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Le « bûcher des vanités » de Savonarole : l’enfer de la vertu à Florence - AgoraVox le média citoyen
mardi 30 juin - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

Le « bûcher des vanités » de Savonarole : l’enfer de la vertu à Florence

En février 1497, la République de Florence détruisait sur la place de la Seigneurie des milliers d'œuvres d'art, de livres et d'objets précieux sous la direction du moine dominicain Girolamo Savonarole. Cet événement, resté dans les mémoires comme le "bûcher des vanités", marque le paroxysme d'une théocratie puritaine installée au cœur même de la capitale de la Renaissance. À travers l'analyse de cette bascule idéologique, il s'agit de comprendre comment une cité réputée pour son humanisme et son opulence a pu succomber au radicalisme religieux, avant de rejeter son prophète et d'inspirer, malgré elle, les grands réformateurs du XVIe siècle.

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L'ombre sur la cité de la beauté : quand la capitale des arts retient son souffle

L’hiver 1497 s’achève sur la Toscane dans une atmosphère de ferveur presque étouffante. À Florence, le visiteur qui franchit les portes de la cité ne reconnaît plus la capitale étincelante des arts et des lettres qui, sous le long règne de Laurent le Magnifique, dictait les tendances esthétiques de l’Europe entière. Les chants profanes des humanistes se sont tus, remplacés par des psaumes monocordes qui résonnent le long des murs de pierre de la via Larga. "La ville est devenue un couvent géant où même le rire est suspect", note avec amertume un diplomate vénitien de passage. Dans les ateliers des peintres et les boutiques des orfèvres, le silence est lourd ; l'audace des formes et la célébration de la beauté antique ont cédé la place à une production standardisée d'images pieuses. La ville qui avait redécouvert Platon et célébré le corps humain semble soudain saisie d’un immense frisson de culpabilité collective, suspendue aux lèvres d'un seul homme qui promet l'apocalypse à quiconque refuse de se plier à sa loi.

 

Firenze Splendente - Giallorinascimento

 

Ce climat de terreur mystique trouve son paroxysme le mardi gras 7 février 1497, sur la place de la Seigneurie, le cœur politique de la cité. En lieu et place des traditionnelles joutes, des banquets et des mascarades libertines qui marquaient autrefois la fin du carnaval, une structure monumentale s’élève face au palais des Prieurs. Une pyramide de bois et de branchages, haute de plusieurs étages, attend son heure, entourée d’une foule compacte et silencieuse. "C’était une vision d'épouvante et de fascination, un échafaudage de soixante coudées dressé contre notre propre culture", rapportera le pharmacien florentin Luca Landucci dans son journal intime. Ce que les Florentins s’apprêtent à livrer aux flammes ce jour-là, ce ne sont pas des criminels ni des héritiers en chair et en os, mais des objets. Des milliers de pièces manufacturées, d'œuvres d'art, de parures et de livres, qualifiés de "vanités" par le pouvoir théocratique, s’apprêtent à être réduits en cendres lors d'un rituel de purification de masse qui va sceller l'arrêt de mort de la première Renaissance.

 

Un prophète sur les ruines du luxe : le jour où la peur a soumis le génie

L’artisan de cette métamorphose radicale est un moine dominicain originaire de Ferrare : Girolamo Savonarole. Arrivé au couvent San Marco au début des années 1490, ce prédicateur au visage émacié, au nez aquilin et au regard fiévreux frappe immédiatement les esprits par la violence inouïe de ses sermons. "Le glaive du Seigneur va s'abattre sur la Terre, et ce rapidement !", hurle-t-il du haut de la chaire de la cathédrale Santa Maria del Fiore, la voix brisée par les sanglots. Alors que l’Église catholique s’enfonce dans les scandales sous le pontificat d'Alexandre VI Borgia, Savonarole tonne contre la luxure, l'orgueil et le paganisme. Ses imprécations terrifient les fidèles, au point que le grand érudit Pic de la Mirandole confiera : "J'ai senti mes cheveux se dresser sur ma tête et un froid de glace envahir mes veines en écoutant le moine prophétiser le Déluge."

 

 

La géopolitique va donner à ce discours apocalyptique une force de frappe implacable et indiscutable. En 1494, les armées du roi de France Charles VIII traversent les Alpes et envahissent l’Italie, balayant les défenses locales sans coup férir. Pour les Florentins, la prédiction de Savonarole s’est réalisée mot pour mot : les Français sont le "glaive du Seigneur" envoyé pour punir leurs péchés. Face à la panique, la dynastie des Médicis s'effondre et prend la fuite. Savonarole, fort de son statut de prophète infaillible, s'empare des rênes spirituelles de la ville et façonne une "République chrétienne et populaire" dont le Christ est proclamé unique roi. Sa rhétorique implacable contre la corruption des élites et l'opulence des riches séduit immédiatement le petit peuple des artisans et des boutiquiers, les Piagnoni (les Pleureurs), transformant la frustration sociale en un puritanisme d’État redoutable.

 

Inspecteurs en robes blanches : les redoutables milices de la sainte vertu

Une fois le pouvoir consolidé, la dictature de la vertu se déploie avec une rigueur géométrique. Le gouvernement de Savonarole légifère sur les moindres aspects de la vie quotidienne, traquant le vice jusque dans l'intimité des foyers florentins. Les tavernes sont fermées du jour au lendemain, les tables de jeu sont brisées en place publique, et la pratique des dés est sévèrement punie. Le luxe vestimentaire, les étoffes brochées d'or, les décolletés profonds et les parfums exotiques sont proscrits par des lois somptuaires draconiennes. Pour surveiller l'application de ces décrets, le régime instaure une culture de la délation généralisée où chaque citoyen est invité à espionner son voisin, son maître ou son parent au nom du salut de son âme.

Pour parfaire ce système de contrôle social, Savonarole met en place une milice d'un genre totalement inédit, recrutée parmi la jeunesse de la ville. Les Fanciulli (les enfants de Savonarole), adolescents et jeunes garçons vêtus de tuniques blanches et portant des croix de bois, parcourent les rues de Florence en bandes organisées. Investis d'un pouvoir quasi policier par le dominicain, ils ont pour mission de traquer le blasphème, de réprimander les femmes aux tenues jugées indécentes et de s'introduire dans les demeures privées. "Au nom du Christ, donnez-nous vos vanités, ou le feu de l'enfer vous consumera !", crient-ils aux portes des citoyens. "Vous gouvernez notre ville par des enfants", écrit avec amertume un chroniqueur de l'époque, décrivant la terreur des pères de famille face à ces inspecteurs en culottes courtes, intouchables et fanatisés, qui transforment chaque foyer en un tribunal potentiel.

 

Le grand autodafé de la beauté : quand Botticelli jette ses chefs-d'œuvre aux flammes

Le carnaval de 1497 offre à cette milice juvénile l'occasion de sa plus grande opération de nettoyage culturel. Durant des semaines, les enfants de Savonarole mènent une immense collecte forcée à travers toute la ville, exigeant de chaque maison le tribut de ses "vanités". Le 7 février, la pyramide dressée sur la place de la Seigneurie présente un inventaire saisissant de la culture matérielle de la Renaissance. À la base s'entassent les masques de carnaval, les déguisements, les tables de trictrac, les cartes à jouer et les instruments de musique comme les luths et les violes. Au-dessus, on trouve des milliers de flacons de cosmétiques, de miroirs vénitiens, de faux cheveux et de peignes en ivoire. Plus haut encore sont empilés les manuscrits de poètes humanistes, les éditions de Boccace ou de Pétrarque, et d'innombrables œuvres d'art.

 

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Le sacrifice artistique de cette journée reste l'une des pages les plus sombres de l'histoire culturelle européenne. Sous la pression de la culpabilité collective et la peur d'être dénoncés comme impies, plusieurs artistes de premier plan viennent eux-mêmes jeter leurs propres créations dans le brasier. Un témoin oculaire raconte la scène, à peine croyable pour les siècles futurs : "Je vis Sandro Botticelli s'avancer vers la structure, le visage blême. Sans un mot, il jeta ses propres toiles de jeunesse, des nus divins et des fables païennes, au milieu des détritus. Son élève Lorenzo di Credi fit de même, la larme à l'œil." Des dessins de natures mortes, des sculptures de marbre précieux et des portraits de courtisanes célèbres disparaissent en quelques instants dans un immense panache de fumée noire, sous les cris de joie des Piagnoni qui chantent : "Viva Cristo e la Vergine Maria !" (Vive le Christ et la Vierge Marie !). L'effervescence intellectuelle et esthétique qui faisait la gloire de Florence s'éteint ce jour-là sous les décombres incandescents du fanatisme religieux.

 

Le crépuscule d'un tyran : la colère de Rome et le retour du couperet financier

Mais la dictature morale, par sa nature même, s'use à force d'excès. En interdisant le commerce du luxe et les festivités, Savonarole ruine l'économie florentine et s'aliène la puissante corporation des marchands. De plus, ses attaques frontales et répétées contre la papauté finissent par lasser Rome. "Ce moine n'est qu'un fils de Satan qui détruit la paix de la Chrétienté", tonne le pape Alexandre VI. En mai 1497, il signe la bulle d'excommunication du moine rebelle. L'impact de cette décision politique et religieuse est immédiat : la menace d'un interdit papal plane sur Florence, risquant de bloquer les avoirs des banquiers florentins à l'étranger. Le couperet financier, combiné à une terrible épidémie de peste et à la famine, achève de retourner l'opinion publique. Le peuple commence à douter de la protection divine de son prophète, tandis que les factions politiques rivales, les Arrabiati (les Enragés), reprennent courage et s'organisent.

 

 

Le dénouement est aussi violent que l'ascension avait été rapide. Au printemps 1498, le couvent San Marco est pris d'assaut par une foule en colère, et Savonarole est arrêté par les autorités de la ville. Isolé, abandonné par ses partisans terrifiés, le dominicain est soumis à la torture de la corde pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce qu'il signe des aveux dictés par ses juges. Le 23 mai 1498, sur la même place de la Seigneurie où avait brûlé le "bûcher des vanités" quinze mois plus tôt, une nouvelle structure est dressée : un gibet entouré d'un immense bûcher. Savonarole et deux de ses plus fidèles lieutenants sont pendus haut et court avant que leurs corps ne soient consumés par les flammes. Pour éviter que leurs partisans ne transforment leurs restes en reliques sacrées, leurs cendres sont chargées dans des charrettes et jetées dans les eaux de l'Arno, refermant ainsi définitivement la parenthèse théocratique de la cité des Médicis.

 

 

L'héritage d'un martyr : l'étincelle précurseuse de la Réforme protestante

Si le corps de Savonarole s'est dissous dans les eaux de l'Arno, sa voix, elle, traverse les Alpes et les décennies pour trouver un écho inattendu au cœur du Saint-Empire romain germanique. En s'attaquant frontalement à l'autorité du pape, en dénonçant la simonie (le commerce des biens spirituels) et en exigeant une réforme radicale d'une Église corrompue par l'argent, le prieur de San Marco jette, sans le savoir, les bases théologiques d'un séisme à venir. Vingt ans à peine après l'exécution du Florentin, un jeune moine augustin nommé Martin Luther placarde ses thèses à Wittenberg. Loin de voir en Savonarole un hérétique fanatique, Luther le célèbre publiquement comme un précurseur de son propre combat, un chrétien exemplaire injustement condamné par la tyrannie romaine. "Bien que l'Antéchrist ait espéré effacer sa mémoire, le voici vivant et sa mémoire est bénie", écrira le réformateur allemand en 1523 en rééditant les modestes méditations de prison du dominicain.

 

Heroes, Heroines, and History: Reformation Day: Martin Luther, the  Wittenberg Door, and More

 

Cet héritage ne se limite pas à l'Allemagne ; de Jean Calvin à Genève aux courants évangéliques les plus rigoureux, la tentative d'instaurer une théocratie urbaine où la loi de Dieu supplante la loi des hommes devient le grand projet du XVIe siècle. Savonarole a ouvert une brèche fondamentale : il a prouvé qu'un homme seul, armé de la seule force de sa prédication et des Écritures, pouvait ébranler le trône de saint Pierre. En refusant de se soumettre à l'excommunication d'Alexandre VI au nom d'une vérité supérieure, il s'impose comme la figure de pointe du chrétien révolté contre l'institution. Paradoxe ultime de l'Histoire, ce moine profondément médiéval, qui voulait brûler la modernité de la Renaissance sur la place de la Seigneurie, est devenu le saint patron de la grande rupture moderne que fut la Réforme protestante.

 

Martin Luther and John Calvin: Allies, Rivals, and Architects of the  Reformation - History of Christianity

 

Bibliographie & références

  • Chastel, André, Le Sac de Rome, 1527 : Du premier humanisme à la fin de la Renaissance, Paris, Gallimard, 1984. (Un ouvrage essentiel pour comprendre l'impact des crises mystiques sur l'art de la Renaissance italienne).
  • Delumeau, Jean, Le Péché et la peur : La culpabilisation de l'Occident (XIIIe-XVIIIe siècles), Paris, Fayard, 1983. (Une analyse majeure des ressorts psychologiques et collectifs qui ont favorisé l'émergence de mouvements puritains).
  • Landucci, Luca, Journal d'un bourgeois de Florence (1450-1516), traduction et notes de J. Marilier, Paris, Éditions du Cerf, 1993. (Le témoignage oculaire incontournable du pharmacien florentin sur le déroulement du carnaval de 1497 et l'exécution du moine).
  • Luther, Martin, Préface aux méditations sur les Psaumes de Girolamo Savonarole (1523), dans Œuvres, Tome III, Genève, Labor et Fides, 1963. (Le texte historique où le réformateur allemand réhabilite officiellement la mémoire du dominicain).
  • Minois, Georges, Savonarole : Le prêcheur hérétique, Paris, Perrin, 2002. (Une biographie critique et factuelle qui retrace avec précision les mécanismes politiques et financiers de sa chute).


22 réactions


  • Gégène Gégène 30 juin 10:48

    Un rappel salutaire de la folie moralisatrice smiley


    • Bonjour @Gégène,

      C’est exactement le sens de cet article : l’histoire de Savonarole n’est pas une simple curiosité du passé, mais un miroir tendu à notre époque.

      Cette folie moralisatrice et puritaine, qui prétend régenter les consciences et punir les écarts par la censure ou la terreur, n’a malheureusement pas disparu avec le « Bûcher des Vanités » de Florence. On la voit aujourd’hui reprendre une ampleur considérable dans de nombreux pays musulmans sous le joug théocratique, mais aussi, ne l’oublions pas, au sein de certains territoires perdus de notre propre pays où le communautarisme tente d’imposer ses lois morales au détriment des libertés individuelles. Le fanatisme change de visage et d’époque, mais ses méthodes restent désespérément les mêmes.


    • Gégène Gégène 30 juin 12:26

      Bonjour Giuseppe,

      J’ai eu le plaisir de constater qu’en Iran, les jeunes femmes aux cheveux libres se répandaient dans la ville. Je suis tellement heureux pour eux-elles ! Si l’islam semble plus intolérant que le christianisme, c’est sans nul doute le décalage historique entre islam et chrétienté : plus de 600 ans ! A mon sens, croyance et morale sont à usage strictement personnel : ma croyance et ma morale me sont strictement personnelles !


    • @Gégène,

      Vous touchez là au nœud du problème : la confusion entre foi et contrôle social. À mon sens, la croyance et la morale doivent relever d’un usage strictement personnel. Elles m’appartiennent, comme elles appartiennent à chacun, et n’ont pas à être imposées à la société.

      Le parallèle avec Savonarole est d’ailleurs criant si l’on observe la nature de l’islam historique et politique. Contrairement au christianisme, l’islam ne s’est pas pensé uniquement comme une foi spirituelle, mais comme un système politique, social et juridique global (la charia). C’est un code qui ambitionne de régenter toute la vie de la cité, jusqu’aux aspects les plus intimes de l’existence de ses adeptes.

      Si l’islam officiel est aujourd’hui beaucoup plus intolérant et figé que le christianisme, cela s’explique sans nul doute par un décalage historique : un peu plus de 600 ans séparent les naissances de ces deux religions. L’islam traverse, sous certaines formes, sa propre crise dogmatique et son moment de tentation théocratique, semblable à ce que l’Europe a pu connaître à l’époque de la Renaissance ou des guerres de religion.

      Heureusement, les lignes bougent de l’intérieur. C’est un immense plaisir de constater qu’en Iran, malgré la férocité du régime, les jeunes femmes se réapproprient l’espace public les cheveux libres. Voir cette liberté se répandre dans les villes est une immense source de joie pour quiconque croit en l’émancipation des peuples face aux dogmes moraux.


    • Eric F Eric F 1er juillet 10:50

      @Gégène

      Les 600 ans de décalages historique entre la fondation de l’Islam et du christianisme sont une argutie de peu de valeur, ce qui importe c’est l’état des civilisations. Peu après sa fondation la civilisation musulmane était plus éclairée que ne l’était l’occident chrétien moyenâgeux, il y a eu ensuite un « gel » doctrinal, et désormais une régression intégriste à rebours de l’évolution des droits humains dans le monde.
      En tout cas l’épisode raconté dans l’article nous évoque le régime des Ayatollahs iranien (qui se recombine désormais en régime para militaire), et ça fait penser aussi aux gardes rouges de Mao.


    • Gégène Gégène 1er juillet 11:53

      @Eric F

      L’évolution des droits humains dans le monde ?!? Je peux me voir comme un partenaire amoureux multimodal, avec la bénédiction des oligarques locaux (vivi ces bestioles ne vivent pas qu’en ex-URSS) mais que je ne m’avise surtout pas de remettre en cause l’appropriation des moyens de production par ces mêmes oligarques, sinon . . .


    • Eric F Eric F 1er juillet 13:00

      @Gégène

      Par rapport au 15è siècle, on a quand même davantage de liberté de croyance, de liberté de se déplacer, les buchers ne sont plus de mise ni la torture légale sauf rares pays.
      A cette époque là les ecclésiastiques étaient des oligarques, les nobles accaparaient les terres et faisaient payer des droits sur tout, le serf de base avait un taudis et se nourrissait des restants de ses cultures.


  • juluch juluch 30 juin 12:06

    Epoque lointaine qui a fait des émules .....suivez mon regard !

    Tôt ou tard ça finis par se casser la gueule....mais quand c’est une culture d’Etat c’est plus compliqué.


    • Bonjour @juluch,

      C’est tout à fait exact ! L’Histoire montre que les dictatures morales finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leurs propres excès, car on ne peut pas comprimer indéfiniment l’aspiration humaine à la liberté. Le régime de terreur de Savonarole à Florence n’a d’ailleurs duré que quatre petites années avant que le peuple, lassé des privations et des dénonciations, ne se retourne contre lui.

      Mais vous soulevez un point crucial : lorsque ce fanatisme moralisateur devient une « culture d’État », intégrée aux institutions, à la justice et à l’enseignement, l’inertie est infiniment plus lourde. Le conditionnement des masses et la puissance de l’appareil policier permettent au système de se maintenir à bout de bras, parfois pendant des décennies.

      C’est précisément le défi des totalitarismes modernes : la chute est inéluctable à long terme, mais le coût humain pour y parvenir est terriblement plus élevé lorsque le dogme s’est fait État.


  • SilentArrow 30 juin 13:53

    @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

    Un ayatollah Khomeini italien !


    • Bonjour @SilentArrow,

      C’est une formule particulièrement bien trouvée, et elle est historiquement très juste. En réalité, Savonarole a été une sorte d’ayatollah Khomeini avant l’heure, la structure de son pouvoir à Florence préfigurant de manière frappante la révolution iranienne de 1979.

      Dans les deux cas, on retrouve le même mécanisme : une révolution théocratique qui s’appuie sur la frustration du peuple pour renverser le pouvoir en place (les Médicis à Florence, le Shah en Iran), puis l’instauration d’une « police de la moralité » chargée de traquer le vice dans les moindres détails de la vie privée. Les milices d’enfants de Savonarole, qui fouillaient les maisons et jetaient les livres ou le maquillage au bûcher, n’ont rien à envier aux gardiens de la révolution ou aux comités islamiques d’aujourd’hui.

      Le fanatisme moralisateur utilise toujours les mêmes leviers, qu’il s’exprime dans la Florence du XVe siècle ou dans le Moyen-Orient contemporain.


    • SilentArrow 30 juin 17:17

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      Savonarole avait une excuse : il était en plein Moyen-Âge et juste un peu plus d’un siècle après l’épidémie de peste noire qui avait vu défiler les hurluberlus flagellants.

      Les ayatollahs et autres talibans, eux, se livrent à ces agissements rétrogrades en plein XXIe siècle.


    • SilentArrow 30 juin 17:29

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      Il y a aussi eu les puritains américains qui s’interdisaient de rire le dimanche. Rien que d’imaginer leurs gueules d’enterrement, cela me fait rigoler.


    • Eric F Eric F 1er juillet 10:53

      @SilentArrow

      « Les ayatollahs et autres talibans, eux, se livrent à ces agissements rétrogrades en plein XXIe siècle »

      Effectivement !


  • Jean Keim Jean Keim 1er juillet 06:52

    La vertu n’est pas d’exhiber, les mains jointes, des livres saints et des babioles sanctifiées, seulement ce vocable est souvent assimilé à une démarche prêchi-prêcha ostentatoire parfaitement hypocrite ; comme le suggère Gégène, c’est une affaire strictement personnelle.

    Est-il possible que la démarche de Savonarole fût, dans ses débuts, une réaction justifiée aux excès de la Papauté et qu’ensuite ses pensées se soient radicalisées ?


    • Eric F Eric F 1er juillet 10:57

      @Jean Keim

      « Est-il possible que la démarche de Savonarole fût, dans ses débuts, une réaction justifiée aux excès de la Papauté et qu’ensuite ses pensées se soient radicalisées »

      C’est en effet probable, il y avait du reste à l’époque des « hérésies » en réaction avec les abus de la papauté et de la hierachie religieuse en général, et l’auteur indique que sur le fond Savonarole a influencé la démarche de Luther.


  • Julian Dalrimple-sikes Julian Dalrimple-sikes 1er juillet 07:05

    Sans ces cons, les autres, enfin surtout ceux à qui l’oxydant totalement dément et mauvais, veut voler ses ressources,ma vie à moi serait parfaite !!

    et bien non pas du tout, tout ceci n’est que une des millions d’expressions effets de la fuite impossible sauf suicide de la vie car NAÎTRE = MOURIR.. qui n’est même pas l’origine de la démence pluri millénaire globale des humains...

    d’où cette société de mort, nous sommes déjà morts , mentalement morts juste zombifié physiquement, auto zombifié car c’est un choix..nous sommes en mode suicide..

    C’est une entreprise hardie que d’aller dire aux hommes qu’ils sont peu de chose. Chacun est jaloux de ce qu’il est, et on aime mieux être aveugle que de connaître son faible ; surtout les grandes fortunes veulent être traitées délicatement ; elles ne prennent pas plaisir qu’on remarque leur défaut : elles veulent que, si on le voit, du moins on le cache. Et toutefois, grâce à la mort, nous en pouvons parler avec liberté. Il n’est rien de si grand dans le monde qui ne reconnaisse en soi-même beaucoup de bassesse, à le considérer par cet endroit-là.

    Bossuet...


  • ETTORE ETTORE 1er juillet 11:13

    Buongiorno Giuseppe

    «  »«  »« En février 1497, la République de Florence détruisait sur la place de la Seigneurie des milliers d’œuvres d’art, de livres et d’objets précieux sous la direction du moine dominicain Girolamo Savonarole. »«  »"

    Cela semble avoir été une routine bien rodée pour l’église..

    Et même pour certains autodafés plus proches de nous.

    Ce qui est consternant, c’est que cela se produit, aujourd’hui, sous une autre forme, mais tout autant catastrophique.

    Des sites d’IA achetent des livres rares, pour les détruire après.

    Par une simple manoeuvre relative aux droits d’auteurs en Amerique.

    Après avoir servi d’entrainement à l’IA, ces livres seraient détruits.

    Voyez, on n’est pas loin du marché aux esclaves, ou des chats capturés pour entrainer des molosses au combat .

    A quand notre tour ?


    • Eric F Eric F 1er juillet 11:29

      @ETTORE

      je ne pense pas que les sites d’IA détruisent des livres rares, mais peut être les retirent-il du marché en les mettant dans des réserves, les affairistes ne jettent rien de ce qui peut prendre de la valeur.
      Mais les autodafés ont leur équivalent actuellement sous forme de censure, notamment l’interdiction de publication de revues ou textes considérés comme propagande étrangère.


    • pemile pemile 1er juillet 11:59

      @Eric F « je ne pense pas que les sites d’IA détruisent des livres rares »

      C’est expliqué dans le lien donné par ETTORE, qu’il n’a pas dû lire ?

      Elle a acheté par palettes entières des ouvrages épuisés : livres de cuisine, biographies, romans. Pas des raretés, bien au contraire, rapporte le libraire : « Les commandes visaient spécifiquement des ouvrages de non-fiction publiés à partir de 1970 et dotés d’un numéro ISBN – des invendus poussiéreux dont personne ne voulait depuis des années. Toute revente de leur part est totalement exclue. Ces livres n’ont aucune valeur et ils n’ont acheté qu’un seul exemplaire par titre. »

    • Eric F Eric F 1er juillet 14:09

      @pemile

      OK, donc pas des livres rares mais des nanards, et qui finalement seront préservés par le fait d’avoir été digitalisés. ouf !


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