Castro et Che Guevara : les bourreaux encensés par la gauche française
La Havane, janvier 1959. La forteresse de La Cabaña domine la baie comme un vieux gardien sinistre, ses murailles épaisses encore imprégnées de l’odeur de poudre et de sueur des derniers combats. À l’intérieur, les couloirs sombres résonnent de pas lourds, d’ordres aboyés, de portes de fer qui claquent. Ernesto "Che" Guevara, barbe hirsute, cigare au bec, signe des sentences sous une ampoule vacillante. Le lendemain, à l’aube, le peloton s’aligne contre le mur criblé de balles. Quelques mois plus tard, Sartre et Beauvoir posent avec Fidel, rayonnants, et rentrent clamer que la révolution est une "fête permanente". 77 ans après, la libreta traîne toujours dans les tiroirs cubains. Comment la gauche française a-t-elle pu s’éprendre de ces bourreaux ?
Le bourreau de La Cabaña : quand le Che devenait la "machine à tuer" qu’il rêvait d’être
Dès le 2 janvier 1959, Che Guevara est nommé commandant de La Cabaña, ancienne prison espagnole transformée en tribunal révolutionnaire. Pendant cinq mois, jusqu’en juin, les procès expéditifs s’enchaînent jour et nuit. Les accusés ? Anciens policiers ou militaires de Batista, informateurs présumés, propriétaires terriens, opposants politiques, et parfois de simples citoyens dénoncés par un voisin jaloux. Les juges sont souvent des combattants barbus d'une vingtaine d'années, sans formation juridique, pressés de passer au suivant. Les preuves ? Un témoignage oral, une lettre anonyme, un vague "contre-révolutionnaire" lancé comme une sentence. Verdict : mort par fusillade.

Les estimations les plus sérieuses, issues d’archives cubaines déclassifiées, de rapports d’ambassades occidentales et de la biographie de référence par Jon Lee Anderson, parlent de 55 à 176 exécutions directement sous la responsabilité de Che Guevara à La Cabaña. D’autres sources contemporaines (témoignages d’exilés, documents de la CIA de l’époque) montent jusqu’à plusieurs centaines pour les premiers mois de la révolution dans l’ensemble des prisons. Parmi les victimes : un jeune homme de 19 ans, Ariel Lima, fusillé pour avoir tenté de défendre son père condamné ; des mères qui s’accrochent aux grilles en hurlant, repoussées à coups de crosse par les gardes. Guevara, impassible, refuse systématiquement les demandes de grâce. Il l’écrit lui-même dans ses notes et discours : "Les révolutionnaires doivent devenir des machines à tuer motivées par la haine pure". Ce n’était pas une explosion de rage révolutionnaire. C’était une terreur calculée, méthodique, pour terroriser et consolider le pouvoir naissant. Ironie amère : la même gauche qui hurle contre les pelotons franquistes ou pinochetistes a passé des décennies à minimiser, excuser ou ignorer ces murs où le sang cubain séchait chaque matin sous un soleil impitoyable.

Les UMAP : l’enfer des camps pour "redresser" gays, croyants et "déviants"
Novembre 1965. Fidel Castro, fasciné par les modèles de rééducation soviétique et chinois, lance les Unités Militaires d’Aide à la Production (UMAP). Officiellement, il s’agit de "service militaire agricole" pour les jeunes. En réalité, ce sont des camps de travail forcé destinés à "corriger" ceux que le régime juge "impropres" à la société socialiste : homosexuels (qualifiés de "déviants sexuels"), Témoins de Jéhovah refusant le service armé, catholiques pratiquants trop fervents, artistes jugés décadents, intellectuels "bourgeois", jeunes à cheveux longs ou refusant l’endoctrinement. Entre 25 000 et 35 000 personnes y sont internées, surtout dans la province de Camagüey.

Sous un soleil écrasant, ils coupent la canne à sucre 14 à 16 heures par jour, pieds nus ou en sandales usées, nourris d’une bouillie fade, battus pour un regard de travers. Des traitements hormonaux forcés sont administrés pour "guérir" l’homosexualité ; des électrochocs, des simulacres d’exécution, des humiliations publiques brisent les résistants. Des centaines meurent d’épuisement, de malnutrition, de maladies tropicales ou de suicides. Castro assume pleinement la création des camps dès 1965 ; il faudra attendre une interview en 2010 pour qu’il admette, du bout des lèvres, "de grandes injustices". Raúl Castro, son frère, supervise personnellement l’opération. Les camps ferment progressivement en 1967-1968 sous la pression internationale et des fuites dans la presse. Mais le trauma reste : des survivants, comme ceux interviewés dans le documentaire Mauvaise Conduite, sorti en France en janvier 1984, décrivent encore l’odeur de sueur, de peur et de canne brûlée. La gauche française, championne actuelle des droits LGBT, préfère oublier que son idole historique envoyait les gays en camp pour les "transformer" en "vrais hommes révolutionnaires".

La faim qui ne finit jamais : la libreta, de 1962 à 2026, un fil à la patte permanent
Mars 1962 : Fidel instaure la libreta de abastecimiento, ce carnet de rationnement censé garantir une répartition "équitable" des denrées. Au début, cela semble presque généreux : riz, sucre, huile, œufs, un peu de viande ou de poisson par mois. Mais la réalité rattrape vite le mythe. 64 ans plus tard, en janvier 2026, la libreta existe toujours, mais elle est devenue une relique cruelle : quelques poignées de riz par personne, du sucre quand les cargos arrivent, des œufs rares comme des pépites d’or. La production agricole s’est effondrée après la réforme agraire de 1959 et la collectivisation forcée : Cuba, qui couvrait 80 % de ses besoins alimentaires avant la révolution, dépend désormais massivement des importations.

La "Période spéciale" des années 1990, après l’effondrement de l’URSS, marque le paroxysme : quasi-famine généralisée, perte de poids moyenne de 10 à 20 kilos par habitant, cas documentés de malnutrition extrême, voire de consommation de racines ou de chats errants. Raúl Castro lui-même, en 2011, annonçait vouloir supprimer la libreta, trop coûteuse et inefficace mais le système perdure, subventionné à coups de milliards. Le blocus américain ? Un facteur aggravant, certes. Mais l’échec structurel vient surtout de la planification centralisée délirante : la fameuse zafra des 10 millions de tonnes de sucre en 1970, objectif mégalomaniaque fixé par Fidel, mobilise toute l’économie, ruine les autres cultures et aboutit à un fiasco total. Résultat : un peuple condamné à faire la queue des heures pour un bout de pain rassis, pendant que les membres de la nomenklatura roulent en Mercedes importées et que les hôtels pour touristes regorgent de homards.
Les idiots utiles : Sartre, Beauvoir et la grande illusion gauchiste
Février-mars 1960. Sartre et Beauvoir, invités officiels, sillonnent l’île en jeep avec Fidel. Ils posent avec Che, s’extasient sur la "spontanéité" des barbudos. Sartre publie des articles dithyrambiques dans France-Soir : la révolution est une "fête permanente", Castro un "agitateur" charismatique. Simone de Beauvoir parle de "gaieté cubaine". Françoise Sagan, Agnès Varda, Bernard Kouchner et tant d’autres suivent : pèlerinages à La Havane, reportages enthousiastes, meetings à la Mutualité pour défendre la "Cuba libre". La gauche parisienne s’enflamme, voit dans les barbudos l’incarnation de l’anti-impérialisme romantique.


La désillusion arrive tardivement. En 1971, l’arrestation du poète Heberto Padilla, forcé à une autocritique publique humiliante, provoque une lettre ouverte signée par Sartre, Beauvoir et d’autres intellectuels. Castro répond par une diatribe rageuse, les traitant d’"agents de la CIA". La rupture est consommée mais le mal est fait depuis longtemps. Pendant des décennies, ces "idiots utiles" (selon l’expression léniniste) ont maquillé la réalité : exécutions sommaires, camps de rééducation, faim planifiée, tout excusé au nom de la lutte contre l’impérialisme yankee. Aujourd’hui encore, des T-shirts Che Guevara ornent les torses des bobos parisiens, des posters de Fidel trônent dans certains bureaux militants, sans une once de remords pour les familles qui ont attendu en vain devant le mur de La Cabaña.

Cuba porte toujours ses chaînes mythiques. Les balles de l’aube à La Cabaña, les barbelés des UMAP, la faim sournoise et éternelle de la libreta : voilà le vrai legs des idoles que la gauche française a si longtemps encensées. Alors, chers progressistes de salon, quand allez-vous enfin ranger vos posters romantiques et assumer que vous avez applaudi des assassins en treillis ? Ou préférez-vous continuer à caresser votre bonne conscience en oubliant les cris étouffés derrière les barreaux cubains ? La vérité est là, elle pue le sang, la sueur et la misère. Et elle ne disparaîtra pas avec vos pathétiques selfies militants.





