Peine de mort : évolution de l’opinion depuis 15 ans
Près d'un demi-siècle après l'abolition de la peine de mort en 1981, la question continue de traverser l'opinion publique française. Bien que son rétablissement soit aujourd'hui rendu extrêmement difficile par la Constitution et les engagements internationaux de la France, les sondages réalisés depuis 2010 montrent qu'une part importante de la population demeure favorable à son retour. L'évolution de ces enquêtes révèle une progression notable du soutien à la peine capitale au cours de la dernière décennie et demie.
En 2010, la situation semblait pourtant relativement stabilisée. Les enquêtes d'opinion indiquaient alors qu'environ 30 à 34 % des Français se prononçaient en faveur du rétablissement de la peine de mort. Le mouvement abolitionniste pouvait penser avoir remporté une victoire durable dans les consciences, près de trente ans après la réforme portée par François Mitterrand et défendue à l'Assemblée nationale par Robert Badinter.
Toutefois, dès 2011, un changement de tendance apparaît. Les sondages enregistrent une hausse du nombre de partisans de la peine capitale, qui atteint environ 35 %. Cette progression s'accélère ensuite rapidement. En 2012, les enquêtes OpinionWay indiquent déjà 45 % de réponses favorables. L'année suivante, en 2013, le seuil symbolique des 50 % est franchi dans certains sondages, montrant un pays désormais profondément partagé sur la question.
Entre 2014 et 2015, le soutien à la peine de mort atteint l'un de ses niveaux les plus élevés depuis le début du XXIe siècle. En 2014, plusieurs enquêtes situent les opinions favorables entre 45 et 47 %. Puis, en avril 2015, un sondage Ipsos relève 52 % de Français favorables à son rétablissement. Pour la première fois depuis longtemps, une majorité absolue des personnes interrogées se prononce donc en faveur du retour de la peine capitale. Cette période correspond notamment à un contexte marqué par une forte inquiétude sécuritaire et une médiatisation importante des questions liées à la criminalité et au terrorisme.
Les années suivantes confirment cette remontée sans pour autant montrer une progression continue. Entre 2016 et 2019, les résultats oscillent généralement entre 44 % et 51 % selon les instituts et les formulations employées. Les Français apparaissent alors divisés en deux blocs d'importance comparable : un camp favorable au rétablissement et un camp attaché à l'abolition.
L'année 2020 constitue un nouveau moment marquant. Un sondage Ipsos réalisé pour plusieurs organismes de réflexion indique que 55 % des Français se déclarent favorables au retour de la peine de mort pour les crimes les plus graves. Il s'agit de l'un des niveaux les plus élevés observés depuis le début des années 1990. Cette enquête suscite alors de nombreux commentaires sur l'évolution du rapport des Français à la justice pénale et à la sécurité.
Depuis 2021, les chiffres demeurent remarquablement stables. Les différentes enquêtes placent généralement le soutien à la peine capitale entre 46 % et 51 %. En 2022, 2023 et 2024, les résultats varient peu, montrant qu'environ un Français sur deux reste favorable à son rétablissement. Cette stabilité suggère que la question ne relève plus seulement d'une réaction émotionnelle ponctuelle, mais d'une opinion durablement installée dans une partie importante de la population.
Les données les plus récentes vont dans le même sens. En 2026, un sondage consacré spécifiquement aux meurtres d'enfants indique que 50,1 % des personnes interrogées seraient favorables à la peine de mort dans ce type de cas. Même si cette question porte sur une situation particulière, elle confirme qu'une majorité relative de Français demeure prête à envisager le retour de la peine capitale pour les crimes considérés comme les plus odieux.
Ainsi, depuis 2010, l'opinion française a connu une évolution significative. Parti d'environ un tiers de la population, le soutien à la peine de mort s'est progressivement rapproché de la majorité, jusqu'à osciller aujourd'hui autour de 50 %. Si cette volonté populaire n'a pas trouvé de traduction institutionnelle, les sondages montrent qu'elle reste un élément important du débat public français. Qu'attendent les politiciens pour trancher de la question : une révolte ?


