Nicolas, roi de Rapa-Nui
Bon OK, c’est lui qui a raison. Désormais, pour pêcher en mer, on va s’en remettre au vaudou, aux incantations, à l’encens et à la boule de cristal de Madame Irma, vu que les scientifiques ne servent à rien. Les pêcheurs boulonnais deviennent philippins d’un seul coup. Seul l’avis de ces pêcheurs compte, en effet, c’est ce que Nicolas Sarkozy vient de nous dire ce week-end. Nous ne sommes pas les premiers surpris. A Bruxelles, 26 autres pays tombent des nues avec cette déclaration hâtive qui ne peut provoquer... que des vagues.
La toute dernière déclaration de Nicolas Sarkozy ne faillit pas à la tradition : l’empathie comme mode de gouvernement, ça peut provoquer certains dégâts, et de sérieux parfois. Et ceux qui vont suivre cette déclaration à l’emporte-pièce risquent d’être graves, très graves. Ce n’est pourtant pas la première fois que notre chef d’Etat agit de la sorte. On se souvient de sa phrase à propos de Total en Birmanie, énoncée devant Jane Birkin et deux représentants birmans, dont le Dr Sein Win, ancien Premier ministre. S’il n’y avait pas eu ce jour-là Jean-David Levitte pour le reprendre, on courait direct à l’incident diplomatique. Car il est comme ça, notre président qui parle plus vite que son cerveau, et que plus rien ne peut faire changer désormais. Notre président est atteint d’un problème psychologique patent, qui veut que dans son immense désir de se faire aimer avant tout, il est prêt à approuver sur-le-champ la demande de celui d’en face, quelle qu’en soit la teneur. Le rédacteur en chef de L’Express avait confirmé cette tendance, lors de l’entretien avec le père du petit Enis, qui était ressorti de l’Elysée avec l’intime conviction que le président lui avait avoué être partisan de la peine de mort, abolie depuis 1981 en France, et figée désormais par la Constitution. Une annonce aussitôt démentie par l’Elysée, tant elle sentait le soufre. Cette fois-ci, à Boulogne-sur-Mer, Nicolas n’était pas en tête-à-tête, et il n’y avait pas d’ex-ambassadeur pour le reprendre : notre président, toujours désireux de plaire, annonce ce samedi 19 janvier devant les pêcheurs qui n’en attendaient pas tant, une double catastrophe, emporté par une fougue dont il ne sait décidément pas se défaire. Celle de remettre en cause l’attribution des quotas de pêche.
Double catastrophe, car non seulement le président de la République désavoue son ministre Michel Barnier, et bafoue l’accord signé à Bruxelles il y a à peine un mois, mais aussi et surtout il remet en cause le bien fondé scientifique de l’arrêt de la pêche dans certaines zones de la mer du Nord et de la Manche. Il semble bien qu’avant de partir pour Boulogne notre président se soit plus penché sur les horaires d’avion pour Venise que sur le cas du thon rouge en Méditerranée, le cas par excellence pour démontrer que ce n’est surtout pas aux pêcheurs de fixer ces fameux quotas... Confrontés aux problèmes de faire vivre leur famille, à savoir un problème qui ne les engage pas sur deux siècles, ces pêcheurs ont tendance, on le sait, à bien trop tirer sur le filet, au point d’épuiser les ressources en une seule génération si on les laisse faire. Remplacez le thon rouge par le cabillaud, la Méditerranée par la mer du Nord, le problème est le même.
Et c’est là où ça ne va plus : la veille, le même président a rappelé devant le corps diplomatique que l’un des problèmes majeurs à résoudre "pour le siècle" était le réchauffement climatique. Or, comment l’a-t-il appris, qu’il y en avait un ? En voyageant récemment en Egypte, en constatant de visu que les hirondelles n’y venaient pas nicher cet hiver ou en écoutant un comité scientifique, le même qui a élaboré les textes à débattre aux récents accords du Grenelle de l’environnement ? Cette semaine encore, son propre gouvernement à reçu une délégation d’abeilles venue expliquer à l’Elysée les ravages du Gaucho, ou il a fait confiance a des scientifiques pour déclarer un moratoire sur l’usage d’un OGM de maïs ? C’est là où ça ne va plus chez lui. Un jour blanc, le lendemain noir. Le dernier qui quitte son bureau a gagné. Il y a un mois c’était Barnier, aujourd’hui ce sont les pêcheurs. Demain ça sera les maquereaux ?
Car ça risque fort de se produire, l’anéantissement complet de la ressource, à vouloir à tout prix aider des pêcheurs en perdition en les subventionnant une nouvelle fois, chose qu’il s’était pourtant interdit de faire durant sa campagne électorale. Un livre et un film étonnant datant de 1994 l’avaient clairement montré, ce cheminement très rapide au désastre écologique, où l’on voyait un peuple complet disparaître, à force de s’épuiser à abattre des arbres pour édifier des statues. Un peuple qui avait fait de sa religion le combat de sa vie, comme Nicolas vient de le décréter pour le siècle, un peuple qui a conduit sa civilisation à sa propre perte, et ce très rapidement, en quelques générations à peine. Ce n’était peut être pas le bon projet de civilisation que ce peuple avait choisi, emmené par des leaders bien décidés, mais à la vue bien trop courte. Ce peuple, c’était celui qui a édifié les colosses de l’île de Pâques. Divisé entre les petites oreilles (socialistes ?) et les grandes oreilles (UMP ?) - sur l’île de Paques, Bayrou aurait sûr fait partie de l’UMP. Dans le film, la compétition finale, celle qui se produit dans un pays déjà ravagé, est interrompue par l’arrivée inopinée, mais attendue depuis des siècles d’un... iceberg détaché de l’Antarctique, qui est pris pour l’envoyé du Dieu. Faudra-t-il attendre qu’un bloc de glace remonte la Seine pour que notre président interrompe sa perpétuelle campagne électorale et cesse d’annoncer à l’encan tout et n’importe quoi ?
Ce week-end, les statues des colosses de l’île de Paques semblent ressembler en effigie au visage présidentiel, celui de Nicolas-Moaï, qui a décidé de mener son peuple à sa perte, par des décisions hâtives, un but religieux ou un projet de civilisation inconsidéré, ou tout comme.
Nicolas, l’homme-oiseau de la presqu’île de l’Europe ?


Vous aussi vous avez été amoureux de lui ?