fin d'une existence, l'homme aurait développé tout son potentiel dans tous ces domaines. Or il n'en est rien. Plusieurs causes à cela dont la première saute aux yeux, flagrante : l'homme vit en société, quelque soit la taille de cette société, l'unité de ce groupe est la somme des différentes composantes, des talents, elle s'envisage donc comme la cohésion de « cellules » même incomplètes ! Et les compétences se distribuent spontanément pour pourvoir aux besoins de tous. La recherche de l'équilibre de cet ensemble pourrait être le dessein de l'humanité ! Il le fut, en d'autres temps ! En d'autres lieux.
Là non plus, il n'en est rien.
Il se passe ou il peut se passer de multiples événements traumatiques dans l'enfance, au temps de la formation de l'individu ; l'enfant totalement démuni apprend à se munir de défenses... jusqu'à la folie ou à la déviance parfois, l'adulte perpétuera et enkystera ces choix.
Le mental :
C'est un dictateur qui gère tout ou plutôt veut tout gérer de manière à faire croire à la personne qui l'héberge qu'il est le seul maître à bord. Mais cette maîtrise en force est un leurre ; elle soumet le corps à des pressions invraisemblables, il bloque les énergies là et là et fabrique ainsi de multiples douleurs, de multiples dysfonctionnements, digestifs, circulatoires, respiratoires, nerveux,etc. Quand la tension est trop forte, elle cherche un exutoire, dans tous les abus : argent, sexe, pouvoir, drogue, nourriture... Malgré cela, il réussit, toujours, à faire croire à sa toute-puissance.
Le mental garde en mémoire tous les traumatismes, toutes les blessures et crée autour d'eux une zone de protection qui en interdit l'accès à la conscience, empêche autant que possible leurs résolutions par leur acceptation. Il laisse l'individu dans l'ignorance et le contraint. Il est l'ennemi de la liberté en faisant croire n'importe quoi : sans exutoire, l'être s'étiole, se rabougrit, tombe malade ; par cette diminution de l'énergie il conforte son règne et écarte quoi que ce soit qui le mette en danger. Il ferme la perception, la sensibilité, anesthésie les sens, interdit toute audace d'aller vers l'inconnu, de s'y livrer, de s'y abandonner. C'est la cuirasse de Reich à qui cependant je donne une personnalité plus sournoise, une espèce d'alter ego qui nous tient la dragée haute. Quand il est bien nourri, respecté comme un dieu, il scinde l'individu, en deux ou en plusieurs morceaux qui ne communiquent pas. Il est celui qui incite à « vivre par procuration » sur le modèle de l'un ou l'autre, vu, lu, admiré. Ou au contraire, en négatif, qui se définit par rapport à ce qu'il faut à tout prix éviter.
De temps en temps, par un instinct de survie qui le brave, l'être trouve une faille provoquée par un événement, un accident, un deuil, une rencontre, quelque chose de l'extérieur qui vient comme un sauveur, tenter de bouleverser ce bel équilibre artificiel !
Mais l'exutoire est le plus nuisible car s'il anesthésie l'individu, il le fait très souvent en se servant des autres et il cadenasse littéralement la moindre propension de prise de conscience. Le mental règne alors en maître absolu.
Le mental n'est pas forcément lié à une intelligence remarquable, mais il l'est bien souvent ; or le mental a besoin du langage pour se solidifier, s'ancrer, convaincre : les mots, les raisons, les interdits, les revendications provocatrices sont ses atouts pour se perpétuer. Il en devient alors, oui, très convainquant.
Il peut être un gendarme, un surmoi puissant, mais ce n'est pas dans ce rôle qu'il est le plus néfaste ; il est d'un entêtement quasi inébranlable, sourd à toute source de vie. Il s'arc-boute sur des idées reçues, veut mettre Paris en bouteille, explique le monde et n'en démord pas. Il ne laisse aucune place au désordre de l'imaginaire, pas plus à la créativité car sa mission est de verrouiller, de bloquer le vivant. Mettre de l'ordre. Un ordre qui rassure même si l'on meurt de vouloir le maintenir en place. La manie, la névrose, la psychose, la démesure sont ses enfants. Ses monstres.
Le mental est inerte et c'est sans doute par cette caractéristique qu'il est peu ou pas enclin à l'effritement. Pourtant tout dans notre corps est, devrait être, mouvant, toutes les sensations, les perceptions, le physique, le psychique, même l'intellect, si souvent fondu dans le mental qu'on le laisse s'étoffer, s'agrandir, sans craintes. L'intellect est hyper valorisé au détriment de toutes les autres richesses de l'être, beaucoup moins retorses cependant.
Certes, si je considère le mental comme notre pire ennemi - celui qui vous laissera sourd à mes paroles - il peut être aussi un ami : la dualité y joue là aussi son rôle ! Il est indispensable aux exploits, à l'héroïsme, c'est lui qui nous protège en des situations hasardeuses, dans les sports extrêmes, dans les situations dangereuses, les guerres, il met notre vigilance en alerte, il préside à notre attention ; même pour la conduite d'une automobile ! Alors il est le contrôle de soi.
Je mets à son actif notre propension à ne pas agir comme des moutons, notre esprit de contradiction, la création, la rébellion, la désobéissance civique. Toute attitude ou réaction qui n'est pas spontanée et qui demande « du courage ».
Notre dualité n'est peut-être que la sienne après tout et qui entache tout.
Ce mental, qui se tourne vers l'intelligence comme rempart imparable, comme dans l'exemple qui a provoqué chez moi une prise de conscience fulgurante, ne rend pas l'être « intelligent » ; ou à tout le moins il nous faut y regarder de plus près. Ce travail est énorme, et , bien sûr, je ne l'ai pas mené à bien, aussi, trop long, trop complexe, je ne m'y risquerai pas ici ! Ceci dit, c'est une voie que je vous propose, une autre manière de vous voir et de considérer les autres.
Le mental est tout ce qui autorise nos peurs - sans nous les faire connaître -, nos habitudes médiocres et fermées : on le prend pour une protection et pourtant elle nous tue à petit feu.
Et aussi, et peut-être surtout, au fond, le mental est l'ennemi de l'inconscient.
La santé mentale repose essentiellement sur une bonne entente avec son inconscient.
Essayons d'évoquer l'homme en société ; essayons de déconstruire ses « raisons » !
Le mental qui veut cacher les causes en donnant de bonnes raisons m'est aussi visible que le nez au milieu de la figure et si j'extrapole maintenant, du singulier au collectif, je ne peux le faire qu'avec mes données vécues ; veuillez prendre ce qui suit comme une association d'idées, une hypothèse. Je n'ai pas prétention à faire ici, ni à vouloir faire ailleurs, l'exégèse des maux de ce monde.
L'homme occidental, ou occidentalisé, c'est-à-dire celui qui accepte et adopte le capitalisme sous sa forme actuelle, est pour moi un homme mu par son mental.
Son rapport au corps :
Le corps se modèle, se sculpte, se soigne, à partir de l'extérieur de lui-même, par des recettes, des chimères, des opérations chirurgicales, suivant un modèle donné par on ne sait qui. Il est malmené vers un but indistinct : beauté, performance et même sa santé- à coups de chimie- et n'est plus habité ni par une âme, ni par des sens ; on s'en remet à...
Néanmoins, à cause de sa grande importance pour chacun et pour le profit qu'il génère pour d'autres, il est au centre de beaucoup de préoccupations !
Être bien dans dans son corps ? Qu'est-ce à dire dans cette ruée... vers l'or ?
Son rapport à la sexualité : no comment.
Son rapport à la nature :
Certes la nature n'existe plus, nulle part ; dans des régions très hostiles, on peut encore y croire et pourtant, l'homme, partout, a mis sa patte ! Partout il veut dominer, maîtriser, exploiter ; cette fameuse maîtrise dont le mental semble ne pas vouloir se départir. Pour certains, elle est un terrain de jeu, pour d'autres de profits, elle n'est plus envisagée comme un don, un cadeau dont il faudrait prendre soin, à la fois être responsable et se soumettre : le paradoxe n'est qu'apparent, ces deux mots sont souvent liés ! Malgré les expériences, les événements, les écueils, les échecs, l'homme ne cède pas, n'évolue pas : le mental ne rend jamais les armes. Il conduira à la mort sans avoir jamais voulu rien lâcher.
Son rapport aux animaux :
L'animal est un être vivant, sauvage, il ne vous demande rien, se méfie ; s'il n'est pas un prédateur concurrent, on le tue lâchement ou on l'asservit. La part belle faite au mental depuis plus de deux siècles ne se contentent plus de cet asservissement ; on lui préfère aujourd'hui la torture, cette lâcheté du barbarisme ! Mais s'il l'est, prédateur, on ne supporte pas sa concurrence ; on a les armes qu'il faut pour le tuer sans risque pour soi-même ! Sus au loup, au tigre, même au renard, la belette, la genette et le reptile, même au héron ! Et tant mieux s'il n'y en a plus ! Le mental est la mort qui veut la mort.
Qu'est-ce qui pourrait toucher plus juste ma blessure initiale que l'innocence de la vie ?
Adieu perception, abandon, sensation, justesse et justice, adieu sensibilité et amour... c'est tout juste si parfois le mental ordonne le respect, ce froid contraint contrit si dur à observer !
Tant de froideur refroidit, la raideur du cadavre ; et encore ne demande-t-il du respect que ce qui lui est dû.
Le mental - cette entité démoniaque - ne peut pas penser que quelque chose existe hors de moi, ne peut pas dire : cet autre existe et je vis avec. Ou bien il en fera des livres. Cet être coupé en deux, d'un côté la vie refoulée, de l'autre la mort comme ultime protection, n'a plus rien de solide pour tenir debout ; il tient en force, à bout de bras toute une société et le plus insignifiant des humains se conformera à ce modèle, autorisé au-delà de tout espoir !
Je crois qu'on ne mesure pas à quel point l'holocauste a permis toutes les ignominies des bas-fonds de l'être sclérosé ; ce n'est pas faute d'en avoir fait l'analyse, mais celles de Reich notamment, si justes, si lumineuses n'ont pas passé la rampe !(2)
Aujourd'hui, nous arrivons au bout ; le parasite tue son aliment.
Tout ce qui se passe aujourd'hui en matière de revendications « sociétales » est le fruit d'un mental tout puissant qui réclame encore et encore du pouvoir ; jusqu'à être normalisé, légalisé et qu'on ne puisse plus le vaincre ! L'homme irréel, qui veut se reproduire en bouteille, faire reconnaître sa sexualité, sa féminité agressive, son fanatisme, ses déviances ses dérives ses maladies ses allégeances servitudes passivités ignorances, c'est la victoire du mental sur la vie ! Donner le flanc au mental est devenu la dernière étape de sa toute-puissance : juste après...la mort !
(1) : il existe une thérapie élaborée par le Dr Bach ( rien à voir avec Edward Bach, père de « fleurs » du même nom) et qui part du principe que le cerveau commande ( de manière assez bête, ndlr) ce qui convient pour échapper à une situation insupportable ; l'exemple donné dans toutes les conférences que j'ai pu suivre était le suivant : l'homme primitif habitait sur le versant sud d'une plaine et devait traverser la rivière pour aller dans le bois chasser, or cette rivière abritait quelques reptiles redoutables ; le père de notre héros de l'illustration, était mort piqué par ce serpent, puis l'oncle, puis le frère puis le cousin ; la peur au ventre, tiraillé entre la nécessité d'aller chasser pour nourrir la famille et la peur de la mort, notre héros un beau matin tomba au bord de l'eau, victime de la sclérose en plaques.
Puis, finalement, les hommes eurent l'idée du pont !
Le Dr Bach a démontré que toutes les maladies sont issues de tels dilemmes, de telles tensions.. lui-même étant parti de son propre cancer, déclaré après le choc de la mort de son fils...
(2) : Pour ma part, je suis convaincue que l'individu qui a « osé » une première fois, soit la violence, soit l'abus de pouvoir arbitraire, soit sa mise à nu dans sa déchéance, ne pourra plus remonter la pente : ce qui s'accepte et se partage aura droit de cité... on le voit aujourd'hui dans l'indécence de pouvoirs incompétents et qui, cependant, sont dans l'impunité...




; je ne faisais que pousser au bout le raisonnement !