Toute la modernité d’un conte voltairien : Candide ou l’optimisme...
C'est Voltaire qui au 18ème siècle invente un genre littéraire qui tient à la fois du conte et de l'essai : le conte philosophique. Tout en nous racontant une histoire merveilleuse, Voltaire fait passer un message philosophique, et dénonce aussi tous les travers de son temps...
Un des contes philosophiques les plus connus de Voltaire est, sans doute, le conte intitulé Candide ou l'optimisme. Le nom même du personnage est bien révélateur comme la plupart des noms dans les contes de Voltaire...Candide vient d'un mot latin "candidus" "blanc. C'est le naïf, étymologiquement, en latin, le"nativus",le nouveau-né, celui qui découvre le monde et ne le comprend pas bien encore : ce regard naïf du personnage porté sur le monde permet ainsi d'en souligner toutes les incohérences et les absurdités...
L'histoire commence, comme il se doit dans un conte, dans un château, le château du baron de Thunder-Ten- Tronck en Westphalie. Le nom de ce baron aux sonorités tonitruantes dénonce déjà la vanité, la prétention, l'orgueil de ce personnage aristocratique. Ce château apparaît comme une sorte de monde idyllique mais ce n'est qu'une illusion : c'est un monde de faux semblant, où règne la flagornerie à l'égard du maître de maison, où Pangloss, précepteur et philosophe de pacotille distille des discours absurdes, sans fondement.
Pangloss, voilà encore un nom qui révèle bien ce personnage : le mot est issu de deux radicaux grecs et signifie"tout en langue". Pangloss est, en effet, un bavard infatigable qui endoctrine le jeune Candide et qui lui instille sa philosophie de l'optimisme.
Et Candide, le naïf, croit aveuglément ce que dit Pangloss. Ainsi Voltaire dénonce cette philosophie en vogue au 18ème siècle : la philosophie optimiste dont le principal artisan est Leibniz, philosophie que Voltaire juge dangereuse car elle conduit les hommes à accepter tous les malheurs du monde sans se révolter : c'est une philosophie de la résignation qui consiste à dire : "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes"
Pour Leibniz, le malheur, s'il existe, a un sens : il est fait pour le bonheur des hommes ! Mais dès lors, cette philosophie nie toutes les misères atroces auxquelles peuvent être soumis les hommes.
Et Candide va connaître bien des malheurs, dès le début du conte il est exclu du château pour avoir courtisé la fille de la maison, la belle Cunégonde, lui qui n'est qu'un bâtard, fils illégitime d'un frère de la baronne...
Dès lors, Candide est emporté dans un tourbillon d'aventures plus ou moins invraisemblables. D'abord recruté par des soldats, Candide s'engage dans les armées d'un roi bulgare, sans vraiment en prendre conscience, il est alors amené à combattre sans comprendre ce qui lui arrive : c'est l'occasion pour Voltaire de se livrer à une satire virulente de la guerre qui apparaît d'autant plus absurde qu'elle est vue à travers le regard du naïf, Candide. La guerre apparaît sans fondement, les soldats eux-mêmes ne savent pas pourquoi ils se battent, ils avancent comme des soldats de plomb, au son des fifres et des tambourins qui servent à masquer les horreurs de la guerre .
Mais Candide perçoit peu après toutes les atrocités de la guerre, il voit des femmes, des enfants, des vieillards assassinés et il tente d'échapper au massacre.
La guerre est un thème récurrent dans ce conte philosophique et Candide est confronté à ses horreurs à plusieurs reprises.
Bien sûr, Voltaire s'attache aussi à dénoncer le fanatisme religieux, les crimes commis par l'inquisition puisque les pérégrinations de Candide l'emmènent jusqu'à Lisbonne où il assiste au tremblement de terre qui secoua la ville en 1755. Candide est alors emprisonné et condamné à être fessé en cadence, soupçonné injustement par l'inquisition d'être à l'origine de ce malheur ! Pangloss, lui est condamné à la pendaison...
Les aventures de Candide le conduisent ensuite à rencontrer une vieille, sorte de magicienne de conte qui l'aide à retrouver Cunégonde alors qu'il la croyait morte.
L'histoire emmène le personnage jusqu'en Amérique du Sud, dans l'Eldorado, pays utopique, sorte d'idéal où l'argent n'a pas de valeur, où les gens sont généreux et accueillants, c'est bien l'envers du monde réel que nous présente ici Voltaire.Cet épisode qui se trouve au centre du conte revêt une importance capitale : c'est une critique du monde ordinaire où l'argent est la valeur essentielle, où la générosité n'existe pas, où régnent la peur, l'appât du gain, la méfiance....
Candide quitte pourtant ce pays de Cocagne en emportant des richesses de l'Eldorado car il croit encore aux valeurs de son ancien monde.
Candide se retrouve alors dans la Guyane Hollandaise à Surinam où il rencontre le nègre de Surinam, page célèbre où Voltaire se livre à une satire de l'esclavage, satire d'autant plus touchante et probante que Voltaire fait parler l'esclave totalement soumis à ses maîtres alors qu'il a été traité de manière indigne. Le nègre étendu sur le sol a subi les pires châtiments : un bras et une jambe coupée pour avoir voulu échapper à son triste sort ou pour avoir fait un geste maladroit...
Candide commence alors à remettre en cause l'enseignement de son maître à penser, Pangloss et se met à réfuter la théorie de l'optimisme : le personnage évolue enfin !
Puis, les épisodes suivants conduisent Candide en France, en Angleterre .Voltaire dénonce l'incompétence des médecins, les maisons de jeux où sévissent la tricherie, le goût de l'argent facile.
Les personnages de ce conte n'ont pas vraiment de réalité, ce sont des marionnettes, des symboles et leurs aventures sont prétextes à toutes sortes de dénonciations, c'est bien là l'intérêt de ce conte qui a une valeur didactique.
L'ironie voltairienne est constamment présente, les personnages prêtent à rire et à sourire, l'invraisemblance fait aussi partie de l'univers du conte : on assiste ainsi à une sorte de résurrection de Pangloss, de Cunégonde que l'on croyait morts.
Les thèmes les plus divers sont abordés : l'argent, la religion, le fanatisme, la guerre, l'esclavage,le bonheur etc.
Candide a enfin compris à la fin du conte que le bonheur ne peut se trouver dans de vaines recherches philosophiques ou dans l'ambition : le bonheur consiste tout simplement à accomplir sa tâche, à faire oeuvre utile, à cultiver son jardin avec sérénité...
Avec ses compagnons, il s'installe dans une métairie à Constantinople et même si Pangloss continue à prêcher sa philosophie, Candide ne se laisse plus abuser et conclut lui même l'histoire en prononçant ces mots :"Il faut cultiver notre jardin'.
Que de messages, que de leçons à méditer dans ce conte voltairien ! Le récit endiablé rend la lecture plus accessible, plus facile mais il faut bien percevoir toute l'ironie voltairienne pour savourer tous les enseignements de ce récit qui reste d'actualité par bien des aspects et des thèmes traités...Ce conte mérite d'être lu et relu tant il est riche d'enseignements, tant il se révèle encore plein d'actualité et de modernité...
« Pour Leibniz, le malheur, s’il existe, a un sens : il est fait pour le bonheur des hommes ! »
@Rosemar
Ca n’est pas bien, ce que vous faites ! Vous êtes en train de faire passer Leibniz, un des plus grands penseurs contemporains du règne de Louis XIV, et un remarquable mathématicien, pour un pauvre imbécile !
Les vulgarisateurs de la philosophie de Leibniz, Christian Wolff en particulier, et les théologiens qui ont vite fait leurs choux gras de son « Essai de théodicée », ont peut-être un peu simplifié sa problématique. C’est d’eux que se moque méchamment Voltaire, et c’est de bonne guerre. Mais l’équation Pangloss=Leibniz est quand même aujourd’hui tout à fait irrecevable !
Voltaire n’arrive pas à la cheville de Leibniz... Voltaire n’a jamais élaboré le moindre concept. Chez les « philosophes des Lumières », il n’y a guère que D’Alembert qui a laissé quelques éléments intéressants, tous les autres, c’est du blabla.
Voltaire se moque de Leibniz comme il se moque de Pascal, en simplifiant à l’extrême quelques propositions qu’il glane ici et là et en se gardant bien de les situer dans leur contexte. Voyez comme il s’y prend dans les Lettres anglaises, annonçant qu’il a relu quelques pensée du janséniste et qu’il va « mettre les réponses au bas ». Réponses d’un très gros bon sens, mais tout à fait ironiques, et qu’il ne faudrait évidemment pas prendre trop vite pour argent comptant : il s’amuse. Voltaire, comme on le fait remarquer dans ce fil, n’arrive évidemment pas à la cheville de Leibniz dans l’ordre de la spéculation abstraite, mais il n’est pas non plus complètement idiot.
Voltaire utilise Leibniz pour servir son propos et ses dénonciations ; guerre, fanatisme, intolérance religieuse, c’est un anabaptiste qui secourt Candide quand il est dans le malheur alors que des représentants de la religion le rejettent...
Déjà que c’est limite de ne se contenter que de citations pour critiquer une philosophie, mais s’il faut en plus les tronquer pour cela, c’est carrément malhonnête...
En fait, Voltaire est surtout un grand auteur de mensonges... Et l’on jugera l’époque aux auteurs qui lui plurent.
Moi je dis que le mensonge ne doit jamais faire autorité.
Derrière cela, c’est l’honneur de Leibniz qui est en jeu.
Leibniz est présent partout en histoire des sciences, de la philosophie et du droit. Début XXème, les derniers développement en logique et en linguistique se faisaient encore sur la base des écrits de Leibniz...
Voltaire, il est où dans ces disciplines ? Nul part... S’il faut sacrifier l’autorité de quelqu’un, c’est bien celle de Voltaire.
Je suis comme vous : je ne me lasse jamais de relire Voltaire, malgré un certain nombre de choses qui me hérissent. Je me dis qu’un auteur qui manie si bien l’ironie ne peut pas avoir été un méchant homme, même si l’ironie peut paraître quelquefois bien cruelle. En tout cas, j’ai infiniment plus de sympathie pour Voltaire que pour le sinistre Jean-Jacques. Ca n’est pas que je sois vraiment méchant, mais je n’ai jamais lu ce morveux penseur sans éprouver quelques pulsions sadiques : une si totale absence d’humour est d’une vraie tête à claques. Pas étonnant qu’il ait tant plu à des Robespierre et autres décapiteurs.
Pour ceux qui n’aiment pas Voltaire, je cite (de mémoire) ces quatre vers. Je pense que Fréron lui-même dut en rire.
Merci de ce rappel fatale : le derviche joue un rôle mais on perçoit l’évolution de Candide tout au long du conte : quand il rencontre le nègre de Surinam, Candide se met à réfuter l’enseignement de Pangloss...Le derviche le guide vers la révélation ultime....Difficile de tout dire dans un résumé...
J’aime et je trouve excellent le résumé que vous faites du livre de Voltaire. Mais, peut-être ne suis-je pas impartiale, peut-être est-ce parce que je l’ai lu avec le même regard de vous ?
Ainsi je ne reviendrai pas sur l’ensemble de ce résumé ; ça équivaudrait à écrire un article qui serait presque un plagiat du vôtre. Je dirai donc seulement que je suis en désaccord total avec Christian Labrune et que je m’interroge sur la réflexion de fatale s’agissant de Candide qui est à mourir de rire.
Pour ce qui concerne Christian Labrune, je ne vois rien, en votre article, qui amène à vous soupçonner de faire passer Leibniz pour un pauvre imbécile.
Vous écrivez, en effet,
« Pour Leibniz, le malheur, s’il existe, a un sens : il est fait pour le bonheur des hommes ! Mais dès lors, cette philosophie nie toutes les misères atroces auxquelles peuvent être soumis les hommes. » N’est ce pas là ce que nous enseignent les gens d’église avec l’appui de la doctrine catholique qui, en plus, et pour qu’ils ne se révoltent pas, culpabilise ses ouailles avec la notion du péché originel.
Quant à fatale, je ne vois pas ce qu’elle trouve de risible dans le personnage de Candide ? Ainsi que vous l’écrivez encore :
« Candide a enfin compris à la fin du conte que le bonheur ne peut se trouver dans de vaines recherches philosophiques ou dans l’ambition : le bonheur consiste tout simplement à accomplir sa tâche, à faire oeuvre utile, à cultiver son jardin avec sérénité ». Et n’est-ce pas là la vérité à laquelle nous devrions tous accéder ?
Je n’avais pas envisagé que le roman fasse rire tant les sujets traités sont graves. Mais, après tout, la volonté de Voltaire était peut-être de faire rire, JUSTEMENT, avec des sujets qui n’y prêtent pas, pour en accentuer la dérision. Et votre manière de le lire était alors la bonne.
La philosophie est effet bien présente dans ce conte et notamment à la fin, dans « Il faut cultiver notre jardin ».
Avec ces mots Voltaire se réfère à la branche philosophique grecque qui faisait de l’utilisation de la raison, le moyen d’accéder à la sagesse. Un de ses représentants était Epicure.
En christianisme, la vie intérieure est tournée vers Dieu, c’est-à-dire vers l’extérieur de soi. On met en Dieu ses interrogations, puis l’on reçoit sa Grâce. Donc la vie intérieure ne se résume pas à l’ésotérisme.
Faire appel à un Soufi montre le coté « occultiste » de cette époque (mesmérisme, illuminisme, le bonnet phrygien du culte de Mithra...etc)
J’ai lu Candide de Voltaire. Ce n’est clairement pas une oeuvre, car cet écrit n’a rien d’intemporel. Il nécessite en effet une foule de note de bas de page pour comprendre ce qui est évoqué. Une véritable oeuvre est toujours intemporelle. N’importe qui, à n’importe quelle époque, la comprend. Ce n’est pas la cas du Candide. Il n’est donc pas moderne, mais désuet.
Lire les pérégrinations de Socrate est immédiatement compréhensible par tous (même s’il faut réfléchir). Les ouvrages de Platon sont intemporels, c’est une véritable oeuvre.
Mais pour lire le Candide de Voltaire et comprendre son sens, il faut se référer à de multiples évènements du contexte de l’époque, ce qui exige une multitudes de notes de bas de page. Sans celles-ci, on y comprendrait rien.
C’est un ouvrage qui a du sens dans le contexte de l’époque, par rapport aux idées de l’époque.
Par conséquent, le Candide de Voltaire n’est pas intemporel, mais contextuel. Il n’est donc pas une oeuvre.
De la haine, c’est beaucoup dire, de l’indifférence, c’est certain.
Je trouve en effet que la production littéraire des philosophes des lumières a plus à voir avec le néant qu’autre chose.
Qui les lit encore ? Sont-ils mêmes encore édités ? Les D’Holbach, de La Mettrie, Hélvétius, Fontanelle, Condillac, Condorcet, Diderot, Bayle, quelle place ont-ils dans l’histoire de la philosophie et des sciences ? Aucune...
Il n’y a guère que D’Alembert qui laisse quelque chose dans l’histoire des mathématiques et de la physique. C’est manifestement une génération ratée. Des beaux-parleurs, certes, mais particulièrement creux.
Dès qu’il faut se pencher sur l’histoire des concepts, on se réfère soit à l’antiquité, soit aux penseurs du XVIIème. Voltaire ne fait rien d’autre que détruire, ce qui aboutit par prolongement au nihilisme de Nietzsche.
Voltaire est un déconceptualisteur. Faire un ouvrage, une oeuvre, cela consiste d’abord à construire. Voltaire détruit beaucoup, mais ne construit rien.
« ce n’est nullement par hasard que l’auteur fait dire cette phrase par un derviche tourneur, le soufisme étant déjà très en vogue à l’époque »
@fatale,
Votre interprétation me paraît tout à fait fantaisiste ! L’auteur de « Mahomet ou le fanatisme » à la fin des années 30 de son siècle ne semble pas avoir une bien grande admiration pour l’islam et son prophète, même si, en attaquant violemment une religion ennemie, il en vise surtout une autre : le christianisme.
Si Voltaire fait quelquefois l’éloge, particulièrement dans Candide, d’un « bon musulman », s’il prête à Frère Giroflée, le moine théatin, l’intention, par désespoir, de se faire musulman, c’est surtout pour faire enrager le chrétien. Dans le Dictionnaire philosophique, il fera pareillement l’éloge d’un « catéchisme chinois ». Non pas qu’il soit particulièrement séduit par les religions de la Chine, mais les Jésuite y sont en difficulté depuis la querelle des rites, et cela l’amuse. Encore une autre manière de se foutre du monde, et du christianisme en particulier.
Rosemar : dénoncer la guerre, ses méfaits, condamner le fanatisme, la bêtise, ce n’est pas intemporel ??? Il faut relire CANDIDE....
Certes, et c’est possible par tout-un-chacun, mais cela ne fait pas avancer ces sujets d’un pouce, surtout quand c’est fait par un spéculateur adepte du mensonge.
J’attends avec impatience que Michel Onfray se penche sur Voltaire qu’on rigole...
Avant de relire Candide, cette critique de la pensée classique, l’honnêteté oblige à s’instruire auparavant de la pensée classique. Une fois ceci fait, Candide paraît ridicule et illusoire, car la pensée classique est d’une grande finesse et très variée, fort éloignée de la caricature qui en est faite dans Candide.
N’oublions pas le style de Voltaire : vous connaissez cette phrase : tout est dit et l’on vient trop tard...Ce qui compte chez un écrivain c’est le style au service des idées ffi ...
Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément.
Quand le concept est bien saisi, le style naturellement s’en suit.
L’idée fait le style, car le stylo l’écrit.
Mettre le style au service des idées, c’est faire de la rhétorique. Devoir retravailler le style montre qu’il y a ou confusion dans les idées ou hypocrisie.
Je ne pensez pas que vous étiez naïve au point de vous laisser berner par le spectacle des apparences stylistiques.
C’est le style qui fait la littérature et j’aime qu’un auteur me fasse réfléchir mais aussi qu’il ait du style ; celui d’un peintre, d’un sculpteur, d’un poète....
Je suis assez d’accord avec votre propos : les « philosophes » du XVIIIe siècle n’ont pas grand chose à voir avec ce qu’on appelle, depuis les Grecs, la philosophie, dont les questionnements essentiels portent nécessairement sur la métaphysique et l’ontologie. Voltaire n’est pas, pour moi, un philosophe, et Rousseau n’est que l’un des premiers idéologues concepteurs du totalitarisme moderne. Cela n’a rien de bien glorieux ! Je ne suis cependant pas d’accord lorsque vous posez que la vraie philosophie doit nécessairement construire : Ockham, Descartes, sont de grands démolisseurs. Et ce qui reste de plus admirable dans Descartes, c’est quand même la tabula rasa des premières Méditations. De l’ambition constructive que révèle son esquisse d’un système du monde et de l’homme, il n’a pas résulté grand chose qui ait résisté longtemps aux progrès de la connaissance.
Je ne pense pas qu’il existe des oeuvres atemporelles, pas même celle de Platon. Si on n’a pas fréquenté un peu les présocratiques ou, à la rigueur la doxographie de Diogène Laêrce, on aura bien du mal à comprendre quelque chose à ce que pouvait être l’état du savoir abstrait au quatrième siècle. Si on ignore tout des sophistes, il y a plusieurs dialogues où il sera difficile d’entrer. Ou bien on multipliera les contresens. Disant cela, j’ai vraiment l’impression d’enfoncer une porte ouverte et nous avons tous plus ou moins disserté sur ce propos de Renan : "« L’admiration absolue est toujours superficielle. Nul plus que moi n’admire les Pensées de Pascal, les Sermons de Bossuet ; mais je les admire comme œuvres du xvne siècle. Si ces œuvres paraissaient de nos jours, elles mériteraient à peine d’être remarquées. La vraie admiration est historique. »
Si on lit aujourd’hui Voltaire, ce n’est pas pour sa philosophie désuète mais pour ses qualités littéraires et stylistiques (un style tranchant).
La dernière scène de Candide annonce en quelque sorte la théorie smithienne de la main invisible. Smith a rencontré Voltaire dans les années 1760 et c’est à partir de là qu’il écrira « De la richesse des Nations ».
Le concept de main invisible, comme a pu le montrer les récentes crises, est totalement désuet.
Voir ici. Pêle-mêle : - Calcul différentiel. - Energie cinétique. - la plupart des notations mathématiques actuelles. - la prédiction des microbes. - la déontique. - L’inconscient (par lui relié à l’empirisme ou aux habitudes) ...etc, c’est impossible de tout citer. Mieux vaut le lire.
Extraits de la monadologie : ----------------------------------------------------------------------------------------------- 31. Nos raisonnements sont fondés sur deux grands principes, celui de la contradiction en vertu duquel nous jugeons faux ce qui en enveloppe, et vrai ce qui est opposé ou contradictoire au faux
32. Et celui de la raison suffisante, en vertu duquel nous considérons qu’aucun fait ne saurait se trouver vrai, ou existant, aucune énonciation véritable, sans qu’il y ait une raison suffisante pourquoi il en soit ainsi et non pas autrement. Quoique ces raisons le plus souvent ne puissent point nous être connues
33. Il y a aussi deux sortes de vérités, celles de Raisonnement et celle de Fait. Les vérités de Raisonnement sont nécessaires et leur opposé est impossible, et celles de Fait sont contingentes et leur opposé est possible. Quand une vérité est nécessaire, on en peut trouver la raison par l’analyse, la résolvant en idées et en vérités plus simples, jusqu’à ce qu’on vienne aux primitives
34. C’est ainsi que chez les Mathématiciens, les théorèmes de spéculation et les canons de pratique sont réduits par l’analyse aux Définitions, Axiomes et Demandes.
35. Et il y a enfin des idées simples dont on ne saurait donner la définition ; il y a aussi des Axiomes et Demandes, ou en un mot, des principes primitifs, qui ne sauraient être prouvés et n’en ont point besoin aussi ; et ce sont les Énonciations identiques, dont l’opposé contient une contradiction expresse
36. Mais la raison suffisante se doit trouver aussi dans les vérités contingentes ou de fait, c’est-à-dire, dans la suite des choses répandues par l’univers des créatures ; où la résolution en raisons particulières pourrait aller à un détail sans bornes, à cause de la variété immense des choses de la Nature et de la division des corps à l’infini. Il y a une infinité de figures et de mouvements présents et passés qui entrent dans la cause efficiente de mon écriture présente ; et il y a une infinité de petites inclinations et dispositions de mon âme, présentes et passées, qui entrent dans la cause finale.
37. Et comme tout ce détail n’enveloppe que d’autres contingents antérieurs ou plus détaillés, dont chacun a encore besoin d’une analyse semblable pour en rendre raison, on n’en est pas plus avancé : et il faut que la raison suffisante ou dernière soit hors de la suite ou séries de ce détail des contingences, quelqu’infini qu’il pourrait être.
38. Et c’est ainsi que la dernière raison des choses doit être dans une substance nécessaire, dans laquelle le détail des changements ne soit qu’éminemment, comme dans la source : et c’est ce que nous appelons Dieu
39. Or cette substance étant une raison suffisante de tout ce détail, lequel aussi est lié par tout ; il n’y a qu’un Dieu, et ce Dieu suffit. ---------------------------------------------------------- Génial !
Vous voyez bien que, comble de l’ironie, vous en êtes réduit à conseiller des biographies du personnage, plutôt que de citer un livre de Voltaire digne d’être lu...
J’avais tenté, dans le temps, de lire la « princesse de Babylone », un « conte philosophique » (rien que le principe laisse songeur) : mais je ne le conseille pas à autrui, ce serait perdre son temps tant cet ouvrage incompréhensible et creux.
Vous avez parfaitement raison de rappeler ces propos qui ne sont assurément pas à la gloire de Voltaire. C’est un éternel débat, parmi les littéraires, cette question de savoir si Voltaire était ou non antisémite. Je ne vois aucune nécessité de le blanchir : ce qui est écrit est écrit.
Cela dit, Voltaire meurt en 1778, c’est-à-dire fort longtemps avant les horreurs du XXe siècle, à une époque où ces sortes de propos sont assez fréquents, particulièrement du côté des catholiques. Ce n’est certes pas par catholicisme qu’il est antisémite, mais parce que le judaïsme est la première des religions révélées et porterait en quelque sorte, pour ce déiste, la responsabilité de tous les fanatismes qui ont résulté de la certitude religieuse : quand on peut mettre Dieu dans sa poche, et qu’on peut s’appuyer sur des textes violents - et la bible l’est presque autant que le Coran -, tout sera permis, y compris les massacres les plus atroces.
La détestation de certains systèmes de représentation du monde, pour un philosophe dont la tâche consiste à démêler le vrai du faux n’a rien d’illégitime. Ce qui est plus grave, c’est évidemment de ne pas se contenter de la détestation des idées et d’inciter à la haine des pauvres bougres qu’on estime dans l’erreur ou, pis encore, à la haine des peuples. Or, Voltaire si sensible par ailleurs à l’injustice, ne pouvait pas ignorer ce qu’avait été la condition des Juifs dans le moyen-âge chrétien. Il y a là quelque chose de très choquant et d’aussi bête que lorsque j’entends des crétins se complaire à raconter des histoires qui font passer les Belges pour des imbéciles. Ils seraient probablement les premiers horrifiés si nos voisins se trouvaient menacés d’extermination.
Cela dit, ces discussions sur certains écrits de Voltaire sont un peu vaines. Je doute fort, s’il avait vécu au XXe siècle, qu’il eût rejoint les délires de quelques auteurs français crapuleux des années 40 qui servent encore aux éditions Gallimard à faire leur beurre.
En tout cas, je trouve assez incongru qu’on veuille faire sur AgoraVox un procès à Voltaire : en comparaison de ce qu’on peut y lire quasi quotidiennement, et qui n’est que la répétition des thèmes majeurs du nazisme, les propos de l’auteur de Candide paraîtraient presque anodins. Or, nos contemporains n’ont pas les excuses que pouvait avoir un homme du XVIIIe siècle ignorant tout de ce qui se passerait deux siècles plus tard. Ils savent.
Au lieu de combattre des morts, personnellement, je préfère m’attaquer aux vivants que je vois dérailler.
L’oeuvre n’en demeure pas moins forte ...un philosophe qui raconte des histoires dont l’enseignement est universel : on ne peut pas laisser de côté son oeuvre....
"L’oeuvre n’en demeure pas moins forte ...un philosophe qui raconte
des histoires dont l’enseignement est universel : on ne peut pas laisser
de côté son oeuvre....«
Un caricaturiste qui se dit philosophe plutôt... Il n’a pas laissé un seul concept...
C’est plutôt une philosophie du niveau »Y-a-t-il un pilote dans l’avion« .
»Ne confondons pas l’homme et l’oeuvre, encore une fois...."
Avec ce genre d’argument, c’est pratique et l’on peut raconter n’importe quoi... Vivement qu’Onfray se charge de Voltaire.
Il faut aimer la littérature pour apprécier Voltaire ....Si vous n’aimez que la philosophie, il faut lire des philosophes qui ne sont pas toujours des écrivains...
Voltaire est souvent agaçant avec ses obsessions,
ses préjugés et ses certitudes. Mais c’est un conteur inégalable, d’une prose
limpide, et il est vrai que ses contes (et pas seulement Candide) n’ont pas
pris une ride.
Je ne peux qu’inviter les lecteurs à écouter la Monadologie de Leibniz et à l’étudier...
C’est assez malhonnête d’encenser la critique d’une chose quand on ne connaît même pas cette chose... Progressez logiquement : d’abord renseignez-vous de la chose critiquée. Ensuite lisez la critique...
Il est évident que Leibniz est le point central dans la révolution scientifique européenne, ce qui a permit de cultiver notre jardin mille fois mieux qu’avant. Nul mathématicien, nul physicien, nul philosophe, nul juriste ne peut ignorer son nom.
Mais Voltaire, que laisse-t-il en matière de science et philosophie pour nous aider à « cultiver notre jardin » ? Rien, le néant, sauf quelques délires caricaturaux tout au plus, lesquels visent à laisser notre terre inculte.
Pour info, dans ses confessions, Rousseau estime que Candide, c’est lui caricaturé par Voltaire.