Bibracte, Cabillodunum : aveuglement et turpitudes
Bibracte au mont Beuvray ? Tragique erreur ! Les touristes américains et chinois qui boudent le site ne s'y sont pas trompés, eux qui ne voient l'histoire de France commencer qu'à Paris. Et, en effet, quel intérêt pour les touristes étrangers amateurs de culture historique de visiter un site à la Potemkine où on ne montre que des remparts reconstitués de pierres sèches, pauvres vestiges d'une population apparemment misérable qui n'aurait connu l'usage de la construction en pierres cimentée de chaux qu'à l'arrivée des Romains... aux deux premiers siècles avant J.C..(1)
Et avant, rien ! Quelle absurdité !
Reprenons la stricte chronologie des faits à la lumière d'une réinterprétation critique des textes, des vestiges archéologiques enfouis ou toujours debout et de la logique principalement militaire.
Partant du fait reconnu que les Phéniciens ont précédé les Grecs dans leur implantation à Marseille, il n'est pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre qu'ils ont, bien évidemment, remonté le couloir Rhône/Saône jusqu'à l'endroit où le fleuve n'était plus navigable et avant que le cours d'eau ne bifurque dans plusieurs directions. Cet endroit correspond à la région de Chalon-sur-Saône, endroit privilégié qui leur ouvrait tout l'intérieur du pays ; en outre, il y avait là l'avantage d'une large rivière, calme et poissonneuse, ainsi que des terres étendues fertiles, propices à l'élevage et aux cultures. Intérêt militaire déterminant, on pouvait en assurer le sécurité sur un large horizon depuis une tour judicieusement placée sur la colline de Taisey qui domine le Chalon d'aujourd'hui. Avec en plus, en arrière, la présence d'un lac pour alimenter en eau les fossés de défense et autres usages, situation unique.

Car si Pythéas était capable, vers l'an 300 avant J.C., de contourner le continent par l'océan jusqu'à une mer d'eau et de glace mêlées où le jour ne durait que deux heures, cela signifie de toute évidence que le site chalonnais a été visité plusieurs siècles auparavant.
Visités par qui, par quels Phéniciens ou apparentés ?
Phéniciens, Cananéens, Chaldéens sont des termes génériques assez vagues pour désigner les anciennes populations vivant alors en Palestine jusqu'à l'Irak. Et encore au temps de Jésus.
Au VI ème siècle avant J.C., Hécatée de Millet, historien et géographe grec, évoquant notre région "barbare", ne cite que trois villes : Narbonne, Marseille qu'il situe en Ligurie et, au-delà de Marseille, Nuerax, habitée par les Keltoï. Il s'agit de la première mention connue des Celtes. Or, Keltoï est très proche du mot Kaldaï désignant les Chaldéens (2). Première déduction/hypothèse : une première colonie chaldéenne/celte dans la région de l'actuelle Chalon-sur-Saône. (2)
Au Vème siècle avant J.C., Hérodote écrit qu'au-delà des colonnes d'Hercule - donc, en abordant la Gaule par la côte atlantique après avoir franchi le détroit de Gibraltar -, on trouve les Kinèsioi, qui sont, à l'Occident, le dernier peuple d'Europe. Tout de suite après eux - donc à l'est - se trouvent les Celtes... Or Kinèsioï est un mot très proche de Kinneret, première capitale et plus ancienne ville du pays de Canaan située à l’extrémité sud du lac de Galilée. Deuxième déduction/hypothèse : une colonie cananéenne/celte en Auvergne, à Gergovie qu'on ne peut raisonnablement situé qu'au Crest, à quelques kilomètres au sud de Clermont. (3)
Je pourrais également citer d'autres textes qui confirment, et la puissance de Gergovie, et la puissance des Éduens que Strabon situe à Bibracte et à Cabillo/Chalon... évoquer également le lien qui existe avec l'histoire de l'Atlantide : s'inspirant d'auteurs antérieurs, Denys D'Halicarnasse écrit, au Ier siècle avant J.C., qu'Héraclès - colons venus du Proche Orient - au cours de sa course errante, se serait uni à l'atlantide Astéropè. Deux fils seraient nés de cette union, Ibéros (les Ibères d'Espagne) et Keltos (les Celtes de la Gaule). (4)
Cabillodunum, la cité de Strabon, ne peut être que l'ancien hameau de Taisey qui s'est développée à l'ombre de son oppidum/castrum, sur la colline qui domine par la vue toute la région. C'est l'emplacement militairement logique de la première fondation "coloniale" des Phéniciens/Chaldéens voire Cananéens. Le chemin des condamnés, la place du carcan témoignent de son autorité originelle. C'est de là que le roi Ambicat, vers l'an 600 avant J.C., envoya le trop plein de ses populations avec ses guerriers celtes en deux expéditions de conquête jusque-là jamais vues, l'une sur Italie, l'autre sur l'Europe continentale.
C'est de là que partit le seigneur gaulois Litavic, à la tête d'une armée de fantassins, pour se porter au secours de Vercingétorix. C'est cet oppidum qu'évoque César au sujet d'une curieuse affaire où des marchands romains furent pris à partie par la population. C'est dans ce castrum que siégeait le conseil de la ville cité par César. Voilà, ici, d'une façon absolument irréfutable ce qu'il faut nommer "castrum", la tour, et ce qu'il faut appeler "oppidum", l'enclos/refuge avec son rempart en arrière (5). Un médaillon sculpté sur marbre du III ème siècle nous apporte la preuve qu'il s'agit bien là d'une capitale fortifiée et mystique (la tour principale et la prison sont toujours là).
Dans ma logique militaire, Cabillodunum/Taisey pourrait être la Nuerax d'Hécatée de Millet, Noviodunum/arx, la nouvelle forteresse, mot double à la fois latin et grec pour satisfaire tout le monde. Dans ma logique militaire, Bibracte, bis arx, la deuxième forteresse construite en position d'appui et refuge, en région montagneuse, serait la Bibracte de Strabon que je situe à Mont-Saint-Vincent, proche de Cluny, là où l'archéologue Henri Parriat s'interrogeait, au siècle dernier, sur les restes de murailles cyclopéennes qui s'y trouvaient encore. Le contour ovale de l'ancien oppidum rappelle celui de l'illustre ville de Troie et l'architecture de son église, celle du temple de Salomon.
Après la conquête romaine, le nouveau pouvoir militaire s'installe tout naturellement dans le castrum de Taisey mais, curieusement, le préfet de la flotte se fait construire une demeure "à la romaine" en forme de palais, à son pied, à la Vigne-aux-saules, en terrain vague non protégé, probablement pour y percevoir les péages, à l'entrée d'une agglomération dispersée.
C'est là que saint Marcel y est intercepté, présenté devant le gouverneur romain, conduit, bien évidemment, au castrum de Taisey pour y être enfermé dans la prison neuve "romaine", puis trainé à Sevrey pour y être supplicié. Nous sommes au II ème siècle, en l'an 177. Les actes de saint Marcel ne nomment pas textuellement le castrum de Taisey mais le qualifie de sanctuaire d'Ammon, le dieu païen d'Égypte, tandis que l'agglomération de Taisey est désigné sous le nom d'Argentomagus, le marché de l'argent, alias Taisey, Tasiacum, thesaurus, trésor. Or un exemplaire de la Notitia dignitatum - qui nous renseigne sur l'organisation romaine des pays conquis - nous indique qu'une fabrique d'armement s'y trouvait, à Argentomagus. (6)

Au III ème siècle, l'empereur romain enfant Salonin qui a succédé à son père Gallien siège toujours à Taisey ainsi que dans son palais de la Vigne-aux-saules. Sur un fond de remparts qui rappellent ceux de Jérusalem, il décide qu'une cathédrale sera construite au bord de la Saône et que l'autorité passera de l'ancien conseil de Taisey/Cabillodunum au conseil de la nouvelle ville qui va s'élever au bord du fleuve. (6)

Succédant à Salonin dont il était pour ainsi dire le protecteur avant, tout simplement, de le déposer, l'empereur gaulois Posthumus fonde officiellement la nouvelle ville entourée de son rempart en étroite collaboration avec Victorinus César, l'héritier légitime probable de la dynastie toujours chaldéenne/celte de Mont-Saint-Vincent/Bibracte, et avec l'aide financière des riches colonies judaïques (7).
Dans la cathédrale/temple dit d'Apollon, les deux Victorinus sont sculptés dans un chapiteau, portant l'étole, ce qui signifie qu'ils sont toujours, conformément à la tradition juive, les grands prêtres officiant dans le monument et peut-être pas Posthumus comme je l'ai un moment pensé.

En 274, l'empire gaulois s'écroule. Vainqueur aux abords de Chalon, à Champforgueil, l'empereur romain Aurélien reçoit la reddition de la ville en installant son trône dans le toujours palais de la Vigne-aux-saules.

12 ans après, en 286, y trône l'empereur romain Maximien, le tétrarque qui a ramené la Gaule dans l'empire romain, et le pays éduen, mais aussi Gergovie comme le montre une médaille où figure l'oppidum.

En 306, le rhéteur Eumène nous apprend que le palais du César Constance Chlore se trouve à Augustodunum/Mont-Saint-Vincent, donc antique Bibracte. Il ne peut s'agir que de l'ancien palais des fondateurs Chaldéens/Celtes et des seigneurs gaulois Eporédorix (probablement toujours existant).(8)

Vers la même date, Augustodunum/Autun, simple colonie de Mont-Saint-Vincent/Bibracte est refondée et devient une vraie ville entourée de remparts en même temps que sort de terre sa majestueuse cathédrale vouée au futur empereur Constantin. (9)
Tout cela ne va pas sans troubles. Bandes bagaudes, Gaulois rebelles, pillards allamans, etc, on a l'impression que toutes ces conflits se passent autour des oppidum militaires, en dehors des villes retranchées qui continuent à célébrer plus ou moins tranquillement leurs offices dans leurs cathédrales judaïques. Le palais de la Vigne-aux-saules, en dehors de l'agglomération, en est un indice étonnant.
Il faudra attendre l'empereur Julien pour que celui-ci préfère vivre dans la ville plus agréable de Vienne.
Vers 350, la basilique de Vèzelay est dédiée à cet empereur tandis que Paris s'annonce comme une future capitale, mieux placée au centre de l'hexagone. (10)
Vers 441, quand Attila s'approche pour piller la ville chalonnaise, c'est Herrich, roi des Burgondes, peuple guerrier mercenaire, qui va à sa rencontre aux abords du castrum de Taisey et qui sauve la ville en lui payant rançon. Cela se passe avant la bataille des champs catalauniques où Attila mordit la poussière, en 451. (11)
En 534, le conflit entre les Burgondes et les Francs, là encore, se règle en dehors des villes, par la victoire des seconds lors de la bataille d'Augustodunum/Bibracte/Mont-Saint-Vincent, en pleine zône montagneuse.
En 585, le roi franco-burgonde Gontran fait construire un monastère dédié à saint Marcel, à Hubiliacum (Sevrey), à côté de sa basilique ; et les deux monuments sont toujours là. Étonnant ! Une petite église de campagne croyant dans un christ venu alors que la ville de Chalon continue à officier, à l'intérieur de ses remparts, dans sa grande cathédrale/basilique dont les chapiteaux honorent un christ essénien à venir mais qui est peut-être venu.
Vers 592, en mourant à Chalon, le roi franco-burgonde tout puissant Gontran prouve qu'il occupe toujours l'antique forteresse de Taisey même s'il séjourne principalement dans son castel de Mont-Saint-Vincent/Augustodunum/Bibracte. C'est d'ailleurs là que la reine Brunhilde lui succèdera.
En 732, Charles Martel, prince de Neustrie et d’Austrasie, remporte sur les Sarrazins sa célèbre victoire de Poitiers. Childebrand, son frère, devient comte d’Augustodunum, c'est-à-dire de Mont-Saint-Vincent/Bibracte et de Chalon.
Succèdent alors de 830 à 1170, au castrum de Taisey/Chalon, d'importants comtes, de Guérin à Savaric de Donzy dit de Vergy.
De 1177 à 1200, la famille des Barres tient la position ; mais après l'échange du comté de Chalon par Jean de Chalon, c'est un Gaudin de Taisey, chevalier, qui occupe la maison forte au nom du duc de Bourgogne.

Ainsi se termine la grande histoire du site chaldéen/celte de Taisey/Cabillodunum, véritable capitale antique de l'avant France qui a rayonné sa culture chaldéenne/celte/cananéenne/essénienne/judaïque/chrétienne sur tout le pays et au-delà.
À la fin du grand siècle de Louis XIV, le site ressuscite dans le château versaillais dont le noble bourgeois Guillaume Magnien de Chalon a entrepris la construction. La construction se poursuit sous le règne de Louis XV. En 1815, la pièce prévue pour la chapelle n'est toujours pas terminée. En 1870, victime des troubles et des révolutions, le bâtiment se cache derrrière les arbres de son parc centenaire. En 1960, dans l'indifférence générale, un lotissement s'y installe tandis que le bâtiment est livré au vandalisme et à la maltraitance. J'ai racheté en trois fois ce qui restait du domaine, d'abord le château versaillais en 1976, ensuite la tour en 1979, ensuite ce qui restait du parc en 1981. Enfin, en 2005, le point de vue sur le site en montant la rue du château que tous les seigneurs locaux ont préservé jusque-là est saccagé par un nouveau lotissement, sur l'initiative conjointe de la commune, de l'architecte des bâtiments de France et avec l'approbation tacite de la DRAC et du préfet que j'ai pourtant alertés, et cela, sans l'intervention d'élus, qu'ils soient de droite ou de gauche.
Je suis étonné que personne n'ait encore compris que si, depuis 38 ans, je travaille chaque jour pour remettre en état le site, c'est principalement par fierté nationale pour qu'un jour, il soit montré aux enfants des écoles, aux touristes étrangers et aux Français d'origine plus récente que moi, tel qu'il témoigne de la grandeur de notre histoire antique et des origines de notre civilisation. Mais peut-être que cette chape de plomb sur laquelle je bute s'explique parce que mes propos contrarient, ainsi que mon action en faveur du patrimoine national ?
Emile Mourey, ancien officier de carrière, 30 octobre 2014.

Renvois.
1. Il est absolument ahurissant qu'on ait placé la capitale éduenne dans un Morvan aussi inhospitalier et couvert de forêts. Position essentiellement stratégique occupée successivement par les Arvernes, les Germains d'Arioviste et les Boïens, le mont Beuvray n'est que le site de Gorgobina cité par César. Les vestiges archéologiques mis au jour, le texte de César, la bataille de Magetobriga à Mesvres, sont des preuves irréfutables.
2. J'ai été beaucoup critiqué sur ce rapprochement par des soi-disant spécialistes qui le jugent impossible dans la rigueur de leur raisonnement étymologique. Argumentation un peu trop facile quand on constate, encore à l'époque de la guerre des Gaules, comment les noms des chefs gaulois varient dans leur orthographe.
3.L'implantation celte : http://www.bibracte.com/mon_histoire_de_la_gaule/de_la_veritable_origine_des_celtes.html
Là aussi, les preuves abondent pour situer Gergovie dans l'ancienne ville murée du Crest : une bonne traduction du texte de César, de Polyen, de Sidoïne Apollinaire, un antique chapiteau qui représente la forteresse, le dessin du héraut d'armes Guillaume Revel, son temple toujours existant.
4. L'Atlantide de Platon, c'est un éclairage fabuleux sur la Gaule antique http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/gergovie-est-elle-l-atlantide-19859
5. Consilium publicum (DBG VII, 43)
6. Le martyre de saint Marcel et un jugement à la Salomon http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/un-jugement-de-salomon-au-temps-89757
7. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pourquoi-leonard-de-vinci-a-t-il-147425
8. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/au-iiieme-siecle-le-plus-beau-86738 et http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bibracte-et-les-errements-de-la-138532
9. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/iveme-siecle-la-basilique-gauloise-87057
10. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/vezelay-la-basilique-de-l-empereur-87450
11. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-burgondes-histoire-patrimoine-137046
Pour plus de références, se reporter au site du journal citoyen Agoravox où j'ai publié plus de 280 articles ainsi qu'à mes ouvrages www.bibracte.com

