vendredi 4 novembre 2011 - par morice

Sic transit...

L'actualite libyenne nous a un peu éloigné ces derniers jours des autres zones du monde où des combats se poursuivent. Ces derniers temps, on l'a vu, on a assisté à une nette recrudescence des attentats en Irak ou en Afghanistan : le départ des américains ne se fait pas dans la quiétude, c'est le moins qu'on puisse dire. Officiellement il n'y en a plus en Irak, sauf des contractants, des mercenaires restés sur place. En Afghanistan, où Karzaï a banni paraît-il les sociétés étrangères, on distingue toujours autant de mercenaires étrangers. Ce week-end, un terrible attentat a eu lieu qui a tué 13 américains d'un coup, dans un bus contenant 17 personnes, toutes tuées par une explosion démentielle. On n'a pas tout de suite su ce qui s'était passé. Aujourd'hui on le sait : les talibans ne se sont pas attaqués à un simple bus, à Kaboul, ils s'en s'ont pris à un véritable symbole : celui de la présence des américains, mais aussi de celle des mercenaires étrangers...

L'un des derniers en date des déboires du Pentagone est grave, puisqu'il a impliqué la mort de treize soldats d'un coup à Kaboul même, en Afghanistan. Au départ, l'information avait de quoi surprendre : à la place d'un kamikaze muni d'une ceinture d'explosif on avait eu un kamikaze sanglé dans un siège de 4x4, avec derrière lui une charge conséquente d'explosifs, qui s'est approché sur le côté du bus visé : " Les insurgés ont utilisé un véhicule 4x4 transportant 700 kg d'explosifs jeté contre un convoi de l’Isaf dans le secteur de Darulaman, dans l'ouest de la ville, non loin du musée national et de l'ancien palais royal, aujourd'hui en ruines. « Nous sommes en mesure de confirmer que l3 membres de l'Isaf ont péri », a déclaré, sans plus de précisions, un porte-parole de cette force placée sous le commandement de l'Otan. Le Pentagone a annoncé que les soldats étaient américains." Voilà pour l'info brute. En travaillant un peu le sujet, on constate que l'engin détruit n'est pas le bus ordinaire, même blindé, auquel on songe. Non, c'est un drôle d'engin, sorti tout droit des cerveaux d'une entreprise qui raisonne encore comme au début du siècle, façon Armstrong contre Krupp, à savoir celui qui aurait le plus gros blindage pour être protégé des obus de l'autre l'emporterait. Cet autre passant son termps à imaginer des obus pour percer ce blindage : tout le déroulement de la guerre 14-18 en quelque sorte. Une aberration sur pneus, digne du char d'assaut de 1918, destiné à se protéger en ville : la quintessence de l'esprit américain du toujours plus fort mécaniquement, un esprit bercé d'énormes V8 consommant des quantités astronomiques d'essence, de compresseurs et de pont arrières gigantesques. Hulk, version car scolaire. Une façon de penser et d'âgir qui avait vu des combattants à vélo mettre à genoux ceux qui disposaient de B-52 volant à plus de 10 000 mètres, et qui perdure, tant les américains et leurs responsables des armées ne savent s'extraire de leur mode de réflexion habituel du plus lourd, plus costaud, plus résistant.

Les talibans afghans ont fait plus que tuer là : car ils se sont attaqués non pas à un simple bus, mais à un véritable symbole. L'engin, qui s'est retrouvé coupé en deux et expédié en l'air, c'est en effet le "Rhino Runner". Un véritable bunker sur pneus. Une de ses nombreuses aberrations sorties de la tête des penseurs militaires, qui continuent à raisonner comme au Moyen-Age. L'engin pèse 13 tonnes et coûte la bagatelle de 275 000 dollars pièce. Blindé de partout au Kevlar et d'autres matériaux résistants, l'engin avait jusqu'ici la réputation d'être indestructible. Il avait lors de son inauguration transporté en grande pompe le Secrétaire de la Défense Donald Rumsfeld et le général Richard Myers, lors de leurs visites "blindées" en Irak. En Irak également, il avait servi à faire faire à Saddam Hussein la navette entre sa prison et le tribunal où il avait été jugé. Un Saddam jugé ommairement, dira-t-on aujourd'hui, malgré la lenteur de la procédure, comme on vient de le faire pour Viktor Bout, expédié sans qu'on ne sache quoi que ce soit des débats . La route dangeuse entre l'aéroport de Bagdad et le Coalition Provisional Authority. était également assurée par ce moyen de transport hors du commun.   Bref, cet engin était un véritable symbole de l'expugniabilité des américains, qui en vantait les mérites en affirmant que le Vatican en avait acheté un (pour protéger le pape de ses fans ?). "Ces dernières années, les Rhino Runners ont eu à faire face à un certain nombre d'attaques d'insurgés en Irak. Les véhicules ontété touchés par des roquettes, des mortiers, et même des bombes de plusieurs livres. La durabilité des autobus les place dans une demande croissante avec l'armée américaine et des autres forces arméesdans le monde," affirmait même un dépliant publicitaire de la firme.  Avec cette attaque, c'est un peu du système capitaliste qu'on a donc attaqué : celui du mieux disant obligatoire : "notre bus est le meilleur du monde", martelaient-ils, comme slogan imparable pour le vendre : c'est terminé, ça ne l'est plus ! Adieu les espoirs d'exportation ! On ne sait aujourd'hui qui a en étudié les plans en détail, où qui les a subtilisés chez son constructeur, pour trouver sa faille, mais le bazar avait un défaut aujourd'hui évident : confronté à une lourde charge sur ses flancs, il s'est ouvert comme une boîte de conserve ! Le 27 novembre 2004, le Rhino avait portant "sauvé dix-huit vies", clamait-on encore : il avait résisté ce jour-là à une charge de 250 kilos mis à bord d'une BMW. Une attaque qui s'était produite sur la fameuse route de l'aéroport irakien menant à la Green Zone. Avant hier, 700 kilos mis exactement à la bonne distance sur son flanc ont eu raison de sa réputation, qui était donc...usurpée. Cela s'ajoute en ce cas aux nombreux contrats passés par le Pentagone avec des entreprises extérieures ne tenant pas leurs promesses.

Car derrière ce simple problème de bus au final... inefficace se cache bien tout un système : ce bus n'a rien de militaire à proprement dit : ce n'est pas un engin sorti des ateliers du Pentagone, mais un projet d'une entreprise de... mercenaires, c'est à dire d'Armor Group, société anglaise (passée au groupe G4S depuis) qui a réussi à l'imposer aux décisionnaires du Pentagone US, à savoir à l'époque à a clique de généraux qui orbitaient autour de Donald Rumsfeld : on est là sur la preuve, encore une fois de liaisons douteuses entre le privé qui se sucre sur les contrats que lui octroie des militaires véreux, touchant au passage des cadeaux somptueux (dans des paradis fiscaux en général). Je me suis toujours demandé pourquoi et comment Colin Powell, à peine avoir quitté son poste avait été vu au volant d'une Corvette...  Cette fois, l'engin appartient à une firme de mercenaires au comportement douteux (parmi les 450 employés de l'ambassade de Kaboul payés par Armor Group, des fêtards pris en photo avaient fait le tour du web en 2009) incapable de remplir les contrats pour lesquels elle avait été grassement payée.

Un rapport au vitriol de 2010 de l'officier inspecteur du Département d'Etat US avait révélé ses manquements graves dans le recrutement la formation ou la gestion du KESF (le "Kaboul Security Forces") au niveau du personnel ou de la qualité requise par son contrat avec le ministère concerné Ils ont également constaté qu'AGNA (l'Armor Group North America Inc) avait employé des gardes népalais (?), sans expérience vérifiable, ni formation, en violation de son contrat. Juridiquement, les accusations avaient été portées contre Armor Group dès 2007, qui s'était alors empressé de dépenser 5,7 millions de dollars pour les faire taire ou les minimiser.  Aux Etats-Unis, c'est bien connu, tout se paye ! Les accusations étaient nombreuses, portant en partie sur le comportement des mercenaires de l'Armor Group North America Inc : "le règlement du litige américain prétend que, en 2007 et 2008, les gardes d'AGNA avaient violé le réglement sur la protection des victimes (TVPA) en visitant des bordels à Kaboul, et sur ce que l'AGNA savait de la gestion des activités des gardes. Le règlement résout également les allégations selon lesquelles l'AGNA a mal formé 38 gardes nationaux issus de pays tiers qu'elle avait engagés pour la garde de l'ambassade, et comme quoi AGNA a manqué à certains réglements de propriété, et de contrôle liés aux Affaires Etrangères au sujet du contrat de l'ambassade, et sur une contrat distinct pour offrir des services de garde de soutien naval à Bahreïn." Car comme Blackwater (Xe), Armor Group s'était déjà diversifié dans la surveillance des pétroliers contre les attaques de pirates.

Les mercenaires employés étaient-il des têtes brûlées comme celles d'Aegis qui tuaient des irakiens comme des lapins le samedi en sortie alcoolisée ? L'examen de l'intitulé des petites annonces passées par Armor Group pour recruter ses sbires mérite le détour, rétropectivement : quand on sait ce qui s'est passé depuis, on peut en effet en sourire amèrement : "ArmorGroup North America est à la recherche de personnel de Force de Sécurité d'Ambassade qui possèdent un sens de la fierté dans ce qu'ils font et qui sont à la recherche d'une opportunité de faire partie de l'histoire en marche. Le Programme "Force de Sécurité d'Ambassade " est une occasion de progresser dans votre carrière et de rejoindre un groupe d'élite, celui qui assument les prochaines étapes de soutien à la mission du gouvernement américain en Afghanistan. La vie en Afghanistan est difficile et n'est pas pour tout le monde, mais pour ceux qui ont ce qu'il faut pour fonctionner dans une région d'affectation dangereuse, ce peut être l'une des expériences les plus personnelles et professionnellement gratifiante dans une vie. Que proposons-nous ? Des gammes de carrière et de l'avancement (Salaire de 93 330 $ à 109 000 $ par année - salaire déterminé par le rang). Hébergement et repas fournis uniformes, des armes, et des dispositifs protecteurs, une formation au pré-déploiement et un logement dans des bâtiments sécurisés, un cycle de neuf semaines sur place et de trois semaines de récupération, avec le ticket d'aller-retour fourni (...) Sont requis : des enquêtes de fond pour le pré-emploi telles que le dépistage de drogues, et des tests d'agilité physique modérée, qui sont menés aux fins de certification des risques fiduciaire publics, avec examens physiques médicaux, un passeport valide, une décharge sur l'honneur et un permis de conduire". On le voit, largement de quoi passer au travers des mailles d'un filet plutôt lâche. Le tout pour environ 100 000 dollars de salaire annuel, soit 67 900 euros. Ce qui fait aussi 5 600 euros mensuels, répartis sur 12 mois. Avec le système des 9/3, le soldat recruté ne se retrouvant sur le terrain que... 9 mois, avec un total de... 3 mois de congés ! On comprend que ça aît pu en tenter certains... et à quel point ça peut miner le déficit budgétaire US, car au final, ce sont bien les contribuables américains qui payent... Armor Group, société contractuelle de l'Etat US ! Un rapide calcul donnant comme frais de garde annuel de l'ambassade de Kaboul... 45 millions de dollars ! Si l'on compte depuis 2003, cela représente la bagatelle de 360 millions de dollars, rien que pour du... gardiennage d'ambassade. Et au final dix-huit morts retrouvés dans une structure réputée indestructible. Pas très sérieux, comme matériel.

A partir de là, les bavures ne peuvent que se produire. ¨Parfois même entre mercenaires eux-mêmes :  "le 28 Février 2011 Danny Fitzsimons évite de peu la peine de mort et hérite d'une peine de prison de 20 ans pour assassinat de deux agents de sécurité, ses compatriotes, devenant ainsi le premier occidental à être condamné dans le pays depuis l'invasion de 2003. Fitzsimons, de Middleton, Manchester, a été accusé d'avoir tiré sur son collègue britannique Paul McGuigan et l'australien Darren Hoare à Bagdad, des collègues de la firme de sécurité britannique ArmorGroup, une partie de G4S, après une dispute dans la Zone Verte en août 2009. Il était également accusé d'avoir blessé un garde irakien alors qu'ils fuyait. L'incident s'est produit dans les 36 heures de son arrivée dans la ville. Il avait travaillé dans le pays avant. Selon lui, ses collègues avaient tenté de de le faire boire et auraient essayé de le tuer lors d'une altercation, a-t-il dit. Fitzsimons prétend souffrir de troubles de stress post-traumatique (SSPT)." Peu de temps après il faisait appel de la sentence.

Comble de l'ironie, la plainte intitiale déposée à l'encontre d'Armor Group qui lui aura coûté si cher (les 5,7 millions) avait eu pour origine un de ses anciens directeurs, évincé, qui s'était retourné contre son entreprise-mère. "La poursuite a été initialement déposé sous scellés contre AGNA (ArmorGroup International Inc) G4S plc et Services Inc Wackenhut, par James Gordon sous le régime de dénonciation prévu par les dispositions du False Claims Act, qui permettent à des particuliers, appelés "relators », d'engager des poursuites au nom des Etats-Unis et de recevoir une partie du produit d'un règlement ou un jugement obtenu contre l'accusé. M. Gordon avait reçu 1,35 millions de dollars du produit du règlement final. Durant l'année 2007 et début 2008, M. Gordon a été employé par AGNA, comme directeur des opérations". En somme le directeur d'une société faillible, en se retournant contre sa maison mère avait touché le jackpot ! C'est bien là la faillite de tout un système, auquel on assiste. Un Etat passe des contrats véreux avec une entreprise qui l'est tout autant, se fait escroquer par la prestation fournie, et se rembourse en poussant un de ces dirigeants à se retourner contre elle, au nom d'une loi ad hoc. L'argent, toutjours l'argent étant le nœud du système et non la qualité du service effectué... ou pas. J'avais parlé jadis de "merdier afghan", rien n'a changé, depuis.

Ceci pour les contrats passés avec des firmes privées. Au Pentagone même, ce n'est guère mieux. Tout le monde aura remarqué, lors des opérations libyennes, le silence assourdissant des F-22 américains. Vous allez me dire, certes, ils ne peuvent apponter, et les attaques des militaires US partaient de porte-avions devaient être faites par des Super-Hornets et des Hornets. Pas vraiment : l' USS Enterprise, qui était auparavant en Mer Rouge avait été envoyé plus à l'Est auprès de l'USS Carl Vinson dans le Golfe d'Arabie, pour apporter son aide aux opérations en Afghanistan (et accessoirement pour aller jeter à la mer le corps de Ben Laden pour le second *). Pas de Hornets donc dans l'aventure, mais des F-16, eux aussi inaptes à apponter et donc partis d'Aviano, en Italie ou plus exactement de Sigonella en Sicile : un F-16 US s'y était écrasé en juillet , preuve qu'ils y étaient bien, mais ne volaient quasiment pas : on en avait vu peu dans le ciel, de F-16 américains : des norvégiens, des belges, etc.. certes, mais fort peu d'américains, ce qui avait intrigué : à part les envois de Tomahawk, avec la volée d'une centaine partis de trois sous-marins et de destroyers, les américains avaient été peu visibles dans le ciel Libyen : à part leurs drones Prédators ou leurs Reapers. De quoi le F-16 écrasé à Sigonella avait-il été victime comme erreur (technique ou de pilotage), on ne l'a jamais su.  C'est en tout cas de Sigonella aussi que décollaient les Reapers, ses drones armés de missiles Hellfire dont un qui a été fatal, indirectement, à Kadhafi. Des chasseurs terrestres américains ont donc décollé d'Italie pour aller bombarder la Libye. Mais dedans, aucun F-22, le fleuron, soi-disant, du Pentagone n'était encore une fois pas au rendez-vous : on lui a appris (péniblement) à bombarder pour rien ? On savait déjà un peu pourquoi on ne l'a jamais vu non plus en opérations en Irak ou en Afghanistan, ce chasseur acheté au prix du kilo d'or par les militaires US. Au Proche ou au Moyen-Orient, cet avion imaginé à l'Ouest dispose d' entrées d'air bien trop basses exigeaient de passer la balayette devant lui pour lui éviter d'ingurgiter le sable, inévitable dans ses régions, un sable capable on le sait d'attaquer les ailettes des réacteurs comme le font les cendres des volcans. Le F-22, disent de fort mauvaises langues, est le meilleur aspirateur au monde (**).

Même en y auyant envoyé en Sicile une armée de balayettes, le F-22, ce chasseur autiste, était de toute façon inutilisable, cloué au sol par un problème récurrent qui atteint depuis plusieurs mois, lui et plusieurs types d'avions US : l'A-10, le F-15, et même le T-6 d'entrainement qui sont touchés par un mal étrange... auquel non plus n'échappe pas le F-16, ou pire encore le tout nouveau F-35, encore loin d'être en service, qui ne sort pas lui de ses autres déboires non plus et devient chaque jour davantage invendable. La raison de ces crashs mystérieux est aujourd'hui connue. C'est la standardisation qui joue des tours pendables aux avions US en ce moment : ils disposent tous en effet du même système d'approvisionnement en oxygène du pilote, un appareil OBOGS de chez Honeywell (pour On-Board Oxygen Generating System) qui s'avère défectueux, mettant en danger la vie du pilote de l'avion qui en est équipé. Comme le dit un spécialiste, en effet, "à 50 000 pieds, l'être humain tient à peine 10 secondes sans oxygène".  Un mal pernicieux, recensé sur le F-22 seul à douze exemplaires en 2008, et pas traité véritablement pour autant, ce qui a fini par provoquer la mort d'un pilote lors du crash de son appareil acheté au poids de l'or. Les autorités faisant tout pour l'attriubuer à l'erreur humaine, bien entendu. Le capitaine Jeffrey Haney, du 525th Fighter Squadron, s'est effectivement tué lors d'une mission d'entraînement nocturne effectuée en novembre 2010 : au même moment où un Mirage français s'écrasait dans une mission préparatoire à l'attaque de la Libye ! Répétait-il la même séquence d'attaque ? On ne le saura jamais.

A ce jour, l'avion de guerre qui a coûté 77 milliards de dollars au contribuable US n'a toujours pas fait la guerre. Il semble de plus en plus en être incapable, devenant un habitué des shows aériens, pour montrer ces capacités en combat tournoyant : ce qu'on faisait pendant la Guerre du Pacifique mais qui semble dérisoire devant les progressions des radars et des missiles qiui vous tuent à plus de 100 km de distance et qui rendent la furtivité plus qu'aléatoire : le F-22, c'est exactement la séquence d'Indiana Jones entre l'homme au cimeterre tournoyant, lui aussi, et Indiana avec son flingue à un seul coup au but. Une évidence qui plonge chaque jour davantage dans l'embarras le Pentagone, ce qui s'entend dans ses communiqués gênés ou alambiqués : "alors que les Etats-Unis conduisaient un effort international pour sécuriser une zone d'exclusion aérienne sur la Libye le mois dernier, le F-22, le jet de l'Air Force, déclaré "inadéquat", n'a pas été impliqué. L'Air Force a déclaré que les avions à 143 millions de dollars pièce n'étaient tout simplement pas nécessaires pour attaquer les défenses aériennes du dictateur libyen Mouammar Kadhafi. « Si cela avait été une exigence, il aurait été utilisé", a dit le porte-parole de la Force aérienne, le major Chad Steffey déclaré à ABC news « Nous avions tous les atouts dont nous avions besoin en Europe déjà ... ce n'était tout simplement pas une exigence opérationnelle." Heureusement qu'il y avait l'Otan, pourrait-on dire ! "Inadéquat", l'aspirateur géant ? 

En fait, l'avion était cloué au sol depuis le crash d'Haney, resté longtemps... hors du circuit médiatique (personne n'en a entendu parler ou presque). Quand la Libye est attaquée, le fleuron de la flotte aérienne US n'a effectivement même déjà plus le droit de voler, pour des raisons de sécurité : la "danseuse du Pentagone" continue sa descente aux enfers. Remis à volé entretemps, il est à nouveau aujourd'hui consigné au sol. Si les russes (ou la Chine !) voulaient attaquer le pays, c'est le moment ! "Pas un seul des avions - dont le coût pour le gouvernement américain a atteint 77,4 milliards de dollars pour un total de 187 avions, selon le rapport récent du Government Accountability Office - que Lockheed Martin avait appelé un « saut révolutionnaire dans la létalité » pour la défense des intérêts américains n'a été utilisé. Et même si le Congrès a coupé tout financements pour les Raptors en 2009, Lockheed Martin continue de recevoir des centaines de millions de dollars des contribuables pour faire la mise à niveau des avions existants". Le "saut létal" attendra une prochaine guerre (il y en aura bien une, hélas !) : pas sûr qu'on le mette sur les rangs pour fondre sur l'Iran... ou attaquer la Grèce, qui sait, avec les temps qui courent... voire la Belgique, armée de vieux F-16 qui marchent bien mieux... Selon un forum spécialisé, l'aspirateur géant asphyxie littéralement ses pilotes : "Grosso modo, depuis l'arrivée du F-22 en Alaska, l'escadre locale a connu 14 incidents. Les prélèvements sanguins sur les pilotes incriminés ont tous montré une intoxication par divers produits chimiques, dont un taux élevé de propane. Les pilotes ont indiqué avoir subi une forte dégradation de leurs facultés mentales, l'un ayant écrêté des arbres à l'atterrissage sans s'en souvenir par la suite, l'autre avouant ne plus savoir, en plein vol, comment utiliser le système radio. Les spécialistes parlent aussi d'un probable empoisonnement au dioxyde de carbone."

Croyez-le ou pas, mais la réponse du Pentagone au problème de l'asphyxie de ses pilotes a été à la hauteur... des vertus de gabegie constante qu'elle a toujours déployée, nous dit Wired, passablement effondré : "on aurait pu penser, après 77 milliards de dollars dépensés sur le F-22 - déjà le chasseur le plus cher jamais construit - que Lockheed aurait fait cadeau de cette enquête sur la panne du système embarqué de génération d'oxygène. (Un "Dogfighter" habité n'est pas grand-chose si son pilote ne peut pas respirer, après tout.) Mais ce n'est pas la façon dont fonctionne le complexe militaro-industriel. L'US Air Force à décidé d'un contrat octroyant 24 millions de dollars à Lockheed pour mener une « une analyse des causes de l'hypoxie », avec en plus de travailler également sur le thème de "la croissance des fissures de titane » et d'autres tâches d'ingénierie, raconte Defense News". Ecœurant : moins ça marche, plus ils palpent !

La seule situation de tension où il aura un peu servi, à ce jour, est l'interception (réussie, mais virtuelle quand même, il s'agissait de le rejoindre seulement !) en 2007... d'un bombardier soviétique à hélices datant de 1952 (ça a l'air dans ses cordes), venu visiblement faire de la provocation pour tâter le terrain en Alaska.  C'est fort maigre comme haut fait d'armes, l'équipage du bombardier russe en profitant à chaque fois pour faire de pitreries, ce petit jeu durant depuis des années (chez les russes, au début on faisait des gestes obscènes au hublot- ici celui d'un Badger- ou on montrait son derrière, puis on est passé à des effigies de Mickey, un véritable sport, en quelque sorte). Les canadiens avec leurs vieux Hornets étant capables de faire de même.En fait les russes font ça depuis... 60 ans, avec le même appareil  ! Ils adorent faire stresser le Norad ! Prévus un temps pour être redéployés au Venezuela ou à Cuba (ça ne s'est pas fait), avec leurs grands frères Tu-160, les antiques "Ours" continuent depuis des lustres à narguer les Etats-Unis. Au nez et à la barbe d'un engin présenté comme la 9ième merveille du monde aérien. Cet engin restera avec l'Osprey comme l'un des symboles les plus évidents d'une direction militaire sans vision autre que celle de remplir les poches de quelques uns, par tous les moyens, y compris ceux consistant à fabriquer des matériels inefficaces.  C'est le propre d'un complexe militaro-industriel qui dicte sa loi à l'industrie depuis plus de cinquante ans. Chaque jour qui passe démontre que c'est bien Eisenhower qui avait raison en prononçant un discours qui pourra plus tard servir d'épitaphe à ceux qui ont engendré pareille gabegie généralisée.

Un système sans fin que ce tonneau percé : pour remplacer l'Osprey, qui n'a jamais rempli son contrat et passé la moitié de son existence en interdictions de vol, le Pentagone songe paraît-il à un... super-Osprey. Effarant ! Ses nacelles basculantes sont déjà un cauchemar d'hydraulique avec chacune leur hélice monstrueuse, Boeing propose d'y mettre des doublets d'hélices ; de quoi crier au fou !  Sans compter les sous-doués chargés de gérer l'actuel : le 8 avril 2010, l'Osprey N° 06-0031, du 8th Special Operations Squadron, s'est crashé en Afghanistan (le rapport sera disponible plus tard et plutôt succint). Pareil, on en a pas du tout entendu parler : silence radio total sur les détails. Officiellement sur ennui moteur. Officieusement atteint par un missile Strella. Le commando chargé d'aller en dynamiter les vestiges pour qu'ils ne tombent pas aux mains de l'ennemi n'a rien trouvé de mieux que de faire sauter avec l'enregistreur de vol. Enfin, ça aussi c'est la version officielle : pas d'enregistreur, pas de preuve embarrassante de tir de missile !

"Sic transit gloria mundi" ("ainsi passe la gloire du monde") : à l'annonce du décès du dictateur libyen Mouammar Kadhafi, le 20 octobre 2011, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, ancien proche allié de Mouammar Kadhafi, a prononcé cette phrase en latin, lors d'une discussion avec les membres de son parti." Ce que Berlusconi a dit à propos de Kadhafi et sa gloire passée, est valable pour des américains rattrapés par leur attitude méprisante et leur façon de mener la guerre dans les derniers conflits : l'Afghanistan sombrera très vite dans le chaos dès qu'ils auront tourné le dos, l'Irak, toujours sous perfusion de ses mercenaires, tant son armée et sa police sont mal structurées, va suivre très vite, et la Libye idem : celle-ci offrant en cadeau aux deux autres ses arsenaux à ciel ouvert, dévalisés depuis, capables d'alimenter des conflits locaux pendant des années. Les mois qui s'annoncent seront sombres, à l'évidence. Et ce n'est pas demain encore que le F-22 sera de sortie. Sic transit...

(*) Un porte-avion dont on a demandé à l'équipage de se taire "sur ce qu'il n'a pas pu voir"...

(**) titre détenu dans les années cinquante par le F-89 Scorpion, ramasseur invétéré de boulons, envoyé en Alaska où il ne pouvait avaler que de la neige...


12 réactions


  • Walkyries Walkyries 4 novembre 2011 11:35

    Encore un bel article, merci Morice, mais honnêtement, pourquoi tant de haine ?

    Vos articles sont dénigrés à la vitesse de son, mais bon, ne serais ce que la facilité des gens médiocres ?

    Pourquoi tant de rejet ? Incompréhension, refus de débattre, bêtise généralisée ? Morice à surement ses torts mais pas celui de vouloir comprendre et partager.

    Rappelez vous Térence

    Veritas odium parit : la franchise engendre la haine.

    • COVADONGA722 COVADONGA722 4 novembre 2011 13:19

      bonjour Walkyries

      effectivement citer Térence , c’est bien jouer mais s’agissant de ce genre d’article puis je soumettre à votre sagacité ceci :

      A posse ad esse non valet consenquentia
      .

    • Walkyries Walkyries 4 novembre 2011 14:26

      A mon tour de vous en soumettre une :

      « Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don. »

      Einstein


    • COVADONGA722 COVADONGA722 4 novembre 2011 18:47

      @Walkyries
      yep belle maxime ,
       jeu set et match
       compliments
      Asinus


  • morice morice 4 novembre 2011 11:56

    Veritas odium parit : la franchise engendre la haine.


    superbe !

  • ma pomme 4 novembre 2011 21:55

    UNE fois la coalition partie d’afga ce sont les russes qui prendront la relève.
    donnant-donnant ?
    afga contre iran ?


  • storm storm 4 novembre 2011 22:17

    slu,

    il semble que ça soit en fait le 3e essai pour détruire un rhino (montée en charge des explosifs progressive)

    sinon, à la lueur de votre article (et du lien vers le F-22), j’ai pu nuancer ma vision des choses quand au terminator américain (que je vois durer longtemps, même si après tout, d’un point de vue historique, 80 ans encore est assez bref : )  :

    ceux qui comptent sur des armes surpuissantes mais couteuses à mettre en oeuvre sont toujours surclassés par ceux alignant une plus grande masse de matériel fiable

    les US ont pour eux d’être (avoir été ?) une des plus grandes puissances industrielles, et donc de pouvoir soutenir la cadence plus longtemps


  • morice morice 5 novembre 2011 01:07

    sinon, à la lueur de votre article (et du lien vers le F-22), j’ai pu nuancer ma vision des choses quand au terminator américain (que je vois durer longtemps, même si après tout, d’un point de vue historique, 80 ans encore est assez bref : ) :


    et bien voilà, voyez, je sers au moins à ça. Vous savez, comme tout le monde j’ai pensé à sa sortie que c’était aussi la merveille aéronautique annoncée. Si le sujet vous intéresse, cherchez les « morice aviation agoravox » : il y a plus de 10 épisodes...

  • vroum 5 novembre 2011 11:31

    Officiellement il n’y en a plus en Irak,

    c’est faux le retrait ne sera achevé que ver la mi-decembre et il devrait rester un petit contingent pour former l’armée et la police irakienne

    avait employé des gardes népalais (?)

    les nepalais ont un longue tradition de mercenaires,c’est absolument pas étonnant qu’ont est chercher à en embaucher certains,des soldat retraité aprés quelque années de service dans différentes force armée a travers le monde et qui ont moins de 40 ans c’est pas se qui manque au nepal

    quand au rhino vous dite vous mêmes qu’il a résister a une charge de 250 kilos et il a fallu une charge de 700 kilos pour le détruire c’est a dire la plus grosse quantité d’explosif jamais utilisé en Irak comme en Afghanistan pour attaquer un convoi donc pour un vehicule a 275000 dollars soit le prix de 2 hummwee blindé il me semble que vu les moyens mis en oeuvre pour en détruire un c’est plutot une bonne affaire a moins que vous connaissiez un véhicule moins chère avec la mêmes capaciter de transport et plus résistant....mais j’en doute


  • morice morice 5 novembre 2011 16:01

    soit le prix de 2 hummwee blindé il me semble que vu les moyens mis en oeuvre pour en détruire un c’est plutot une bonne affaire a moins que vous connaissiez un véhicule moins chère avec la mêmes capaciter de transport et plus résistant....mais j’en doute


    on reprend : savez vous ce que signifie le mot « SYMBOLE » ?

    NON ?

    alors demandez-vous simplement si un symbole peut avoir un PRIX.

    vos comptes d’apothicaire sur le poids, la masse et le prix sont d’un ridicule achevé.

    je constate que vous n’avez jamais eu seul cours de philo. Ou de français. Car sinon vous n’auriez jamais tenu argument aussi idiot.

  • vroum 5 novembre 2011 17:52

    savez vous ce que signifie le mot « SYMBOLE »

    détruire un bus c’est fachement symbolique,les américains en sont tout retourner,c’est une victoire éclatante pour les talebs

    vos comptes d’apothicaire sur le poids, la masse et le prix sont d’un ridicule achevé.

    les mémes compte d’apothicaire que vous faites l’ors des 2 premier paragraphe de cette article,je ne fait que reprendre vos information et en tiré une conclusion differente

    je constate que vous n’avez jamais eu seul cours de philo

    c’est vrai vous avez entierement raison sur ce point,je suis dans la meme situation que des dizaines de million de francais,je suis donc selon vous trop ignorant pour comprendre les enjeux des guerres américaine uniquement parce que j’ai pas fait de philosophie


    • GillesR 5 novembre 2011 18:37

      Si je peux me permettre :

      des fois il y en a à qui cela aurait fait du bien de ne pas en avoir. 

      Si « temps est », comme il dit, qu’il en ait vraiment eu.

Réagir



https://middlepassage.dei.uc.pt/https://privacycolab.dei.uc.pt/https://cmd.dei.uc.pt/https://henrique.dei.uc.pt/
https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/
https://simseam.ft.uns.ac.id/https://sipil.ft.uns.ac.id/slot gacorhttps://aku.ac.id/https://jpl.staiku.ac.id/https://jist.publikasiindonesia.id/slot gacorhttps://akperstg.ac.id/https://fisip.uisu.ac.id/https://web.pn-sidrap.go.id/
https://hormon-osteoporosezentrum.de/judi bolahttps://saopaulodeolivenca.am.gov.br/slot gacor