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La doctrine Primakov : le baiser de Judas du Kremlin à l’Afrique - AgoraVox le média citoyen
lundi 30 mars - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

La doctrine Primakov : le baiser de Judas du Kremlin à l’Afrique

Sous couvert de "libération" et de rhétorique anti-coloniale, Vladimir Poutine a transformé le Sahel en un comptoir privé pour financer son effort de guerre en Ukraine. Entre pillage systématique des ressources minières, ingénierie du chaos et chantage migratoire, la Russie n'exporte pas de la sécurité, mais une dépendance mafieuse. Plongée au cœur de la doctrine Primakov, l'arme de destruction massive d'un Kremlin aux abois qui sacrifie l'avenir de l'Afrique sur l'autel de sa propre survie impériale.

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Le Sahel ne brûle pas par accident. Il s’asphyxie sous une étreinte planifiée à Moscou, validée par une signature unique au bas de décrets classifiés : celle de Vladimir Poutine. Derrière les discours sirupeux sur la "souveraineté retrouvée" et la fin de l'ordre unipolaire, le maître du Kremlin applique une recette vieille de trente ans, mais remise au goût du jour par la nécessité de financer une guerre qui s'éternise en Ukraine. La doctrine Primakov n’est plus une simple théorie diplomatique de rééquilibrage mondial ; c’est devenu le manuel de bord d'un État-pirate en quête de survie. l’idée est d'un cynisme absolu : transformer l’Afrique en une pompe à fric géante pour le complexe militaro-industriel russe et en un laboratoire de déstabilisation pour l’Europe.

 

Putin promises grains, debt write-off as Russia seeks Africa allies

 

Oubliez les ambassadeurs en costume et les poignées de main feutrées. En 2026, la diplomatie de Poutine se traite en treillis, dans des hangars d'aéroports mal éclairés de Bamako ou de Bangui. Le contrat proposé aux juntes locales est d'une brutalité mathématique : le Kremlin sauve votre fauteuil présidentiel contre les clés de vos mines. c’est le grand retour du mercenariat d'État, un système de prédation où Poutine ne construit rien, n'investit rien, mais se sert sur la bête. il ne cherche pas des alliés stratégiques, il cherche des otages économiques pour garantir sa propre survie politique face à l'isolement international.

 

Russia opens a military base in Burkina Faso

 

L'ingénierie du chaos : le manuel du parfait prédateur

La méthode Poutine est d'une simplicité criminelle, rodée dans les officines du renseignement militaire (GRU). On repère un État fragile, on sature ses réseaux sociaux de désinformation massive via des structures comme "African Initiative" — qui a remplacé les fermes à trolls d'Evgueni Prigojine — pour pointer un coupable idéal, souvent la France ou les missions de l'ONU. Une fois le ressentiment populaire chauffé à blanc et le putsch consommé, les "instructeurs" arrivent. ils ne sont pas là pour former une armée nationale capable de sécuriser les frontières contre le djihadisme galopant, mais pour constituer une garde prétorienne dévouée au dictateur du moment et, surtout, totalement redevable à Moscou.

Le résultat est factuel et terrifiant : là où Vladimir Poutine pose le pied, l'insécurité explose. Au Mali comme en Centrafrique, les chiffres sont têtus. Les massacres de civils, comme celui de Moura en mars 2022 où des centaines d'innocents ont été exécutés, ne sont pas des bavures de terrain, mais des outils de terreur délibérés pour asseoir l'autorité de l'occupant. Poutine a personnellement supervisé l'intégration des mercenaires au sein du "Corps Africain" (Africa Corps), plaçant cette force sous le contrôle direct d'Andrey Averyanov, un général du GRU connu pour ses opérations de sabotage en Europe. pourquoi stabiliser une région quand le chaos est votre meilleur argument de vente ? Pour Poutine, un pays en paix est un pays qui n'a plus besoin de sa protection mafieuse. l'instabilité chronique est son fonds de commerce et le sang des populations civiles, sa marge de manœuvre diplomatique.

 

Africa Corp: Russia's Intelligence-tied Paramilitary

 

Hold-up sur les ressources : financer le front ukrainien avec l'or africain

Si vous cherchez où passe l'or du Sahel, ne regardez pas vers les banques centrales locales ou les budgets d'éducation. Suivez les avions-cargos Antonov ou Iliouchine qui décollent nuitamment, chargés de lingots bruts destinés à renflouer les caisses de guerre de Poutine. L'Afrique est devenue la pompe à oxygène économique de l'offensive russe en Ukraine. En exploitant des mines d'or, de diamants et d'uranium de manière sauvage, les entités directement rattachées au premier cercle de Poutine injectent des milliards de dollars de cash dans une économie sous perfusion.

 

Africa Gold Chains – Gold Bars Sales- Gold Nuggests on Sale in Africa

 

C'est une saignée à blanc orchestrée depuis le bureau ovale du Kremlin. Poutine se comporte en flibustier : il extrait, il embarque, il s’en va. aucune infrastructure pérenne, aucune route, aucune centrale électrique n'est créée pour les populations. Les habitants de régions comme celle de Ndassima se retrouvent dépossédés de leurs terres par des mercenaires qui se paient "sur la mine d’à côté". Des sociétés écrans comme "Midas Resources" ou "Bois Rouge" servent de paravents légaux pour blanchir ces richesses vers des places financières opaques. on est loin de la "solidarité slave" hurlée dans les micros des sommets de Saint-Pétersbourg. C'est l'impérialisme le plus rance, où Poutine utilise les richesses africaines pour forger les chaînes de l'Ukraine. Chaque pépite d'or arrachée au sol malien se transforme, par un tour de passe-passe financier macabre, en un obus de 152 mm tiré sur des quartiers civils à Kharkiv ou Odessa.

 

Le chantage migratoire : la bombe à retardement de Poutine

L'ambition de Poutine va au-delà du pillage de ressources premières. En contrôlant physiquement les hubs migratoires stratégiques d'Agadez au Niger ou de Gao au Mali, il s'offre un bouton "panique" dirigé vers Bruxelles. C'est une arme de destruction massive de la cohésion européenne, bien plus efficace que n'importe quel missile hypersonique. Le président russe sait pertinemment qu'une vague migratoire massive, déclenchée par une déstabilisation ciblée des zones de transit, est son meilleur levier pour faire chanter les démocraties occidentales et influencer leurs processus électoraux.

 

Le business comme cause de la migration forcée en Afrique | AEFJN

 

C’est là toute la perversité de la stratégie poutinienne. il ne gagne pas par la force de ses idées — le modèle social russe étant devenu un repoussoir absolu marqué par la répression — mais par la faiblesse qu'il instille chez les autres. Il traite le corps des migrants comme de simples projectiles géopolitiques, des outils de chantage cynique. En tenant le verrou sud de la Méditerranée via ses positions en Libye et au Sahel, Poutine pense tenir la gorge de l'Europe. C'est une stratégie de siège médiévale, adaptée à l'ère du numérique et de la guerre hybride, où l'humain n'est plus qu'une variable d'ajustement dans une partie d'échecs sanglante. Il crée le désordre pour ensuite proposer, à un prix exorbitant, une "sécurité" qui ne fait qu'aggraver le mal.

 

La capture d'État : les valets africains du Tsar

Le succès apparent de cette doctrine repose sur une complicité mutuelle entre le Kremlin et une nouvelle classe de dirigeants africains prêts à tout pour conserver le pouvoir. Poutine leur offre le modèle "autoritaire-clés-en-main". En échange de la survie de leurs régimes, ces dirigeants acceptent une mise en tutelle de leurs appareils de renseignement et de leurs ressources nationales. À Bangui, les conseillers russes sont assis dans les bureaux ministériels, écoutent les communications et valident les décrets. C'est une perte de souveraineté masquée par des slogans souverainistes.

Le régime de Poutine ne recule devant rien pour maintenir cette emprise. Quand un allié commence à poser trop de questions ou à exiger un réel développement, les machines à broyer de Moscou se mettent en marche. Campagnes de diffamation, menaces physiques ou "accidents" de transport : le message envoyé aux palais présidentiels est limpide. On entre dans la sphère d'influence du Kremlin par opportunisme, on y reste par terreur. La doctrine Primakov, c'est l'assurance-vie du dictateur, payée rubis sur l'ongle avec l'avenir de tout un peuple. Poutine a réussi à recréer une forme de servage moderne où les États deviennent des filiales de sa holding sécuritaire.

 

Un empire de pacotille au bord de la rupture

Mais ce château de cartes repose sur un mensonge logistique et une corruption endémique. La Russie de Poutine est une puissance de seconde zone qui se donne des airs de géant pour impressionner ses interlocuteurs africains. ses effectifs au sol sont en réalité très limités, souvent moins de 5 000 hommes pour surveiller des territoires immenses. Ses équipements, souvent des surplus de l'ère soviétique repeints à la hâte, tombent en ruine, et son économie réelle est une façade qui craque sous le poids d'un effort de guerre ukrainien insoutenable.

 

 

Le "modèle russe" en Afrique est un mirage sanglant qui ne tient que par la violence immédiate et l'opacité totale des opérations. Dès que la lumière est faite sur la réalité des échecs militaires au sol — comme les cuisants revers subis face à des groupes rebelles mobiles — le prestige de "l'homme fort" s'effondre instantanément. Poutine joue son va-tout avec les richesses d'autrui. Il sacrifie la réputation historique de son pays, bâtie sur des décennies de diplomatie, pour quelques lingots d'or et une influence de court terme qui ne sert que son propre clan. À force de promettre une puissance qu'il est incapable d'assurer sur la durée, il finit par être perçu pour ce qu'il est réellement : un partenaire toxique, un parrain de mafia internationale qui n'apporte que la ruine et la désolation dans ses bagages tactiques. La chute de ce système sera aussi brutale que son ascension, car en Afrique comme ailleurs, personne n'aime les prétendus libérateurs qui s'avèrent n'être que des charognards en quête de survie désespérée.

 

 

 

Références & Bibliographie

 Rapports d'expertise & Think Tanks

  • All Eyes on Wagner, Rapports d'investigation sur les activités minières et sécuritaires au Mali et en RCA, 2024-2025.

  • International Crisis Group, The Russia-Africa Summit and the Evolution of the Wagner Group, Briefing n°194, 2024.

  • Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), The Gray Zone : Russia's military, mercenary and criminal engagement in Africa, 2023.

Ouvrages de référence

  • Katerina Stepanenko (ISW), The Kremlin's Worldview and the Future of Russian Private Military Companies, 2024.

  • Sergueï Jirnov, L'Engrenage, (pour le contexte sur les méthodes des services de renseignement russes), Albin Michel.

  • Lou Osborn & Dimitri Zufferey, Wagner, l'enquête foudroyante, Faubourg, 2023.

Articles de presse & Analyses académiques

  • Le Monde Afrique, Série d'enquêtes sur le système Wagner au Sahel et l'exploitation des mines d'or, 2024.

  • Foreign Affairs, Russia’s New Footprint in Africa : From Mercenaries to Statecraft, par Andrea Kendall-Taylor, 2025.

  • Jeune Afrique, Mali, Burkina, Niger : la carte de la présence russe en temps réel, Dossier spécial 2025.



26 réactions


  • Eric F Eric F 30 mars 11:56

    Il s’est présenté comme le chevalier blanc pour supplanter l’ancien colonisateur et appuyer des régimes putschistes. Force est de constater qu’il est plus rusé que nous, la morale n’a hélas jamais été qu’un paravent en matière géopolitique.


    • Bonjour @Eric F,

      Vous mettez le doigt sur une réalité que beaucoup feignent encore d’ignorer. Vladimir Poutine ne s’embarrasse pas de diplomatie humanitaire : il vend de la survie politique « clé en main » aux régimes putschistes.

      Là où nous arrivons avec nos leçons de morale et nos conditions, il débarque avec ses mercenaires et ses armes, sans poser de questions. C’est un calcul d’une efficacité redoutable : il utilise nos échecs passés comme un marchepied pour s’imposer en libérateur de façade.

      Force est de constater qu’en géopolitique, le paravent des valeurs ne pèse rien face au cynisme d’un joueur d’échecs qui sait exactement où nous avons failli. Le réveil est brutal pour l’ancien colonisateur.


    • Tolzan Tolzan 30 mars 14:50

      @Eric F

      Bonjour Eric F,

      Comme vous l’écrivez fort justement, "la morale n’a hélas jamais été qu’un paravent en matière géopolitique". L’Histoire humaine est un éternel recommencement que l’on peut souvent comprendre à partir des quatre règles (observations) suivantes qui s’appliquent parfaitement à notre monde contemporain  :

      1) Seuls les rapports de force priment. Excepté pendant de brèves périodes, la loi du plus fort a toujours été la meilleure et, en plus, c’est le plus fort qui s’absout en écrivant l’Histoire.

      2) Les sacrifiés d’hier font à leur tour d’excellents bourreaux.

      3) Le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu rend absolument fou.

      4) Tout homme a un prix, sauf peut-être les religieux qui ne sacrifieront pas l’éternité aux paillettes d’une vie misérablement courte.


    • Eric F Eric F 30 mars 16:29

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia
      « en géopolitique, le paravent des valeurs ne pèse rien face au cynisme d’un joueur d’échecs » 
      C’est le cas de Poutine, et c’est également le cas de Trump, qui vient d’avouer que ce qui l’intéresse en Iran ce sont les ressources pétrolières, comme il avait aussi fini par reconnaitre pour le Vénézuela. 


    • @Eric F

      Votre parallèle est frappant et d’une justesse implacable. Que ce soit avec Vladimir Poutine en Afrique ou Donald Trump au Moyen-Orient et en Amérique latine, nous assistons à la fin d’une certaine « hypocrisie civilisée ». Le paravent des valeurs, qui servait au moins à maintenir une forme de décorum international, est en train de voler en éclats.

      Donald Trump, par ses aveux sur le pétrole iranien ou vénézuélien, pratique une forme de sincérité brutale qui rejoint le cynisme de Poutine. Pour ces « joueurs d’échecs », les nations ne sont plus des partenaires ou des alliés, mais des gisements de ressources à sécuriser ou à conquérir. On ne s’embarrasse plus de parler de « promotion de la liberté » ou de « stabilité régionale » quand l’objectif final est le contrôle du robinet énergétique.

      C’est sans doute ce qui décontenance le plus l’Europe : nous essayons encore de jouer une partition morale dans un monde qui ne jure plus que par le profit immédiat et le rapport de force. Poutine et Trump parlent au fond le même langage, celui de la realpolitik pure, où la géopolitique n’est qu’une extension du business ou de la guerre. Le paravent est tombé, et ce qu’il révèle est un terrain de jeu où seuls les prédateurs semblent avoir les coudées franches.


    • Eric F Eric F 30 mars 17:54

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia
      On est d’accord concernant les « puissances à visée impériale » (reste la Chine, encore embusquée).

      Concernant l’Europe, nous somme devenu une entité supranationale où des « grands principes » théoriques supplantent les intérêts des états membres : le libre échange international, l’accueil de migrants, la décarbonation, le progressisme sociétal....
      Cela mène à cet « en même temps » macronien, par exemple on soutient de manière « indéfectible » Israël mais on reconnait le principe d’un état palestinien auquel Israël est opposé, on soutient l’autodétermination des peuples mais pas le séparatisme russophone d’Ukraine, on cède au chantage des taxes de Trump en refusant de mettre en place un protectionnisme européen symétrique, etc.


  • juluch juluch 30 mars 12:13

    De la real politik

    De la géo politique pour contrer les européens.

    Ca ne pourra marcher qu’un temps.

    Il le fait aux yeux de tous et tous le monde le sait.....attendre que ça se casse la gueule tout seul.

    Et ca va arriver.


    • Bonjour @juluch,

      Vous avez l’œil et votre analyse rejoint une vérité historique souvent oubliée : le cynisme pur est un excellent sprint, mais un très mauvais marathon.

      Poutine joue effectivement une realpolitik à visage découvert, presque arrogante, en pariant sur nos faiblesses immédiates. Il s’installe en « sauveur » là où ça brûle, mais comme vous le soulignez, cela ne peut marcher qu’un temps. On ne bâtit pas une influence durable uniquement sur des mercenaires et des promesses de protection à des régimes instables.

      Le risque pour lui, c’est l’enlisement. À force de vouloir contrer les Européens partout, il finit par s’éparpiller. Attendre que « ça se casse la gueule tout seul » est une option, mais le prix à payer en attendant ce dénouement risque d’être lourd pour les populations locales. Vous avez raison : l’Histoire finit toujours par rattraper ceux qui ne voient la géopolitique que comme un rapport de force permanent, sans aucun projet de construction derrière. La chute n’en sera que plus brutale.


    • Eric F Eric F 30 mars 16:23

      @juluch
      On ne sait pas combien de temps ça va marcher, car les influences « idéologiques » peuvent être durables, les ressentiments des anciennes colonies vis à vis des « colonisateurs » sont toujours vives -parce qu’entretenues- depuis 60 ans d’indépendance formelle mais pas toujours totalement réelle. 


  • SilentArrow 30 mars 13:56

    Ça alors ! 

    Poutine se servirait de ces méthodes utilisées pendant des décennies par la France en Afrique et par les USA en Amérique latine.

    Mais pour qui se prend-il ? C’est absolument intolérable ! 


    • @SilentArrow

      Il y a tout de même une nuance de taille que votre ironie semble éluder. On peut tout à fait critiquer la méthode française pendant des décennies, mais elle a laissé derrière elle des routes, des ponts, des hôpitaux et des structures administratives qui font encore tenir ces pays debout. On a construit des villes, pas seulement des garnisons.

      Regardez de plus près ce que propose Vladimir Poutine aujourd’hui : où sont les infrastructures ? Où sont les investissements dans le développement humain ou industriel ?

      Force est de constater que le « bilan » russe se résume pour l’instant à deux choses : des mines de diamants ou d’or sécurisées par des mercenaires et des complexes militaires fermés au public. Poutine ne bâtit rien, il extrait. Il ne coopère pas, il exploite les ressources pour financer ses propres guerres ailleurs. Comparer une influence historique complexe à ce racket de court terme, c’est oublier qu’entre construire un pays et vider son sous-sol, il y a un gouffre que la ruse ne suffira pas à combler.



    • SilentArrow 30 mars 14:30

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      Pendant la colonisation, la France a construit principalement pour répondre au besoins des colons. Bien sûr, ces structures sont restées en place après l’indépendance.

      Mais depuis l’indépendance ? Quelles sont les infrastructures construites par la France au Niger, par exemple, à part bien sûr les infrastructures minières, les villes minières et les routes permettant d’acheminer le butin ?


    • sylvain sylvain 30 mars 14:32

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia
      Ca fait bien longtemps que c’est plus le cas.

      Si la technique de Poutine, c’est de mettre en place puis soutenir des dirigeants a sa botte pour piller les ressources, l’occident faisait exactement pareil. Et les petromonarchies ( entre autre) qui financent les djihadistes font peut etre encore pire.

      Seule la chine construit vraiment des infrastructures. Mais si l’amelioration en terme de materialite est incontestable, en terme de souverainete l’effet pourrait etre encore plus irreversible


    • @SilentArrow

      Il est un peu court de résumer la présence française au Niger — ou ailleurs — à une simple logistique de « butin ». Vous semblez oublier qu’après les indépendances, la France a versé des milliards au titre de l’aide publique au développement. Ce sont ces fonds qui ont permis aux gouvernements locaux de fonctionner et, trop souvent hélas, à leurs dirigeants d’amasser des fortunes colossales.

      À partir du moment où un pays est indépendant, il est souverain. La France n’avait plus la responsabilité de tracer chaque route ou de bâtir chaque école ; c’était le rôle des chefs d’État africains, gracieusement financés par Paris pour le faire. Si cet argent a fini dans des comptes en Suisse plutôt que dans des infrastructures civiles au Niger, la responsabilité est partagée, mais elle n’est certainement pas uniquement française.

      Quant au Niger, réduire l’action française aux seules mines d’uranium est une contre-vérité. Les projets de développement rural, de santé publique et d’éducation financés par l’AFD (Agence Française de Développement) se comptent par centaines depuis 1960. La différence avec Poutine ? La France a tenté de construire un État, quand Moscou se contente aujourd’hui de protéger des putschistes en échange d’un accès direct aux ressources. L’indépendance, c’est aussi assumer ce que l’on a fait de l’aide reçue au lieu de toujours pointer du doigt l’ancien colonisateur.


    • @sylvain

      Votre analyse est très juste sur un point : le monde n’est plus bipolaire et les méthodes ont évolué. Si Poutine se contente d’un « racket » sécuritaire et militaire, la Chine, elle, a compris que la souveraineté se perdait par le carnet de chèques.

      C’est là que votre distinction est capitale. La Chine construit, c’est vrai, des routes, des ports et des stades. Mais à quel prix ? Celui d’une dette colossale qui hypothèque l’avenir de ces nations pour des décennies. C’est une autre forme de colonialisme, plus propre en apparence, mais dont l’effet sur la souveraineté est, comme vous le dites, potentiellement irréversible. On ne pille pas les ressources avec des fusils, on les saisit légalement quand les traites ne sont plus payées.

      Quant à l’Occident, il paie aujourd’hui le prix de ses erreurs passées et de son manque de clarté. Mais comparer le soutien à des structures étatiques (même imparfaites) au financement occulte de groupes djihadistes par certaines pétromonarchies est un saut périlleux. Le chaos actuel en Afrique de l’Ouest profite à ceux qui, comme Poutine, n’ont rien à construire et tout à prendre. La Chine bâtit des cages dorées, la Russie installe des miradors, et l’Occident semble regarder le train passer en espérant que la morale suffise à le ralentir.


    • Eric F Eric F 30 mars 16:37

      Si la colonisation avait été enrichissante pour le pays colonisateur, la Suède, la Suisse, l’Irlande, la Norvège et le Luxembourg ne seraient pas les pays les plus riches d’Europe (par rapport à la population). Ça a enrichi des profiteurs, pas le pays qui entretenait une administration, des infrastructures -et aussi des troupes-. 


    • @Eric F

      Votre constat est d’une lucidité implacable et les chiffres vous donnent raison. L’idée que la colonisation a été le moteur de la richesse nationale est une vue de l’esprit. Si c’était le cas, la France et le Royaume-Uni seraient aujourd’hui des hégémons économiques sans égal, loin devant la Suisse ou le Luxembourg.

      L’exemple de l’Algérie est à ce titre édifiant : sur le long terme, elle a coûté bien plus au contribuable français qu’elle n’a rapporté aux caisses de l’État. Maintenir une administration à bout de bras, bâtir des milliers de kilomètres de routes dans le Sahara et financer une présence militaire permanente était un fardeau financier colossal.

      Ce sont effectivement des intérêts privés — les « profiteurs » que vous citez — qui ont capté les bénéfices, tandis que la collectivité nationale payait la facture de ce prestige impérial. La colonisation a été une opération de transfert de richesse publique vers des mains privées, au détriment du développement de la métropole elle-même. C’est l’un des plus grands paradoxes de notre histoire : nous nous sommes épuisés à entretenir un empire dont la rentabilité n’existait que dans les discours de propagande.


    • Eric F Eric F 30 mars 17:32

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia
      Je vais pousser le pion et ce sera surement mal vu à la fois de la droite nationaliste et de la gauche indigéniste : nous conservons des confettis coloniaux à grands frais, pour le prestige d’un espace maritime sans vrai apport stratégique ni intérêt économique (on n’en n’est plus à la marine à voile nécessitant des escales).


    • @Eric F

      Votre analyse rejoint une forme de réalisme patriotique qui refuse de sacrifier l’économie nationale sur l’autel d’une nostalgie impériale. C’est un pavé dans la mare, mais les chiffres sont têtus : entretenir ces « confettis » pour afficher la deuxième surface maritime mondiale flatte l’orgueil dans les sommets internationaux, mais pèse lourdement sur le budget de l’État.

      Comme vous le soulignez, l’argument des escales techniques est devenu obsolète avec la propulsion moderne. Aujourd’hui, nous finançons des infrastructures, des services publics et une présence militaire à l’autre bout du monde pour des territoires qui, pour beaucoup, sont en déficit structurel chronique. Est-ce de la stratégie ou de la figuration ?

      La question mérite d’être posée sans tabou : à quoi bon posséder des millions de kilomètres carrés d’océan si nous n’avons ni les moyens de les surveiller efficacement, ni de les exploiter de manière rentable ? Ce « prestige » ressemble de plus en plus à une illusion de puissance que la France s’offre à crédit, tandis que les enjeux réels de souveraineté se déplacent ailleurs. Reconnaître que ces reliquats coloniaux sont un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre n’est pas un manque de patriotisme, c’est au contraire vouloir une France plus forte, car plus concentrée sur ses forces vitales.


    • Eric F Eric F 30 mars 17:56

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia
      Nous sommes donc d’accord sur ce point smiley


  • SilentArrow 30 mars 15:23

    @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

    La France a eu tout le temps de construire ce qu’elle a construit en Afrique.

    La Russie vient juste d’arriver et ne peut être jugée sur la durée.

    Il y a tout de même des projets civiles et industriels soutenus par la Russie :

    • Égypte (Centrale d’El-Dabaa)  : Le projet le plus avancé, impliquant la construction de quatre réacteurs. Les discussions récentes portent sur l’accélération du chantier et l’intégration d’une zone industrielle russe à proximité.
    • Éthiopie  : Signature d’un accord préliminaire en septembre 2025 pour la planification et la construction d’une centrale nucléaire en collaboration avec la compagnie d’électricité éthiopienne.
    • Burkina Faso : Signature de trois mémorandums d’entente en juin 2024 pour évaluer l’infrastructure nucléaire et former le personnel local.
    • Mali : Signature d’accords sur le nucléaire civil et l’énergie solaire parallèlement aux projets miniers.
    • Namibie  : Discussions en mars 2026 pour accroître la coopération dans la pêche, incluant le transfert de technologies et l’expansion des capacités de transformation du poisson.
    • Approvisionnement en engrais  : Lancement prévu en 2027 d’unités de production à grande échelle (comme l’usine de Nakhodka) orientées vers l’exportation vers les marchés africains.
    • Algérie (Santé) : Lancement d’un transfert de technologie pharmaceutique par l’entreprise russe BIOCAD en partenariat avec l’algérien SAIDAL.


    • @SilentArrow

      Il faut se méfier des listes d’intentions qui servent de paravents. Vous citez l’Égypte ou l’Algérie, mais mon article traite du Sahel, là où l’urgence est quotidienne. Or, que voit-on au Mali ou au Burkina Faso ? Des signatures de « mémorandums d’entente » sur le nucléaire civil — un projet lunaire vu l’état des réseaux électriques locaux — alors que les populations manquent de tout.

      La différence entre la France et la Russie de Poutine, c’est la matérialité. On peut critiquer l’héritage colonial, mais les routes, les écoles, les dispensaires et les ponts sont là, physiques, et servent encore aux habitants. Poutine, lui, n’apporte que des promesses de haute technologie pour dans dix ans, tout en installant immédiatement ses bases militaires et en sécurisant ses mines.

      À qui profitent réellement ces projets de centrales nucléaires ou d’usines d’engrais prévues pour 2027 ? Certainement pas au paysan sahélien qui a besoin d’une route pour vendre sa récolte ou d’un hôpital pour soigner ses enfants aujourd’hui. Ces projets « vitrines » servent à légitimer des régimes putschistes et à donner une illusion de coopération, tandis que le vrai profit, lui, est extrait du sous-sol en temps réel. La ruse de Moscou est de faire briller des miroirs aux alouettes pendant qu’elle vide les coffres.


    • Eric F Eric F 30 mars 17:38

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia
      Prenons du recul non partisan : on a été titiller la Russie dans sa périphérie, on lui applique des sanctions, elle riposte en nous déconsidérant auprès de nos anciennes colonies. Qu’aurions-nous fait dans les mêmes circonstances ?


    • SilentArrow 31 mars 02:29

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      Vous êtes-vous demandé ce que la France pourrait offrir à l’Afrique si elle était soumise aux mêmes sanctions que la Russie ?


  • ahtupic ahtupic 30 mars 18:15

    La conscription en Ukraine 

    https://crowdbunker.com/v/329UHeumjn


  • louisfine 31 mars 08:01

    Vous devez être franc mac, sinon pas d’intérêt de tous ces articles que vous pondez comme si vous aviez été désigné pour une certaine propagande macroniste


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