Raisonnons, résonnons
Et si l'on ouvrait tout ? Les volets, les portes, les fenêtres et... le cœur ?
Et si, à l'instar des vieux de mon pays, on s'asseyait sur un banc, un moment, silencieux et calme, mais plutôt que laisser son esprit voguer sur les peines, les regrets, les remords, on regardait le monde ?
Mon regard naturel ne porte pas loin : mes voisins, mon village, mon canton – et encore par personnes interposées- mes proches de cœur. Il n'y a pas là de drames patents ; ma voisine, qui travaille chez Éminence depuis trente ans, n'a pas les moyens de partir ni d'envoyer ses deux fils en vacances ; elle vit seule avec eux et tire le diable par la queue.
Moi non plus je ne pars pas en vacances...
Les paysans de la génération de mes parents sont morts, secs comme des coups de trique ; leurs fils, de mon âge sont gras et, vers la cinquantaine ont mis le frein à cause de quelque problème cardiaque ; leurs fils, de l'âge de mon fils, sont soufflés, gras, non pas de repas de fêtes, mais de malbouf, même ceux qui étaient les plus freluquets enfants.
Les terres ont été vendues au milliardaire du coin qui a comme tout statut en France, celui d'agriculteur ; mais sa fortune vient d'autre part, héritage et « affaires » en Afrique ou ailleurs. Hors impôts.
Je viens d'un monde où ce simple constat m'est blessure....
Je fais confiance à quelques auteurs, revues, journaux ; eux me disent le lointain ; celui-ci s'invite chez moi pour m'agresser, me déstabiliser. Mon cœur bouillonne, mes nerfs se tendent, ma tête chauffe ; trop, il y a de trop partout, je ne peux rien...
Parmi ces informations, des détails, des anecdotes, des foutaises et plein, plein de mensonges. Et pourtant, ce sont ces foutaises, comme des attrapes-mouches qui occupent le terrain, l'énergie, l'attention de mes concitoyens. C'est qu'elles se plient à notre niveau, elles se font ordinaires comme des problèmes de voisinage, notre conscience y court avec la certitude de pouvoir les circonscrire.
Je sais que je ne peux rien à dénoncer ce leurre...
Il y a ceux qui se ruent sur l'impertinence des droits de successions, sur les plus-value des résidences secondaires, sur les émoluments indécents de ceux qui nous trompent et nous salissent, sur les malversations de nos dirigeants délinquants mais sur la délinquance de rue...
Tiens, la délinquance de rue...
Si on regarde bien, sans filtres a priori, on constate que l'on vit dans un monde où la place n'est pas faite à tous pour vivre dignement, décemment.
Imaginons le scénario suivant : tous les enfants des écoles, conscients de devoir bien travailler pour s'en sortir, travaillent bien ; dociles et volontaires, ils apprennent ce qu'on leur apprend, avec plus ou moins de facilités, avec plus ou moins de réussites glorieuses, mais tous, tous, arrivent au bac en ayant acquis ce que l'on a voulu leur faire acquérir ; ensuite, ils se dispatchent entre les IUT, les facs, les grandes écoles, les BTS, les Beaux-arts, l'école Boulle, le compagnonnage, ayant, au fil de ce temps, trouvé chaussure à leur pied.
Alors ? Que se passerait-il ? Y aurait-il une place honnête pour chacun ? Un métier, une existence, aussi humble soit-elle ?
Non, bien sûr que non !
Ces êtres, pleins d'énergie et de bonne volonté se trouveraient, pour beaucoup, coincés.
Même avec l'esclavage consenti, il n'y a pas de place pour tous !
Alors, vient l'instinct de survie qui, chez l'homme, n'est pas réduit à sa plus simple expression ; il faut bien vivre ; certains le font humblement, en silence et sont contraints, ça et là, de jouer avec les droits et les devoirs.. Mais pour beaucoup, dont l'ambition consumériste est à la hauteur de ce que l'on a bien voulu leur inculqué, il n'y a pas trente-six solutions : on deale, on chaparde, on délinque... tous les humains ont envie de vivre, pas seulement envie de survivre comme des cloportes...
À chacun sa façon. Et puisqu'il n'y a pas de place pour tous, cela devient une guérilla.
Je ne suis pas la dernière à avoir subi les affres de la délinquance citadine qui s'expatrie, pour un temps, dans nos contrées peu éloignées des villes...
Alors , se dit-on, il faut tout reprendre depuis le début ; faire la liste !
Impossible : à quel niveau mettons-nous une barrière pour empêcher la prolifération de détails ?
De ceux qui nous touchent personnellement au point de nous en faire oublier le tout ?
N'y mettons ni cœur ni compassion, sortons de notre sensible observation. Prenons comme base, solide, ce qui nous constitue, ce contre quoi nous ne pourrons pas revenir, de sitôt.
Il y en a plusieurs, à vue de nez : pour moi, c'est le respect de la vie, la certitude que quiconque est sur cette planète a, autant que moi, le droit d'y être.
Quel est ce droit ?
Ce droit n'est pas humain et probablement pas divin : il est naturel : aucun être sur cette planète n'a décidé ni choisi de s'y trouver ; c'est notre vérité à tous, essentielle, millénaire. En cas de panique, revenons aux fondamentaux.
Ensuite, il y a des lois qui se sont instaurées au cœur de chaque espèce : le but ? La survivance de cette espèce et, si possible, son évolution pour son adaptation aux changements de paradigmes. Cette loi est plus volontiers choisie comme base et il y a un schisme sur le choix de survivance, d'une culture, d'une civilisation ; certains pensent que l'ouverture et l'acceptation de profonds changements de valeurs, enrichit et ainsi, contribue à la survivance ; d'autres, au contraire, pensent que toute intrusion détruit l'authentique et qu'il faut absolument s'en préserver.
L'histoire, depuis toujours nous prouve à peu près le contraire ; cependant notre quotidien ne baigne pas forcément dans la conscience active et présente à chaque instant, de cette vérité empirique.
Le fait est que se retrouver en état d'infériorité n'est plaisant à personne ! Des espèces entières sont mortes de changements impossibles à contrer ou à dépasser : je suppose que chacun de leurs individus ont souffert mille morts avant la mort.
L'homme, censément, anticipe, prévoit et se souvient ! Je ne suis pas sûre , pour ma part, que ces qualités suffisent à changer le cours des choses, quand celui-ci est plutôt une lame de fond qu'un événement aléatoire. Il ne semble pas, sur ce point, être supérieur à d'autres espèces !
Mais au moins, par pitié qu'on ne se complaise pas à s'enferrer dans les détails, nous n'avons plus le temps....
Faire le constat d'un non-progrès depuis ce que l'on sait des temps anciens, au niveau politique me semble être le premier à faire. Cela rabattrait bien des caquets, car selon que l'on regarde les conditions globales, de vie dans nos contrées privilégiées, ou que l'on regarde le comportement, primaire, de ses populations, on ne voit pas les mêmes choses ni ne pouvons en tirer les mêmes conclusions.
En effet, les défenseurs de la technique comme preuve irréfutable de notre progression, depuis, disons, l'antiquité, nous démontrent que notre vie est plus douce, que l'on a moins froid que l'on a moins faim. Certes, cela me paraît incontestable. Ensuite, on regarde le prix payé pour ce confort, et là, les avis divergent !
D'abord, il ne faut regarder que chez nous, et chez nous, mettre des oeillères.
On peut certes, et c'est encouragé, se foutre que des millions de gens de par le monde soient réduits en esclavage, souffrent et meurent de nos pollutions, pour nous payer, non pas le nécessaire – ce qui pourrait dans un sens être pris pour la lutte naturelle pour la survie- mais le superflu, un superflu qui ne nous apporte pas bonheur et félicité, mais malaises et maladies, un superflu qui tue sûrement notre civilisation !
C'est un comble, convenez-en ; et ne me dîtes pas que j'enfonce des portes ouvertes : les portes, nous les avons ouvertes en début de texte !!
Car, depuis une bonne trentaine d'années, on nous a lavé le cerveau de manière à y faire entrer que ce superflu nous est vital.
Donc, notre premier constat est que nous avons perdu le fil de nos besoins et que nous avons suivi celui, induit et proposé par nos profiteurs, nos pilleurs.
Nous sommes pillés dans nos âmes au moins autant que les peuples du sud sont pillés dans leur corps et leurs âmes
Ils sont donc nos frères de douleur ; sauf que la douleur de l'âme peut être occultée par ceux qui résistent à l'amputation de tout ce qui n'est pas matériel. Tout ce qui n'est pas maîtrise et raison. Et pourtant n'est-ce pas notre raison qui nous fait voir les choses, et l'irraison qui nous les rend invisibles ?
Nous sommes donc là en face d'un paradoxe qu'il nous faudra bien résoudre :
ceux qui sont dans le froid de la raison et de la maîtrise occultent de manière totalement irraisonnable et irrationnelle les dégâts, les aléas, les destructions, les injustices, les ignominies...dont sont victimes tous ceux qu'ils prennent pour leurs ennemis.
Pourtant, nos sociétés sont, au même point menacées.
Notre chimie intérieure détermine la hiérarchie de nos contrariétés et la manière dont on pense pouvoir les résoudre...
Nous pouvons être contrariés, au point de nous gâcher la journée, par une soupe trop salée ; cette soupe et ce sel peuvent être le point de rupture, de départ, d'exil parce qu'arrivant à point nommé !
Nous pouvons être contrariés par le manque d'avancement dans notre carrière, par nos salaires qui stagnent, par le manque de reconnaissance de notre génie, par notre parole inaudible, par notre sagesse inefficace, par le désagrément et l'inconfort, l'insécurité créés par les autres, par la destruction de ce qu'on aimait, par la pollution de nos terres, de notre air, de notre eau, par le mépris dans lequel sont tenus nos combats, par la peur de notre avenir et notre impuissance à y faire face, et par tout cela à la fois ! Nous nous arrêterons pourtant à la contrariété qui touche le plus fort notre point faible et nous mettrons pour la contrer toute notre intelligence, tout notre savoir, toute notre énergie ; et nous y trouverons aide. Mais nous y trouverons des ennemis.
Il s'agirait de trouver vite le point moyen de nos contrariétés ( tout le monde aura compris que j'emploie ce terme au sens fort, très fort !), s'y unir et réunir nos forces. Compte étant tenu que nous sommes adultes et non consentants, nous ne réclamerons rien à personne : nous imposerons !!
..la justice, l'agriculture biologique, la régie de nos eaux par des services publiques locaux, et puis tout le reste déjà dit ou à dire, mais qui nous taraude depuis tout ce temps : l'éducation, l'industrie locale, la production locale, et autogérées, le protectionnisme, la recherche utile pour la sauvegarde de notre écosystème... mais quel pied d'avoir encore cette porte à ouvrir, la dernière, l'ultime !!!l
Toutes les intelligences peuvent s'y engouffrer, toutes les énergies, toute la jeunesse et l'expérience des vieux.
Non ! Je voulais refaire le monde et je ne fais que radoter...
Récapitulons :
cernons nos besoins, communs, ce qui en élimine pas mal ; voyons comment faire pour les satisfaire, en préserver la satisfaction, ou la reconquérir ou l'inventer ; soigner, guérir ; se libérer et prendre conscience ; se priver et sublimer ; ouvrir et chanter.
Je me demandais...
Que serait-il advenu de nous si les américains n'étaient pas venus à notre rescousse en 17/18..
Nous n'aurions pas eu Hitler : pas besoin, l'Allemagne, maîtresse de l'empire Europe l'aurait laissé dans les bas-fonds, du reste, lui-même n'aurait pas ressenti l'appel !! ; nous aurions été régimentés, mis dans le rang de l'efficacité, nous aurions perdu notre côté latin. Peut-être aussi aurions-nous fait la guerre à L'URSS ?
Que serait-il advenu de nous si, comme beaucoup le souhaitaient, l'Algérie avait pris son indépendance en gardant sur son sol tous les juifs, les espagnols, les maltais, les français qui s'y trouvaient depuis tant de temps ? Si De Gaulle n'avait pas foutu sa merde ? Nous ne serions pas « envahis » ( comme certains en souffrent) par l'immigration maghrébine, nous aurions des relations amicales avec l'Afrique du nord, au moins, nous échangerions d'égal à égal, le gaz, le pétrole, le vin, les légumes, la technologie, les trains, les avions...
Peut-être pas.
Que serait-il advenu de nous si Jésus n'avait pas dit « Aimez-vous les uns les autres » ?
Chaque parole, chaque décision est porteuse d'un avenir inconnu et lourd de malheurs pour beaucoup. Comment peut-on, à la légère, imposer ce dont un, ou un petit nombre, est convaincu ?
Si Jaurès n'avait pas été assassiné ? Si les bolcheviques n'avaient pas accepté l'aide de l'Allemagne ?Si l'Allemagne n'avait pas toutes ces revanches à prendre et ne voulait plus se rendre maîtresse de l'Europe ? Si nous n'avions pas été trahis pour le T C E ? Si tous mes amis gauchistes n'avaient pas été illusionnés et avaient voté « non » à Maastricht plutôt que se fâcher avec moi ? Si ? Si ? Si ?



