Le péché originel
Tout le monde l'a-t-il en héritage ? Non, que nous, occidentaux !
Une civilisation, si longue, qui s'appuie,non pas sur un péché de gourmandise, mais de curiosité, pour s'apercevoir, de quoi ? Que Dieu nous a niqués !
Couronne d'épines et clous dans la main, ça donne envie d'être dévot ! Nous, on a droit aux images, dommage.
Mais il n'y a pas que celui-là ; car contrairement à toute logique, notre belle civilisation très moderne, qui donc nous rend coupables d'être nés, perpétue la nécessité de massacrer pour se sentir vivre .
Il fut un continent, immense, grandiose, magnifique... des malappris qui s'ennuyaient chez eux, forts de leur témérité, accostèrent sur cette terre inconnue.
Ils n'étaient pas nombreux ces marins, mais triés sur le volet de l'ignominie ; alors, plutôt que de découvrir, curieux, ébahis, saisis, ils s'emparèrent. Décimèrent bêtes et hommes qui vivaient, épars en ce lieu.
D'autant plus forts de leur d'autant plus grande ignominie, ils inscrivirent dans leurs gènes cette abjecte victoire. Et voilà que cela devint un but, une mission, un dépassement réservé aux meilleurs et ils n'ont dieu à leurs côtés que parce qu'ils sont convaincus qu'ainsi ils le servent au mieux, qu'ils l'imitent : je vous nique aussi, je fais de mon mieux pour te ressembler Oh, mon Dieu !
Et Dieu se gave de se voir si bien servi.
Distorsion ? Dîtes-vous ? Pourquoi pas ?
Le bon sens populaire n'est pas divin, apparemment ; dieu ne côtoie pas les pauvres hères juste bons à le servir ; il n'est pas à côté des femmes non plus qu'il a tirées d'une côte mâle, par désœuvrement , inadvertance ou ultiime rattrapage intuitif sans préméditaion, in extremis ; il n'aime pas bien les animaux qu'il offre pour qu'on carnage ; on se demande bien ce qu'il aime ce dieu bon... à quoi ?
Le paradoxe, c'est qu'il sert de consolation aux couillonnés, et d'alibi aux couillonneurs ; c'est pas beau ça ?
L'ignoble barbare a inventé dieu pour cautionner ses exactions en même temps qu'il s'en servait comme leurre pour les autres.
Le péché originel n'a pas de cause, par définition, l'arbitraire du pouvoir divin ; de là à perpétuer l'arbitraire, il n'y a pas de quoi glisser un cheveu ; c'est trop intelligent ce coup foireux qui a foiré pendant des siècles sans qu'on moufte.
La capitalisme, comme chacun sait, est Nature ; sans causes non plus celui-là, que naturelles ; que voulez-vous ma brave dame, on ne peut rien contre la pluie qui mouille ni contre les bombes qui explosent, ni contre le travail à l'usine, ni contre le droit de cuissage, ni contre rien d'ailleurs.
Avant, on priait, on était sûr, ou on voulait l'être, qu'après tout serait beau !
Aujourd'hui on achète ; sûr, se dit-on que passer ce plaisir me donnera le paradis ; confiance en moi et tout le tralala. Eh, vous me croirez si vous voulez, les acheteurs ont beau voir chaque jour que leurs achats ne leur donnent rien du tout d'escompté, ils continuent, pour voir !
On comprend mieux qu'on ait cru à la réincarnation, au paradis pour les derniers, depuis qu'on a réduit celui-ci au contenu d'un caddy : ça marche !
Pour les plus conquérants, les forts en gueule, les contents de soi, devenir un maillon du pouvoir, c'est remplir leur caddy à eux. Bon, ça marche mieux, ils ont quelques compensations matérielles ; piscines chauffées, meufs décérébrées au string éloquent, petits fours au caviar et champagne dans tous les couloirs.
Ils se racontent une histoire ; l'homme depuis toujours se raconte une histoire, où il est le héros. Mais leurs histoires sont cons, archi.
Mais c'est tellement plus confortables d'être cons, tellement plus faciles et tellement imprévisible que l'être soit vanté, montré en exemple. Ça attire les foules. Ça exsude les complexes et ça rend léger !
Il faut dire que de l'autre côté, on s'est efforcé de montrer la vertu comme peine à jouir, comme rabat joie ou casse couilles, selon votre vocabulaire, et c'est pas bandant !
Dans le temps, il n'y avait pas de caddies, ce n'était pas tous les jours Noël et Noël était un jour comme un autre ; alors, la vertu, tout ça, ça causait, surtout qu'elle corroborait le bon sens paysan, la perception première, intime et spontanée de la terre, du labeur, de la vie. L'histoire qu'on se racontait quand on tirait la charrette alourdie de boue, les pieds dedans, avec en perspective un repas de gaudes sans lard ni lait, elle était belle ; un Dieu bon, tout puissant nous réchauffait le cœur, nous soutenait et nous accueillerait, quand on veut, dans son palais.
La chaleur d'une mère, la confiance d'un père, l'avenir d'un amoureux, d'une amoureuse ; on pouvait bien être héros, là. Ces histoires ne me font pas souffrir, elles ne me font pas sourire, elles m'émeuvent et me touchent car j'en sais le fondement.
Bon, mais ça va bien un temps !
Il semble que le paradis sur terre sous forme de fanfreluches soit long à se lézarder ; moi aussi dit la pétasse, je serai la vamp au string avenant ; moi aussi se dit le mâle peu pourvu, je serai adulé. Enfin je dis ça, c'est ce que j'ai cru comprendre des quelques épisodes de séries télévisées que j'ai pu regarder !
En tout cas, le péché originel, c'est une invention de génie ; je suis sûre que ce n'était pas fait exprès, je veux dire dans les fruits qu'il porterait pour une éternité, mais sûrement le fait de bons observateurs du monde, ce qui m'a toujours fait penser que l'homme occidental moderne ne fait que nommer les choses, mais n'invente rien ; l'homme connaît l'homme depuis le début !
Le religion, pour les peuples et depuis toujours -enfin, je n'y étais pas mais, à voir ce qu'on a fait du bouddhisme, je me le figure- c'est des rites, des repères, une morale qui peu ou prou a aidé au vivre ensemble. La religion chez nous, tellement brimante et injuste- trop bien servie par une Église qui n'a jamais perdu le nord du pouvoir et de l'argent- avait quand même pour mission essentielle de fermer le caquet de l'individu au profit du social.
Les religions d'Orient ont une manière beaucoup plus velours de le faire ; tellement veloutée que j'y acquiesce plus volontiers. Parce que c'est juste une évidence, que l'individu n'est rien, et qu'en tant que rien, il a tout l'espace d'être quelque chose, dans sa sphère, dans son être, mais sans nuire.
Donc, je parlais de rites, de dévotion, d'abnégation, de paradis convoité ; nous en sommes exactement là, au même point ; on a juste ôté l'alibi moral pour le vivre ensemble, on a juste oblitéré l'insignifiance d'une existence, tout en en gardant l'essence, vu que celle-ci ne pourra jamais disparaître.
La religion Capital, le but ou l'oeuvre d'une vie, qui est la religion la plus conquérante que le monde ait jamais nourrie.
Ce n'est pas l'Islam, la religion conquérante. C'est nous ; tout conquis. Tout détruit. Des Indiens au chaos absolu un peu partout, le Capital s'avance, s'impose, fait la guerre, et surtout convertit.
Alors, mécréante au possible, j'observe ses desseins, je constate ses gloires, je pleure ses succès, je ricane de ses contorsions, je hurle aux transfuges, aux hérétiques de leur foi, aux complices, aux collabos.
Un pied dedans, tous. Ou presque.
Une religion avec des dogmes, des rites, des ordonnances, des prêtres, des inquisiteurs mais des sorcières ; une religion sans spiritualité comme base, une religion qui n'est plus que le squelette dépouillé de la chair qu'avaient les autres, de l'autre, la nôtre, réduite à son toc.
On y est plus à l'aise car on en a ôté le péché originel. Quelle aise soudain.
Et c'est instructif : ôter cette idiotie du péché originel, en toute autre circonstance, m'eut comblée ; eh bien, l'on s'aperçoit que, conditionnés à des conneries, quand on les enlève, c'est pire après !
Sûr que si on vous a mis des oeillères dès la naissance- cela attriste l'observateur- vous faites avec ; quand on les ôte, vous ne savez plus vous comporter ; vous trébuchez, vous fuyez, vous vous perdez. ..
Cela n'a peut-être rien à voir mais me fait furieusement penser aux gentils humains qui dorlotent des bébé fauves dont on a tué la mère et qui, quand ils sont bien imprégnés, plus tard, jettent à la brousse ces bêtes dénaturées, s'étonnent de leurs comportements....
En resterons-nous toujours à l'ignorance, la lâcheté ? Qu'elles soient doucettes ou féroces, aussi révoltantes.
Nous n'avons pas évolué d'un pet ; nous avons construit des excentres pour nous distraire, pour lustrer notre poil terne de stupidités, pour nous vanter, nous avons poli nos miroirs, peaufiné nos technologies, raffiné nos veuleries, justifié nos débordements, expliqué nos exutoires, inventé des cautions à notre barbarie.
Nous sommes des primitifs comme jamais primitifs nommés par nous ne furent.
On croyait aux diables ; on croyait aux Évangiles, on croit aux médias ; pour moi, c'est une chute vertigineuse, mais au fond, c'est kif-kif ; ce qui se passe dans l'antre intérieur de ceux qui ont besoin de réchauffer leurs neurones auprès du pouvoir, est, aujourd'hui, beaucoup plus infantile que jamais ! Seul l'expert accrédité sait ; avant c'était le curé ! Mais les recettes, on les tenait de sa mère.
Qu'ont fait les catholiques de la purulence héritée du péché originel hors l'attrait d'une transgression ou bien l'attirance pour la servitude coupable et méritée ?
Et que font mes contemporains de cette supériorité acquise sur le monde, débarrassée désormais de toute entrave ?
Rien, rien de plus, rien de moins. Insanité, perversion, fuite, irresponsabilité, et l'impunité ? On y revient, on est dieu, ce dieu niqueur de vie, de curiosité et de désirs ! On est à son image.
Elle est tellement lamentable notre histoire avec ses grands desseins, dans ses grands dessins, qu'on ne peut décidément pas décider d'en être.
Au début, cette image ; elle n'est pas neutre, regardez la. Allez construire une civilisation avec ça.
Les religions dites monothéistes, nées avec l'écriture, sont tellement l'émanation du psychisme humain malade, qu'elle ne peuvent, et ne pourront jamais, être instigatrices d'une quelconque société saine ! Car, qu'on les voit comme consolatrices de nos peines, guides de nos existences ou comme tremplins de nos ambitions, elles figent la maladie en nous, elles bâtissent des murs autour de nous. C'est si ancré que l'athéisme recèle les mêmes défauts de progrès. La laïcité, le communisme : tout ce que l'homme veut et décide, sans s'adapter joyeusement à son monde, n'est que mort.
La religion est névrose et a pris soin de détruire tout ce qu'il y avait de santé naturelle sur terre ; il semble que nous soyons au bout. Le drame n'est pas la « chose » mais ce que l'homme civilisé en fait.
Vocabulaire à revoir.



