Austérité, sobriété, prospérité ! Une devise européenne pour la France et son Nouveau Régime
Vous venez de découvrir la nouvelle devise républicaine, doux euphémisme s’il en est tant on se demande où est passé la république, sans doute dans quelques recoins poussiéreux des livres d’histoire. Qui nous rappellent qu’avant il y eut une république avec un esprit républicain et la fameuse devise liberté égalité fraternité. La liberté s’est estompée, avec l’idéologie sécuritaire, la pensée correcte et même un ministre qui veut d’autorité interdire un spectacle, accompagné par une cohorte d’élus s’arrogeant le droit de décider ce que doit être un spectacle. La police qui n’est plus au service de la liberté d’expression. A quand l’interdiction d’un film sous prétexte qu’il déplaît à une communauté dont les membres sont prêts à troubler la séance ? L’égalité, c’est un lieu commun de dire qu’elle est devenue (ou restée) une abstraction juridique et que dans les faits, seule l’inégalité règne. La fraternité, elle se dessine de plus en plus dans les communautés et de moins en moins dans la société. Il reste la famille et les réseaux d’amis. La jungle darwinienne et la compétition pour vivre ont submergé la fraternité.
L’histoire de France retiendra que le pays est passé de l’Ancien Régime à la République, puis au Nouveau Régime mis en place à partir des années 1980. La nouvelle devise étant :
AUSTERITE, SOBRIETE, PROSPERITE
L’Ancien Régime était scindé en trois ordres, la noblesse, avec ses comtes, marquis et autres barons régnant sur leurs domaines respectifs. Le clergé, régnant sur les ouailles et disposant pour les plus hauts placés de demeures plutôt princières. Pour mémoire, le somptueux palais Rohan accueillant la mairie de Bordeaux était la résidence de l’archevêque Ferdinand Maximilien Mériadec de Rohan, bâti en 1771. Et puis il y avait le tiers-état, autrement dit le reste de la société composée d’un ensemble hétérogène où figuraient tous les corps de professions avec des situations assez disparates, selon que l’on soit un riche bourgeois pratiquant le négoce avec les îles, un artisan du coin, un céréalier, ou un ouvrier du bâtiment. Cette tripartition n’avait rien d’économique. Elle s’inscrivait plutôt dans l’héritage de la tripartition védique distinguant les cultivateurs, les guerriers et les prêtes dans l’Inde antique. Dans la France de Louis XVI, un curé de village n’avait pas le même niveau de vie qu’un évêque dans une grande ville de province.
2014, la France du nouveau régime s’est installé avec une tripartition nouvelle, celle des pauvres, des classes moyennes et des classes aisées.
Parmi les riches, on trouve les héritiers des anciens ordres réunis maintenant dans la prospérité. Le clergé a été remplacé par les écrivains à succès, les artistes de variété, les animateurs et autres journalistes, les intellectuels médiatiques. Prenez le salaire de cet animateur sur la 8 dont l’émission consiste à ricaner de tout en s’adressant à des QI d’huîtres. 25 000 euros par mois et ce con qui ose tout en profite pour se plaindre. Le corps de la noblesse a été remplacé par la noblesse d’Etat, clin d’œil à Bourdieu. Avec en plus les élus de la politique. Les chiffres parlent. Il suffit d’observer l’augmentation des indemnités des élus, les carrières des hauts fonctionnaires avec primes et promotions, les avantages pour les sénateurs, députés et autres squatteurs de strapontins dans les conseils régionaux ou au parlement européen, pour comprendre que tous des gens sont unis par une devise, prospérité ! Et bien évidemment, la bourgeoisie économique s’ajoute à l’ensemble avec les grandes fortunes qui ne cessent de croître et la prospérité qui s’accroît pour cette minorité économique qui sait s’allier le monde des clercs médiatiques et la noblesse politiques pour rendre sûre la prospérité chaque année. Cela dure depuis 25 ans. Les chiffres sont devenus significatifs depuis une décennie.
Pour les classes moyennes, il y aura les évolutions de carrières, les augmentations de salaire concédées par les patrons, les salaires indexés mais les choses sont contrastées selon que l’on soit locataire ou propriétaire tandis que les charges, les taxes et autres impôt locaux grignotent les augmentation de revenus si bien que ces classes moyennes doivent surveiller de près leur budget et ne pas trop dépenser. Prévoir un peu d’épargne pour les coups durs. Hésiter à chaque dépense pas indispensable. Une place de ciné, un resto, un week end romantique, un jeu pour les enfants, quoique, l’enfant est le maillon fort dans le domaine de la sobriété. Les parents feront quelques sacrifices mais ils ne se sentiront pas forcément frustrés, surtout s’ils adhèrent à l’idée d’une sobriété heureuse qui se répand dans les médias. Sobriété pour les classes moyennes, heureuses ou malheureuses.
Il y a enfin les pauvres. Ceux-là n’hésitent pas lorsqu’il faut faire une dépense non indispensable car ils n’en font jamais et tout ce qu’ils gagnent avec des travails précaires ou des aides sociales, ils le dépensent pour des choses indispensables. Tout passe dans le logement, la bouffe, les tickets de transport ou le carburant, l’électricité, un peu d’habillement, d’autres frais fixes et s’il leur reste un surplus, ce sera pour un petit plaisir exceptionnel ou pour se chauffer un peu mieux. La devise pour ces gens-là c’est austérité.
Dans la France de 2014, c’est prospérité pour les uns, austérité pour les autres et sobriété pour le reste. Austérité, sobriété, prospérité ! Tiens donc, cette devise semble s’appliquer aussi à l’Espagne, à la Grèce, à l’Italie, à l’Allemagne… Enfin, ça y est, l’Europe existe vraiment, elle a trouvé sa devise, Austérité, Sobriété, Prospérité !
L’équation de l’Europe, c’est une combinaison linéaire pondérée par des coefficients variables selon les pays et les régions, une combinaison d’austérité, de sobriété et de prospérité. C’est une loi naturelle mais les sociétés peuvent décider qu’il en soit autrement. Après le nouveau régime, la nouvelle révolution ?


