mercredi 22 février 2006 - par Méric de Saint-Cyr

La civilisation de la contagion

La contagion est devenue un modèle dominant de comportement, le fondement de la société d’aujourd’hui, dans tous les domaines de la vie quotidienne, et à tous les niveaux de la hiérarchie sociale.

Si l’on examine la notion de contagion en ce XXIe siècle, on découvre que c’est beaucoup plus qu’une mésaventure possible et désagréable sur le plan de la santé. C’est devenu un modèle majeur de comportement, le fondement de la société d’aujourd’hui. Le monde dans lequel nous vivons, quel que soit le pays, la culture ou le régime politique, est devenu d’une façon générale et permanente un monde de contagion. Dans le langage quotidien, on parle d’« effet domino », d’« effet cascade », de « réaction en chaîne », ce ne sont que des descriptions imagées de ce mécanisme de contagion.

C’est un mécanisme qui ne se limite plus au seul domaine des maladies. Il a remplacé les mécanismes du choix, de l’examen réfléchi, de la décision personnelle, de la lucidité tranquille. Tout ce qui se répand dans une société, les modes, les enthousiasmes, les religions, les drogues, les informations, les nouvelles, se répand par contagion, sur le modèle de l’épidémie, avec les mêmes caractéristiques : rapidité, quantité, et impuissance de l’individu.

Quoiqu’elle prétende s’en inquiéter en voulant faire croire qu’elle respecte et défend les libertés individuelles, la société moderne ne rêve à rien d’autre qu’un monde de contagions. Car ce sont exactement ces phénomènes que tout désir de réussite, qu’elle soit personnelle, commerciale ou artistique, souhaite déclencher.

Le premier désir de tout producteur aujourd’hui, quoi qu’il produise, son vœu idéal, c’est que son produit, sa création ou sa renommée se répande avec la rapidité, l’automatisme et l’universalité d’une épidémie. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’admette ou non, la contamination (physique, intellectuelle, religieuse, politique, commerciale, etc.) est une des valeurs de référence de la société actuelle.

Dans le registre des délires collectifs, les religions qui envahissent ce monde (et les sectes, qui n’en sont que des sous-produits) procèdent elles aussi du principe de l’épidémie.

Le modèle de la maladie contagieuse décrit et explique parfaitement les mécanismes qui permettent aux religions, délires de l’humanité, de proliférer sans que les fondateurs du mouvement aient à fournir beaucoup d’efforts en matière de publicité. Le virus de la religion se transmet de la même manière que le virus d’une maladie : celui qui est atteint communique sa maladie aux individus sains dont le terrain est favorable. Ainsi la maladie religieuse se répand-elle par contaminations successives, sous la forme d’une chaîne ininterrompue d’individus. Comme dans le cas de vrais virus, il n’y a pas de « génération spontanée » !

Bien sûr, pour que la maladie religieuse se développe dans le mental d’un individu, il faut qu’elle y trouve un terrain favorable. Un être lucide et éveillé ne peut être trompé par l’illusion religieuse. Mais la plupart des gens recherchent dans la religion un refuge moral, une assurance-vie pour l’au-delà, un dérivatif, une consolation. La première religion venue fera donc l’affaire. Dès lors, le nouveau converti devient à son tour un militant, c’est-à-dire que le contaminé devient à son tour contagieux. Ce mécanisme, particulièrement visible chez les musulmans et les témoins de Jéhovah, s’appelle “fanatisme”.

Le fanatique est un individu rendu aveugle par la religion à laquelle il vient d’adhérer et qui a échangé sa personnalité avec celle proposée par la doctrine. On sait le mal que peut faire l’endoctrinement ; on peut vraiment le comparer à l’inoculation volontaire d’une maladie.

Le progrès technologique est malheureusement en grande partie responsable de ce monde de contagions : la vitesse avec laquelle circulent les informations grâce à la télévision, la radio, Internet et la blogsphère, permet de répandre à l’échelle planétaire n’importe quelle rumeur et d’influencer l’opinion publique dans n’importe quelle direction. C’est pourquoi il faut toujours faire preuve d’une très grande prudence à l’égard de tout ce qui se dit à la télé, à la radio, dans les journaux, tant il est vrai que les journalistes cherchent surtout le sensationnel, au détriment de la vérité, et plus encore sur Internet, où la blogmania permet à n’importe qui de raconter n’importe quoi, sans preuve, sans vérification, et sans croisement des sources.

COMMENT SE PRÉMUNIR ?

Nous ne pouvons subir d’influence mentale, nous ne pouvons subir de manipulation de notre conscience que si nous prêtons une attention intéressée à ce monde de la contamination. Il est urgent de réhabiliter le doute cartésien.

En pratique, il s’agit, dans un premier temps, que nous pouvons assimiler à une période de quarantaine ou de sevrage, de s’abstenir de façon rigoureuse et volontaire de tout ce qui est susceptible de vous contaminer mentalement : ignorer définitivement la télé, la radio, les journaux, en profiter pour retrouver le temps de vivre. Ensuite, il ne faut jamais faire confiance à la parole de ceux qui ont un quelconque intérêt personnel ou collectif, car ils déformeront ou trahiront toujours la vérité pour servir leurs propres intérêts. La publicité, les arguments de vente du commerçant, les discours politiques, les sermons des prêtres, sont autant de mensonges à ne pas écouter et à dénoncer.



21 réactions


  • Scipion (---.---.58.110) 22 février 2006 11:15

    Je ne suis pas absolument certain que les sectaires de l’antisectarisme soient moins dangereux que les autres...

    D’ailleurs, si je me définis agnostique, c’est pour m’éloigner, autant que faire se peut, du terrifiant fanatisme de la plupart des athées.


    • (---.---.137.30) 22 février 2006 23:22

      La plupart des athées en tout cas ne sont athées qu’aux yeux des « croyants », ils ne se définissent pas par rapport à l’existence ou la non-existence de Dieu(?), dans la mesure où ils pensent que la question n’a pas de sens pour la raison humaine (ciron entre deux infinis comme disait l’autre, entre l’énergie et le trou noir comme on dit aujourd’hui) ; mais ils sont souvent en lutte, c’est vrai, contre les religions. Être agnostique et être anti-antisectaire, c’est parler de 2 choses différentes.


  • phileas61 (---.---.123.194) 22 février 2006 13:39

    Cher M. de St-Cyr, je suis interpellé par votre article qui est très intéressant. Par contre je suis perplexe quant à votre parallèle fanatisme religieux/contagion. Pour le reste, le phénomène de contagion que vous décrivez « L’effet de troupeau », ce que les Néerlandais appellent « kudde effect » est le nom que l’on pourrait lui donner et qui est bien réel et pas nouveau du tout. Pour s’en défaire il faudrait éliminer toutes sortes de constructions mentales et culturelles qui modèlent et contaminent notre personnalité. Ce que les bouddhistes des écoles tantriques du nord savent si bien faire. Donc, « COMMENT SE PRÉMUNIR ? » et si on se tournait tous vers le levant pour écouter des conseils pertinents de vieux sages ? Bien cordialement, Phileas


  • pipotron (---.---.163.7) 22 février 2006 13:46

    Se dégager de tout mode de contamination est extrêmement difficile. Les supermarchés diffuse de la musique sans qu’on s’en rende vraiment compte. De même dans les parkings, gare ou autre lieux publics. Il est prouvé par ailleurs que tout ce qu’on entend de façon inconsciente à un impact encore plus fort sur nous. Inconsciemment en faisant mes courses je me fais manipuler par un programme musicale bien déterminer (mais surtout pas trop fort). La solution serait peut être de se ballader avec un casque anti-bruit et des oeillères, mais encore !!!


  • Antoine (---.---.214.253) 22 février 2006 18:25

    Doute cartésien...oui

    L’épistémologie systèmique est intéressante aussi pour aborder les situations complexes.

    La « contamination » ou la « contagion » pourrait s’expliquer par cette l’image de l’ochestre qui accorde ses violons.

    Bien à vous


  • Michel Bonnet (---.---.196.23) 22 février 2006 18:38

    M. de St Cyr, En prenant connaissance de votre texte, je découvre quelques points communs dans la réflexion. jusqu’à l’âge de 45 ans je ne croyais pas en Dieu car les cérémonies catholiques du curé de village jusqu’aux évêques du Vatican, ne m’ont jamais inspiré. J’étais tout à fait d’accord avec votre analyse, jusqu’au jour où je suis tombé sur un livre « la Terre n’Est qu’Un Seul Pays » chez Lafon, histoire vécue d’un routard qui a fait le tour du monde en stop, plusieurs petites phrases comme « bientôt cet ordre de chose va disparaître, un nouvel ordre va prendre sa place ». Ma curiosité a fait que je suis allé voir dans les écrits de toutes les religions pour constater, par moi-même, que toutes ces différentes religions sont inspirées par une même source que nous appelons Dieu. Toutes ces Manifestations Abraham, Moïse, Jésus, Mahomet ont été molestées par le clergé précédent en place. Ce n’est donc plus les religions qui sont facteurs de guerres, ce sont les clergés qui en on fait un pouvoir !

    Je me suis donc libéré de ces préjugés et par mon propre raisonnement je suis devenu un croyant fervent en acceptant toutes les Manifestations anciennes ainsi que le Bab 1844 à Shiraz, Iran et Bahà’u’llàh 1863 à Bagdad, Irak. Aussi depuis je ne prend jamais part aux conflits religieux comme aux conflits qui divisent, Droite - Gauche. Que chacun fasse sa démarche propre et personnel de la vérité sans se laisser envahir par des fous furieux.... ! L’on n’est pas encore sorti de l’amalgamme, des fanatiques et des véritables croyants respectant toutes les croyances et non-croyants. Cordialement.

    VISION DU NOUVEAU MONDE

    La vraie civilisation déploiera son étendard au cœur même du monde quand un certain nombre de ses distingués souverains à l’esprit magnanime - - brillants exemples de dévotion et de détermination - - se lèveront, lucides et résolus et pour le bien et le bonheur de l’humanité entière, afin d’instaurer la Cause de la paix universelle. Ils doivent faire de la Cause de la paix l’objet d’une consultation générale et chercher par tous les moyens en leur pouvoir à établir une union des nations du monde. Ils doivent conclure un traité ferme et établir une alliance dont les stipulations seront saines, inviolables et définitives.

    Ils doivent la proclamer au monde entier et la faire sanctionner par toute la race humaine. Cette suprême et noble entreprise - - source réelle de paix et de bien-être pour le monde entier - - devra être considérée comme sacrée par tous les habitants de la terre. Toutes les forces de l’humanité doivent être mobilisées pour assurer la stabilité et la permanence de cette très grande alliance. Dans ce pacte intégral, les limites et les frontières de chaque nation devraient être clairement fixées, les principes sous-jacents aux relations inter-gouvernementales définitivement établis, et tous les accords et obligations internationaux nettement définis. De même, l’importance de l’armement de chaque gouvernement devrait être strictement délimitée car, s’il était permis à une nation quelconque d’accroître ses préparatifs de guerre et ses forces militaires, cela susciterait la suspicion chez les autres. Le principe fondamental sous-jacent à ce pacte solennel sevrait être établi de telle sorte que, si quelque gouvernement devait ultérieurement violer l’une quelconque de ces clauses, tous les gouvernements de la terre devraient se lever pour le réduire à une complète soumission ; mieux encore, la race humaine tout entière devrait prendre la résolution de l’exterminer par tous les moyens à sa disposition. Ce remède par excellence serait-il appliqué au corps malade du monde qu’il guérirait assurément de ses maux et demeurerait éternellement sain et sauf.

    Vous constaterez que si une aussi heureuse situation devait se produire, aucun gouvernement n’aurait plus besoin d’amasser continuellement des armements, ni de se sentir obligé de toujours produire des armes nouvelles pour conquérir la race humaine. Des effectifs réduits, assurant la sécurité intérieure, la correction des fauteurs de crimes et de désordres et la prévention des désordres locaux, seraient, à eux seuls, suffisants. Des lors, la population tout entière serait en premier lieu débarrassée de la charge écrasante des dépenses actuellement imposées pour des fins militaires ; ensuite, des foules de gens cesseraient de consacrer leur temps à la découverte continuelle d’armes destructrices - - témoignages d’avidité et de soif de sang si incompatibles avec le don de la vie - - pour, plutôt, tendre leurs efforts à la production de tout ce qui peut promouvoir l’existence, la paix et le bien-être de la race humaine et devenir une cause développement et de prospérité universelle. Alors, chacune des nations du monde règnera dans l’honneur, et chaque peuple sera bercé par la quiétude et le contentement.

    Quelques uns, inconscients du pouvoir latent des entreprises humaines, considèrent ceci comme hautement utopiste et même hors d’atteinte des plus grands efforts de l’homme. Cependant, tel n’est pas le cas. Au contraire, grâce à l’infaillible secours de Dieu, à l’aimante bonté de ses élus, aux entreprises sans rivales de sages et puissantes âmes et aux pensées et idées des chefs éminents de l’âge actuel, rien ne peut être considéré comme inaccessible. L’effort, l’incessant effort est requis. Rien moins qu’une indomptable détermination ne peut réussir. Plus d’une cause, considérée dans les temps révolus comme une pure vision, est présentement devenue des plus faciles et des plus praticables. Pourquoi cette Cause très grande et très élevée - - étoile du matin au firmament de la vrai civilisation et source de gloire, d’avancement, de bien-être et de succès pour l’humanité entière - - devrait-elle être considérée comme irréalisable ? Le jour viendra sûrement où sa brillante lumière illuminera l’ensemble du monde.

    L’UNICITE DU GENRE HUMAIN

    Qu’on ne s’y trompe pas. Le principe d’Unité de l’Humanité - - pivot autour duquel tous les enseignements de Bahà’u’llàh évoluent - - n’est pas qu’un simple accès d’émotivité ignorante ou une expression d’espoir vague et pieux. Son appel ne doit pas simplement être identifié à un réveil de l’esprit de fraternité et de la bonne volonté entre les hommes, ni ne vise-t-il uniquement à favoriser la coopération harmonieuse entre les peuples et nations individuels. Ses implications sont plus profondes, ses prétentions plus grandes que toutes celles que les Prophètes de jadis aient pu avancer. Son message ne s’applique pas seulement à l’individu mais il se soucie en premier lieu de la nature des rapports essentiels qui doivent unir tous les états et nations en tant que membres d’une seule famille humaine. Il ne constitue pas simplement l’énoncé d’un idéal mais il est inséparablement associé à une institution qui peut adéquatement incarner sa vérité, démontrer sa validité et perpétuer son influence. Il implique un changement organique dans la structure de la société actuelle, un changement tel que le monde n’en a jamais encore fait l’expérience. Il constitue un défi, à la fois hardi et universel, aux doctrines vieux-jeu des crédos nationaux - - crédos qui ont eu leurs jours et qui, dans le cours ordinaire des évènements tel que prévu et contrôlé par la Providence, doivent faire place à un nouvel évangile, fondamentalement différent de ce que le monde a déjà conçu. Il n’exige rien de moins que la reconstruction et la démilitarisation du monde civilisé dans son entier - - un monde organiquement unifié dans tous les aspects essentiels de sa vie, sa machinerie politique, ses aspirations spirituelles, son commerce et sa finance, son écriture et son langage, et pourtant infini par la diversité des caractéristiques nationales de ses unités fédérées.

    Il représente la consommation de l’évolution humaine - - une évolution qui a eu ses tout débuts dans la naissance de la vie de famille, son développement subséquent dans l’accomplissement de la solidarité tribale qui, à son tour, a conduit à la constitution de l’état-cité et s’est plus tard étendu par l’institution de nations indépendantes et souveraines.

    Le principe d’Unité de l’Humanité, tel que proclamé par Bahà’u’llàh, porte en lui ni plus ni moins qu’une affirmation solennelle que l’atteinte de ce stade final de son étonnante évolution n’est pas seulement nécessaire mais inévitable, que sa réalisation approche rapidement et que rien moins qu’un pouvoir né de Dieu ne peut réussir à l’établir.

    Les passages qui précèdent sont tirés des écrits baha’is

    Liens : Unité Sociale Planétaire http://perso.wanadoo.fr/mb19/  ; http://teusp.free.fr www.religare.org http://bahai-fr.org


    • Méric de Saint-Cyr Méric de Saint-Cyr 22 février 2006 20:54

      Les bahai’s ??? Manquait plus que ça !!!

      Et hop un coup de pub gratuit pour une secte, grâce à AgoraVox !...

      Votre commentaire ne fait que confirmer le bien fondé de mon analyse. Vous aussi vous avez été contaminé. Mais comme le souligne Sigmund Freud, quiconque partage un délire collectif ne le reconnaît jamais pour tel.

      C’est amusant comment en lisant votre commentaire ça ressemble aux slogans des témoins de jéhovah... Et même de la plupart des sectes, chacune étant persuadée qu’détient la clef de l’unité spirituelle mondiale. Ben tiens, c’est justement la raison pour laquelle il y a des guerres de religions et des persécutions : parce que chaque religion veut être la seule, l’unique, toutes les autres étant bien entendu dans les « ténèbres »...


    • dom (---.---.44.132) 16 mars 2006 13:01

      M.de St.Cyr je ne suis pas sûr que vous ayez lu l’article jusqu’au bout... je me demande également si votre prêche est foncièrement anti-clérical ou carrément anti-spirituel ? Pourriez-vous clarifier votre propos sur ce point parceque si c’est d’un monde rabattu à ses seules closes matérielles c’est un non-avenir que vous placez devant nous.

      La difficulté est toujours la même il semblerait, le fait d’aprofondir notre conscience nous oblige à constamment réorganiser notre pensée, signifiant par là-même que dans l’être humain il n’y a rien de plus instable ! Ce qui explique sans doute que la plupart cherchent des doctrines, des églises, des penseurs ou des gourous pour « fixer » leur pensée, souvent à l’aide de certitudes, soient-elles foncièrmeent humanistes et justes ou complètement mystifiées, elle feront aussi l’affaire.

      Je vois dans cette obsession de stabilité mentale aussi le pouvoir dirigiste politique qui s’apuie entièrement sur cette fluctuation des opinions, changeant au gré des évènements comme si ceux-ci faisaient saison, mais les évènements peuvent rarement influer vraiment sur des compréhensions plus profondes de la vie pourtant escence-même de la soif des créatures ! Par exemple, ce n’est pas parcequ’un écolo vire tout à coup meurtrier de l’amant de sa femme que l’écologie en soi serait remise en cause. Pourtant nous pouvons sans peine distinguer ce genre de mouvements d’opinions qui se balancent comme les blés dans les champs.

      Nous sommes habitués à la dualité des informations, ce n’est pas une critique, c’est un fait. Il y a deux formes d’informations, celles positives ou jugées telles et les infos négatives ou jugées comme telles. Entre les deux un vide que la plupart fuient. Ce vide est le plein de la voie du milieu de Lao Tseu par exemple qui veut simplement dire qu’il faut veiller soi-même à ne pas être entraîné dans la haine ou dans l’euphorie trop extrême parceque immanquablement nous perdons pied, nous perdons alors notre équilibre et ce qui en pâtit en nous est notre perception, nous verrons dès lors la réalité « masquée » par le dernier évènement qui fait date... alors on ne s’étonne pas trop que d’aucuns essaient de profiter de cette faiblesse humaine et veulent se profiler comme des maîtres à penser, mais la pensée en soi est vaine si elle n’est pas en lien avec notre coeur, c’est ce que d’autres ont très bien compris, organisant des horreurs pour que nos coeurs s’enferment dans la peur, ensuite plus aucune sagesse ne parvient plus à « monter » à la tête (c’est à dire conscientiser ses sentiments), car contrairement à la tendance de l’occident à sacraliser le cerveau, les pensées n’ont aucune solidité, même tournées en dogmes inébranlables, ils nous couvrent de fer, soient-ils religieux ou non. Tous les instructeurs ont mis l’accent sur cette troisième possibilité de la perception

      La spiritualité n’a pas grand chose à voir finalement avec ces dogmes censés apaiser les craintes des enfers, ils sont souvent la cause des enfers sur terre, signifiant bien un aveuglemnt ou les dogmes deviennent plus importants que la réalité du vivant. On dirait que les trois religions du livre ont cette même tendance.

      Ce qui importe pour une créature est de se savoir dans les bras amoureux de son créateur. Cette impulsion ne provient pas de la tête, mais des tripes quand vous êtes descendus au plus intime de vos frayeurs intimes, là où seul le secours de l’humilité peut servir. Mais la plupart cherchent à éviter ce qu’ils supposent un puits sans fond. Le miracle de l’existence n’est pas de notre fait et vivant une civilisation qui met cet élément incontournable en marge il est très difficile aux individus de conjuguer travail acharné pour récolter des copecs, élever des enfants, payer des impôts étrangleurs ET de s’exposer aux profondeurs de l’être. C’est pourquoi nous avons des positions très variées et des expériences qui doivent profiter aux autres. Rien ne nous indique parcontre que les individus sont tenus de suivre de grands mouvements idéologiques pour être en équilibre et fructifier leur assise dans la compréhension de la vie. Les dogmes sont aussi insaisissables que « bétonnés » ils se situent comme des angles de refuge à toute future investigation de l’être et en celà ils peuvent être dangereux, surtout si des fanatiques veulent pousser tout le monde dans ces angles uniquement rassurant pour eux-mêmes mais virant assez vite au châtiment pour les autres s’il faut les forcer au « salut » (oouuuaaark !). Ce genre de mouvements expliquent en partie comment des gens peuvent accepter honteusement de vraies activités de bourreaux (type exécutions publiques des talibans) sans être remises en cause, c’est la « propreté morale » qui peut aller jusqu’à trucider pour se faire entendre... on a des exemples de cette aberrante manière de procéder au nom de la divinité amoureuse. Ce sont de vrais blasphèmes si l’on veut utiliser les termes de l’ancient testament, des crimes contre la bonté de la source de vie et entraînant principalement des déséquilibres chez les personnes concernées (hormis ceux qui souffrent évidemment directement de tels agissements)les rendant plus méchants de jour en jour, s’éloignant donc inévitablement de la compréhension du vivant et rendant paralellement la mort toujours plus ouhaitable pour sortir de ces enfers.

      Alors puisqu’il est bien question du vivant et non de l’au-delà comment pouvons-nous expliquer ue bon nombre de religions en ont fait leur crédo principal, cette vie dans l’au-delà sera « meilleure » et en plus elle stipule tous les mécanismes de souffrance justifiés pour « mériter » ces paradis hypothétiques qui, si l’on y prête attention, ne peuvent qu’être constitués de ce que les vivants aiment dans le vivant. De grands paradoxes donc qui méritent d’être remis à l’endroit. Me revient une si belle phrase que fait dire Kazanzaki au petit pauvre d’Assise ... « que verrouillez vous et dévérouillouez-vous scélérats ? dit le portier »l’enfer et le paradis, notre coeur !"

      La spiritualité aide la créature à entrer en communion avec son monde , les religions ont cette tendance d’en éloigner les individus plus les dogmes sont établis, pré-établis, ré-établis. C’est pourquoi les instructeurs ont toujours mis l’accent sur l’église universelle du coeur dans le sens du lien de l’individu avec son créateur plutôt que de se perdre dans la multitude infinie de son environnement, mais ces enseignements ont pratiquement toujours été récupérés par des gens qui ne cherchent pas la sagesse mais le pouvoir, cette église de la compréhension mutuelle dans laquelle entre l’individu en quête de son créateur, cette église intérieure qui nous unit au vivant et à TOUTES ses manifestations est FORCEMENT celle de la tolérance absolue, celle des sensibles et des amoureux de la vie et a de fait toujours été contrecarrée par les dogmes en place, soient-ils des dogmes religieux préhistoriques ou guerriers matérialistes du XXIe. C’est toujours la même histoire.... vous en avez pas marre ? Moi si.


  • Antoine (---.---.214.253) 22 février 2006 20:39

    En fait, vous auriez pu donner comme titre à votre article :

    « Civilisation de la rumeur »

    Je crois me souvenir que l’auteur d’un livre fortement conseillé : Kapferer, Jean-Noël, (1987) 1995. Rumeurs. Le plus vieux média du monde. Paris : Seuil, coll. « Points », 356 pages. [ISBN : 2020247437]JL.

    C’est pas du spam mais un livre à lire sûrement.

    Désolé, de paraitre un peu intello de base.

    Bonne soirée à vous


    • Méric de Saint-Cyr Méric de Saint-Cyr 22 février 2006 20:53

      à propos de la « rumeur ».

      La notion de rumeur ne recouvre pas le concept que j’ai exposé ; C’est vrai pour l’information, à la rigueur la politique et probablement aussi les légendes fondatrices des sectes et religions. Mais quand je parle de Civilisation de la Contagion, j’infère aussi des mécanismes redoutablement puissants comme la publicité. La publicité ne véhicule pas seulement une rumeur (la rumeur est suspectée de fausseté), alors que la publicité est un message à but clairement affiché, commercial et sans ambiguité.

      Disons que la rumeur serait un sous-ensemble des mécanismes de manipulation. Mais des fois, des rumeurs circulent sans complot, sans intention, juste parce que le bruit court (par effet de contagion). La pub est une contamination directe et voulue, alors que la rumeur peut contaminer accidentellement. J’espère avoir été clair.

      En fait le mot contagion (ou contamination) peut contenir plein de choses : rumeur, publicité, images subliminales, drogues, psychoses collectives, légendes urbaines, etc.


  • herbe (---.---.28.6) 22 février 2006 21:20

    Ce phénomène est bien expliqué par la théorie mémétique ;

    2 ouvrages pour comprendre (attention pavés mais ça vaut vraiment le coup et la lecture est passionnante !) :

    Le principe de Lucifer d’Howard Bloom

    Comment les systèmes pondent : Une introduction à la mémétique de Pascal Jouxtel, Jean-Michel Besnier


  • le fanatique heureux et simplet (---.---.155.219) 22 février 2006 22:10

    Je suis un de ces « fanatiques », dépourvu de raison qui innocule de manière « active » la maladie aux humains saints que vous êtes. Vraiment pardon, mais fautes de proposer des solutions durables à ces maladies qui rongent nos sociètés ( Injustice, égoisme, orgueil, racisme, violences, guerres et j’en passe) je préfère parler aux gens d’espérance, d’amour désinteressé, d’entraide, de respect de la vie, de respect de l’autre, de fidélité dans tout les domaines - amitié comme dans la vie de couple - et j’en passe aussi.

    Je constate que vous vous êtes limités excusez moi, ouvert à regarder la chaîne de consommation continue,.. TF1 par exemple, et ensuite vous avez décider : « vox populi, vox dei ». Je suppose que vous êtes un sain ou plutôt saint , pour juger ces fanatiques, et, que vous-même vous n’êtes pas un défenseur de LA pensée unique , commune, et universelle. Dans le cas contraire sachez que tant que l’homme n’aura pas fait le bilan de ses pardoxes - des affamés et des obèses cohabitent sur la même planète, et c’est pareil pour les ’hyper riches et les hyper pauvres - le bilan de la mauvaise gestion des ressources terrestres , il y aura des « fanatiques » comme moi qui continueront à précher un message beaucoup plus heureux.

    Le fanatique heureux !


  • lulo (---.---.140.83) 23 février 2006 00:10

    Intéressant article qui rappelle une vérité que nous ne voyons plus tant nous y sommes accoutumés : nous sommes des moutons sous influence.

    Le pire, c’est que, comme le film des Monty Python « La vie de Brian » le montre avec humour, nous passons notre temps à bêler : « nous sommes des individus », « nous sommes tous différents ».

    L’idée de fermer radio & télé me paraît un exercice des plus sain, aussi difficile qu’une douche glacée tous les matins. Mais pourquoi pas aussi cesser les incessants bavardages et les lectures vaines ?

    Une fois posé. Une fois immobilisé. Une fois sorti du troupeau en quête de jouissance et de gloire, que ferons-nous ? En quoi consistera notre vie ? Seront-nous capable d’être seuls avec nous-même. Le besoin d’appartenir, d’« être avec » (les autres) ne va-t-il pas nous rattraper ?

    Il n’est rien de plus délicieux que d’être en accord avec l’Autre. Les phénomènes de contagion viennent d’abord de là. Comme la contagion, la mémétique n’est pas une explication. C’est une métaphore, au mieux une phénoménologie. L’explication, c’est cette tendance mimétique qui nous pousse à faire et être comme les autres. Pauvre de nous quand les autres sont dans la violence. Comme ils le sont de plus en plus ces derniers temps.

    Voulez savoir d’où tout cela vient et où cela nous mène ? Lisez René Girard. Anthropologue magistral. Je recommande ses 4 premiers livres. Limpides. Toutes les clés ou presque y sont.


    • pingouin perplexe (---.---.121.198) 22 avril 2006 13:11

      Le pingouin vous remercie pour cette référence à René Girard. En des temps aussi critiques que ceux qu’il nous est donné de vivre, il y a à mon avis à souhaiter que ses travaux soient davantage lus et compris. D’ailleurs, ce n’est sans doute pas pour rien que son oeuvre intéresse des spécialistes d’autres disciplines, voire sc. cognitives & th. de l’information. Cet auteur, qui n’en est pas moins homme de foi, a certainement laissé à disposition de notre raison une oeuvre particulièrement éclairante et subtile.


  • Vincent (---.---.224.192) 23 février 2006 02:48

    Les idees et croyances ont toujours ete contagieuses, cela n’est pas nouveau !

    La difference aujourd’hui, c’est les vecteurs, la vitesse, et aussi la fabrication moderne des « virus ». Ceci est normal, et participe aussi a la protection/destruction de groupes.

    Bon... d’un point de vue indivu, avec les nouveaux virus(idees) tres bien concus pour le maximum d’effet, oui il y a fort danger de manipulation. Je vais eviter les exemples, pour ne pas me mettre tout le monde a dos, :) !!!!

    Cependant, certains virus peuvent nous immuniser contre de plus lethals...


  • malt (---.---.150.1) 23 février 2006 09:18

    Pourtant il faut bien reconnaître que même si ces témoins de Jéhovah font preuvent de fanatisme/zèle/implication, ce sont les seuls à refuser la guerre au péril de leur vie. Alors de là à les associer aux autres religions/sectes qui, elles, ne s’en privent pas...


    • Méric de Saint-Cyr Méric de Saint-Cyr 23 février 2006 17:45

      Chaque secte ou religion a ses « bons côtés » destinés à cacher les cadavres qu’elles traîne derrière elle. Il en est ainsi des TDJ qui refusent effectivement le salut au drapeau et l’engagement militaire, mais malheureusement il refusent aussi les transfusions sanguines et les morts à cause de leur refus ne manquent pas (et les condamnation pour non assistance qui vont avec). C’est très grave surtout lorsque ce sont des enfants qui subissent ainsi le fanatisme de leurs parents et meurent faute de soisn appropriés (il y a pire, évidemment, avec la secte du « christ scientiste » qui refuse toute espèce de médicament).

      Cela pour dire que la violence n’est pas nécessairement limitée à l’usage des armes. Interdire la transfusion sanguine ou les médicaments, c’est une autre forme de violence tout autant criminogène.


    • Keira (---.---.91.61) 24 février 2006 16:44

      A mon humble avis, si on regarde « les cadavres » que les TDJ (Témoins de Jéhovah pour les non-initiés) traînent derrière eux et ceux qui ont été engendrés par les transfusions sanguines (cf sang contaminé et autres maladies transmises après transfusion : hépatites diverses, maladie de Lyme,...) ce n’est pas vraiment comparable (tant le chiffre est énorme dans le 2e cas)... Alors, au lieu d’utiliser des phrases qui veulent tout et rien dire, du genre « les morts à cause de leur refus ne manquent pas... » donnez des chiffres comparatifs, ce serait plus édifiant !

      Quant à cet article, je trouve que pour quelqu’un qui veut éviter toute « contagion » de l’esprit il semble plutôt déjà très (trop ?) contaminé... car il s’insère en plein dans le grand courant anti-musulman et anti-minorités religieuses que l’on perçoit actuellement en France. On ne s’intéresse qu’à la contagion religieuse, et la contagion politique (retour du grand fascisme, etc.) ? Botu et mouche cousue !

      Ma conclusion : il est très facile de n’accâbler que ceux qui sont déjà fustigés par la vox populi, n’est-ce pas ? Courageux...

      Cordialement.


    • Méric de Saint-Cyr Méric de Saint-Cyr 25 février 2006 11:48

      Votre commentaire est malhonnête et tendancieux !

      Malhonnête parce que vous mettez en balance deux faits qui ne sont pas comparables. L’affaire du sang contaminé est un drame dû à de graves manquements de la part de certains décideurs politiques et cette triste affaire a suffisamment fait scandale pour qu’on puisse espérer plus de vigilance à l’avenir et que cela ne se produise plus. En revanche les TDJ agissent criminellement en connaissance de cause, aveuglés et manipulés par leurs convictions délirantes (une interprétation abusive de la bible).

      Tendancieux parce que vous m’accusez injustement de stigmatiser le phénomène religieux alors que mon article met globalement le doigt sur un mécanisme de manipulation des consciences qui touche tous les domaines où des hommes veulent en dominer d’autres.

      Que vous le vouliez ou non, les religions sont des maladies contagieuses et les religieux des malades. le mécanisme n’est cependant pas exclusif aux religion et fonctionne aussi avec la politique, le sport, le vedetariat du showbiz, la publicité, la télévision.

      Je ne pense pas non plus que mon article « s’insère » dans un mouvement anti-musulman ou anti-minorités réligieuse car de toute manière la pensée anti-religieuse est aussi vieille que les religions elle-même... (c’est normal, on ne peut pas, fort heureusement, contaminer tout le monde)...


  • DM (---.---.103.139) 26 février 2006 18:29

    Les minorités sont donc moins « moutons » que les autres non ? Le gros de la troupe n’est-il pas l’ensemble ceux qui adhérent à ce qui est politiquement correcte ? Pour en revenir sur les TDJ, pouvons nous comparer quelques cas isolés de décés duent à l’absence de transfusion avec les dizaines de millions de morts duent à la guerre, à l’abus d’alcool, au tabac etc.. ?

    Suite à l’article, se mettre en quarantaine et se fier uniquement à soit peut mener au désastre : cela n’empéchera pas de choisir par exemple de continuer à fumer (je connait des centenaires qui fument encore etc..) et de racourcir sa vie par exemple. Nous avons besoin de références, mais il faut pouvoir les choisir librement.


  • CC (---.---.168.74) 7 mars 2006 11:56

    Il existe une classe de moutons auxquels on a infusé le virus de voir des moutons partout en dehors d’eux-mêmes. L’auteur de l’article, comme tant d’autres, semble en faire partie.

    Mais l’on pourrait aussi considérer l’auteur comme un fervent défenseur d’une belle idée qui dépasse les individualités humaines, celle du doute cartésien, qu’il estime salutaire non seulement pour lui-même mais en fait pour l’ensemble de l’humanité. De ce doute il ne doute pas, et c’est bien ainsi qu’il en peut faire un appui solide.

    Voilà ce que ne comprend pas et ce que négligent toutes les généralisations basées sur les théories mémétiques, de la contagion, etc : Les virus ne sont que des parodies des entités vivantes « normales », celles qui, dans une certaine mesure, se suffisent à elle-même et remplisent un rôle fondamental dans l’écosystème général dont elles font partie.

    Qu’ils soient biologiques, informationnels ou idéels, les virus ne représentent pas l’ensemble des êtres existants mais simplement la classe des parasites. Devrais-je soutenir que le doute cartésien est un virus ? Dans la pensée de l’auteur, peut-être, au vu du résultat.

    La question n’est pas « le doute cartésien est-il un virus ? » ou « l’islam n’est-il qu’un ensemble de virus ? » Elle est plutôt : « quelles représentations de la doctrine l’islam sont des virus et quelles autres sont des idées solides sur lesquelles le croyant peut s’appuyer sans nul doute ? » Et de même pour le doute cartésien.

    Pour chacun de ces deux sujets, l’auteur semble véhiculer quelques idées simplistes à côté d’autres idées qui le sont moins. A vous de juger, en doutant ou en croyant, selon votre nature. Mais dans tous les cas :

    Assimiler toute idée, tout dogme qui fédère un certain nombre d’être humain à un virus revient à assimiler la culture entière ainsi que tous les êtres biologiques à des virus, ce qui est manifestement absurde : que resterait-il à parasiter ?

    L’appel à la vigilence vis-à-vis de l’appareil médiatique et publicitaire contemporain me semble correct, temps cette machine semble être faite pour la génération des virus culturels. Seulement le moyen de cette vigilence peut être l’isolation culturelle, le doute philosophique comme il peut-être la religion, le tout dans des proportions diverses, les deux premiers moyens étant infiniment plus limités que le troisième mais peut-être suffisant pour cette simple tâche.


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