mardi 18 novembre 2025 - par Franck ABED

Issa n’est pas Jésus

 

 

 

Parler de Jésus dans le dialogue interreligieux peut s’avérer périlleux dès lors que la vérité sur Lui n’est pas clairement exprimée. Les échanges entre chrétiens et musulmans se veulent courtois et apaisants, mais cette recherche d’harmonie conduit souvent à confondre les mots et les doctrines. Parmi les formules fréquentes, une résume ce travers : « Nous, musulmans, respectons Jésus. Il est même cité dans le Coran, tout comme sa mère ». En apparence fraternelle, cette phrase recouvre en réalité une divergence irréductible.

Notre époque valorise l’entente plus que la vérité et préfère les nuances rassurantes aux distinctions exigeantes. Dire que l’islam « respecte Jésus » s’avère inexact, car ce respect s’adresse à une figure nommée Issa. Le Christ de la Bible et l’Issa du Coran ne renvoient ni à la même identité, ni à la même mission, révélant une opposition doctrinale irréconciliable.

Dans la foi chrétienne, Jésus incarne le Verbe de Dieu fait chair, Fils éternel du Père, crucifié, mort et ressuscité pour le salut de l’humanité. Dans le Coran, Issa, fils de Maryam, est un prophète éminent, mais un homme seulement. Sa crucifixion n’existe pas, sa divinité est écartée, sa résurrection effacée. La sourate 4 affirme : « Ils ne l’ont ni tué ni crucifié, mais cela leur a semblé ainsi  ». En une seule phrase, tout le cœur du christianisme - l’Incarnation, la Croix, la Résurrection - se trouve nié et rejeté. Si le drame du Calvaire s’efface, toute la réalité de la rédemption se dérobe, comme si la lumière du salut se retirait du monde. Sans Croix, il n’y a plus de pardon ; sans Résurrection, plus d’espérance ; sans divinité, plus d’Incarnation. Supprimer la Croix revient à ôter au christianisme son centre de gravité.

Souligner les différences religieuses ne dresse pas de barrières, mais reconnaît avec clarté les contours propres à chaque foi. La discussion véritable ne s’enracine ni dans l’ambiguïté ni dans le relativisme, mais dans la clarté des convictions et la cohérence doctrinale. La paix ne se bâtit ni sur le mensonge, ni sur le reniement de soi.

Trop souvent, au nom d’une tolérance mal comprise et trop facilement invoquée, certains sacrifient la foi pour ménager les sensibilités ou les susceptibilités. Renier ou taire ses convictions par peur de déplaire révèle une faute grave, privant celui qui agit ainsi de toute crédibilité et de toute autorité morale. Dans le débat public comme dans la vie quotidienne, la solidité de convictions claires et pleinement assumées constitue le socle de toute parole digne d’être entendue.

L’unité ne se construit pas dans la confusion, mais dans l’affirmation nette des convictions. Le respect véritable naît de la fermeté et non des compromissions intellectuelles ou théologiques. Le monde n’a nullement besoin d’âmes tièdes, mais d’hommes enracinés, capables de dire ce qu’ils pensent. L’échange sincère, qu’il soit entre religions, nations ou civilisations, devient possible lorsque chacun parle à visage découvert, porté par la force tranquille de la vérité.

Affirmer qui est Jésus selon la foi chrétienne n’est pas un geste de fermeture, mais un acte de fidélité profonde à la vérité révélée, capable d’éclairer toutes les personnes de bonne volonté. Ce nom ne renvoie pas à un simple prophète honoré ou à un messager parmi d’autres, comme certaines constructions idéologiques le soutiennent, mais au Christ crucifié et ressuscité, Fils de Dieu incarné, dont la vie, la mort et la résurrection accomplissent pleinement les Écritures. Contrairement à Issa dans la tradition islamique, dont le rôle reste celui d’un prophète jamais crucifié, Jésus-Christ est l’ultime manifestation de l’amour de Dieu pour l’humanité, à la fois véritable homme et véritable Dieu, acteur souverain de l’histoire du salut.

La plus belle forme de respect envers ceux qui se trompent sur Jésus-Christ revient à dire la vérité, non pour blesser, mais pour éclairer. Dans la foi chrétienne, Jésus n’est pas un simple guide spirituel : il incarne la Voie, la Vérité et la Vie. Reconnaître cette identité unique établit la base la plus solide du dialogue, car seule la clarté permet une rencontre authentique : Issa n’est pas Jésus. La vérité sur le Christ, loin d’opposer, ouvre la voie à une réconciliation profonde, respectant à la fois Dieu et l’Homme : « Nul ne vient au Père que par moi  » (Jean 14,6).

 



23 réactions


  • La Bête du Gévaudan 18 novembre 2025 20:07

    La thèse musulmane d’un « Jésus prophète » est particulièrement débile ! Si Jésus n’est pas Dieu, alors il n’est qu’un vil blasphémateur. D’ailleurs il a été condamné à mort pour blasphème. Jésus prétend qu’il est Dieu incarné. Donc, soit c’est vrai (et le Coran se trompe), soit c’est faux (et le Coran se trompe). 

    Les adeptes chrétiens et les adversaires juifs sont d’accords sur les faits (ils divergent sur l’interprétation). Les historiens antiques et les écrivains païens qui s’en font l’écho sont également d’accords sur les faits (même s’ils n’y voient rien de religieux). La thèse musulmane apparaît ex nihilo 650 ans après, et prétend que les témoins « se sont trompés »... ben voyons ! mais s’ils se sont trompés sur un éléments aussi central que la crucifixion d’une part et sur la prétention à être Dieu d’autre part, alors sur quoi ne se sont-ils pas trompés ? Je vous le demande ! 

    Il est donc incohérent de reconnaître l’existence de Jésus et de sa Mère d’après le témoignage reçu des Chrétiens, des Juifs et des Païens, mais de nier la crucifixion et les prétentions divines de Jésus, unanimement rapportées par ces mêmes sources. C’est l’élément vraiment central (et conflictuel) du témoignage et ce serait le seul erroné ? C’est débile ! 

    Si une chose est certaine : Jésus ne peut pas être un prophète. Il est soit Dieu incarné soit un vil blasphémateur. Il n’y a pas de moyen terme. 


    • La Bête du Gévaudan 18 novembre 2025 20:21

      d’ailleurs, d’une manière générale, la thèse d’un « Jésus sage » ou « Jésus philosophe » est débile... Si l’on veut de la sagesse, qu’on consulte Confucius ! Si l’on veut de la philosophie, qu’on consulte Sénèque ! Mais Jésus n’est ni sage ni philosophe ! 

      C’est un type qui prétend qu’il est « Dieu » et qu’il opère des « miracles » et qu’il faut manger de son sang et de sa chair pour avoir la vie éternelle ? ... Au mieux, c’est un timbré, un hurluberlu, un escroc, un gourou... 

      D’un autre côté, il n’a pas créé un empire ni une secte, pour baiser des femmes et accumuler de l’or comme Mahomet ou Mussolini. Il était chaste, pacifique et pauvre, et il s’est laissé capturer et mener à la mort dans une parfaite acceptation pacifique, et avec pour seuls témoins une brochette de paumés du lac de Tibériade. Donc, le « business plan » était foireux pour un gourou. 

      C’est peut-être un malade mental... mais il a des phrases d’une étonnante justesse : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » ou « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre », sans compter le Sermon sur la Montagne et les Béatitudes, qui sont un sommet. 

      Alors que penser ? ... Les hypothèses sont ouvertes, mais Jésus ne correspond ni au prophète ni au sage. 


    • Gollum Gollum 19 novembre 2025 09:39

      @La Bête du Gévaudan

      <base href="https://www.agoravox.fr/">Jésus prétend qu’il est Dieu incarné.

      Il n’a jamais rien prétendu de tel. Il a dit : Le Père et moi sommes Un. Et aussi :

      Le Père est plus grand que moi.

      Ce qui est d’ailleurs quelque peu contradictoire. 

      Le fait d’en faire Dieu incarné c’est la théologie qui a fait ça mais ça n’est pas dans les textes. D’où d’ailleurs les nombreux points de vue différents, à l’aube du christianisme, sur la question.. certains en faisant un Dieu d’autres un homme visité par Dieu, d’autres... etc...

      Enfin, la question du motif de sa condamnation est floue. Si cela avait été pour blasphème cela ne concernait pas Rome, qui n’en avait strictement rien à faire, et donc il aurait dû être lapidé. Si, par contre, il avait des prétentions royales, alors sa condamnation par Rome est parfaitement justifiée. Mais les textes ont été écrits par qui vous savez, des propagandistes prêts à tout pour assoir leur propagande...


    • L'apostilleur L’apostilleur 19 novembre 2025 09:41

      @La Bête du Gévaudan
       
      « ..La thèse musulmane d’un « Jésus prophète ».. »
       
      Comme le soulignent les savants contributeurs au remarquable « Coran des Historiens », la lecture du Coran était incompréhensible sans la connaissance des textes chrétiens et juifs auxquels il se référe.
      Ex. Le Coran parle des prophètes (dont Mahomet) et d’un seul Messie... Jésus, sans expliquer la singularité « Messie » que tous connaissaient alors.
       
      Sourate 3 v 45

      - Les anges dirent : « Ô Marie, DIEU te donne la bonne nouvelle : une Parole venant de Lui dont le nom est “Le Messie, Jésus le fils de Marie”. Il sera éminent dans cette vie et dans l’Au-delà, et l’un des plus proches de Moi.

      Sourate 3 v 55 :
      .... quand Allah dit : « O Jésus, certes, Je vais mettre fin à ta vie terrestre t’élever vers Moi, te débarrasser de ceux qui n’ont pas cru et mettre jusqu’au Jour de la Résurrection, ceux qui te suivent au-dessus de ceux qui ne croient pas.

      La connaissance qu’auront les musulmans éclairés sur l’origine de leur texte est le meilleur antidote contre l’obscurantisme islamique. 

       https://onenpensequoi.over-blog.com/2023/05/les-musulmans-des-judeo-chretiens-qui-s-ignorent.html


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 19 novembre 2025 15:15

      @La Bête du Gévaudan salut,
      « Si une chose est certaine : Jésus ne peut pas être un prophète. Il est soit Dieu incarné soit un vil blasphémateur. Il n’y a pas de moyen terme. »

      Ce n’est pas à cause du fait que le nom de Jésus change en « Messie » que ce n’est pas un prophète.
      Le terme « messie » désigne un libérateur ou sauveur attendu dans plusieurs religions, particulièrement le judaïsme et le christianisme, où il fait référence à une personne qui viendra instaurer un ordre de justice et de bonheur. Il peut aussi être utilisé de manière figurée pour décrire une personne très attendue ou qu’on idéalise. L’origine du mot vient de l’araméen « meshiha » et de l’hébreu « mashia’h », signifiant « oint ». 

      Les problèmes des croyances religieuses n’en sont pas un tant qu’elles restent personnelles et qu’elles ne se propagent pas radicalisées.
      cf Furie divine.
      Le problème principal c’est l’interprétation des choses que personne ne tient ça pour lui et cherche à avoir le plus adeptes possibles.
      Si vous voyez des blasphèmes à tout ce que vous faites, c’est que vous ne croyez pas en vous-même et cela peut vous entraîner dans une impasse que vous regretterez en voyant des autorités profanes auxquelles vous n’oserez jamais de vous adressez d’égal à égal. 
       


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 19 novembre 2025 16:03

      @Gollum
       « , la question du motif de sa condamnation est floue. »
      Flou : « Qui n’a pas de forme nette ».
      Ponce Pilate a certainement dû la condamnation de Jésus et de deux autres voleurs sur la croix. 
      Bien avant eux, Spartacus et tous ses acolytes ont subi leur condamnation par la crucifixion.
      C’est une sorte de tarif pour avoir essayer de donner aux plus pauvres la chance de voir les « prophètes » de Rome être renversés.

      L’adaptation cinématographique de Stanley Kubrick réalisée en 1960 l’a l’a rendue célèbre pour le grand public. Cette interprétation est néanmoins contredite par les historiens contemporains soulignant qu’aucun récit historique ne mentionne que l’objectif des rebelles est de mettre fin à l’esclavage dans la République romaine et qu’aucune des actions des chefs rebelles n’y semble spécifiquement destinée.

      Ce parallèle avec Spartacus me semble plausible.

      Si Spartacus avait réussi dans son entreprise de renverser Rome, il aurait pu devenir prophète auprès des plus pauvres bien plus nombreux.


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 19 novembre 2025 16:05

      Le mot français « prophète » est composé du grec pro (à l’avance) et du verbe phesein (dire). Ainsi, un προφήτης (prophḗtēs) est quelqu’un qui prédit des événements futurs et transmet également des messages du divin aux humains. Dans une interprétation différente, cela signifie avocat ou orateur.


    • Laconique Laconique 19 novembre 2025 16:41

      @La Bête du Gévaudan

      D’un point de vue scripturaire, les choses ne sont pas si évidentes, et sur ce coup je donnerais plutôt raison à Gollum. Il y a beaucoup de versets qui établissent une distinction nette entre Jésus et le Père : « Le Père est plus grand que moi » Jn 14, 28, « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul » Lc 18, 19, « Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître » Jn 1, 18. Paul ne parle pas du Christ en tant que Dieu, et la formule par laquelle il ouvre ses épîtres est la suivante : « À vous, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ». À ma connaissance la formule la plus nette en faveur de la divinité de Jésus Christ se trouve en 1 Jn 5, 20 : « … son Fils Jésus-Christ. C’est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle. » Il n’y a donc pas un enseignement univoque des textes à ce sujet, et la balance pencherait plutôt pour ceux qui questionnent la divinité de Jésus. Dans le Nouveau Testament, Jésus est avant tout le Fils ou le Seigneur (Kurios). Le dogme trinitaire a été élaboré à l’époque patristique, non sans contestations, et cette élaboration même prouve bien que d’un strict point de vue scripturaire les choses n’étaient pas si évidentes que ça…


    • La Bête du Gévaudan 20 novembre 2025 20:36

      @ Gollum @ Laconique 

      Thomas dit explicitement « mon seigneur et mon Dieu » (Jean 20 28). Et autres exemples... Et Pierre dit « Tu es le Christ le Fils du Dieu vivant », etc. « Le Père et moi sommes un ». etc. Quant à la condamnation pour blasphème, elle est explicitement dite quand le grand prête déchire ses vêtements. Les chefs juifs négocient d’ailleurs avec Pilate, en jouant sur l’ambigüité spirituelle ou temporelle de « roi des juifs », pour obtenir la mise à mort. Etc. 

      Mais quoi qu’il en soit, comme le dit bien Gollum, les textes chrétiens ont été écrits par des hommes. Et c’est bien la clef du sujet, il me semble. Les écritures chrétiennes sont des témoignages a posteriori dont le canon et l’authenticité sont précisément déterminés par les conciles (selon la tradition et par le magistère). Le rédacteur du Coran ne peut donc pas s’appuyer sur l’autorité des conciles quand ça l’arrange (pour authentifier les écritures chrétiennes) et la récuser quand ça le dérange (quand les conciles précisent définitivement le dogme de la divinité du christ). Lorsque Mahomet apparaît vers 650, cela fait au moins 200 ans que la divinité du Christ est parfaitement établie. Il ne peut l’ignorer. Il y a donc un point illogique, il me semble. 

      Même les protestants reconnaissent l’autorité des premiers conciles ! L’écriture chrétienne sans les conciles n’a aucun sens ! Ce ne sont nullement des « bricolages de théologiens » ni des « inventions ». Car sans conciles, nous n’avons pas d’écritures : le sola scriptura au sens strict me semble impossible. Le christianisme n’est pas une religion du livre. 


    • La Bête du Gévaudan 20 novembre 2025 20:46

      @L’apostilleur

      ajoutons que la connaissance des écritures chrétiennes est impossible sans l’autorité des conciles, puisque ce sont précisément ces conciles qui fixent le canon et et certifient l’authenticité des textes.

      Il me semble donc impossible d’invoquer les textes chrétiens contre l’autorité des conciles... puisque c’est précisément de l’autorité des conciles que découle l’autorité des écritures chrétiennes... 

      Donc, le rédacteur coranique ne peut pas ignorer que les conciles auxquels il se réfère pour évoquer les écritures chrétiennes sont les mêmes conciles qui ont explicité le dogme de la divinité du christ... 

      Me semble-t-il.


  • Jean Keim Jean Keim 19 novembre 2025 09:09

    Au début il y avait Jésus puis il y eut Jésus Christ, qui peut expliquer la différence, même dans l’Évangile de Jean – le plus ésotérique – rien n’est évident, paradoxalement là se trouvent probablement l’essentiel ; il faut être conscient que les 4 Évangiles, auxquelles Jésus n’a pas participé, il n’a rien écrit, ont fait l’objet d’interpolations, la plupart pour des raisons de propagandes religieuses, afin que les textes collent avec notamment l’Ancien Testament, collent avec une vision judéo-chrétienne.


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 19 novembre 2025 15:20

      @Jean Keim
       Au début, il y a Bond, ensuite il y a eu James Bond. smiley
       Ni lui ni Lui, ni ceux dans leur entourage n’ont jamais écrit quelque chose l’un sur l’autre. Ils ont été interprétés bien longtemps après sans les avoir connus. 


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 19 novembre 2025 15:26

      A écoutez avec attention : John Chau et l’île de North Sentinel

      John Chau, un jeune missionnaire américain, a tenté en novembre 2018 de contacter les Sentinelles, une tribu isolée vivant sur l’île interdite de North Sentinel, dans l’océan Indien. Ignorant les avertissements du gouvernement indien et la dangerosité de l’approche, Chau croyait qu’il devait leur apporter la parole de Dieu. Après plusieurs tentatives infructueuses et dangereuses, il est tué par les habitants de l’île. Son acte a suscité un débat mondial sur le respect des cultures isolées, les limites du prosélytisme religieux et les risques d’interactions avec des communautés vulnérables.


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 19 novembre 2025 15:28

      adresse de l’enregistrement. 


  • Decouz 19 novembre 2025 19:41

    -La question du nom, Issa (avec un ayn, difficile à prononcer pour ceux qui ne sont par arabophones, sorte de raclemment de gorge. Mais Jésus ou ses variantes dans les autres langue n’est pas non plus le terme araméen ou hébreu des origines, de toute façon ça peut s’expliquer par des transformation phonétiques (la prononciation des coptes donne quelques indications), et c’est sous ce nom qu’il était connu en Arabie.

    -La parole « ils ne l’ont pas crucifié » ne s’adresse pas aux chrétiens,ce serait absurde, ce ne sont pas eux qui disent « nous avons crucifié le Messie etc » ni avec sincérité les Juifs et les Romains, d’après ce que j’ai lu il s’agit de Juifs orientaux moqueurs. « Mais Allah l’a élevé auprès de lui », au final c’est pareil, cependant dans la version chrétienne il y a deux phases, résurrection et plus tard ascension, ce serait plutôt l’ascension qui correspondrait à une élévation.

    -La trinité : des théologiens chrétiens ont distingué la trinité économique, Esprit/Marie/Christ qui désigne la venue du Verbe dans l’histoire, et la trinité « immanente », principielle, la première est tout à fait compatible avec l’islam puisque Jésus n’a pas de Père de chair, c’est Gabriel, qui tient ce rôle (l’Esprit chez les Chrétiens).

    D’autre part il est dit (Coran) que Jésus est comme Adam, pas de naissance naturelle, mais souffle divin dans les deux cas, la « mère » d’Adam est la terre et la mère de Jésus est la Vierge, le symbolisme est analogue.

    La seconde trinité, non, sauf si on accepte un mouvement interne chez Dieu,  comme Dieu se parlant à lui même.

    Esotériquement dans le soufisme un être, pas seulement Jésus peut réaliser la divinité en lui, mais c’est caché, aussi bien d’ailleurs délicat dans le christianisme, alors qu’en Inde ou en Chine, c’est dit ouvertement.

    -Toujours ésotériquement Jésus fait partie des 4 prophètes non atteints pas la mort corporelle et qui soutiennent, au moins spirituellement le monde terrestre, Elie, Jésus, Enoch et un personnage commun à l’islam, à l’hindouisme et au bouddhisme, Al Khidr (le Verdoyant), ce dernier apparait aux initiés musulmans dans une certaine étape de leur cheminement, quant au Christ comme il est toujours dans une vie perpetuelle, il apparait aussi, c’est pour cela que des commentateurs ont parlé de « islam christianisé » dans certains cas, mais c’est mal comprendre, c’est juste que dans la conception islamique, chaque prophète, ou même chaque descente divine, représente une facette du Verbe Divin, et donc peut être vécue en islam dans le cadre général.


  • Decouz 19 novembre 2025 19:50

    Le cadre historique, le contenant, les dogmes,ce sont des formes, autant d’époques, de peuples, autant de formes, mais comment peut t on s’attacher aux formes en rejettant les autres, relativisme etc alors que le Christ lui -même a insisté sur le fait que la Loi n’était pas un Absolu, entendre sans doute il y a toujours une loi, mais la forme de la loi peut varier (les Chrétiens parlent d’inculturation, mais c’est plus tard avec St Paul et à l’époque moderne alors que l’islam mentionne dans son texte même l’inculturation, et le christianisme a développé sa théologie souvent sous forme de e pensée « romaine » ou grecque, après Vatican II des Africains se sont plaints que leur Christ à eux n’avait pas ces caractéristiques.


  • Jean Keim Jean Keim 20 novembre 2025 08:06

    Est-il possible de distinguer le vrai du faux dans les 4 Évangiles, c’est-à-dire ne retenir que ce qui peut nous apparaître comme essentiel et qui serait le reflet de la ‘’source fondamentale’’ ?

    Pour ceux qui s’interrogent sur la nature de Jésus Christ, il a répondu : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie, ce ne sont pas uniquement les paroles d’un homme.

    Nous avons un garde-fou, Jésus était un homme sain d’esprit, il ne saurait se contredire ni mentir, cependant depuis son message originel ses faits et dires ont été inévitablement travestis.


  • Decouz 20 novembre 2025 08:55

    Les témoignages sont discordants voire contradictoires, une partie des polémiques est le reflet d’évènements postérieurs, dès le début les Chrétiens se sont penchés sur ces contradictions, par ex Origène, pour lui comme il s’agit d’un évènement formidable, chaque évangéliste n’en perçoit qu’une partie par inspiration, déjà pour les évènements ordinaires les témoins ont souvent des visions différentes.

    Et rien ou presque sur sa vie avant la prédication publique.

    Ensuite les variantes théologiques, uniquement Dieu, uniquement homme, puis double nature.

    Si vous avez été en présence d’un maitre spirituel vous avez pu constater que sa parole n’est pas figée, qu’elle s’adapte aux situations et que chacun la perçoit différemment dans son être intime, ça ne pose pas de problème car le maitre est toujours la pour corriger, pour guider, on est en présence d’un enseignement vivant.

    Ensuite dès lors qu’une communauté se forme, l’aspect vivant a tendance à se perdre sauf chez des êtres d’exception, pour le christianisme les dogmes sont apparus peu à peu, de même les rites, il faut gouverner la communauté, mais aussi dire qu’elle est la vraie quelles sont les déviations.


    • Jean Keim Jean Keim 21 novembre 2025 08:02

      @Decouz

      Peut-il y avoir des maîtres ou des gourous ?

      Dès qu’une communauté – religieuse voire même tout simplement idéologique comme par exemple le communisme – se forme, l’organisation prime sur tout le reste, la communauté doit être pérenne, quitte à prendre des libertés avec le message originelle, absolument aucune des religions n’a su échapper à cet écueil.

      Le problème avec le Coran est qu’il se définit comme parfait dès le 1er mot de la 1ère sourate, de cet fait il est proscrit de le contester, et pourtant il a été rédigé par les hommes qui ont tenu le ‘’crayon’’.


  • Decouz 20 novembre 2025 09:32

    Prenons l’hypothèse d’un être divin dès le départ, mais il a aussi une part d’humanité et soumise à la nature (de par sa mère), il est à la fois seigneur et serviteur d’où des affirmations opposées selon les temps.

    D’un point de vue inverse on a en Inde ou en Chine, des êtres qui deviennent divins, mais leur humanité subsiste à l’état de trace tant que leur corps est en vie, à partir du moment où l’on admet deux ordres en relation divin et humain on est dans soit dans une alternance soit dans une synthèse.

    On est dans une époque où toutes les religions se côtoient, sont accessibles et chez nous praticables, et on trouve chez les uns et les autres des spécialistes qui connaissent mieux la religion des autres que le croyant ordinaire, connaissent sans pour autant adhérer, Ainsi un moine chrétien (Michel Cuypers) peut être compétent pour analyser le style coranique et montrer qu’il y a en fait une construction, mais qu’il s’agir de « rhétorique sémitique » qu’on trouve aussi dans la Bible. 

    Pour donner une image on n’a pas une construction de type chronologique ou bien, introduction, développement, mais peut être un centre et une construction en spirale (aussi bien dans le livre en entier que dans chaque sourate).


    « Le christianisme du point de vue de l’islam » :

    "Dès les origines, une amicale compréhension a marqué l’attitude des Musulmans envers le Nestorianisme, dont la christologie leur apparaissait plus compatible avec la révélation coranique« 

    Les chrétiens présents en Arabie n’étaient pas des chrétiens »romains« , mais des Nestoriens, Myaphysites, Monophysites.

    Un musulman écrit aussi » Les Nestoriens, tes coreligionnaires, sont, sur ma vie, parmi les gens de la spéculation théologique près des vrais croyants ; ils penchent le plus vers notre conception — celle des Musulmans —. C’est eux dont le prophète a loué la religion ; c’est à eux qu’il a accordé pacte et alliance » 

    https://books.openedition.org/pusl/6701?lang=fr



  • Decouz 20 novembre 2025 10:36

    Miguel Asín Palacios et sa célèbre thèse sur les rapports entre islam et christianisme, en particulier sur le plan mystique.

    Prêtre catholique espagnol, érudit d’arabe et spécialiste du soufisme, Asín Palacios a joué un rôle pionnier au début du XXᵉ siècle en mettant en lumière les influences réciproques entre les théologies et mystiques chrétiennes et musulmanes, à une époque où l’on parlait surtout d’opposition ou d’isolement.

    Sa thèse centrale : une influence islamique, surtout soufie, sur la mystique chrétienne médiévale.

    La « Divine Comédie » de Dante présente des parralèles frappants avec des textes mystiques et escatologiques musulmans :

    • Les récits du Mi‘râj (l’ascension nocturne du Prophète),

    • les écrits d’Ibn ‘Arabî,

    • et d’autres traditions ésotériques andalouses.

    Il ne dit pas que Dante a “copié”, mais qu’il a été influencé par un vaste ensemble de représentations théologiques et cosmiques circulant dans l’Espagne médiévale, où chrétiens, juifs et musulmans discutaient bien plus qu’on ne le pensait.

    Asín Palacios a consacré plusieurs études à Ibn ‘Arabî, al-Ghazâlî, al-Hallâj et d’autres maîtres du soufisme.
    Sa thèse : La mystique chrétienne occidentale, surtout celle de l’Espagne, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix), s’éclaire si on la rapproche du soufisme.

    • soufisme : fana’ (anéantissement en Dieu), puis baqâ’ (demeurer en Dieu).

    • Christianisme : “union mystique”, “mariage spirituel”.

    Asín Palacios montre que le vocabulaire de certains mystiques espagnols rappelle l’école akbarienne (Ibn ‘Arabî). Il compare les degrés de l’ascèse chrétienne (purgation → illumination → union) avec : les stations (maqâmât), et les états mystiques (ahwâl) du soufisme.

    Symbolisme de la lumière :

    -soufisme : lumière du nûr muhammadî, théophanies multiples, monde imaginal. 

    -christianisme : théologie de la lumière (pseudo-Dionysius, mystique carmélitaine).


    La position actuelle dominante :

    Asín Palacios a été un pionnier juste dans l’intuition (dialogue des mystiques, transferts culturels), mais trop maximaliste dans ses affirmations.

    Actuellement sa contribution est donc considérée comme : historiquement importante, méthodologiquement audacieuse, scientifiquement partiellement validée et partiellement rejetée.


  • njama njama 23 novembre 2025 11:14

    La récente Révélation d’Arès, Christophanies, Manifestations du Christ en 1974, restitue de très belle manière une reconnaissance de la Divinité de Jésus,  non pas telle que l’imaginaient les théologiens au regard de la mémoire de son charisme cf les variantes de la Christologie quant à sa nature humaine et/ou divine  qui fit débat...— , à savoir qu’elle n’était pas innée, congénitale, de naissance, il était homme... Dieu l’a élevé vers Lui ainsi que dit le Coran (S. 4/ V. 158) comme le rappelle Decouz ci-dessus 19 nov 19:41

    (Év. 2/ 11-13) "Je suis Celui Qui a parlé par Jésus, Mon Second Fils, celui qui, après Élie, déjà glorifié, a renoncé au vœu d’Adam de dominer la terre et les nations pour le prix d’un tombeau glacé où M’attendre, et qui fut plus glorifié encore. Celui que J’ai oint Moi-même. Celui dont J’ai effacé la tare à cause de ses exploits pour mettre ses pas dans Mes Pas, pour aimer Mon Peuple, en effaçant des registres de César son nom et le nom de sa mère des registres du temple, pour qu’il n’ait plus de génération, pour que sa mère restât une jeune fille, qu’aucune inscription de fiançailles ne demeurât,
    pour l’enlever à tout ascendant et le faire entrer dans Ma Maison Royale, en faire un Dieu en le fondant en Moi sans retour"

    (Év. 32/ 3-5) "Un espace plus long qu’un rayon de soleil va de Jésus au Christ ; la distance infinie qui sépare la terre du Ciel il l’a parcourue, parce qu’il a mis ses pas dans Mes Pas, il ne s’En est jamais écarté, il s’est embrasé de Mon Amour pour l’homme, son frère, et comme une fumée pure il s’est élevé vers Moi ; il a accompli en un an, le temps d’un battement d’ailes, ce que le monde pour son salut accomplit dans les siècles des siècles.
    Je l’ai fondu en Moi ; J’en ai fait un Dieu  ; il est devenu Moi. Quelle intelligence d’homme, faible lumignon, peut comprendre cela ?"

    à découvrir en ligne ou en librairie, Le Signe ou La Révélation d’Arès Édition du cinquantenaire


  • njama njama 23 novembre 2025 11:23

    Le Coran dans sa Sourate 3 La famille d’Imran évoque aussi cette « élévation », de même (Verset 59) que Jésus était homme, comme Adam

    55. (Rappelle-toi) quand Allah dit : "Ô Jésus, certes, Je vais mettre fin à ta vie terrestre t’élever vers Moi, te débarrasser de ceux qui n’ont pas cru et mettre jusqu’au Jour de la Résurrection, ceux qui te suivent au-dessus de ceux qui ne croient pas. Puis, c’est vers Moi que sera votre retour, et Je jugerai, entre vous, ce sur quoi vous vous opposiez.

    59. Pour Allah, Jésus est comme Adam qu’Il créa de poussière, puis Il lui dit « Sois » : et il fut.

    Tous les chrétiens ne sont pas trinitaires... la révélation coranique était venue rectifier cette erreur dogmatique, et si l’on lit bien le Verset (sourate 4 V. 171), il dit juste « Ô Gens du Livre, [...] Ne dîtes point : »Trois« . Finissez-en, c’est meilleur pour vous. Certes, Allah Est un Dieu Unique. »

    Très explicitement le Verset réaffirme d’une part le monothéisme strict de la religion des Israélites, d’autre part il n’en en rien une condamnation de cette croyance, et n’empêche pas d’y croire. Il signifie seulement que cette croyance est de peu d’intérêt (spirituel ?). D’où, la tolérance séculaire des musulmans envers les Gens du Livre désignant à ce sujet les chrétiens plus particulièrement qui ne leur interdit pas de conserver leur croyances et de pratiquer leur rites.


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