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Quel papillon écraser pour éviter une tornade ? - AgoraVox le média citoyen
mercredi 4 avril 2007 - par Argo

Quel papillon écraser pour éviter une tornade ?

N’en déplaise aux tenants d’un déterminisme forcené ou à ceux qui sont convaincus qu’il y aurait un « sens de l’Histoire » et que notre passé continuera toujours à éclairer notre futur, de nos jours la « théorie du chaos » semble fournir un meilleur cadre pour l’analyse de la dynamique de notre société et notamment lorsqu’il s’agit de décrypter ou d’anticiper ses évolutions.

Aujourd’hui, on constate que l’évolution de nos sociétés découle de moins en moins de phénomènes de masse prédictibles et rationnels. D’infimes perturbations dont nous sommes bien incapables de prédire les conséquences prennent une part de plus en plus prépondérante dans la dynamique sociétale. Un phénomène connu sous le nom d’« effet papillon ». Nos consciences politiques se fondent souvent plus sur des réactions individuelles fluctuant au gré d’anodins faits divers et d’échéances électorales que sur de vastes et stables courants de pensée.

Ceci est probablement lié au monde dans lequel nous vivons. Un monde où la circulation de l’information devient de plus en plus fluide, instantanée, universelle, où des événements isolés peuvent être reliés très rapidement, avec les risques d’amalgame que cela comporte. Sans remettre en cause les bienfaits de notre « société de l’information », nous devons constater certains effets négatifs : la source croissante d’instabilité et de complexité qu’elle engendre et même si cela peut sembler paradoxal, le voile de plus en plus opaque qu’elle jette sur notre vision du futur.

La théorie du chaos ne fait pas référence à la définition que donnaient les Grecs anciens du chaos, «  un gouffre sombre et silencieux ayant préexisté à toute forme de vie » et à la théorie sous-jacente selon laquelle l’ordre naîtrait du désordre. Elle n’a pas non plus de rapport direct avec celle du « bordel ambiant » qui s’apparente somme toute à un modèle déterministe, relativement prévisible et assez bien étudié et décrit en France.

La théorie du chaos fut initialement formulée à la fin du XIXe siècle par le génial mathématicien Henri Poincaré (et non pas par son cousin Raymond, l’homme d’Etat) lors d’une étude portant sur la stabilité du système solaire. Poincaré y mettait en exergue un phénomène connu aujourd’hui sous la dénomination de « sensibilité aux conditions initiales ». Elle fit par la suite l’objet de nombreux développements (Lyapounov, Wiener, Von Neumann) jusqu’à sa popularisation définitive par le météorologue Edward Lorenz, notamment en 1972 lors d’un article fameux destiné au grand public et intitulé « Prédictibilité : le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? ». Ou, si l’on préfère, comment un infime changement des conditions initiales (dans un système instable) peut-il déclencher un cataclysme planétaire ?

Cette théorie nous apprend en effet que certaines situations, compte tenu de la complexité des forces en présence, au lieu de conduire à un équilibre, peuvent mener à une évolution chaotique, impossible à prévoir et donc à maîtriser.

Nos responsables politiques pourraient s’en inspirer. Ils gagneraient à mieux prendre en compte la complexité et l’instabilité du monde dans lequel nous vivons, plutôt que de nous proposer :

  • Une vision de l’avenir totalement brouillée, inspirée au jour le jour par les mouvements browniens de quelques énergumènes ;
  • Une argumentation essentiellement basée sur l’évocation des ratages supposés du quinquennat écoulé, la recherche permanente des coupables, l’attisement systématique des tensions existant au sein de notre société, les attaques personnelles par médias interposés et les invectives publiques ;
  • Une feuille de route tracée en fonction des échéances électorales.

Quant à l’effet papillon, en empruntant à l’actualité récente, nous pourrions par exemple nous demander « Comment l’arrestation d’un grand père chinois à Belleville ou celle d’un fraudeur congolais en gare du Nord peut-elle dégénérer en une manifestation de désobéissance civile, une guérilla urbaine, puis un cataclysme politique ? ». Quelles sont les forces en présence dans le milieu si perturbé de notre société ?

Les « papys chinois », « Angelo H » et autres personnes en situation irrégulière ?

Laissons la justice en décider calmement et objectivement, sans prêter attention aux délirantes légendes urbaines que leurs interpellations ont pu engendrer. S’ils sont coupables, ils seront punis pour leurs actes. Pas pour les émeutes car ils n’ont jamais incité la foule à intervenir en leur faveur ou appelé à la résistance des passants. Ils reconnaissent les faits qui leur sont opposés et leur sort suscite au fond peu de compassion, pas de contestation, aucune bienveillance. Ils se seraient bien passés de cette publicité autour de leur petite personne... Il en viendra d’autres après eux. Cocus de l’histoire, ils sont déjà oubliés... Ils ne constituent qu’un infime mécanisme du détonateur... Autant accuser le papillon d’être directement responsable de la tornade au Texas. Pathétique !

Les forces de l’ordre ?

A la gare du Nord, non seulement elles ne sont pas à l’origine de la rixe entre Angelo H et les contrôleurs de la SNCF, mais elles auraient eu un rôle modérateur, selon les déclarations de l’intéressé lui-même. Certains débordements ne peuvent être exclus, mais globalement nous leur donnons pour mission de maintenir l’ordre et je ne vois pas pourquoi, au nom de quelle logique, nous les empêcherions ensuite de faire le travail que nous leur avons confié. Absurde !

Les provocateurs et casseurs occasionnels ou chroniques ?

On ne peut nier l’existence d’une minorité d’adeptes de l’affrontement avec les forces de l’ordre et de la dégradation publique. Et comme aurait dit un célèbre trouvère, qu’ils soient jeunes ou vieux ne change rien à l’affaire. "Abrutis d’la dernière averse ou vieux cons des neiges d’antan", il y aura toujours un petit stock de haine ordinaire, autoentretenue à l’ombre d’une minorité de cerveaux étriqués, prête à exploser à la moindre occasion (intervention policière, match de football ou manifestation). Rien de nouveau et surtout rien d’imprédictible. Rien qui ne justifie l’interdiction des matchs de football, des défilés publics ou des contrôles de titres de transport et d’identité. Allez les Bleus !

Les banlieues déshéritées, le chômage et la fracture sociale ?

Comme c’est commode de mettre les agissements d’une minorité de hooligans dans cette perspective. Accuser nos banlieues de fabriquer une minorité de casseurs me paraît tout simplement déshonorant pour la majorité silencieuse de leurs habitants qui n’attendent pas qu’on s’étripe entre politiciens logés à Neuilly ou Boulogne-Billancourt, à propos des causes probables ou de l’origine du mal. Pas plus que vous n’attendez du médecin qu’il vous fasse un cours sur l’origine de votre cancer et ses causes probables. Foutaises ! Ils veulent qu’on les en débarrasse. Point final !

Les médias ?

On ne peut les accuser de faire leur métier en surexposant certains événements jouant un rôle direct dans le débat électoral. Encore moins de servir un « complot global ». Pris individuellement, les médias n’ont pas à justifier d’une quelconque vocation démocratique. Ce n’est pas leur objet. Certes, ils peuvent toujours être manipulés mais la pluralité d’opinions qu’ils expriment devrait au moins nous épargner le spectre du « complot global ». Pitié !

Les hommes politiques ?

Au lendemain de chaque incident, c’est règlement de compte à OK Corral. Chacun y va de son coupable, la droite, la gauche, les flics, la « racaille », les « barbares », l’Europe et l’euro, la gratuité des transports, le capital, la fracture sociale et les banlieues déshéritées. On jette de l’huile sur tous les feux ! Un débat stérile dans lequel aucun n’avance de solution concrète et dont finalement M Le Pen sort gagnant. Sa sobriété aussi remarquable que calculée traduit sa certitude de profiter, in fine, aussi bien des événements que de l’étripage médiatique qui les suit. Aujourd’hui, M Le Pen n’a plus besoin de provoquer pour exister. Bien au contraire, l’agressivité, la pusillanimité de ses adversaires, lui permettront bientôt de se draper dans les habits du grand réconciliateur de la nation. Et de rallier de plus en plus d’indécis. Et si la tornade, c’était lui ? Au secours !

On pourrait bien sûr citer d’autres forces qui interagissent. Mais si on s’arrête simplement à celles-ci, pourrions-nous pour une fois les considérer individuellement et sans animosité ? Chercher ensemble à comprendre comment une modification, même subtile, de l’une d’entre d’elles peut mener à des conséquences désastreuses ? Et surtout, comment faire pour établir un équilibre ? Il doit être encore possible d’adopter une approche optimiste visant à changer positivement au moins un de ces paramètres. Et pourquoi pas plusieurs ?

Et pour conclure, puisque nos hommes et nos femmes politiques n’échappent pas eux non plus à l’effet papillon, ils devraient envisager un peu plus souvent la possibilité que leurs déclarations, loin de produire l’équilibre voulu, puissent induire des oscillations violentes et imprévisibles au sein de la communauté de leurs concitoyens. Et déclencher au bout du compte des séismes incontrôlables...

Pour éviter si possible que le vote du 6 mai ne se résume misérablement, une fois de plus, à choisir quel papillon écraser pour éviter une tornade à la France. Avec le risque toujours possible, que le simple fait d’écraser ce papillon ne déclenche lui-même une autre tornade, en France ou ailleurs, demain ou encore demain, une histoire pleine de bruit et de fureur que l’idiot que je suis ne vous contera pas. Instabilité, quand tu nous tiens...



36 réactions


  • arturh (---.---.119.98) 4 avril 2007 13:32

    Oui il y a bien « un sens de l’hstoire », mais il se mesure sur la base de siècles, de millénaires. Le mesurer à partir des incidents de la Gare du Nord n’a aucun sens.


    • l'Omnivore Sobriquet l’Omnivore Sobriquet 5 avril 2007 11:49

      Le « sens de l’histoire » est une ânerie, un attrappe-nigauds. Bravo à l’auteur d’avoir rappelé cet apport majeur de la science du 20èsiècle, dans son dernier tiers, la théorie du chaos, qui est la tombe de l’entonnoir ferreux du maçon.

      Ce sont 250 ans de rousseauisme qui partent à la poubelle. Enfin. Sans regrets.


    • l'Omnivore Sobriquet l’Omnivore Sobriquet 5 avril 2007 11:53

      Vive le catholicisme social !


  • Gecko (---.---.15.38) 4 avril 2007 14:14

    ..... SARKO


    • aquad69 4 avril 2007 14:30

      Entièrement d’accord avec vous, Gecko !

      Vous voyez, nous pouvons tout de même être d’accord sur quelque chose, tous les deux...

      Cordialement Thierry


    • leloup (---.---.249.25) 4 avril 2007 23:17

      non c’est bien sûr SEGO qu’il faut écraser car ça garantit la victoire de Bayrou sur Sarko.


    • (---.---.120.71) 5 avril 2007 12:22

      Pas faux ...


  • bj33 (---.---.47.132) 4 avril 2007 15:42

    Il y a déja un moment que suivant l’expression consacrée, « l’effet papillon bat de l’aile » (voir interstices.info/display.jsp ?id=c_19155).....


    • Argo Argo 4 avril 2007 17:16

      Cher BJ33, comme vous l’avez sans doute constaté l’objet de mon billet n’était pas d’apporter une contribution scientifique à la théorie du chaos. Sans vouloir remettre en cause votre légitimité dans ce domaine, je ne vois pas comment vous pouvez être aussi péremptoire et affirmer que cette théorie est désuète.

      Vous vous appuyez sur la base de l’article d’un chercheur Français en météorologie qui ne remet en cause que le « degré d’imprédictibilité », la limite de deux semaines fixée par Lorenz. M Robert affirme qu’il est possible d’établir des prévisions météo à plus de deux semaines ? Je dis tant mieux ! Je suis bien incapable de vous citer les articles des hordes d’hérétiques qui utilisent encore cette théorie ou l’enseignent de nos jours. Je préfère vous renvoyer au cours théorique dispensé à la « California Institute of Technology » http://www.its.caltech.edu/ mcc/Chaos_Course/Outline.html Vous y trouverez également une liste de références bibliographiques sur le sujet.

      La science est par définition loin des certitudes ou des dogmes et le doute est son crédo. Je vous souhaite une bonne lecture.


    • JL (---.---.73.200) 5 avril 2007 09:28

      Argo dit à BJ33 «  »Je ne vois pas comment vous pouvez affirmer que la théorie du papillon est désuète«  ».

      Cher Argo, vous avez bien dit théorie du papillon ? Dans cette métaphore, ce terme convient mieux, on oublie de dire qu’il y a et il y a eu des milliards de papillons, sauterelles et autres figurants qui rampent, volent ou marchent.

      Peut-être que votre connaissance de la théorie du chaos a guidé votre pensée ? Sur ce sujet, René Thom a publié une théorie des catastrophes qui devrait vous passionner si vous vous intéressez à ces choses. Je présume que vous ne la connaissez pas car sinon vous n’auriez pas donné ce titre à un article dont on peut se demander ce qu’il en serait resté sans cet apport poétique.

      Et c’est une question sérieuse que je vous pose : quel est le sens de cet article ? quel votre message ? Merci.


    • bj33 (---.---.201.187) 5 avril 2007 12:20

      Argo dit à BJ33 «  »Je ne vois pas comment vous pouvez affirmer que la théorie du papillon est désuète«  ».

      je ne disais pas qu’elle est désuéte, je disais simplement ce qui est aussi dit plus bas et qui est un fait reconnu et pas seulement par un chercheur en météo : lorsqe l’on augmente sensiblement le nombre de degrés de liberté, il y a de effets statistiquesq ui rentrent en ligne de compte.

      Le terme « effet papillon » n’est pour moi qu’un terme que je qualifierai presque de journalistique.


    • Argo Argo 5 avril 2007 13:54

      La physique statistique ne s’intéresse plus aujourd’hui qu’aux phénomènes « stochastiques » c’est-à-dire totalement aléatoires. Ce qui n’est pas le cas ici. En dehors de ces systèmes, on ne s’appuie plus de nos jours sur une approche « probabiliste » ou « statistique » du monde telle que la concevaient en leur temps Newton ou Laplace (farouches tenants du déterminisme), et qui comme l’écrit Alan Sokal n’était « qu’un moyen de raisonner dans des situations d’ignorance partielle ». La théorie du chaos fournit un meilleur cadre pour étudier le monde.

      Quant à l’« effet papillon », je suis d’accord que c’est une métaphore. On ne peut résumer la théorie du chaos au simple « effet papillon » (Lorenz n’avait utilisé cette image qu’à des fins de vulgarisation) pas plus que celle de la gravité à la pomme de Newton ou celle de la mécanique quantique au chat de Schrödinger.

      Simplement, ces images sont tellement chargées de rêve et de poésie que scientifiques, journalistes et nous tous les conservons encore aujourd’hui.


  • Cassandre (---.---.112.136) 4 avril 2007 15:57

    C’est bien d’évoquer la théorie des catastrophes, mais il faudrait ne pas oublier l’inverse de l’effet papillon : la tornade qui ne perturbe même pas le vol d’un papillon à 1000 km de là ! La perturbation, si grosse soit-elle, tombe dans un marais et s’étouffe sur place sans être perçue ailleurs.

    Exemple : le changement climatique. Les conférences scientifiques et les catastrophes ont beau multiplier les signaux d’alarme, rien n’y fait !

    Les journalistes politiques, n’y connaissant rien, sont incapables d’interroger sur le sujet des candidats qui n’en savent guère plus et qui n’y tiennent pas. Les électeurs ayant placé ce sujet, noyé dans la rubrique « environnement » au côté des incinérateurs, des OGM, du retour du loup et des dates de chasse au canard, parmi leurs derniers sujets de préoccupation, cette attitude peut se comprendre.

    Reste à trouver un nom au phénomène. Effet édredon ? Effet autruche ?...


    • Argo Argo 4 avril 2007 19:14

      Je vous laisse le choix des noms de volatiles. Bien que ce ne soit pas le sujet du billet, je suis d’accord avec vous sur la nécessité d’adopter un comportement responsable sur tous les plans (du personnel à l’international).


  • (---.---.30.51) 4 avril 2007 16:06

    Mon cher Argo, nous n’allons pas refaire les débats de la semaine dernière, cependant vous dites qu’il faut laisser la justice décider jusque là normal mais juste après vous interprétez les causes et effets.... là ce n’est plus normal !!

    « S’ils sont coupables, ils seront punis pour leurs actes. Pas pour les émeutes car ils n’ont jamais incité la foule à intervenir en leur faveur ou appelé à la résistance des passants »

    qu’est-ce que vous en savez ? vous y étiez à la Gare du Nord ? l’interessé declare dans son PV d’audition qu’il connaissait beaucoup de monde autour de lui... là encore laissez faire la justice et n’y rajoutez pas votre grain de sel...

    « Accuser nos banlieues de fabriquer une minorité de casseurs me paraît tout simplement déshonorant pour la majorité silencieuse de leurs habitants qui n’attendent pas qu’on s’étripe entre politiciens logés à Neuilly ou Boulogne-Billancourt, à propos des causes probables ou de l’origine du mal. Pas plus que vous n’attendez du médecin qu’il vous fasse un cours sur l’origine de votre cancer et ses causes probables. Foutaises ! Ils veulent qu’on les en débarrasse. Point final ! » là encore vous interprétez, je suis désolé mais c’est cette guettoisation et ce manque de repères qui fabriquent ces crétins et pour votre exemple du médecin et bien là encore il est totalement faux : pourquoi la prévention existe à votre avis ? pourquoi toutes ces campagnes de pub contre le tabac ? et encore dans notre conception toute occidentale de la médecine, les chinois par exemple n’ont pas du tout cette vision du traitement du mal...

    bref beaucoup de généralités et d’interprétations hatives (comme la semaine dernière d’ailleurs) même si je partage votre opinion sur de nombreux points... c’est difficile de faire un article sur la complexité d’un système et d’en tirer des simplismes


  • Stef (---.---.229.129) 4 avril 2007 16:35

    "Chasser le naturel, il revient au galop, le naturel, c’est le chaos"

    OTH


  • Eric De Ruest (---.---.163.199) 4 avril 2007 16:42

    Quand la banlieue brûle, l’idiot appelle la police plutôt que les pompiers.

    La radicalisation du message des jeunes, peu d’adultes veulent bien y faire attention. Le bon citoyen tremble devant la destruction possible de sa Peugeot et fustige ceux qui sont exclus, ceux qu’on écoute plus et qui connaissent quotidiennement le mépris pour ne pas être bien blanc !

    Après avoir pillé l’Afrique de ses ressources et empêché par les politiques coloniales et néo-coloniales l’émergence de ses cerveaux, l’Occident se croit en droit de mépriser ceux qui se plaignent.

    Ignorants volontaires, vous êtes la honte de l’humanité ! Le racisme quotidien est une métastase qu’il faut soigner. C’est comme cela que nous pourrons construire une société plus juste.


    • Argo Argo 4 avril 2007 17:32

      Eric, vous pouvez m’accuser d’idiot, j’accepte et dans une certaine mesure je revendique ce statut « Dostoïevskien ».

      En revanche, si votre propos est de généraliser la haine des banlieues à tous les jeunes, de radicaliser les tensions sociales, de justifier la violence (fut-elle des propos) et en somme de jeter un peu plus d’huile sur le feu... Désolé, je ne vous suis pas !

      Je rejette les amalgames et mon billet visait exactement l’inverse de la logique d’affrontement, que ce soit entre communautés, politiques et à fortiori entre nous, les lecteurs d’AgoraVox.


    • Eric De Ruest (---.---.163.199) 4 avril 2007 21:57

      Argo, il ne s’agit nullement d’une agression personnelle. Je suis non-violent mais je m’insurge contre la stigmatisation continuelle des jeunes de la banlieue.

      La jeunesse est révolutionnaire comme le poivre pique, c’est naturel. Et c’est même hautement indispensable lorsque le reste de la population laisse la société aux gourous avides de la finances qui ne prônent que la guerre économique et la compétition interpersonnelle. Notre société est construite dans la violence, qui donc peut reprocher à ces jeunes de l’être à leur tour ?

      L’occident met le monde à sac depuis de nombreux siècles, comment oser reprocher à la jeunesse de réagir ?

      Le ras-le-bol est partout dans cette société qui piétine et qui hait. Jeunes contre le CPE, le NON au traité européen, les banlieues qui s’enflamment sont des signes qu’un changement radical s’impose. Nous sommes exclus de la croissance et notre environnement est de plus en plus pollué. Le néo-libéralisme conduit au racisme et au fascisme. Nous ne pouvons laisser faire.

      Quand je me promène en rue, je souris aux gens que je croise et cela m’attire des sympathies, quelle que soit la couleur de peau. C’est donc qu’il suffit de respecter pour en retour l’être, c’en est presque trop facile.

      Une dernière chose ; la stigmatisation de l’Islam, en grande partie consécutive aux attentats du 11/9 devrait sérieusement être ré-étudiée, vu que les auteurs de ces attentats ne semblent pas être ceux que les médias ont montrés immédiatement du doigt...


  • Voltaire Voltaire 4 avril 2007 16:52

    Très bon article, même si on peut discuter de l’analyse


  • Phileas Phileas 4 avril 2007 18:34

    @L’auteur,

    Très bon article, auquel j’adhère sur le fond comme sur la forme : Hyperboliquement instructif.


  • rantanplan (---.---.146.2) 4 avril 2007 20:44

    Ouais, c’était vachement intéressant, mais j’me demande ce que j’dois faire si je rencontre un papillon !


  • gnarf (---.---.17.122) 4 avril 2007 23:56

    L’effet papillon est une histoire imagee de vulgarisation. Un papillon ne peut pas declencher une tornade....sauf si la tornade est deja en gestation, prete a eclater....et a ce moment-la n’importe quelle petite chose peut la declencher et elle arrivera de toute facon.

    Mais a lui tout seul, un papillon ne peut pas plus causer une tornade qu’une rame ne peut causer un tsunami ou changer le cours d’une riviere.

    C’est une question d’energie...un coup de rame fera de magnifiques tourbillons cahotiques, mais ceux-ci seront redresses par le courant de la riviere, bien plus puissant.

    Meme chose en politique et en histoire. Si un evenement donne l’impression d’avoir cause un tremblement de terre politique ou historique, c’est que des forces enormes etaient deja en presence et que l’evenement en question est l’element declencheur. Si les forces ne sont pas la, l’evenement agite un peu les choses localement, et le courant reprend le dessus a plus ou moins long terme.

    L’histoire de l’effet papillon vient plutot des attracteurs etranges, ces formes regulieres (certaines en forme de papillon) qui apparaissent dans une serie cahotique.


    • Yoda (---.---.63.52) 5 avril 2007 04:16

      chaotique et non cahotique. L’effet papillon n’est pas lié aux histoires d’attracteurs etranges et signifie bien qu’un battement d’aile au brésil peut avoir une forme de causalité sur une tornade au texas quelques jours ou quelques centaines d’années apres. Le seul bémol concerne le sens qu’il faut donner alors a « causalité » dans un monde non-linéaire ou les facteurs de « causalités » sont multiples, diffuses et entremelées.

      Bien a toi,

      Yoda


    • gnarf (---.---.17.122) 5 avril 2007 10:10

      Ce que je veux dire, c’est que les equations de Navier-Stokes sur l’ecoulement des fluides sont divergentes...d’infimes differences de conditions initiales prennent des proportions demesurees et changent completement l’ecoulement apres quelques secondes/minutes/jours selon l’echelle. Mais un peu plus loin, l’ecoulement revient a la normale.

      Si vous donnez un coup de rame dans une riviere, beaucoup de choses peuvent se passer mais au final, l’eau se remettra a couler bien sagement et regulierement. Si le battement d’ailes de papillon (ponctuel) a lieu par exemple dans un ecoulement qui depasse de loin son niveau d’energie (le vent), le chaos introduit est ecrase par le phenomene regulier et n’a aucune chance d’avoir des effets notables. Des tourbillons chaotiques ont lieu, mais au fur et a mesure qu’ils s’etendent ils sont moins energetiques et le vent reprend le dessus...et la les equations convergent.

      Le chaos genere par des evenements de faible energie est ecrase par les phenomenes de plus grande energie (ou meme simplement par la dissipation d’energie par frottement...l’elasticite du fluide). Le battement d’ailes d’un papillon genere donc des phenomenes chaotiques divergents d’une certaine ampleur et d’une certaine duree (faible) qui ensuite disparaissent. Deux tendances luttent...d’un cote le chaos, et de l’autre le retour a l’etat stable du systeme.

      Au fur et a mesure qu’on s’eloigne temporellement et spatialement du battement d’ailes, l’influence de celui-ci tend rapidement vers zero. Beaucoup trop rapidement pour causer une quelconque tornade.

      Et heureusement pour nous. Intuitivement, si l’effet papillon etait veritable, nous serions dans un monde ravage.


    • gnarf (---.---.17.122) 5 avril 2007 10:27

      En fait il semble que mon explication n’est pas la bonne, mais que la conclusion est correcte (l’effet papillon est tres tres limite geographiquement et temporellement et n’affecte pas les phenomenes de plus grande echelle).

      Il semble que lorsque le nombre de degres de liberte augmente (comme dans la realite), les petits phenomenes sont incapables de propager du chaos a des systemes d’echelles superieures, sauf si les petits phenomenes se produisent quand le systeme d’echelle superieure est a un point d’equilibre entre deux etats. Boltzmann vs Lorenz 1-0 (pauvre Boltzman, en voila un qu’on a decourage et qui aurait pu faire tellement !) http://smf.emath.fr/Publications/Gazette/2001/90/smf_gazette_90_11-25.pdf


    • l'Omnivore Sobriquet l’Omnivore Sobriquet 5 avril 2007 12:13

      « Et heureusement pour nous. Intuitivement, si l’effet papillon etait veritable, nous serions dans un monde ravagé. »

      Mais nous sommes dans un monde ravagé ! La vie elle-même est un ravage, un particulier la vie animale... Le monde n’est fait que de tumultes incessants se juxtaposant s’enchainant se superposant, coiffant l’un et décoiffant l’autre etc. Tumulte permanant !

      Vie !


    • Aldoo (---.---.43.7) 5 avril 2007 13:10

      Bon, le battement d’aile peut servir de déclencheur quand d’énormes énergies sont en présence. Mais ce petit rien qui déclenche peut tout changer, selon le moment et le lieu où il se produit.

      Exemple : l’arsenal nucléaire impressionnant de la France. Un petit rien, l’appui sur un bouton rouge, pourrait déclencher une orgie d’énergies destructrices. Pourtant, il est loin d’être évident que ces bombes explosent un jour. Le jour où l’on démontera une de ces bombes, il sera même sûr qu’elle n’explosera jamais, alors qu’il aurait suffit d’un « rien » pour qu’elle le fasse auparavant.

      Enfin tout ça pour dire que si un battement d’aile de papillon provoque une tornade, ce n’est pas forcément que la tornade aurait eu lieu de toute façon sans cette perturbation initiale. (Je ne parle pas de mécanique des fluides ici : c’est juste une image.)


    • Argo Argo 5 avril 2007 14:26

      Comme c’est difficile d’aborder la théorie du chaos simplement, sans ce maudit papillon, sans évoquer les définitions précises de mots tels « complexité », « hasard », « ordre » « désordre », « prédictibilité », « déterminisme », et bien d’autres. Chacun mérite un débat.

      Je voudrais rappeler que chaos ne veut pas dire désordre et que la théorie du chaos n’est pas la négation du déterminisme, bien au contraire. En revanche, la théorie du chaos nous enseigne que déterminisme ne rime pas avec prédictibilité. Que nous devons accepter la complexité du monde dans lequel nous vivons. Abandonner notre traditionnelle approche, purement déterministe, selon laquelle chaque évenement obéit à un principe de causalité (tout phénomène a une cause + dans les mêmes conditions, la même cause est suivie du même effet). Cesser de penser que le fait de ne pas pouvoir prédire l’état futur du monde n’est que le résultat de notre propre ignorance des causes gouvernant les phénomènes en action.

      La théorie du chaos ce n’est pas renoncer à expliquer le monde, mais c’est l’école de la modestie.

      La théorie initialement formulée par Poincaré mettait essentiellement en lumière la « sensibilité aux conditions initiales » et l’imprédictibilité des évolutions qui caractérisent un système chaotique. Mais Poincaré (faute de puissance de calcul, l’ordinateur n’était pas inventé) n’a pu étudier la topologie de ces systèmes. Ses intuitions géniales ont été confirmées et enrichies des années plus tard et le sont encore de nos jours. Lorenz notamment, a démontré que le système étudié évolue vers les « attracteurs étranges » que l’on peut considérer comme des sortes de « rendez-vous » obligés et que dans le même temps il est impossible de prédire cette évolution. On sait à peu près où on va mais on ne peut pas prédire comment on y va, pour prendre une image simple on sait qu’il fera chaud cet été mais on ne peut pas dire quel temps il fera dans un mois. On peut voir un paradoxe au fait que suite à une modification infime dans les conditions initiales, un système va voir son évolution diverger « exponentiellement » pour se retrouver au final sur l’attracteur. C’est l’apport majeur de la théorie du chaos. Déterminisme n’est plus synonyme de prédictibilité.

      Pour prendre un autre exemple, un maître se promène avec son chien (sans laisse) et on veut prévoir leurs trajectoires relatives. On connaît l’état initial (supposons qu’ils partent ensemble de la maison) et l’attracteur (ils se promènent ensemble, la distance qui les sépare ne sera jamais infinie), mais on est bien incapable de prédire leurs trajectoires ou simplement la distance qui les sépare à un instant donné. Même en limitant leurs évolutions, par exemple en les obligeant à marcher sur une piste d’athlétisme, on ne pourra toujours pas prédire la distance qui les sépare. On sait tout au plus qu’elle sera toujours inférieure ou égale à la moitié du périmètre de la piste. Ce système apparemment simple est infiniment complexe, aucun ordinateur ne peut le modéliser, il y a une infinité d’états possibles. Et aucune approche statistique ne peut fournir de réponse satisfaisante.

      De nos jours, de nombreux systèmes (bourse/finances, économie, société, météo, sondages ?, etc.) sont étudiés sous l’angle de la théorie du chaos.

      En me relisant je constate combien il est difficile de faire simple sans être réducteur ou incorrect et je ne parle même pas de prendre en compte toutes les dimensions scientifiques ou philosophiques de la théorie du chaos. Décidément le papillon est bien commode !

      Je préfère vous renvoyer à un ouvrage d’introduction au chaos par Pierre Bergé, Yves Pomeau et Christian Vidal « L’ordre dans le chaos - Vers une approche déterministe de la turbulence, Hermann (1988) », ISBN 2-7056-5980-3. Et à un article de Philippe Etchecopar (Cégep de Rimouski) « Quelques éléments sur la théorie du chaos ». http://www.apsq.org/sautquantique/telechargement/chaos.pdf dont voici in extrait : « Les systèmes parfaitement déterministes sont représentés par des trajectoires précises sur lesquels ces systèmes se situent et évoluent sans les quitter. Les systèmes aléatoires évoluent au hasard dans tout l’espace."


    • Christophe Christophe 6 avril 2007 00:59

      @Argo,

      Je voudrais rappeler que chaos ne veut pas dire désordre et que la théorie du chaos n’est pas la négation du déterminisme, bien au contraire.

      Le chaos se rapproche de la thermodynamique de non équilibre dans laquelle le principe d’évolution d’un système non équilibré est un ordre par fluctuations. Le système devient instable sous l’effet de l’amplification de fluctuations microscopiques et évolue alors vers un nouveau régime de fonctionnement stable au delà d’un point de bifurcation (d’où certaines paraboles). Les lois du chaos s’applique particulièrement aux systèmes dynamiques instables. Ainsi le paramètre temporel, par l’utilisation de l’entropie, rend le passé et le futur asymétriques ; cela est dû principalement à l’irréversibilité alors que selon le principe de déterminisme relatif aux lois de Newton le passé et le futur jouent le même rôle ; ils sont symétriques.

      Concernant le déterminisme, la nuance fondamentale est simplement qu’en mécanique, selon l’expression de Bergson, « tout est donné » avec la donnée initiale ; puisque présent et futur sont symétrique, il suffit d’avoir observé dans le passé pour en conclure le comportement futur à partir de l’état initial (c’est simplifié et imagé, je vous l’accorde).

      De façon assez simple, nous pouvons l’aborder le chaos comme :

      instabilité -> probabilité -> irréversibilité

      L’instabilité pousse à l’usage des probabilités et donc à l’abandon des trajectoires (mécanique classique) et des fonctions d’onde (mécanique quantique). Le schéma probabiliste introduit l’étude d’un opérateur d’évolution menant à l’irréversibilité (d’où brisure de la symétrie temporelle). En mécanique tout est un éternel recommencement ! smiley

      Le principe d’irréversibilité est un des éléments prépondérant qui a réconcilié la physique avec les lois de l’évolution de Darwin.


    • Christophe Christophe 6 avril 2007 10:27

      @Argo,

      L’histoire du papillon est, à mon sens, une parabole poussée à l’absurde.

      Il me semble que ce qu’a voulu signifié Lorenz est simplement que nos études, jusqu’alors, se faisaient dans le cadre d’un système clos (sans interaction avec l’environnement du système). Or, les lois du chaos entre dans le champs des études systémiques (systèmes ouverts) dans lesquels nous tenons compte des interactions entre le système étudié et son environnement. Le papillon est un élément en dehors du système isolé étudié pour ce qui concerne les études météorologiques. Mais ce n’est que mon interprétation !


    • Argo Argo 6 avril 2007 11:26

      Oui, c’est une métaphore, une image comme celle de la pomme de Newton. Comme le nom de la théorie : « Chaos » qui fut donné par Yorke en 1975, bien après les travaux de Poincaré.

      En réalité « Chaos » veut dire « Sensibilité aux conditions initiales » (moins sexy) et la formule exacte de Lorenz était « Prédictabilité : le battement d’aile d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? ». C’était une question, pas une affirmation.

      L’idée de Lorenz était d’illustrer le concept de « sensibilité aux conditions initiales » et comment dans un système chaotique (au sens de la théorie) l’incertitude évoluait de façon exponentielle dans le temps et rendait impossible toute prévision au delà d’un certain délai (établi par Lorenz à environ 2 semaines pour la météo).

      L’image traduit la « complexité », le fait que la plus infime modification (le battement d’aile) pouvait avoir des conséquences importantes (la tornade). En partant d’un fait innofensif et en le faisant déboucher sur une catastrophe, il cherchait à frapper les esprits (sans nous prendre pour des idiots force est de constater que les démonstrations mathématiques de la théorie du chaos sont hors de portée de l’humain moyen).

      La théorie du chaos et ce que certains baptisent aujourd’hui « science de la complexité » est annoncée comme la science du XXIème siècle, un tournant majeur comme le furent en leurs temps la découverte de la relativité ou celle de la mécanique quantique. Ses domaines d’aplications sont très nombreux (économie, sociologie, biologie, météorologie, etc.).

      Elle renie l’approche purement déterministe (Newton). C’est la science de la modestie. Comme le disait André Breton en 1937 : « La plus grande faiblesse de la pensée contemporaine me paraît résider dans la surestimation extraordinaire du connu par rapport à ce qui reste à connaître ».


    • Christophe Christophe 6 avril 2007 11:54

      sans nous prendre pour des idiots force est de constater que les démonstrations mathématiques de la théorie du chaos sont hors de portée de l’humain moyen

      C’est là une des difficultés de l’approche chaotique. Je voulais conseiller l’ouvrage de Prigogine, Les lois du chaos, qui regroupe des discours conférenciés, mais si l’approche vulgarisée est compréhensible, les formulations mathématiques associées nécessitent des bases mathématiques, mécaniques et physiques assez poussées. smiley


  • grn2 (---.---.152.155) 5 avril 2007 01:51

    Quel papillon faut-il écraser pour que Sarkozy, suite à ses propos relatifs à la génétique, passe à létat végétatif, dont il est déjà proche !


  • JL (---.---.73.200) 7 avril 2007 12:54

    S’il est un ’battement d’aile’ (entre guillemets parce que subjectid) susceptible de provoquer des catastrophes incommensurable, c’est bien l’introduction des OGM dans l’alimentation des animaux (et peut-être des humains ?).

    Ceux qui ont écouté cette semaine l’émission de France Culture sur ce sujet comprendront.


  • docdory docdory 11 avril 2007 19:08

    @ l’auteur

    Le problème est qu’il y a des centaines de milliards de papillons sur Terre , et que la résultante des actions de l’ensemble de leurs battements d’aile sur la dynamique atmosphérique est probablement nulle . De même des centaines d’évenements font réagir différemment des dizaines de millions d’électeurs , chacun d’entre eux ne retenant bien sûr que les évenements qui confirment sa façon de penser , et donc de voter ...


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