mercredi 29 juin 2011 - par Kookaburra

Recensement ethnique = Racisme ?

Parmi les sujets dits « sensibles » certains sont, non seulement sensibles mais tout simplement clos, c’est-à-dire tabous. Et c’est justement ces sujets-là qui ne devraient jamais être clos, puisqu’une réponse objective et définitive n’est pas possible, étant donné que ce sont des sujets à controverse, où les opinions sont toujours opposées. Le recensement ethnique en est un exemple.

Les réactions au principe d’un recensement ethnique sont intimement liées à la culture. En France une large majorité est très hostile aux statistiques ethniques, considérées comme discriminatoires et racistes, alors que dans les pays de culture anglo-saxonne - G.B., USA, Australie, le Canada, Afrique du Sud etc. - le recensement ethnique est couramment pratiqué et largement approuvé par la population. Au Canada depuis la Deuxième Guerre Mondiale l’immigration a augmenté régulièrement, et les sociologues se sont intéressés au taux d’insertion de ces immigrés dans la culture dominante et dans l’emploi. Un premier recensement en 1981 fournissant les origines ethniques des immigrés montra une population de 1,1 million d’étrangers non-Européens, représentant 4,7% de la population totale. Dix ans plus tard la proportion avait atteint 13,4%, et entre 2001 et 2006 la population non-Européenne augmenta à un rythme beaucoup plus vite que celui de la population totale, notamment à un taux de 27,2%, soit cinq fois plus rapide que la population de souche. Au lieu du mot « ethnie » les recensements utilisent l’expression « minorités visibles ».

(Source :www.statcan.gc.ca)

Une proposition d’un tel recensement un France provoquerait un tollé. Comment expliquer cette différence de sensibilité ou d’interprétation ? En Allemagne et en Suisse les recensements comprennent des informations sur la langue maternelle et la religion ainsi que les origines géographiques des étrangers. Dans les pays pluriethniques comme l’Afrique du Sud et le Brésil, les recensements comprennent, entre autres facteurs, la langue maternelle, la religion et l’ethnie. En Inde, en plus de la langue et la religion, la caste est aussi recensée. En Nouvelle Calédonie des recensements ethniques ont été effectués en 1989, puis en 1996, et un nouveau recensement était prévu en 2003, mais lors de sa visite officielle, le Président de la République, Jacques Chirac, déclarait : « Cette idée de faire cocher une origine ethnique est scandaleuse ! », ce qui mis fin à ces recensements.

On constate que, dans la plupart des pays, les statistiques ethno-raciales font toujours partie des recensements, sans que cela provoque de l’indignation publique. En France le comptage ethnique est interdit par la loi. Même des statistiques sur l’origine culturelle et la religion sont taboues. Les raisons de cette discrétion exceptionnelle ne sont jamais précisées au-delà d’une vague crainte de racisme. Mais puisque des estimations se font régulièrement (on estime que les musulmans représentent environ 5% de la population) il est difficile de comprendre pourquoi une statistique plus précise serait une dérive raciste. Si les statistiques ethniques sont interdites, les estimations devraient l’être aussi. D’ailleurs, plusieurs associations et chercheurs souhaitent une révision de la loi sur les recensements, arguant que des statistiques ethno-raciales seraient, justement, utiles dans la lutte contre le racisme, notamment dans les discriminations à l’embauche et au travail. Le sociologue Patrick Simon socio-démographe à l'Institut national d'études démographiques (INED) réclame depuis longtemps un assouplissement de la loi pour permettre aux chercheurs à avoir des statistiques nécessaires pour leur travail.

Est-il légitime de vouloir mesurer la diversité ethnique de la population ? Pour combattre les discriminations, il faut d’abord les mesurer. Avec leur antiracisme hystérique les associations comme SOS racisme s’y opposent catégoriquement.* Leurs beaux discours sur la tradition d’accueil de la France et sur l’égalité devant le droit sont bien édifiants, mais leur pertinence à la question posée est moins claire, d’autant plus qu’elles insistent, en même temps, sur la nécessité de redresser la situation dans les entreprises et les administrations où la diversité n’existe pas.


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