Que Coca Cola, Virgin, Zidane... vous bénisse !
Ceux qui naguère ont ironisé sur le JT de 20 heures, en le nommant messe cathodique, étaient dans la bonne direction. Une sorte de connivence cachée, dissimulée, fait de nous les cibles d’une nouvelle religion, occupant notre cerveau à l’insu de notre plein gré administré par le système nerveux central. Le propre d’une religion est de s’étendre. Mais quelle est cette nouvelle croyance que le monde nous propose et que de nombreux fidèles adoptent et pratiquent ? L’enquête nous livre quelques indices. Le monde serait en quête d’événements, d’images et de stars. Quelle serait alors l’utilité de cette religion ? Le catholicisme sert, paraît-il, à ôter le mal en l’homme, mais aussi à réunir les humains autour d’une même foi. Et le starisme, puisqu’il faut bien nommer cette religion, à quoi sert-il ? Peut-être à tromper l’ennui de l’individu contemporain et lui donner l’impression de participer à quelque chose d’exceptionnel.
Une religion doit être servie par quelques individus exemplaires. Le catholicisme a ses saints, canonisés sous réserve que quelques miracles aient été certifiés. Mais c’est au nom d’un Dieu unique et dont les voies sont impénétrables. Le starisme, et c’est son utilité dans la société de marché, est une religion polythéiste avec des stars, des événements et des médias qui se concurrencent, mais au service d’une même cause, tromper l’ennui et faire vivre quelque chose d’exceptionnel. Si ça peut rapporter du profit, c’est encore mieux. Nul ne jettera la première pierre aux médias, l’Eglise a bien vendu ses services et thésaurisé quelque belle fortune. Mais au fait, pouvons-nous observer quelques preuves de cette nouvelle religion ? Oui, sans doute, et nous seront étonnés de voir quelques ressemblances entre le mode opératoire contemporain et celui du temps des ecclésiastes.
L’Eglise a pour habitude de faire travailler des bénévoles. Des enfants en plus, c’est dire si elle est en-dehors des lois républicaines. Ces enfants servent le vin de messe ou chantent. Parfois, quelques fidèles viennent réciter quelques pages du missel. D’autres bénévoles participent à la cérémonie, puis le curé passe récupérer le denier du culte. Les institutrices de la foi, en pieuses dames catéchistes, éduquent les enfants sans toucher le moindre centime...
Parfois, de grands événements médiatiques font appel aussi à des bénévoles. A Roland-Garros, on fait travailler les enfants. Ils doivent ramasser les balles. Les joueurs étant trop fatigués pour le faire, comme le curé et son vin de messe, après sa prestation, pompé de son énergie par les fidèles. Il y eut le Mundial en 1998. Nous savons que des milliers de bénévoles y ont participé. Les dirigeants se sont ensuite partagés les bénéfices. Même chose pour la prochaine Coupe du monde de rugby. Tenez, à Bordeaux, 270 bénévoles, chargés de la billetterie, de l’accueil des joueurs, d’autres tâches, ont été reçu par le Conseil régional après avoir fait connaissance avec la configuration du stade Chaban-Delmas prévu pour accueillir quelques matchs (Sud-Ouest, 13/07). A Cannes, pour servir les stars, il n’y a pas de bénévole. C’est parce qu’il y aurait trop de demandes à traiter et que cela pourrait de plus occasionner des émeutes.
Une religion doit avoir un signe. Un ignorant entrant dans un lieu de culte voit une figurine avec un type cloué sur une croix. Il sait alors qu’il est dans une église. Dans les salles de classe, on mettait avant une croix. Dans les chambres aussi, au-dessus du lit. Si les voies de Dieu sont impénétrables, Dieu pénètre partout où il y a de la place, en marquant le lieu de son logo. La religion médiatique pénètre aussi à travers quelques signes de reconnaissance. Une affaire fait grand bruit en ce moment au CSA (Le Monde, 13/07). Largardère, propriétaire de la marque Virgin et d’une station sur la bande FM ainsi qu’une chaîne sur la TNT, voudrait rebaptiser ces deux médias, les sigler au nom de Virgin. Ca se comprend. Virgin FM, ça le fait mieux que Oui FM. Du coup, NRJ, RTL et d’autres groupes ont saisi le CSA afin de porter l’affaire devant les sages. Ils craignent qu’un jour, Coca Cola devienne une chaîne de télé. Quelle concurrence ! Chaque type sur la planète rêve non seulement de boire du Coca, mais écoutera aussi du Coca. Les voies médiatiques pénètrent partout, et sont bien plus efficaces que les voies de Dieu.
L’Eglise, en son temps, a su vendre ses services à un prix exorbitant, escroquant les petites gens autant que quelques princes et seigneurs. Le starisme use de procédés similaires. Pas toujours, tout dépend de l’intensité de dévotion investie dans le fidèle qui sera prêt à payer des places au-dessus du marché pour assister à la grande messe et voir ses idoles. On appelle cela le marché noir. C’est illégal, mais pas plus condamnable que quelques prêtres, on les appelait les simoniens, qui vendaient très cher leurs services au Moyen Age. Les producteurs légaux savent aussi faire monter les prix et s’en mettre plein la poche. 250 euros pour voir les Stones, 150 pour Polnareff, 500 pour Barbara Streisand. Le marché de la foi se porte bien, autant que la foi dans le marché. L’essentiel étant de combiner une présence médiatique avec un dispositif comptable où règnent agents et marchands. Un mariage se vend très cher, surtout quand il est glamour, comme entre un basketteur français et une actrice américaine. Les fidèles sont naïfs, comme d’ailleurs leurs prédécesseurs catholiques. Ils croyaient voir les stars gratos et se sont déplacés. Raté. Pour avoir les images, il faudra s’acquitter du denier du culte et acheter le magazine people ou alors le piquer chez son coiffeur.
Allez, mes frères, la vie continue, que Johnny, Virgin, Jagger, Parker, Zidane, Coca Cola... vous bénisse !

